After Forever : From Her to Eternity


Après dix ans d’existence, After Forever sort un album éponyme, leur premier sur Nuclear Blast, florilège de tout ce que le groupe a pu découvrir au cours de ce périple. Membre influent de la scène metal gothique symphonique, After Forever propose là un panorama ancré à la fois dans le passé et en route vers le futur. Rencontre explicative avec Floor Jansen, female voice en chef.

-Votre nouvel album, ‘After Forever’ sort en avril sur Nuclear Blast: comment et pourquoi avez vous signé sur ce label?

-Floor: Lorsque nous avons cessé de bosser avec Submission Records, en juin de l’année dernière, nous nous sommes mis tout de suite à chercher un label avec qui nous pourrions travailler, nous trouvant dans la position luxueuse de pouvoir choisir nous-mêmes, car beaucoup de labels nous courtisaient. Aussi, tout en enregistrant, on a pris notre temps pour bien savoir laquelle serait la mieux pour nous et avons décidé que ce serait Nuclear Blast. Nous avons donc signé et entamé le boulot. C’est un contrat de licence, l’album est realise conjointement avec un groupe basé en Hollande, The Entertainment Group, formant un genre de corporation avec nous et vendant ensuite la licence à Nuclear Blast. C’est une toute nouvelle façon de travailler, une façon différente pour les artistes d’être impliqués dans la partie décisionnelle des choses. C’est une bonne structure, en pleine santé.


-Quelles sont, à tes yeux, les principales différences entre cet album et le précédent?

-Floor: Je pense que tout est plus extrême, dans pas mal de sens: plus heavy, mais aussi les parties symphoniques et atmosphériques ont plus de son également. On a fait grandir toute notre musique, le son dans son ensemble est meilleur et plus heavy parce que nous avons eu de meilleures opportunités pour le construire, avec des guitares plus puissantes et des parties vocales qui sonnent bien mieux. Nous avons travaillé avec un véritable orchestre, celui de Prague, et cela a grandement aidé aussi à l’amélioration de l’ensemble. Tout est différent, finalement, comparé au précédent…


-As-tu l’intention de te produire sur scène avec cet orchestre?

-Floor: Oh oui, mais c’est quelque chose de très compliqué à réaliser. Nous avons donné un concert avec un concert harmonique, c'est-à-dire seulement des cuivres, ce qui est dont différent d’un orchestre symphonique, bien que la scène soit déjà immense. C’est très difficile de régler le son et bien sûr c’est très cher de travailler avec un orchestre, parce que c’est un ensemble de quarante ou cinquante personnes. Mais, comme le rêve est permis, on verra bien un jour !


-Peut être en format DVD?

-Floor: Ce serait encore mieux, bien qu’encore plus difficile. On s’est renseigné sur le coût de la chose, et c’est énorme parce qu’on a besoin d’un centre d’enregistrement mobile, et même deux, un pour le groupe et un pour l’orchestre. Mais on ne sait pas de quoi l’avenir est fait !


-Qui a produit l’album?

-Floor: Nous avons travaillé avec un producteur Hollandais nommé Gordon. C’est la première fois que nous travaillons avec un producteur, alors que nous n’avions auparavant que des ingénieurs du son mais personne spécialement à la production depuis le départ. Nous avons écrit les morceaux et, lors du processus final, il est venu aux répétitions avec nous pour finaliser les titres, avec peut être quelques changements dans leur structure ou quelques petits trucs que nous n’avions pas vu, et ensuite on a enregistré. Gordon est très connu en Hollande pour un tas de productions, pas forcément metal, mais le son qu’il possède et sa façon de mixer est quelque chose que nous apprécions. Comme il voulait vraiment bosser avec un groupe dans notre genre, c’était un vrai défi de collaborer, mais on est très fiers du résultat.


-Aimerais tu être davantage impliquée dans la production ou bien te sens tu définitivement plus à l’aise en tant que musicienne et chanteuse?

-Floor: J’ai toujours été impliquée dans la production du fait que j’écrive mes textes et mes 
Parties vocales. Je travaille aussi sur les choeurs et les harmonies et la ligne musicale générale vient de moi. Je suis donc également impliquée dans le processus d’écriture, mais je ne suis pas du genre à dire qu’il faut plus de guitares ou d’autres choses : la production n’est pas vraiment mon truc ! Nous avons Joost, notre clavier et notre guitariste qui possèdent un grand talent pour ça, on est donc tout à fait tranquille pour les laisser faire, compte tenu également du fait qu’ils sont les principaux auteurs. Ils commencent par la musique, écrivent la trame, l’enregistre et ensuite je compose mes lignes de chant. On enregistre à nouveau, le résultat arrive aux oreilles de tout le groupe et on répète tous ensemble. On fonctionne comme ça.


-Cet album est une sorte de revue de tous les styles que vous avez explore auparavant: es tu inquiète d’être catégorisé comme groupe de metal à chanteuse et donc est ce là une façon de prouver que vous avez plusieurs cordes à votre arc?

-Floor: Oui, absolument, parce que je pense que notre musique contient à la fois du gothique, du metal mais aussi des choses n’ayant rien à voir. Décrire ça en une seule phrase est toujours 
très difficile de toutes façons parce qu’au cours de nos albums nous avons suivi une evolution qui n’est pas forcément logique.
Notre troisième album, ‘Invisible Circles’ était bien plus progressif, bien plus compliqué que le precedent, et puis vint ‘Remagine’, totalement différent à nouveau, et je pense que cet album, ‘After Forever’ est comme une compilation, un melting pot de tout ce qu’on a déjà fait: le côté progressif d‘Invisible Circles’ mais aussi les aspects plus mélodiques et plus metal de ‘Prison of Desire’ et ‘Decipher’, et enfin les expérimentations de ‘Remagine’, avec quelques soupçons d’indus. Tous ces ingrédients sont de retour, mais exprimés d’une façon nouvelle, plus moderne et une approche différente. Nous sentons bien que c’est quelque chose de vraiment représentatif de tout ce qu’on a pu faire et de ce qu’on est aujourd’hui et de ce que l’on sera dans le futur. On trouvait donc que le titre de cet album était plus qu’approprié.


-Si l’on considère cet album comme une sorte de bilan pour le groupe, y a t il une quelconque direction que vous avez choisi pour le futur?

-Floor: Eh bien, je pense que c’est le début d’un nouveau future, un nouveau départ, autant musical que tout le reste depuis que nous sommes sur Nuclear Blast et que tout évolue dans le bon sens, c’est le bon moment pour sortir un album et pouvoir dire qu’on est After Forever, voici ce qu’on fait, pas seulement du gothique ou du metal ou du prog mais tout ça mélangé. C’est un bon début et un bon départ pour le futur.


-As tu eu des modèles au point de vue du chant?

-Floor: Pas vraiment, ce n’est pas comme si il y avait deux ou trois personnes que j’ai toujours admiré depuis que je suis jeune. J’admire beaucoup de monde, de tous horizons, pop ou rock, metal, classique ou opéra. Je pense que quiconque possède une bonne voix bien entraînée et un parfait contrôle dessus m’inspire, en quelque sorte.



-Si tu le pouvais, aimerais tu enregistrer des albums de musique classique ou d’opéra, par exemple ou jouer cette musique sur scène en dehors d’After Forever?

-Floor: Je l’ai déjà fait, pas sur scène ou sur disque, mais j’ai commencé en 99 à étudier à la Rockacademy, en Hollande, et durant mes études là bas, j’ai voulu en savoir plus sur l’opéra et les comédies musicales, parce que les deux sont accessibles pour ma voix et je voulait les explorer. Après ces études et quand j’en ai eu fini avec la Rockacademy, j’ai embrayé sur un an d’études de théâtre musical où l’on jouait des comédies musicales, juste pour savoir si je pouvais le faire et comment, si j’aimais ou pas, parce que je pense posséder un talent naturel et une voix douée pour pas mal de choses. J’en suis très heureuse et me sens presque obligée de creuser le sujet. Je remercie également mes parents qui m’ont donné l’opportunité de faire tout ça en étudiant et aussi le groupe pour m’avoir donné la possibilité d » et aussi le groupe pour m’avoir donné la possibilité d’écrire ma propre musique et mes propres vocaux. J’ai toujours eu la liberté de m’explorer moi-même en usant de différents styles de chant sans le groupe. C’est un grand luxe, plus grand encore que de chanter Puccini ou autres parce que c’est quelque chose de déjà écrit, qu’on doit chanter d’une façon bien spécifique, sans liberté d’interprétation. S’il y en a une, c’est celle du metteur en scène qui te dit quoi faire. Au sein d’After Forever, je peux tout faire à ma façon, et c’est un luxe que je ne suis pas prête à laisser tomber comme ça ! Mais j’ai étudié pour être capable de faire ça, peut être après After Forever, pour faire autre chose, parce que je ne pense pas que je serai dans After Forever pour le restant de mes jours, mais ce qui est sûr c’est que je veux chanter toute ma vie. Du coup, c’est bien d’être entraîné à autre chose.


-J’ai lu sur ton blog qu’après avoir suivi des cours à la Rockacademy en Hollande, tu donnes toi-même des cours de musique, entre autres…

-Floor: Oui, mais pas là bas. Dans ma propre école privée, ce qui est un bien grand mot ! je donne simplement des cours particuliers de chant aux gens qui viennent me voir, mais aussi des cours de scène, d’écriture de textes, je leur donne des devoirs à faire ! C’est ce que je fais en dehors du groupe.



-After Forever a démarré, dans sa toute première mouture, en tant que groupe de death metal : es tu toi aussi intéressé par la musique extrême ?

-Floor: Oh, c’était vraiment au tout début. Lorsque j’ai commencé à écouter du metal, j’aimais Machine Head, Pantera, Fear Factory, Metallica, et ensuite j’ai rencontré des amis qui écoutaient du black metal, Immortal, Dimmu Borgir, surtout les premiers trucs de Dimmu. Et puis j’ai rencontré les membres du groupe, qui était à l’époque un mélange de death et de heavy metal. On m’a en fait proposé un job de choriste parce qu’ils avaient quelqu’un qui chantait en ‘growl’ et qu’ils faisaient de la musique plutôt extrême. J’ai démarré en 97 et, entre 97 et 99, je me suis de plus en plus rapproché des directions qu’ils prenaient. Aujourd’hui, je n’apprécie pas vraiment les trucs très durs, sauf parfois, mais Slayer reste quand même too much pour moi! J’aime toujours les groupes extrêmes et Sepultura, mais aussi la musique sans metal à l’intérieur.


-On peut trouver tous les styles de musique dans ce disque où l’idée centrale est l’énergie, dans tous les sens du terme…

-Floor: Oui, et musicalement, Joost et Anders et moi même sommes intéressés par tous les styles de musique. Anders est plutôt le ‘monsieur metal’ du groupe, il écoute Slayer et tout ce genre de groupes, et si ça ne tenait qu’à lui, le groupe serait bien plus heavy, mais Joost et moi amenons une balance à tout ça. Je ne peux ni hurler ni crier et donc pas chanter du death metal. Joost aime le metal mais se dirige plus vers une direction progressive, même s’il apprécie tous les styles, comme la salsa, le jazz, le blues et la pop.Et puis aussi, mon éducation et mes centres d’intérêts me poussent à essayer d’apprendre toujours d’autres genres musicaux, ce qui produit au bout du compte un chouette melting pot. Je trouve très important de garder tout ça intéressant, mais il est essentiel de rester libre. J’ai un grand respect pour les groupes comme s Iron Maiden ou Motorhead qui font toujours la même chose à cause de ça. Mais on doit être capable de le faire. Je ne voudrais pas me trouver limitée à cause des attentes des gens, parce que c’est ta propre attente qui peut te rendre heureux, et au moins, ce qui marche pour moi marche pour nous tous. Je pense qu’au point de vue du style, nous n’avons pas changé autant que The Gathering l’a fait, mais on a certainement perdu des fans après ‘Invisible Circles’, quand les gens regrettaient les choses d’avant. Mais je pense qu’avec ce nouvel album, ces gens recommenceront à aimer ça, parce que les éléments anciens et les atmosphères typiques que ces gens attendaient sur nos deux derniers albums sont de retour, et c’est important pour eux de savoir que ce qu’ils voulaient revient, cette atmosphère mélangée avec tout ce qu’on a appris depuis.


-La bonne chose est que chaque partie du public peut s’y retrouver, sans se sentir abandonné…

-Floor: C’est ce qu’on espère, s’adresser à plein de gens différents. C’est souvent douteux parce que les gens se sentent très vite abandonnés, et tout le monde veut retrouver à l’infini des copies du premier album d’un groupe, ce qui arrive souvent : c’est comme ça que le groupe doit être et comment il doit évoluer, pour eux, parce que dès que c’est différent, les gens n’aiment pas. C’est ce qui nous est arrivé, surtout avec ‘Invisible Circles’, que les gens ont mis des années à apprécier. Aujourd’hui, on a des réactions de gens nous disant que lorsqu’il est sorti, ce n’était pas leur truc parce que trop différent, qu’ils avaient du s’y faire. Après tout ce temps, ils pensent que c’est peut être le meilleur disque qu’on n’ait jamais fait !

C’est curieux mais super, finalement. La scène a grandi est évolué mais très vite est devenue uniforme, ce qui n’était pas notre façon de procéder. On voulait en sortir, malgré la pression de gens ne voulant pas que les choses changent. Cette scène est très vite devenue conventionnelle, voulant conserver les choses comme elles étaient, mais dès que les gens ont commencé à faire des choses différentes, tout s’est ouvert et est devenu plus aventureux.


-Quels groupes t’ont donné l’envie de faire partie d’un groupe toi même?

-Floor: Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de groupes avec des chanteuses, seulement The Gathering, et je ne connaissais pas vraiment les chanteuses des années 80 comme Doro. J’ai su que je voulais faire partie d’un groupe la première fois où j’ai vu Gathering sur scène, parce que l’énorme majorité des groupes comporte des chanteurs masculins et je ne crois pas que ce soit une bonne idée d’essayer de les imiter.


-Aurais tu quelques disques favoris?

-Floor: Je n’en ai aucun vraiment en particulier, j’en change de temps en temps, chaque fois que je n’aime plus un vieux disque puis que je le réécoute à nouveau. Je n’ai pas d’album favori de tous les temps depuis que j’écris ma propre, et même pas de groupe vraiment en particulier, sauf de temps en temps, comme Rammstein ou Sepultura. On a tourné avec eux et c’était super. C’est toujours dur pour un groupe de surmonter le départ d’un membre fameux, pour eux comme pour Nightwish par exemple, même si le nouveau ou la nouvelle est apprécié au bout d’un moment. Je suis vraiment heureuse d’avoir mon propre groupe et de le conserver tel qu’il est parce que beaucoup de gens n’ont pas ce luxe. J’aime aussi Annie Lenox, Cristina Aguilera, à cause de leur voix.

-Vos pochettes et livrets sont généralement très beaux: penses tu que ce soit une bonne façon, ainsi que pour les DVD’s et pour le show en live, de combattre la future disparition du disque en tant qu’objet et de faire ainsi les gens acheter les disques au lieu de les télécharger ?

-Floor: Je le pense, mais je crois que dans notre scène, en général, les gens sont plutôt des acheteurs de disques, ils apprécient ce qu’on leur propose, le CD avec la pochette et le livret, tout cela étant comme une sorte de signature pour l’artiste. C’est comme trahir le groupe si on ne l’achète pas ! Pour beaucoup de gens, c’est toujours comme ça et j’espère que ça va continuer en proposant quelque chose de spécial aux fans, au travers d’éditions spéciales avec des choses à l’intérieur sortant de l’ordinaire. On y fait toujours très attention, ce qui était très dur avec Transmission. Beaucoup d’argent passe là dedans aussi pour que le boulot soit fait et que tout soit différent d’un simple CD.


-Si c’est beau, les gens l’achèteront…

-Floor: C’est vrai, et je pense que d’une certaine façon, on évolue vers quelque chose de différent au point de vue des cd’s et des DVD’s, qui seront un jour remplacés par quelque chose d’autre. Mais j’espère que les gens continueront d’acheter des belles choses, en souvenir du bon vieux temps ! Je suis très contente par notre nouvelle pochette, parce que c’est quelque chose que nous avons expérimenté pour ‘Remagine’, parce que l’on voulait quelque chose de différent des autres groupes de la scène faisant tous la même chose. Nous avons toujours été l’un des premiers groupes à évoluer et tenter d’être original. Cette fois, l’album est comme un survol de tout ce que nous sommes et cette pochette avec le mega signal représente l’énergie, ce qui est le thème principal de la plupart de mes textes. Ce n’est pas un concept album mais un album ‘énergétique’, et ce signe représente également un nouveau départ et un nouveau commencement. C’est très dur d’avoir une pochette qui représente un disque mais aussi un groupe et toi-même, on ne doit pas se planter !


-As tu des projets de vidéo ou de DVD?

-Floor: Pas encore! Le désir nous tient depuis de longues années, mais ce n’était simplement pas possible avec Transmission Records. On a une tonne de matériel et on voudrait vraiment en faire quelque chose !


Propos recueillis à Paris le 6 mars 2007.
Merci à Valérie de Nuclear Blast et à Floor Jansen






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