-Pouvez-vous présenter votre nouvel album, « We are science » ?
-Il y a une continuité, bien que le dernier soit plus abstrait, un peu plus sombre et plus électronique que ‘Afterglow’, et certains morceaux sont plus expérimentaux.
-Pour vous, quelles sont les principales différences avec « Afterglow » ?
- C'est probablement un peu plus brut et le son est plus dur. Le mixage est aussi différent. Keith Tennis, qui y a travaillé comme ingénieur, a collaboré avec des gens comme Primal et il a le type de sensibilité que je recherchais. Je ne voulais pas vraiment travailler chaque son, l'album a une sorte de naïveté que j'aime assez.
-Quelles ont été vos sources d'inspiration pour ces morceaux ?
-Beaucoup de choses : certaines expériences passées, comme "wishing stone", qui est une sorte de chanson d'amour, mais c'est aussi sur des aspects de l'industrie musicale que je n'apprécie pas beaucoup !
Pour certains morceaux, comme ‘Performance’, le texte est plus proche du collage et moins linéaire et narratif. Les images sont simplement juxtaposées. C'est assez diversifié.
-Pourquoi choisir ce titre, «We are science» ?
-J'aime me poser cette question : «sommes-nous la science ?». Est-ce que l'amour, les émotions, etc. ne sont que des réactions chimiques ? J'espère que ce n'est pas le cas, mais s'ils s'agit simplement de chimie, ce n'est pas dramatique. Je me pose simplement ces questions sur la vie, l'amour, etc.
-Vous avez commencé la musique en 91 avec «One dove», avant de faire carrière en solo : pourquoi ce choix ? L'avez-vous regretté ?
-L'appartenance à un groupe me manque parfois. Je regrette ce contact humain, mais dans le groupe auquel j'appartenais, il y avait une personnalité très forte et l'ambiance était parfois tendue. Je crois qu'avec le bon groupe, ça peut être génial. Tout dépend du caractère des personnes, alors j'étais assez contente d'être seule, parce qu'il n'y a pas de problème d'ego, comme dans les groupes, et il n'est pas nécessaire d'expliquer ses idées à qui que ce soit. En tant que chanteuse, vous devez vous impliquer dans toutes les chansons, sans quoi elles seraient instrumentales et c'est difficile si on ne sent pas bien la chanson.
-Etes-vous seule sur scène ou avez-vous des musiciens ?
-J'ai des musiciens qui l'accompagnent, je joue de la guitare et des claviers et on a aussi des samples. Il y a une basse, une guitare et une batterie, nous sommes quatre.
-Vous avez maintenant votre propre studio à Londres...
-C'état progressif : au début, il était dans mon appartement et il n'y avait jamais assez de place ; c'est vraiment un luxe d'avoir un studio, parce qu'il permet d'avoir beaucoup de liberté. Quand on loue un studio, par exemple, on sait qu'on n'a plus que 2 jours et que la batterie ne sonne pas bien. Mais ça m'a pris plusieurs années pour me procurer l'équipement, parce que c'est cher.
-Est-ce que ça change beaucoup votre manière de composer et de travailler ?
-Oui, j'ai dû apprendre la discipline, parce que, quand c'est chez vous, il est difficile de séparer détente et travail, parce que vous travaillez tout le temps et vous ne travaillez jamais vraiment. C'est préférable de séparer cet espace.
-Avez-vous produit l'album vous-même ?
-En grande partie, 2 titres sont co-produits par Dave Friedman et Grasshopper et le batteur de Mercury Rev y jouent. Keith Tennis a aussi co-produit "Substance" et "I think I love you", parce qu'il a été assez créatif sur ces titres. Mais j'aimerais travailler avec un producteur la prochaine fois, car c'est difficile de tout faire, l'écriture, l'interprétation et la production. J'aimerais aussi avoir le point de vue de quelqu'un d'extérieur sur mon travail.
-Peut-on dire, à certains égards, que «We are science» est votre premier "véritable" album ?
-Oui, peut-être !
-Pourquoi faites-vous si peu de concerts ? Est-ce parce que vous n'aimez pas ou que vous manquez d'opportunités ?
-Je n'ai pas encore eu l'occasion de donner beaucoup de concerts jusqu'à présent. Mais j'aime jouer live. Avant, ça coûtait très cher et on devait annuler des shows pour raisons financières, ce qui était très ennuyeux, mais c'était sur un autre label. La situation semble s'améliorer.
-Vous avez parfois travaillé avec « Death in Vegas », sur scène et en studio : allez-vous recommencer ?
-Oui et c'est déjà fait, je chante sur une chanson du nouvel album et je monterai encore sur scène avec eux !
-Qu'écoutiez-vous voici 10 ans ?
-Pour être honnête, je n'achetais pas beaucoup de disques parce que j'étais étudiante et je n'avais pas d'argent ! J'aimais déjà beaucoup la musique électronique. J'ai déménagé à Glasgow en 89 et j'ai immédiatement fréquenté ce club acid house appelé Black market. J'aime la musique électronique depuis plus de 10 ans. J'aime aussi beaucoup de choses différentes, j'adore les chansons.
-Certaines des chansons de «We’re science» font penser à la musique de "Twin peaks - Fire walk with me", surtout à Julee Cruise... Avez-vous déjà eu envie d'écrire des chansons pour le cinéma ?
-On m'a demandé de faire la musique d'un film et je suis très enthousiaste. Je fera toute l'orchestration ! C'est une histoire assez sombre, avec des fonds de Hollywood, mais un réalisateur britannique. Je crois que je pourrai utiliser des niveaux d'harmonies, avec un arrière-plan sombre. Ca m'intéresse vraiment beaucoup.
-Etes-vous intéressée par le format DVD pour les vidéos, avec de petits films comme Bjork ?
-Absolument. J'aime beaucoup marier images et musique.
Interview et photos par JP Coillard.


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