AMEN : CHAOS A.D...


La vie de Casey a toujours rimé avec le chaos : après son départ forcé de Virgin, revoici un Amen bien vivant, plus mordant et explosif que jamais qui, sous les couleurs de Columbia/ Sony et sa prise en charge par Daron Malakian de SOAD, nous délivre aujourd’hui sa nouvelle dose de TNT sonore, à haut niveau détonant. ‘Death before musick’ est le nom de la galette, trempée selon la recette ancestrale dans le punk, le metal, le hard core, façonnée par la rage, cuite dans la sueur et la révolte. Son leader emblématique, ça tombe bien, était justement là pour nous en dire plus. Interview in a car, dans Paris, la nuit. Chaos’s Idea...




-La dernière fois que nous nous sommes vus, tu étais sur Virgin Records, et maintenant tu as signé chez Columbia en France : dans l’intervalle, je suppose que tu as vécu de plutôt sombres périodes ?

-CC : Ca a été assez sombre, en effet, tout ce cortège de trahisons, et aussi intéressant en même temps de voir à quel point les gens peuvent changer suivant le fait que tu es un groupe signé ou non !

-Tu te retrouves donc sur EatUr Music, le label de Daron Malakian : vous avez beaucoup de choses en commun ?

CC : Oui, on peut le dire. C’est très cool qu’il ait été un aussi grand supporter du groupe et qu’il ait voulu que l’on soit la première signature de son label...

-Il a signé Satyricon après ça...

CC : Oui ! Il les a signé aussi!

-Mais Daron n’apparait pas sur le nouvel album d’Amen?

CC : Non, il n’y est pas. En fait, il est arrivé quand une fois que l’album a été fini. Il s’est contenté de nous supporter, et il a été là comme un guide vers la fin, juste en étant...un supporter !

-Durant cette période entre deux labels, certains membres du groupe sont partis : Qui compose Amen aujourd’hui ?

CC : Ce sont tous de nouveaux membres, à l’exception de Rich (Jones, guitar) qui fait partie d’Amen depuis trois ans. Tu as donc Luke Johnson le nouveau batteur, Scott Sorry à la basse et Matt Montgomery à la deuxième guitare.

-Aujourd’hui arrive donc ton nouvel album, ‘Death before musick’ : quelle en a été la principale inspiration ? Ta propre colère ? Ou la politique Américaine, ou encore la situation du monde ?

CC : Oui, je suis toujours plutôt au courant, à un certain degré, de ce qui m’entoure.

Ca a vraiment à voir avec l’infrastructure Amércaine dans sa globalité, et le monde aussi, ce que réalisent seulement les Américains aujourd’hui. C’est quelque chose qui m’a toujours motivé, parce que je n’ai jamais aimé la société Américaine et que c’est quelque chose dont je me suis toujours méfié.

-Je suppose que le morceau ‘California bleeding’ est une allusion ironique à ‘California dreaming’, mais que penses tu de l’élection d’ Arnold Schwarzenneger au poste de gouverneur de Californie ?

CC (rires) : Je pense que c’est le gouverneur idéal pour L.A, Je ne pense pas qu’ils aient pu en trouver un autre plus parfait : c’est un blague, lui en tant que gouverneur ! C’est un bon exemple de combien Los Angeles est ridicule.

-J’ai entendu dire que beaucoup d’acteurs et de ses anciens collègues dans l’industrie du cinéma étaient très en colère contre lui, parce qu’il avait refusé de grâcier un condamné récemment, qui attendait d’être éxécuté...

CC : Je ne peux pas l’imaginer en tant que personne très loyale. La position d’homme politique est plus confortable pour lui, mais je peux imaginer pourquoi certains sont si furieux, et je suis sur qu’il va laisser tomber un tas de gens.

-Revenons à ton disque : qui l’a produit et pourquoi?

CC : Je l’ai produit. J’enregistrais constamment après avoir quitté Virgin, et j’avais également produit l’album sorti chez eux. Ce qui s’est passé, c’est qu’à midi j’enregistrais les parties de batterie avec Larkin, ensuite je faisais toutes les guitares, puis les parties de basse, ensuite les guitares supplémentaires et le piano et les bruits divers, et sur le coup de neuf heures du soir, je commençais les parties vocales, donc je faisais un morceau par jour, et à neuf heures Ross (Robinson) s’est pointé, en me demandant ce que je fabriquais. Je lui ai dit que c’était mon idée et que j’essayais diverses choses. On en serait venus aux mains ! Ensuite, quand il a vu ce que ça donnait, il a dit que c’était super cool. Alors je lui ait dit qu’il ne fallait pas qu’il vienne nous casser les pieds ! Qu’il me laisse m’exprimer !

-Il y a quelques mois, tu as tourné avec Killing Joke aux USA : comment étais ce ?

CC : C’est comme un rêve qui se réalise : je pense que Killing Joke est probablement un des groupes les plus influents de tous les temps, ce qui ne te surprend pas lorsque tu les rencontres, car ils sont tellement uniques et intelligents et passionnés, et je pense que ce sont toutes ces choses ajoutées qui rend leur musique si spéciale.

-Etais tu un fan de Killing joke auparavant, et si oui quels sont tes albums favoris ?

CC : J’aime tous leurs disques, à l’exception de ‘America’ (NDT: Oustide the gate), en particulier le premier et en second le dernier en date, qui est proprement incroyable, en particulier pour ce simple fait qu’ils ont le bon exemple pour dire que l’âge ne rime pas toujours avec la merde ; ils ont produit un album qui est l’album de l’année, ce qui est normal car c’est un super disque.

-J’ai entendu dire que vous prévoyiez d’enregistrer un EP ensemble, à Prague...

CC : Je l’espère ! Mais on est un groupe n’ayant absolument pas d’argent, nous vivons dans une maison tous ensemble, nous partageons tout, et c’est dur aussi pour la maison de disques au point de vue financier, parce que, de nos jours, les problèmes d’argent sont très aigus. C’est dur pour eux de comprendre pourquoi on veut faire ça. Jaz voudrait que l’on aille à Prague, que nous vivions dans une gare qu’il possède et où il enregistre toute sa musique, il voudrait remplir un DVD avec tout plein de trucs, mais je ne suis pas persuadé que le label comprendrait combien tout ça pourrait être cool. Ils veulent qu’on se concentre sur notre album. Mais si je peux, je le ferai, car je veux vraiment le faire...

-Nous l’avons vu sur le site officiel de Killing Joke...

CC : J’espère que ça se fear. Peut être certaines personnes savent elles des choses que j’ignore ! Peut être, si on en a l’opportunité et que tout le monde est d’accord, alors...

-Que devient ton propre label, ‘Refuse music’ ?

CC : A l’époque, j’avais un très mauvais management, et j’ai reçu plusieurs offres de labels pour s’en occuper à divers niveaux, mais tout est devenu très bordélique et j’ai alors essayé de vraiment me concentrer sur Amen, en mettant le label de côté, et les groupes que j’avais trouvé ont fini par aller signer ailleurs : ils ont attendu un moment, et bien sur, comme rien ne venait, ils ne pouvaient pas s’asseoir et attendre pendant un siècle. J’ai fait quelques truc avec Eighties Matchbox B-Line et quelques autres, qui ne sont pas encore sortis, mais, peut être un jour, j’aimerais bien remettre ça en route, mais je ne le ferai que lorsque je pourrai vraiment me focaliser dessus


-Aucune chance de voir un jour dans les bacs ton album ‘spécial’, ‘Buy American’ ?

CC : IL était juste disponible sur la tournée, en 2003, et c’était en fait une poignée de morceaux que nous avons fait durant cette tournée et que nous ne jouerons plus jamais. Nous l’avions sorti exprès pour cette tournée, tiré à 2000 exemplaires. Peut être referons nous un ‘Buy American II’ un jour !

-IL y a quelques temps, tu as participé à la compilation ‘rise above’ : quels ont été les résultats du jugement?

CC : Je sais que Henry a pu réunir un paquet d’argent, ce qui a permis de faire prendre connaissance de cette cause à beaucoup de gens. Le fait qu’il fasse cela, avec le logo et les chansons de Black Flag a semble-t-il tellement attiré davantage l’attention que beaucoup de monde s’y est intéressé, et ça été vraiment un excellent catalyseur .Ici encore, on parle de la société Américaine et du ridicule de ce foutu système, et spécialement de cette affaire en particulier ; on parle du juge et du jury et de tous ces gens qui ne sont même plus au pouvoir aujourd’hui, et c’est d’autant plus difficile de justifier cette situation. Tout ce que je voulais faire c’est de rendre les gens plus conscients et d’essayer d’obtenir un jugement équitable, qui est encore à venir.

-As tu participé d’autres albums de ce genre?

CC : Je n’aime pas chanter, faire des apparitions sur les disques des autres, bien que beaucoup de gens, comme Slipknot ou les Queens of the stone age me l’ai proposé. Je ne suis pas très fort pour faire des apparitions de ce genre, mais‘Rise above’ était une chose si importante pour moi que c’est pourquoi je l’ai faite. A part ça, j’ai fait le Dj sur l’album de QOTSA, et encore parce que ce sont de très bons amis à moi. C’était très fun et on partait tout le temps en virée ensemble album!


-Dix ans après, comment juges tu la carrière dans la musique : est ce que à quoi tu t’attendais lorsque tu as débuté? En dépit des problèmes avec tes précédents labels, es-tu satisfait de la façon dont les choses ont évolué?

CC : Je ne suis jamais satisfait, et ne le serai jamais ! La façon dont je suis venu à la musique est différente de celle de la plupart des gens, parce que j’y suis vraiment venu par erreur : c’était un exutoire à ma colère et, lorsque je faisais du skateboard, je me suis brisé un os. Ensuite, je suis allé faire du bruit avec mes collègues skaters. Ce n’était pas être dans la musique, je m’exprimais, simplement. Ensuite, c’est devenu plus sérieux, et je me suis cassé de plus en plus d’os ! J’ai eu un groupe de hardcore, un groupe punk, quand j’avais treize, quatorze ans, et ensuite j’ai voulu jouer avec des gens qui savaient vraiment se servir de leurs instruments. Plus tard, faire des shows et partager la scène avec des groupes que j’ai aimé toute ma vie, mes attentes étaient bien loin de tout ce que je n’ai jamais pu rêver : jamais je n’aurais pensé être sur une major ou quoique que ce soit, je n’aurais jamais pensé faire une musique qu’Henry Rollins aimerait, qu’Iggy Pop et les Sex Pistols et des gens comme ça aussi, qui me l’ont tous dit et m’on chanté mes propres textes. Je me sens comme si j’étais mort, parce que c’est tellement irréel, et donc mes attentes sont bien au delà de mes rêves les plus fous : Je pourrais mourir demain et être reconnaissant et heureux, totalement reconnaissant pour tout, même toute cette merde arrivée avec Virgin, parce que je suis ici aujourd’hui, probablement dans une meilleurs situation, avec de meilleurs gens, un meilleur groupe, et je pense que tout cette douleur que j’ai traversé m’a sans doute quelque part aidé à arriver jusque là.

-Next : Une petite tournée en France ?

CC : Oui, en Avril.

(La boule noire, Paris le 22 avril...)

Propos recueillis par Jean Paul Coillard, le 27 fevrier 2004 à Paris.

Trad : JP / Marie Lecocq.

Pictures : JPCoillard.

Merci à Guillaume et Donatien pour leur aide précieuse !





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