Mad Mel s'éclate un max : "Apocalypto"


de Mel Gibson, avec Rudy Youngblood, Dalia Hernandez, Gerardo Teracena, Raoul Trujillo. 2H18, USA, couleurs, 2007.



Apocalypto

Après une ‘Passion du Christ’ en araméen au goût prononcé pour la violence, Mel Gibson sort son second long métrage, ‘Apocalypto’ sur un sujet bien peu traité au cinéma, l’Amérique du sud pré-colombienne et pré-Cortezienne, du temps de la splendeur terrible du règne des Mayas. Loin d’une vision toute hollywoodienne caractérisant ses nombreux-et souvent stupides-rôles en tant qu’acteur, Mel Gibson le metteur en scène s’attache à la vie d’un habitant d’un village de la jungle du Yucatan, enlevé par les Incas pour être offert, ainsi que ses malheureux congénères, en sacrifice au dieu du soleil, tout puissant chez eux. Point donc ici de Cléopâtre au pays de Quetzalcoatl, point d’historique de ce peuple mystérieux et dont on aimerait savoir bien plus, mais plutôt drame humain de l’évasion de Jaguar Paw pour retrouver Seven, sa femme enceinte et rescapée du massacre de leur village. Mais les tortionnaires sont à leurs trousses, les poursuivant à travers une jungle aussi dangereuse et sans pitié que leurs cerveaux humains. Mais voilà qu’au final, un étrange vaisseau apparaît au loin, sur l’eau, et que ses passagers, vêtus d’acier, débarquent, promettant un autre enfer. Images somptueuses, scènes cruelles, gore et intensément sauvages lors desquelles on sent bien que Mad Mel s’éclate un Max, mais également hymne à la liberté, quitte à tout faire exploser sur son passage, car celle-ci ne s’acquière jamais qu’au prix de sacrifices, physiques et moraux, des plus douloureux. Un grand film d’action et de réflexion, une arme fatale sans clowns ni stéréotypes, une œuvre de grande classe. L’appel de la forêt, apocalypse now, spectaculaire, bluffant, un spectacle total, d’une barbarie égale à la beauté. On savait Gibson puritain, alcoolique à présent repenti, on ne sait pas ce qui est le pire, au vu du gouvernement, comédien cabotin mais donnant toute la mesure de sa démesure dans des pelloches comme les Mad Max ou ‘Braveheart’, on le découvre cinéaste halluciné, épique, jonglant avec les gros budgets comme avec les intempéries et la censure, prenant des libertés avec l’histoire comme avec Tintin, bluffeur et bluffant. Savoir s’il va maintenant lui aussi s’enfuir pour vivre libre sa nouvelle trajectoire ou disparaître, tel ces magnifiques pyramides rongées par la nature et les intempéries, livrées à elle-même et au temps qui passe, finalement canalisé par un système artistique et social qu’il avait toujours défendu jusqu’à présent. En tous cas, venant de l’Homme sans visage’, ‘Apocalypto’ a sacrément de la gueule, et c’est une des choses que l’on demande au cinéma.


Jean Paul Coillard







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