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Après une ‘Passion du Christ’
en araméen au goût prononcé pour la violence, Mel
Gibson sort son second long métrage, ‘Apocalypto’ sur un
sujet bien peu traité au cinéma, l’Amérique du
sud pré-colombienne et pré-Cortezienne, du temps de la
splendeur terrible du règne des Mayas. Loin d’une vision
toute hollywoodienne caractérisant ses nombreux-et souvent
stupides-rôles en tant qu’acteur, Mel Gibson le metteur en
scène s’attache à la vie d’un habitant d’un
village de la jungle du Yucatan, enlevé par les Incas pour
être offert, ainsi que ses malheureux congénères,
en sacrifice au dieu du soleil, tout puissant chez eux. Point donc
ici de Cléopâtre au pays de Quetzalcoatl, point
d’historique de ce peuple mystérieux et dont on aimerait
savoir bien plus, mais plutôt drame humain de l’évasion
de Jaguar Paw pour retrouver Seven, sa femme enceinte et rescapée
du massacre de leur village. Mais les tortionnaires sont à
leurs trousses, les poursuivant à travers une jungle aussi
dangereuse et sans pitié que leurs cerveaux humains. Mais
voilà qu’au final, un étrange vaisseau apparaît
au loin, sur l’eau, et que ses passagers, vêtus d’acier,
débarquent, promettant un autre enfer. Images somptueuses,
scènes cruelles, gore et intensément sauvages lors
desquelles on sent bien que Mad Mel s’éclate un Max, mais
également hymne à la liberté, quitte à
tout faire exploser sur son passage, car celle-ci ne s’acquière
jamais qu’au prix de sacrifices, physiques et moraux, des plus
douloureux. Un grand film d’action et de réflexion, une arme
fatale sans clowns ni stéréotypes, une œuvre de grande
classe. L’appel de la forêt, apocalypse now, spectaculaire,
bluffant, un spectacle total, d’une barbarie égale à
la beauté. On savait Gibson puritain, alcoolique à
présent repenti, on ne sait pas ce qui est le pire, au vu du
gouvernement, comédien cabotin mais donnant toute la mesure de
sa démesure dans des pelloches comme les Mad Max ou
‘Braveheart’, on le découvre cinéaste halluciné,
épique, jonglant avec les gros budgets comme avec les
intempéries et la censure, prenant des libertés avec
l’histoire comme avec Tintin, bluffeur et bluffant. Savoir s’il
va maintenant lui aussi s’enfuir pour vivre libre sa nouvelle
trajectoire ou disparaître, tel ces magnifiques pyramides
rongées par la nature et les intempéries, livrées
à elle-même et au temps qui passe, finalement canalisé
par un système artistique et social qu’il avait toujours
défendu jusqu’à présent. En tous cas, venant
de l’Homme sans visage’, ‘Apocalypto’ a sacrément de
la gueule, et c’est une des choses que l’on demande au cinéma.
Jean Paul Coillard
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