Benighted : the eyes of the unsane


Depuis la sortie de l’énorme ’Identisick', début 2006, Benighted a enfin le vent en poupe, et ce n’est que justice. Cinquième album au compteur, le premier pour Osmose, 'Icon' va très probablement renforcer la position du groupe sur le scène death française et, on l’espère, internationale, après neuf ans d’une carrière en constante progression. Digérant au fur et à mesure ses diverses influences pour n’en garder que les principales, Benighted propose aujourd’hui le disque d’un groupe sachant ce qu’il veut et où il met les pieds ainsi que les oreilles. Poursuivant une approche sur plusieurs fronts, entre la musique et le travail au sein d’un environnement psychiatrique pour Julien, Benighted peut désormais se permettre d’aller au fond des choses, ayant trouvé sa forme mais aussi son fond, et donner au concept d’Icon sa véritable mesure, l’immersion d’un homme dans les méandres d’une psychose hallucinatoire chronique, chaque morceau constituant un moment clé de son histoire tourmentée. Laissons la parole à Julien et Olivier, à tour de rôle, pour nous en dire plus.


-Voici donc Icon, le nouveau bébé furieux de Benighted. Comment le présenterais tu par rapport à Identisick ?

-C’est toujours du Benighted, c'est-à-dire une mixture extrême de death avec beaucoup d’autres influences : grind, hardcore, punk, thrash, black … Au niveau des changements, j’ai vraiment l’impression que le grind est bien plus présent sur cet album. L’album est plus extrême et à la fois plus contrasté grâce à pas mal de breaks. Les titres me paraissent plus aérés que sur Identisick et il me semble ont tous une identité propre.


-Benighted est à présent sur Osmose, après la triste fin d’Adipocere : pourquoi ce choix et qu’attends tu d’un nouveau label, en cette douloureuse période de crise du disque ?

-N’enterre pas trop vite Adipocère.  Ils ont seulement arrêté leur activité de production, mais aux dernières nouvelles qui datent de notre concert à Lyon, Christian, le boss d’Adipo, m’a assuré qu’il continuait toujours la distribution. Nous retrouvant sans label, nous avons lancé une annonce, à laquelle Hervé, boss d’Osmose, a répondu très rapidement. Connaissant bien ce label culte et rencontrant en son sein des gens très accessibles et sympas, on a foncé.

En ce qui concerne nos attentes, on espère une meilleure distribution dans le monde et des propositions de tournées à l’étranger.


-Identisick a eu un énorme succès, tant public que critique : penses tu atteindre une dimension internationale, comme Gojira, par exemple ? Leur succès rejaillit il sur la scène française ?

-Je ne sais pas si leur succès a une réelle incidence sur l’exposition du metal français à l’étranger, bien que je l’espère. Ce qui est réel c’est que la scène française est en pleine ébullition et qu’il y a foison de très bon groupes : Sublime Cadaveric Decomposition, Hacride, Kronos, Ultra Vomit, Scarve, Destinity, Blockheads, Dagoba….


-A ce propos, Joe Duplantier, après sa tournée avec Slayer, a enregistré avec les frères Cavalera : as-tu des rêves de collaboration de ce genre ?

-Non, même dans mes rêves les plus fous…  Pour rien ne te cacher, tu me poses une colle, je n’y ai jamais pensé. C’est sûr que ce que vit Joe doit être énorme, mais je n’ai pas cette prétention. Mes désirs musicaux je les exprime dans Benighted. Certainement qu’un jour, quand j’aurai plus de temps, j’exprimerai d’autres choses musicalement dans d’autres projets. Je partagerai avec des gens que j’estime et avec qui, avant tout, je suis pote mais pas spécialement avec des personnes connues (ce n’est pas une priorité).


-Quelles furent les principales influences de Benighted ?

-Nos influences sont multiples puisque les goûts de chacun dans Benighted ne se cantonnent pas à la musique extrême. Mais dans le brutal, ce qui fait l’unanimité chez nous, c’est Napalm Death et Dying Fetus.


-Vous aviez eu peu de temps pour composer et écrire Identisick, passant tout le temps sur la route : qu’en a-t-il été cette fois ci ?

-On enregistre nos albums tous les deux ans, nous avons toujours à peu près le même temps de composition, mais il est vrai qu’à chaque album notre notoriété s’étend et donc nous faisons de plus en plus de concerts. Ce n’est pas simple à gérer pour ménager des temps de composition, surtout qu’on a chacun, des vies personnelles chargées. En même temps, plus le temps avance plus nous composons rapidement et de meilleure façon donc je ne me fais pas trop de soucis pour l’avenir.


-ICP était basé sur les pathologies de la femme enceinte et de l’enfant, Identisick sur les troubles de l’identité, la schizophrénie : quelle est l’épine dorsale d’Icon, cette histoire autour du personnage central, avec toutes ces peurs centrées autour du néant de son existence ?

-Julien : En fait, les morceaux expliquent les événements marquants de sa vie, les traumatismes qu’il a vécus dans son enfance et qui ont fragilisé sa personnalité, comment il a décompensé, et ses propres réflexions et sentiments sur sa pathologie, ses symptômes. Il s’enfonce tout doucement dans une psychose hallucinatoire où tout ce qu’il l’entoure est le fruit direct de son esprit malade. On apprend aussi comment il va essayer d’y mettre fin et échouer.

 

-C’est un personnage central assez dans l’esprit d’un Cronenberg…

-Peut-être dans l’atmosphère autour de lui, mais ça n’a pas du tout été pensé en ces termes là.

 

-Dans quel sens le fait de travailler dans le milieu psychiatrique et de partager ton temps avec Benighted a-t-il été le plus bénéfique ?

-C’est un très bon équilibre, car les deux m’apportent énormément tant au niveau intellectuel que par le plaisir d’évoluer dans un milieu intéressant et enrichissant sur le plan personnel. Tu apprends énormément sur toi même au contact des autres dans ces deux milieux.

 

-La psychiatrie est déjà en soi un lieu extrême : a choisir, que quitterais tu, ton travail ou le groupe ?

-Demande à quelqu’un de choisir quel bras il préfèrerait qu’on lui coupe… 


-Peut on donc parler de concept albums pour ces trois disques là ?

-Olivier : Oui, ce sont des concepts albums dans le sens où ils tournent tous les trois autour d’un sujet particulier, d’un même concept. A chaque début de phase de composition d’un nouvel album, on se réunit toujours pour justement décider quel sera le concept.


-Peux tu nous présenter Kevin, le nouveau membre ?

-Cela fait déjà un an et demi que Kevin fait partie de Benighted, son intégration a été des plus facile. Par contre, il n´a pas été facile de nous séparer de Fred avec qui nous avons passé plus de 8 ans à nous éclater dans et hors de Benighted. Enfin, cette séparation était inévitable et aujourd´hui nous sommes des plus heureux avec Kevin qui est une crème sur le plan humain et un putain de batteur.



-Sur Identisick, on note la reprise de Napalm Death, ‘Suffer the Children’ : pas de cover cette fois ci ?

-Non pas de cover cette fois, il faut varier les plaisirs. On a longtemps hésité à enregistrer la reprise qu’on a souvent joué live : Running Man de Raised Fist. Mais finalement, on a préféré se concentrer sur nos propres morceaux.


-Y aura-t-il également une édition limitée, avec un DVD, comme la fois précédente ?

Rien n’est prévu pour le moment de ce côté-là…


-Quand reverra-t-on Benighted à Paris ?

-Et bien on est passé le 5 novembre et c’était une putain de bonne soirée !! Le public a été énorme et l’ambiance électrique. Du très bon pour finir notre tournée Terrorize the Sick Tour avec nos potes de Kronos et Recueil Morbide.


Propos recueillis par e-mail début novembre 2007 par Jean Paul Coillard

Merci à Nicolas.




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