Cacophonous - Visible Noise


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Voici Julie Weir, responsable de Cacophonous Records, le label de black métal londonien qui a notamment fait découvrir Cradle of Filth. Loin de se limiter à un seul style de musique, elle a créé l'année dernière un label moins fortement "orienté", Visible Noise, qui vient de signer les excellents Kill II This. Elle nous parle librement de ses goûts musicaux, de l'attitude des médias envers le black métal, de "l'affaire Cradle of Filth" et de ses souhaits pour l'avenir.


- Quand as-tu lancé le label Cacophonous et pourquoi as-tu choisi ce type de musique ?
- Cacophonous a été fondé en 1994 dans le but spécifique de sortir les démos de groupes underground. Le premier groupe signé était Cradle of Filth, et il ne s'agissait pas d'une démo, mais d'un enregistrement à part entière. Nous avons ensuite sorti des albums sur CD et vinyle en réponse au succès public et à la qualité de la production. Je n'ai pas créé Cacophonous, je suis responsable du label. Il a été fondé environ un an avant que je ne m'en charge, par Nihil (alias Neil Harding), qui est très connu sur la scène black métal en Angleterre et en Allemagne. Le problème est que le black métal a perdu son aspect novateur et commence à tourner en rond. Nous avons fait du métal vampirique, orchestral, nous avons tout fait, et aujourd'hui nous cherchons toujours de la musique extrême, mais pas nécessairement du black métal. Vous le verrez en septembre/octobre avec la sortie du premier album du groupe de Paul Ryan (ex-Cradle/Blood Divine), Emnity. Nous avons aussi un groupe appelé Lilith, également issu de Cradle/Blood Divine et Raven Stone, Fifth to Infinity, qui sont légèrement plus orientés vers le black métal que les deux premiers, tout en essayant de s'en éloigner.
- Personnellement, comment as-tu commencé à écouter ce type de musique ?
- A la maison, je n'écoute pas principalement de black métal. J'ai commencé par faire partie de la mouvance gothique et j'aime beaucoup l'indus, mais aussi le métal, comme Machine Head, Fear Factory. J'adore le heavy comme Slayer et Pantera, je ne suis pas très fan de groupes comme Angra ou Stratovarius.
- Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées avec ce label ?
- Avec Cacophonous ? Evidemment, nous avons eu un problème avec Cradle of Filth il y a quelques temps, mais je crois qu'il a été résolu. A cette époque, ils nous dénigraient auprès des groupes avec lesquels ils tournaient. Cette affaire est devenue assez cauchemardesque, d'autant plus que la plupart de leurs accusations étaient totalement injustifiées. Je crois que depuis lors, beaucoup de gens ont compris que nous n'avions rien fait de mal et qu'il s'agissait principalement de malentendus personnels. Lorsque Nihil a signé Cradle, ils étaient de très bons amis et lorsque la vie privée est mélée à ce genre d'affaires, tout devient très compliqué et a tendance à s'envenimer. En fait, il s'agissait plus d'un problème personnel que professionnel. Le principal problème concernait toutes ces déclarations à la presse, selon lesquelles nous ne les aurions jamais payés, etc. Nous avons pour preuve les virements bancaires, dont leur manager possède des copies. Personnellement, je n'ai aucun problème avec Cradle, mais c'était le plus gros problème que nous ayons rencontré avec Cacophonous, surtout quand Dimmu Borgir s'en est mélé en prétendant avoir quitté le label, alors qu'ils avaient un contrat pour un seul album. De toute façon, les labels ont toujours le mauvais rôle et les choses ne changeront jamais. Personne ne veut jamais entendre ce que nous avons à dire.
- Je voudrais aussi que tu me parles d'autres types de difficultés, concernant la presse, les médias,...
- Etant donné que Cacophonous est essentiellement un label underground (dans l'esprit, mais plus nécessairement en termes de taille ou de business), le type de musique dont nous nous occupons concerne une minorité de gens et faire passer nos groupes à la télévision, par exemple, est très difficile. Et quand les médias manifestent un intérêt, c'est pour le côté sensationnel des choses, les églises incendiées, le satanisme, etc. En cas de dérapage, ça devient un véritable cirque, au lieu de prêter attention à la musique et à l'esthétique, ils en font un mauvais reportage pour "Ici Paris". Nous n'avons aucun problème avec les radios et la presse, car il existe beaucoup d'excellentes stations de radio underground dans le monde, même en Angleterre, et nous avons de très bons rapports avec la presse spécialisée. Les choses sont différentes pour la presse générale comme NME ou Melody Maker... Cradle a eu une brève relation avec eux, mais c'était encore une vraie caricature du groupe, sur le nombre de fois qu'ils pouvaient jurer pendant une interview, etc. Tout cela devient lassant et plus personne ne te prend au sérieux. Je sais que certaines personnes s'exposent peut-être au ridicule, mais il ne faut pas juger uniquement quelqu'un sur son apparence.
- Est-ce que tu as souvent des problèmes de censure (les T-shirts de Cradle, etc.) ?
- Nous avons eu beaucoup de difficultés avec les affiches montrant une femme seins nus. C'est le genre de choses que l'on voit tous les matins en page 3 du Sun, quelle différence cela fait-il si c'est sur un mur ? Tout le monde peut acheter un journal dans un kiosque. J'essaie tout de même d'éviter les images trop choquantes. En général, si tu examines nos couvertures, elles sont généralement plus ésotériques que provocatrices. Je crois que des groupes comme Marduk ont une image un peu plus dérangeante. Personnellement, je n'ai aucun problème avec ce type d'image, mais j'essaie de leur faire vendre et si les magasins refusent les CD ou le merchandising à cause d'une image que les gens considèrent comme choquante, le groupe ne gagnera pas d'argent. Ils obtiendront beaucoup de publicité et feront passer un message, d'une certaine manière. J'aimerais faire cela, mais malheureusement, ça n'a pas beaucoup d'intérêt pour le moment.
- Quelles sont tes principales joies et déceptions concernant le label ?
- J'aime beaucoup mon travail et peu de gens peuvent le dire. Mes horaires de travail sont parfois moins drôles, car je travaille énormément, y compris la nuit, et ce n'est pas aussi exaltant que l'on pense. Tu vois notre bureau (de petits locaux nichés à Portobello), nous ne sommes pas une grosse maison de disques. Si les groupes sont dans la région, je les invite à loger chez moi, donc je n'ai pas beaucoup de temps à moi, c'est probablement l'aspect le plus gênant. Mais ce n'est pas très grave.
- L'année dernière, tu as fondé un autre label, Visible Noise, peux-tu nous en parler ?
- Visible Noise a été créé parce que je n'écoute pas vraiment de black metal à la maison et j'ai pensé qu'il était temps de faire autre chose, nous disposions de suffisamment de contacts pour lancer facilement un autre label. Pour l'instant, nous n'avons signé qu'un groupe, étant donné que la qualité des groupes est vraiment problématique pour l'instant. J'ai principalement créé Visible Noise pour donner leur chance à de petits groupes. Pour l'instant, il s'agit essentiellement de groupes britanniques, parce que tout le monde veut signer des groupes américains. Mes amis, dans d'autres labels, notamment Earache, traitent avec les Etats-Unis, pour une raison étrange. J'ai vu Kill II This en première partie de Megadeth voici quelques temps, j'ai ensuite reçu une démo et ils sont vraiment fantastiques, charmants, très enthousiastes et toujours prêts à tourner. Le but du label était de permettre à des gens de sortir leur album et avec des gens comme ça, je ne regrette rien, car ils sont si enthousiastes, il existe aussi quelques autres groupes, qui n'ont peut-être pas tout à fait le niveau de Kill II This, mais qui sont très prometteurs. Il s'agira de groupes dans la mouvance Fear Factory, Machine Head, c'est le genre de choses que j'écoute personnellement et c'est vraiment ce que je veux faire. Quelque chose d'un peu plus neuf que le black metal, qui existe depuis si longtemps. Kill II This existe depuis un certain temps, il s'agit en fait de leur deuxième album, leur premier "Another Cross To Bare" n'a pas bien marché parce qu'il n'avait pas reçu suffisamment de promotion et que le groupe n'avait pas de budget suffisant pour tourner, ils ont dû tout payer de leur poche. Je leur donne l'occasion de faire leurs preuves et ils ont réussi. Je crois qu'ils ont un grand avenir... croisons les doigts.
- Considères-tu l'aspect underground du black metal comme positif ou négatif ?
- Je pense que le côté underground est fantastique, c'est de là que nous venons tous. Sans la scène underground, le black metal n'existerait pas. Pour en revenir à ta question sur les problèmes que nous avons rencontrés, les groupes se retournant contre nous et nous reprochant de ne pas avoir fait ceci ou cela, nous avons été les premiers à signer Cradle et Dimmu Borgir. Ils oublient que si nous ne leur avions pas donné leur chance il y a quelques années, ils n'existeraient même pas. Nous avons toujours le mauvais rôle, mais sans nous, ils ne seraient pas où ils sont actuellement. Je prêche peut-être un peu pour ma chapelle, mais c'est vrai parce qu'à l'époque, personne n'était intéressé par le black metal, personne ne s'en approchait.
- Il arrive que certains groupes, une fois connus, sortent des albums médiocres...
- Oui, c'est un vrai problème parce que tout le monde pense que Cradle et Dimmu Borgir sont complètement vendus. Je ne suis pas d'accord, tout le monde veut gagner de l'argent et ceux qui prétendent le faire uniquement par amour de la musique sont des menteurs. Tous les groupes veulent devenir riches, sinon ils ne feraient pas ce qu'ils font. Je ne pense pas que Cradle et Dimmu Borgir soient vendus juste parce qu'ils ont gagné beaucoup d'argent, leur look est juste un peu mieux, ils sont suivis par des stylistes, leurs campagnes de promotion sont énormes. Le nouveau Dimmu Borgir est fantastique, je ne suis pas très fan de "Cruelty and the Beast", j'aime bien le groupe, mais pas vraiment l'album. Je pense qu'il s'agit de rancœur de la part des groupes underground, je ne devrais pas dire cela, car on nous a aussi accusés d'être vendus et de ne plus être un label underground. Que pouvons-nous y faire ? Nous avons un catalogue d'une trentaine de titres, nous avons plus d'argent parce que la société marche bien, est-ce se vendre ou juste essayer de promouvoir ce que l'on souhaite faire ? C'est un argument très difficile. Personnellement, j'aime beaucoup la scène underground, lorsque je vais dans des concerts à l'étranger, tout le monde se connaît, n'importe où en Europe, c'est génial. Cela n'existe dans aucun autre genre de musique, les gens sont très proches, mais c'est aussi cette proximité qui peut entraîner des problèmes, parce que les gens se poignardent dans le dos, etc. C'était la même chose dans la scène gothique quand j'étais ado. Je crois que la scène underground nous accuserait d'être vendus maintenant. La sortie des nouveaux albums pendant le deuxième semestre de l'année seront la goutte d'eau qui fait déborder le vase, car ils s'éloignent un peu du black metal pur et dur. Mais je crois qu'il faut évoluer, on ne peut pas faire du black pendant 15 ans. Le genre se fatigue un peu maintenant, parce qu'il n'y a plus aucune possibilité d'évolution. Les choses vont changer, cela pourrait être cyclique et passer par le black metal, le hardcore, le métal traditionnel, je n'en sais rien. Il faut évoluer, former un continuum.
- Comment vois-tu les labels évoluer ?
- Je pense que Cacophonous va se diversifier en termes de genres, mais je ne veux pas que les gens pensent qu'il ne s'agira plus de musique extrême, les formes en seront peut-être différentes, mais la musique sera toujours extrême. Nous nous dirigerons davantage vers le hardcore et l'indus, parce que j'aime beaucoup ça, comme je l'ai déjà dit. Pour Visible Noise, j'aimerais signer encore 5 ou 6 bons groupes, mais il est très difficile d'en trouver pour l'instant. Je me suis principalement concentrée sur les groupes britanniques et c'est peut-être un problème parce que de nombreux groupes commencent très jeunes et sont très arrogants et sûrs d'eux. Les choses ne fonctionnent pas comme cela, je suis pour l'enthousiasme, mais il faut beaucoup de pratique. Pour Visible Noise, je veux davantage de groupes et pour Cacophonous, juste des genres de musique plus variés et toujours extrêmes.
Propos recueillis par Jean-Paul Coillard et Marie Lecocq

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