CHIMAIRA

Après ‘impossibility of reason en 2OO3, un DVD et des tournées intensives pour propager partout la bonne cause de la New Wave of American Metal, Chimaira est de retour avec un troisième album massif et méchant, intitulé lui aussi Chimaira, un monolithe destructeur qui ne tire pas toutes ses munitions à la première écoute. Fort d’un nouveau batteur, Kevin Talley, ex-Dying Fetus, le monstre à trois têtes est de retour pour laisser, bien profondes, ses marques dans le sol autant que dans les oreilles. Rencontre avec Mark Hunter, chanteur, et Rob, guitariste.

-Ce titre, 'Chimaira', représente en fait tout ce que le groupe est et a à dire : c’est une vraie déclaration de tout ce qui fait Chimaira?

-M : Oui, en fait, lorsqu’on enregistrait l’album, on a pas mal discuté à propos de son nom et de beaucoup d’autres choses, et lorsque la musique a été là, j’ai pensé que ça nous faisait vraiment penser à nous-mêmes, et la seule façon de décrire ça a été de dire que ça n’avait pas la vision de thèmes que je voulais aborder au point de vue des textes, mais moi et le groupe sautions tous ensemble en l’air, et je pense que c’est vraiment la première fois que tout le monde a vraiment été ensemble en tant qu’unité et fait de la musique dingue tous en même temps. On est allé dans pas mal de directions, mais nous avions aussi ce nom un peu dingo dont je ne pense pas que nous aurions pu nous servir au début, pour le premier album, parce que les gens n’en auraient pas compris le sens, mais aujourd’hui ce n’est plus la même chose, c’est juste un monstre formé par nous tous pour créer cet autre monstre en train de fabriquer un disque !



-Trois têtes, mais une seule entité!

-Mark : Oui, exactement!

-Donc, c’est votre troisième Lp ; quelles sont, à vos yeux, les principales différences d’avec 'Impossibility of reason'?

-Rob : C’est pour nous une progression naturelle en tant que musiciens, et le disque est le reflet de cette progression, car nous voulions quelque chose de différent. On ne s’est même pas dit ça au départ, c’est simplement venu tout seul au cours de l’écriture et de ce travail tous ensemble ainsi que tout ce temps passé sur les routes…

-Mark : Et quelque chose de non dit mais vraiment sous jacent et qu’on avait besoin de faire un grand disque qui ferait date dans un monde où tant de super nouveaux groupes de metal sortent à présent.

Donc on a pas vraiment eu besoin de parler, je pense que chacun savait que l’on avait besoin de faire ce disque le mieux possible, histoire de botter le cul de tout le monde !


-Chimaira possède un nouveau batteur, Kevin Talley, ex- Dying Foetus et Misery Index : qu’apporte-t-il au groupe?

-Mark : Attitude, emmerdements! (rires) Attitude emmerdée que tu te prends en pleine poire! Il s’amuse constamment avec son doigt du milieu lorsqu’il joue, c’est sa mentalité, comme de dire ‘essaie de jouer celle là, trou du cul, je suis meilleur que toi !’ Même s’il n’agit pas vraiment comme ça, tu le ressens lorsqu’il joue, cette attitude ‘bad ass’ !

-Rob : Il adore jouer, c’est une passion chez lui, il veut constamment jammer, s’entraîner, progresser : c’est très galvanisant pour nous d’avoir quelqu’un qui ressente la musique autant que nous.

-Mark : Ca ne nous était jamais arrivé auparavant : je me souviens avoir demandé à notre batteur précédent s’il prenait du plaisir à jouer, et il a dit non! Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose!

-Son arrive signifie-t-elle une direction plus death metal pour le groupe?

-Mark : En fait, on a toujours été influencés par le death metal, et je pense que cet album le fera sentir encore plus parce que Kevin joue comme un vrai batteur de death, c’est son école, mais il a du vraiment se conformer aussi à notre style qui, du monde d’où il vient, peut sembler vraiment ennuyeux. On lui a dit de se taire, d’écouter, de faire ce qu’il avait à faire et d’attendre la fin de la journée : il comprend après avoir entendu le morceau que ça aurait été ridicule d’avoir ces parties très lentes avec des blast beats comme il voulait en mettre partout !

-Rob : Mais il aime ça maintenant, il a transformé toute cette énergie qu’il voulait utiliser en puissance, et c’est géant!


-A propos des textes, quels thèmes peut on trouver sur cet album, par exemple avec ‘Nothing remains’, écrit le jour de la mort de Dimebag Darrell…

-Mark : Le texte ne parle pas de ça, mais la musique oui, ça c’est sûr : quand j’ai entendu toute la musique de l’album, j’ai pensé que c’était très rafraîchissant, très sombre, très harmonieux mais aussi très mature, et j’ai pensé que je devais aller dans la même direction quant à l’écriture des textes. Je me suis donc servi de tous ces aspects de notre musique qui étaient très sporadique, une morceau allant par-ci, un autre par-là, rien ne sonnant vraiment pareil. J’ai donc écouté la musique presque comme si un second film tournait en même temps en essayant de coller à ce film pour leur donner un sens mais je voulais aussi que ces textes et ces parties vocales naissent avec leur propre personnalité : j’ai essayé de suivre l’idée que la musique avait fait jaillir en moi.


-On peut aussi trouver quelques thèmes quasi religieux, du moins au vu de quelques titres comme ‘Salvation’, ‘Save Ourselves’, ‘Pray for all’ ?

-Mark : Pas vraiment, c’est surtout basé sur l’idée que la plupart de nos sentiments sont des créations humaines, quelque chose venant de notre cerveau, et la religion aussi. Je pense pour ma part qu’il doit exister un pouvoir plus puissant quelque part, quand on y pense, mais c’est une chose très mentale. Tout mis ensemble, je ne pense pas à la religion lorsque j’écris, plutôt à un sentiment lié à une situation globale, et tu penseras de la même façon à la religion et à ce que tu penses à l’intérieur de toi, que tu sois croyant ou non, tu as certains sentiments ou pas. Mes textes se situent plus sur le plan sombre et caché des choses, pas pour une recherche de la noirceur, mais de la même façon que tu te demanderais pourquoi tu es en colère ou déprimé, peut être que tu recherche quelque chose d’autre, mentalement, ou peut être cherches tu un pouvoir plus haut ou encore cherches tu en toi-même, je ne sais pas : je ne veux pas particulièrement mettre ces idées dans la tête des gens, parce que je pense que 99% de nos fans sont probablement des adorateurs du diable! Je ne vais pas pousser à la roue, même si je ressens certaines choses, je n’ai pas ce genre d’attitude : la mienne serait plutôt de rechercher dans ton propre for intérieur, plutôt que chez Jésus, Bouddha ou…Lucifer! (rires)

-Serais tu intéressé par un aspect plus social ou politique de tes textes pour Chimaira?

-Mark : Absolument pas : je chante les choses que le groupe traverse ou a traverse, et je n’ai jamais discuté avec un de nos fans de cet enfoiré de Georges Bush sur CNN et de ce qu’il a fait ; non, au lieu de ça, ils m’appellent pour me dire qu’ils avaient des pensées suicidaires et que je leur avais sauvé la vie, c’est de cela qu’ils parlent. A nouveau, comme à propos de la religion, c’est un sujet délicat et je ne pense pas que ce soit nécessaire de l’aborder. Certains groupes le font, et le font bien, mais je ne peux pas m’identifier avec eux. Metallica, dans leurs premières années, avaient des morceaux sonnant très politiques, mais je n’ai jamais lu leurs textes autant que ceux de Nine Inch Nails ou d’ Alice In Chains, que je préfère nettement. L’effet que ces groupes on eu sur moi ont le même effet, du moins je l’espère, sur nos propres fans.

-A propos de NIN, Trent Reznor fait pratiquement tout sur ses disques, comme toi-même, les textes aussi bien que le concept de la pochette et du livret mais aussi tu prends part à une partie de la production ?

-Mark : En fait, chacun dans le groupe possède son propre terrain, son propre travail, ce à quoi il est vraiment bon. Le mien, dans un sens, c’est d’être le Hitler du groupe! Au-delà du chant, je doit m’assurer que tout a bien été fait. Chris s’occupe de la partie merchandising et du site Web, Rob écrit une grosse partie de la musique et Matt va boire avec les autres groupes ! Chacun a son propre secteur et, tout ça mis ensemble, on le fait rouler et nous avons atteint un point où nous n’avons même plus besoin de dire ce qui se passe ni déléguer, chacun sait ce qu’il a à faire.

-Matt Schiegel vous a de nouveau produit : un élément essential dans la vie de Chimaira?

-Rob : On bosse avec lui depuis très longtemps à présent, on se sent à l’aise avec lui et c’est une force, parce que tout ce qu’on enregistre sera meilleur avec lui au bout du compte. On le connaît depuis plus de dix ans, il vit près de chez nous, ce qui est vraiment parfait.

-Mark : Avant qu’on ne commence à enregistrer cet album, on a ressassé l’idée de peut être bosser avec quelqu’un d’autre, simplement par souci d’évolution musicale et nous avions donc pensé qu’au niveau de la prod, nous voulions évoluer aussi. Mais Matt a fait un super boulot sur notre dernier disque et on s’est retrouvé avec lui parce que ça avait l’air d’être un disque difficile à faire et on voulais quelqu’un avec qui on se sente à l’aise, on ne voulait pas non plus être en désaccord avec un nouveau producteur, qui aurait été pour nous un inconnu. Les choses pourraient être différentes avec le prochain album si on veut essayer quelqu’un d’autre, mais Matt sera sûrement de toutes façons en tête de liste pour ce disque là aussi.


-Pour ce disque, vous avez bossé avec une légende, Colin Richardson…

-Mark : Il avait aussi mixé le précédent disque, mais l’embaucher la première fois fut comme de repenser à tous ces grands disques, Machine Head, Carcass, le ‘Bloodthirst’ de Cannibal corpse et tous ces grandes choses qu’il a mixé et fait sonner merveilleusement, tu veux sonner du mieux qui soit et il est le meilleur. C’est drôle parce que, quand on l’a rencontré, on s’attendait à un type à cheveux longs, tatoué, avec un veste en cuir, un archétype du heavy metal, mais c’est un type ‘normal’, pas Rick Rubin ! Il a une chouette personnalité, il plaisante souvent et il parle beaucoup…même quand on devrait se mettre à bosser !



-Vous sentez vous proches de ces géants que sont Pantera et Slayer? Partagez-vous le même esprit?

-Rob : Oui, c’est exactement ça, on partage définitivement le même esprit : ils savant ce qu’ils veulent, et

Ils continuent dans cette même voix de jouer de la super musique et de s’éclater, et c’est ce qu’on veut faire aussi.

- Mark : On ne pense absolument pas qu’on est meilleurs que ces groupes, mais ceux-ci résument, ainsi que Metallica, notre exacte définition du metal et ce que notre style de vie et notre travail doivent être. On ne sait jamais, mais je ne pense pas qu’on sorte un album comme ‘Load’ de sitôt, je ne crois pas que ça marcherais avec nous : on tient la musique heavy trop en estime pour avoir ce genre de truc à la maison !

-Parle-moi de ce projet spécial, cet album avec un tas d’artistes de Roadrunner…

-Mark : Tout ce que j’en ai entendu pour le moment, c'est le morceau de Rob Flynn, et c’est un truc super, la meilleure chose que Rob ait écrite depuis longtemps, c’est vraiment cool. Ce ne sont que de nouveaux morceaux, des collaborations, comme celle avec Rob, Christian de Fear Factory à la basse, Jeff aux guitares solos, et il y aura un chanteur différent pour chaque morceau. Je fais un morceau avec Andreas de Sepultura, Dino de Fear Factory, le batteur de Soulfly, Paul de Slipknot à la basse, et moi j’assure les parties vocales. Matt collabore avec Joey de Slipknot sur deux morceaux ainsi que le guitariste de Malevolent Creation : on y retrouve donc tout le passé et le présent de Roadrunner devenant partie de ce CD. La moins bonne chose est qu’un chanteur ne peut être que sur un seul morceau, et Rob et Dino m’ont tous les deux demandé, j’ai alors du choisir celui qui s’est présenté en premier, qui était Dino.

Propos recueillis à Paris, juin 2005






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