Control


d’Anton Corbijn, avec Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara

GB, noir et blanc, 1h59.



En mai 1980, à la veille de leur première tournée américaine, le drame frappe Joy Division, ses proches et les fans, transformant le petit groupe à la veille de la gloire en objet de culte et son chanteur Ian Curtis en icône pour les générations à venir. A 23 ans, celui-ci, poussé à bout par son épilepsie grandissante, son tiraillement entre Deborah, sa femme trop tôt épousée et Annick Honoré, sa maîtresse / fan, et la part grandissante que prend Joy sur la scène musicale, se pend au petit matin dans sa cuisine, après un ultime crise, une dernière dispute, ayant, tout comme l’héroïne de l’une de ses chansons, perdu tout contrôle sur sa vie. Cet acte final, réfléchi ou pas, représentait probablement la seule issue pour lui, qui ne pouvait, ne savait choisir entre deux femmes, entre le célibat et la vie de famille, entre la musique et ce qu’elle représente aux yeux des gens, entre partir et revenir, échapper à une banlieue triste, à un boulot ingrat et refuser une longue tournée, à l’aube de ‘réussir’, avec sa maladie qui le prend aux tripes et lui ronge le cerveau, renforçant son sentiment de culpabilité. Ephémère, douloureuse, acide, l’existence de Ian Curtis, rêveur écorché, écrivain de talent même si sa voix ne suivait pas forcément mais donnait aux mots un ton, une résonance particulière, aura duré ce que dure les fleurs du mal, fanées toujours un peu trop tôt. Reste ces disques et ces photos, flashs sur une époque et sur un drame humain, transpirant dans le moindre de ses morceaux.

Pas facile, à la base, de réaliser un film sur Ian Curtis, chanteur emblématique de la scène post punk et figure de proue d’un mouvement naissant, charnière des seventies et des années 80, dont l’influence se retrouve dans la musique et le look d’innombrables groupes à travers le monde, sans se démentir un seul instant. Il fallait pour cela quelqu’un ayant vécu la chose de l’intérieure, ce qui est le cas d’Anton Corbijn, fameux photographe et réalisateur de vidéo clips, qui côtoya le groupe, pratiquement à ses débuts jusqu’à sa fin brutale, mais également l’idole de toujours, David Bowie, ainsi que Pete Murphy, les autres sont légions. C’est une réussite totale, tant au niveau de l’interprétation à tous les niveaux, notamment de l’étonnant Sam Riley, par ailleurs chanteur de 10 000 Things, que du choix pertinent de la bande son et du rendu des sentiments, que ce film qui échappe au…contrôle de la machine Hollywoodienne pour restituer un parfait polaroïd d’une époque charnière et d’un individu à l’étonnant charisme, sans casting et sans esbroufe. Comme cette époque, comme le climat du nord de l’Angleterre, les années Thatcher et la fin du règne du punk, mutant en new wave, cold wave, gothique et post punk, ce ‘punk pensant’ rêvé par Ian, ‘Control’ est en noir et blanc, couleur de l’inquiétude. Comme la vie de Ian Curtis, rêvant dans sa chambrette aux paillettes de ses idoles, David Bowie, Lou Reed et Iggy Pop, les réunissant dans un songe rock’n’roll aux Sex Pistols, l’Anarchy in the UK s’accouplant avec Jean Genie, mais écoutant ‘The Idiot’ de l’iguane, histoire de remettre à l’heure ses propres pendules.

Coproductrice du film, dont le scénario est tiré du livre, Deborah Curtis, dans les dernières images, réclame de l’aide à qui le voudra bien, mais elle est seule, avec sa fille. Depuis un long moment déjà. Comme l’était Ian Curtis. Personne ne la réconforte, personne ne pouvait plus rien pour lui. Pour tout le monde, elle devait être le boulet de Ian, dont la vie était elle-même une énorme chaîne autour de son propre cou. Son acte les a brisés tous les deux, sans espoir de retour. La route des eighties était ouverte, dans le sang et les larmes. Unknown Pleasures, qui le resteront. An ideal for living, jusqu’à ce que l’amour et la mort nous séparent.


Jean Paul Coillard







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