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En mai 1980, à la veille de leur
première tournée américaine, le drame frappe Joy
Division, ses proches et les fans, transformant le petit groupe à
la veille de la gloire en objet de culte et son chanteur Ian Curtis
en icône pour les générations à venir. A
23 ans, celui-ci, poussé à bout par son épilepsie
grandissante, son tiraillement entre Deborah, sa femme trop tôt
épousée et Annick Honoré, sa maîtresse /
fan, et la part grandissante que prend Joy sur la scène
musicale, se pend au petit matin dans sa cuisine, après un
ultime crise, une dernière dispute, ayant, tout comme
l’héroïne de l’une de ses chansons, perdu tout
contrôle sur sa vie. Cet acte final, réfléchi ou
pas, représentait probablement la seule issue pour lui, qui ne
pouvait, ne savait choisir entre deux femmes, entre le célibat
et la vie de famille, entre la musique et ce qu’elle représente
aux yeux des gens, entre partir et revenir, échapper à
une banlieue triste, à un boulot ingrat et refuser une longue
tournée, à l’aube de ‘réussir’, avec sa
maladie qui le prend aux tripes et lui ronge le cerveau, renforçant
son sentiment de culpabilité. Ephémère,
douloureuse, acide, l’existence de Ian Curtis, rêveur
écorché, écrivain de talent même si sa
voix ne suivait pas forcément mais donnait aux mots un ton,
une résonance particulière, aura duré ce que
dure les fleurs du mal, fanées toujours un peu trop tôt.
Reste ces disques et ces photos, flashs sur une époque et sur
un drame humain, transpirant dans le moindre de ses morceaux.
Pas facile, à la base, de
réaliser un film sur Ian Curtis, chanteur emblématique
de la scène post punk et figure de proue d’un mouvement
naissant, charnière des seventies et des années 80,
dont l’influence se retrouve dans la musique et le look
d’innombrables groupes à travers le monde, sans se démentir
un seul instant. Il fallait pour cela quelqu’un ayant vécu
la chose de l’intérieure, ce qui est le cas d’Anton
Corbijn, fameux photographe et réalisateur de vidéo
clips, qui côtoya le groupe, pratiquement à ses débuts
jusqu’à sa fin brutale, mais également l’idole de
toujours, David Bowie, ainsi que Pete Murphy, les autres sont
légions. C’est une réussite totale, tant au niveau de
l’interprétation à tous les niveaux, notamment de
l’étonnant Sam Riley, par ailleurs chanteur de 10 000
Things, que du choix pertinent de la bande son et du rendu des
sentiments, que ce film qui échappe au…contrôle de la
machine Hollywoodienne pour restituer un parfait polaroïd d’une
époque charnière et d’un individu à l’étonnant
charisme, sans casting et sans esbroufe. Comme cette époque,
comme le climat du nord de l’Angleterre, les années Thatcher
et la fin du règne du punk, mutant en new wave, cold wave,
gothique et post punk, ce ‘punk pensant’ rêvé par
Ian, ‘Control’ est en noir et blanc, couleur de l’inquiétude.
Comme la vie de Ian Curtis, rêvant dans sa chambrette aux
paillettes de ses idoles, David Bowie, Lou Reed et Iggy Pop, les
réunissant dans un songe rock’n’roll aux Sex Pistols,
l’Anarchy in the UK s’accouplant avec Jean Genie, mais écoutant
‘The Idiot’ de l’iguane, histoire de remettre à l’heure
ses propres pendules.
Coproductrice du film, dont le scénario
est tiré du livre, Deborah Curtis, dans les dernières
images, réclame de l’aide à qui le voudra bien, mais
elle est seule, avec sa fille. Depuis un long moment déjà.
Comme l’était Ian Curtis. Personne ne la réconforte,
personne ne pouvait plus rien pour lui. Pour tout le monde, elle
devait être le boulet de Ian, dont la vie était
elle-même une énorme chaîne autour de son propre
cou. Son acte les a brisés tous les deux, sans espoir de
retour. La route des eighties était ouverte, dans le sang et
les larmes. Unknown Pleasures, qui le resteront. An ideal for living,
jusqu’à ce que l’amour et la mort nous séparent.
Jean Paul Coillard
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