CRADLE : NYMPHETAMINE REPTILE...


Double occasion de rencontrer Cradle : deux concerts parisiens et la ressortie, en version richement augmentée, de’Nymphentamine’, leur dernier album en date. On peut y trouver, outre une superbe jaquette, la vidéo de ‘Nymphetamine’ ainsi que deux nouveaux morceaux et trois reprises, dont un titre de...Cliff Richard ! Rencontre avec James, guitar player ouvert et sympathique malgré les atrocités sonores libérées de son manche déchaîné ( !), lors d’une après midi ensoleillé entre deux concerts furieux et le tournage d’un DVD live.



-La dernière fois que j’ai rencontré Dani, c’était dans les bureaux de Sony Music, en promo pour le nouvel Lp du groupe. Mais aujourd’hui, vous voilà chez Roadrunner : es tu content de ce choix ?

-James : Oui, on est tous très contents. La chose est que Sony est un si gros labels, avec tant de groupes, et nous n’étions qu’un petit groupe de ce label, un groupe de notre taille ne les intéressaient pas, du fait qu’on ne vendait pas illico des chiées de disques, pas autant que J-Lo pouvait le faire en tous cas, et donc ils se sont désintéressés. C’est vraiment honteux de leur part, parce qu’on aurait pu faire bien mieux avec les tournées des Ozzfest que nous avons faites, et tout ce qui tournait autour du groupe et de sa puissante image, mais ils s’en sont fichus. On a senti ça comme une entaille à notre contrat, et Roadrunner attendait son heure : ils nous ont attrapés et nous soutiennent bien mieux : tout est mieux avec eux parce qu’ils comprennent la musique, c’est un petit label indépendant, ils comprennent le metal, ils ont l’expérience des grands groupes et de la façon de les pousser, au niveau des disques et de la promo, bien mieux que Sony ne pourrait jamais le faire. Ils possèdent cette volonté de rester près des petits groupes, parce que c’est leur pain quotidien, tout simplement !

-Quelles sont à tes yeux les différences majeures de ‘Nymphetamine’ avec ‘Damnation and a Day’ ?

-James : Il est plus ‘live’ : en fait, James nous a rejoint pour la tournée de ‘Damnation and a day’ ; on écrit tous par-ci par-là, on a beaucoup tourné pour ce disque, on a fait la Ozzfest et on a commençé à écrire, puis on est partis pour une autre tournée, on a encore écrit un peu, et nous voilà avec tout ce matériel. Il renferme un grand sentiment de cohésion parce que chacun y a participé, sans aucune pression, du fait que nous n’étions pas sensés écrire à ce moment là. Tout est venu en commun, et c’est pourquoi l’album posséde cette impression de live qu’il a.

-Y trouve-t-on un thème général, ou bien chaque morceau possède-t-il sa propre identité ?

-James : Je pense que sur cet album, ce qui le rend différent d’avec les précédents, chaque morceau possède sa propre identité, son propre feeling. Au lieu d’avoir un album entier plein d’une seule vibration, d’un son unique, chaque morceau renferme son caractère propre. En fait, c’est un peu comme s’il y en avait pour tout le monde, on peut aller d’un extrême à l’autre. Je trouve vraiment plus marrant d’écouter des albums variés musicalement, plutôt que d’en écouter un d’où aucun morceau ne ressort vraiment.

-Peut être est il davantage orienté guitare ?

-James : Oui, et cela vient du fait de Rob Caggiano, producteur de l’album : il arrive à rendre d’excellents sons de guitare, il les rend pleins et puissants, en dépit du fait que nous n’avons pas telle ment de guitares sur ce disque mais elle sont très efficaces : dans ce cas, le moins rend le plus !

-A propos, comment avez vous choisi Rob ?

-James : En fait, il avait déjà bossé sur le mixage de ‘Damnation and a day’, et nous avait vraiment impressionnés alors, et donc on a décidé d’essayer de le convaincre de produire cet album. Il a travaillé avec l’un des guitaristes les plus pointus dans l’histoire du rock, qui est Scott Ian. Il connaît donc parfaitement son affaire et il possède une excellente oreille : il connaît parfaitement le son, les structures, et c’est pourquoi cet album sonne si puissamment. J’adore Anthrax, j’étais vraiment fan quand j’étais plus jeune. Ils sont excellents !

-En janvier dernier, Dave Pybus, votre bassiste, a quitté Cradle : as tu un commentaire à faire à ce sujet ?

-James : Je ne pense pas que quiconque sache ce qui s’est passé avec Dave, mais il avait vraiment besoin de faire un break, et parfois, il est meilleur pour quelqu’un de faire une pause que de le pousser et le pousser encore jusqu’à ce qu’il craque. C’est une bonne chose qu’il soit parti, il recompose son propre monde et se refait une santé. On verra bien ce qui va arriver, mais rien de moche ne s’est passé entre nous, c’était sa seule décision, qui n’était basée sur rien de spécial. J’habite toujours à côté de chez lui, et on sort toujours boire des pots, rien n’a changé, à part le fait que je ne le vois plus sur scène, ce qui est un peu zarbi, mais bon... !


-Les claviers, comme les guitares, sont très importants au sein Cradle, mais leur usage a été très contreversé par les fans de true black metal fans : qu’en penses tu ?

-James : Quelque chose de nouveau est tout de suite taxé de controversé, parce que personne n’a jamais entendu ça auparavant, et c’est très simple : dès que tu fais quelque chose de différent, de nouveau, c’est controversé, et les gens te disent que tu ne peux pas faire ça parce que les autres groupes font ça autrement et tu te dois de ressembler aux autres groupes. Mon opinion est plutôt que quelque chose de nouveau n’est pas sujet à controverse, mais l’illustration du fait que tu crées ta propre identité au lieu de suivre la foule. Donc, Cradle était controversé parce qu’ils ne se parodiaient pas eux mêmes : qui peut répondre à ça ?

-Parle moi de cette nouvelle version de l’album : deux nouveaux morceaux, trois reprises et une vidéo...

-James : Nous avions l’opportunité d’y joindre deux nouveaux morceaux que nous avions déjà écrit mais qui ne collaient pas avec l’idée générale de l’album, parce qu’elles sont assez différentes du reste. On les aimait bien toutes les deux et on avait besoin de les enregistrer. On a choisi les morceaux pour les reprises parce qu’on aimait leurs auteurs : on aime Ozzy Osbourne, et cette version de ‘Mr Crowley’ est fantastique ; et, qui n’aime pas Bathory ?

-Et...Cliff Richard ?

-James : Oui, la reprise de Cliff Richard était plutôt alien, et je dois admettre qu’elle a faire lever quelques sourcils, mais je pense qu’on s’en est bien sortis, que c’est quelque chose d’inattendu et de différent au lieu de simplement reprendre des morceaux de metal, comme on l’avait déjà fait : reprendre quelque chose d’absolument pas metal est très fun ! Les gens se demandent ce qu’on fabrique ! Je trouve ça cool ! Et puis, King Diamond chantant dessus, c’est si ...metal ! ! !

-Avez vous eu des réactions de la part de Cliff Richard ?

-James : Non, pas que je sache, mais il ne nous a pas dit non pour cette reprise. Je ne sais pas du tout ce qu’à pu être sa réaction. J’espère juste qu’il la joue dix fois par jour, rien que pour le plaisir !

-J’ai lu que l’un de vos fans Anglais, Dale Wilson, avait été arrêté en janvier pour avoir porté un de vos T.shirts, le fameux ‘Jesus is a cunt’ : rencontrez vous encore ce genre de problème dans d’autres pays ?

-James : C’est la même chose avec toutes les religions : les gens peuvent comprendre le fait qu’il peuvent s’en aller insulter toute religion qui n’est pas la leur. Mais quand on en arrive à leur religion, ils sont offensés dès que tu ouvres la bouche. Personnellement, je ne crois en rien, et disons le bien : on voit bien pire à la télé tous les jours, des choses bien plus affreuses se passent, une violence bien pire, et pourtant les gens continuent de monter au créneau pour quelques mots au bas d’un T.shirt, et là on peut aussi reparler de la liberté d’expression. Ce n’est pas comme si c’était quelque chose de vivant, ou même de réel. Les gens deviennent très susceptibles quand on aborde ces sujets, et je suis d’autant plus surpris lorsque ça arrive en Angleterre, j’aurais pensé que des trucs comme ça surviendraient davantage aux USA. Quand nous sommes allés là bas, on vendait des T.Shirts ‘Jesus is a cunt’ et rien ne se passait. Je pensais qu’on serait planté sur des fourches par des religieux fanatiques du middle west, mais rien ne s’est passé ! Il y a encore des problèmes avec ça, mais c’est quand même un vieux T.shirt , et il y a des choses bien pires qui se passent. C’est un grande hypocrisie de la part de plein de gens, pour quelque chose de si petit et insignifiant qu’un T-shirt, à qui ils consacrent tant de temps, tant de presse...ce qui est bon pour nous ! Il n’y a pas de mauvaise presse ! Mais, en même temps, ils devraient lâcher le morceau et se trouver des choses plus utiles à faire pour utiliser leur temps, honnêtement !


-Quels groupes t’ont donné envie de faire partie d’un groupe à ton tour ?

-James : Iron Maiden ! Sans hésitation, c’est l’effet qu’ils ont produit sur moi ! J’avais dix ou onze ans, et pour moi c’était des dieux ! Maiden m’a donné envie de jouer de la guitare, d’être dans un groupe et de jouer de la musique. Beaucoup d’autres groupes ont encore renforçé cette idée, mais pour moi, Maiden a toujours été le top. Même aujourd’hui, je ressens la même chose que quand j’étais gamin ! Je pense qu’ils influencent toujours mon jeu de guitare maintenant, mais aussi, je citerais Megadeth, Paradise Lost, les premiers Sepultura, Morbid Angel, Ozzy, tout un tas de trucs. Pour en revenir à Maiden, j’adorais les doubles harmonies à la guitare : Dave Morris est Dieu, mec ! Le reste du groupe se foutra peut être de moi à cause de ça, mais tant pis, je sais que j’ai raison ! ! !


-Peux tu citer quelques disques ayant changé ta vie ?

-James : ‘Killers’ d’Iron Maiden a changé ma vie. C’est le premier album de Maiden que j’ai acheté, en cassette, et tu ne peux même plus dire que c’est lui parce que je l’ai tellement fait jouer que la bande a chopé une très étrange couleur et je peux difficilement l’écouter, parce qu’elle est complètement niquée. Ca a bouleversé ma vie totalement. Ensuite, il y a eu l’album ‘Dominion’ de Morbid Angel, qui m’a introduit à la musique extrême ainsi que Paradise Lost, qui m’a fait découvrir un genre de vocaux extrêmes et tout à fait différents. Tout le monde doit passer par des étapes transitoires pour en arriver au stade où on parvient à les comprendre. La plupart des gens pense que c’est du bruit, mais ensuite le déclic se produit et tu te rend compte que ce n’est pas que du bruit, c’est comme une guitare distordue, comme un autre instrument.

-Vous êtes en train de filmer un nouveau DVD live, ce week end à Paris...

-James : Oui, et la majorité a été filmée hier, mais du fait que nous voulions tant de caméras, on va faire des plans rapprochés aujourd’hui, plus détendus, et on va essayer de se refaire les mêmes maquillages qu’hier, ce qui devrait être un véritable défi, parce que je ne me rappelle pas comment j’étais hier ! Je pense que c’est un très bon endroit pour filmer un DVD, parce que le public à Paris est toujours fantastique, toujours très lourd et qui peut devenir complètement dingue. On n’y trouvera pas que du live, mais aussi les trucs habituels où on nous voit bourrés, parmi plein d’autres choses ! On va essayer de se défoncer pour en faire un aussi bon package que possible : on va tenter de faire rire les gens, tout en leur faisant apprécier le show, bien sûr ! Il y a aussi un livre en train de se faire, par le gars qui avait collaboré avec Manson sur sa bio, et il y a toujours quelque chose en cours avec Cradle. Quand tu es dans un groupe à plein temps, tu ne peux pas vraiment t’asseoir pour te détendre et te reposer parce qu’il y a toujours de la compétition dans l’air et que tu cherches toujours à ce que ton groupe aille plus loin. Si tu te reposes six mois par an, alors tu ne peux que stagner, je pense, et perdre le contact avec ce que tu fais. Si tu es musicien, tu n’a pas envie de coincer la bulle pendant un an, en fumant des cigarettes et en regardant la télé ou jouant à la Playstation. Tu as envie d’être créatif, d’écrire, d’arriver avec de nouvelles idées pour faire avancer ton groupe.

-Doug Bradley, fameux pour son rôle de pinhead dans ‘Hellraiser’, apparaît sur ‘Nymphetamine’...

-James : Oui ! Génial ! Lorsqu’il est arrivé à la gare, j’ai poussé un cri, parce que le Pinhead était là ! Mais sans ces aiguilles dans le crâne, c’est Doug Bradley ! Je pense que sa voix est superbe pour une narration, qu’elle confère une autre dimension à l’atmosphere! Je pense vraiment que la musique de Cradle collerait à ce genre de films, qu’elle possède ce côté sombre et taré si proche des films d’horreur. J’adorerais faire ça, composer pour ce genre de films, quelque chose où les gens se feraient couper en morceaux ! Plein de sang et de gore, excellent !

-Savais tu que le groupe Coil avait composé un score pour Hellraiser, mais que le label a refusé et qui n’est donc jamais sorti ?

-James : Ca arrive parfois ! On voit des tas de groupes comme Ulver, créeant des climats, des musiques pour des films, puis ensuite s’envoler encore plus loin, vers un territoire encore plus ambiant. S’il avaient fait ça maintenant, je pense qu’on l’aurait bien davantage accepté qu’auparavant. Mais c’est parce que les limites ont évolué !



-Si Cradle ou ta propre vie étaient un film ?

-James : Moi même, en tant que film, serait un mélange de désastre et de comédie, proche du slapstick, où tout se détériore mais reste drôle quand même !


-Après toutes ces années au sein de Cradle, comment vis tu le fait d’être devenu toi même une icône ?

-James : C’est vraiment étrange, pour être honnête, parce que je ne pensais jamais que les choses iraient si loin : même lorsque j’ai auditionné, la première fois, je l’ai fait presque comme une blague, parce que jamais je ne pensais être pris, que ce n’était pas possible, mais j’ai quand même essayé, juste pour voir ce qui allait se passer. Et j’ai eu la chance d’être pris pour une tournée ,ce qui était cool, et ensuite pour jouer sur un album. Je pensais que quelque chose d’étrange était en train de se passer, et chaque membre du groupe est en quelque sorte tombé dans ce même trou, de quelque étrange façon ; chacun a une curieuse histoire à raconter sur la façon dont il a intégré le groupe. Donc, c’est toujours bizarre, mais je commence à m’y habituer, comme je le fais avec chaque situation nouvelle, je m’y adapte, mais c’est toujours un truc pas banal que de te regarder, quatre ans en arrière, voyant les gens faire la queue pour voir des groupes et aujourd’hui, c’est toi qu’ils viennent voir, toi qui est sur la scène ! La transition s’est opérée graduellement en fait, tout s’est mis en place, mais je sens toujours bizarrement la chose. C’est fun, à mon niveau personnel, quand un gamin vient voir le show et crie qu’il veut jouer de la guitare, ou d’un autre instrument. Là, tu te dis que tu as fait ton boulot, parce que le rôle d’un musicien jouant avec plaisir est d’inspirer les autres, et je pense avoir beaucoup de chance que d’être capable de faire cela, d’avoir ce genre d’influence : c’est toujours très étrange, mais si tu fais ton boulot correctement et amène les gens à jouer et s’exprimer eux mêmes, alors, tu as laissé ton empreinte !


Propos recueillis à Paris, le 3 avril 2005.

Merci à Karine et Sabrina, de Roadrunner France.

Trad : JPC et Marie Lecocq.






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