Cradle of Filth: Return of the Bleeding Crew…

‘Thornography’ est le titre du nouvel album de COF, après l’énorme succès de ‘Nymphetamine’ en 2OO5. Produit à nouveau par Rob Caggiano, guitariste d’Anthrax mais aussi producteur du dernier grand album de Bleeding Through, ce disque offre un très large spectre des ambitions du groupe aujourd’hui, un album catchy et direct, plus heavy et agressif encore que ses prédécesseurs, Maiden et Judas Priest ne sont pas forcément très loin, et moins orienté concept album que ses prédécesseurs. Paul Allender nous parle de tout cela, des changements de personnel, des personages des morceaux, de ses fortes influences personnelles, des guests comme Ville Valo de Him et de l’état d’esprit de ce groupe, aujourd’hui quasi seul représentant du black metal au pays de Robbie Williams et des télétubbies, tout au moins dans sa forme la plus théâtrale. Confession d’un enfant de la New Wave Of British Heavy Metal.

-La dernière fois que nous nous sommes rencontrés tous les deux (la dernière fois que j’ai rencontré Cradle, c’était avec le guitariste à présent parti James McEllroy en 2OO5), c’était pour la promo ‘Damnation and the Day’, pour Sony Music. A présent, voilà votre second album pour Roadrunner: Je suppose donc que vous êtes satisfaits de la situation présente ?
-P: Oui, nous sommes très heureux avec Roadrunner: c’est très chouette d’avoir un label qui comprend ta musique ainsi que toute la scène metal. Ca fait plus de vingt ans qu’ils sont dévoués à cette cause. C’était bien d’être sur Sony pour ‘Damnation and a day’, mais, malheureusement, ils ne comprenaient pas le groupe, ils ne savaient pas quoi en faire, et c’est donc bon d’être ici, surtout sur Roadrunner International, car, en tant que groupe et comme tous les groupes, on a besoin d’être diffuses aux USA aussi bien qu’en Europe. Et ils nous ont répandus vraiment partout, c’est merveilleux!

-Les membres de COF viennent et s’en vont: tu dois être fatigué qu’on te demande pourquoi, ma is, quand on y réfléchit, n’est ce pas une bonne chose parce qu’ils apportent un sang neuf à chaque fois?
-P: Oui, je suppose. Sur les albums precedents, il y a eu pas mal de changements, mais, pour celui ci, ‘Thornography’, j’ai écrit pratiquement quatre vingt pour cent du disque, pour la première fois, parce que j’adore vraiment écrire de la musique et, quand je fais ça, je ne me pose simplement pour écrire des riffs, j’écris également tous les arrangements allant avec. Et, parce que je fais ça de temps en temps, mes arrangements servent, par exemple pour un album, ce qui se passe aujourd’hui! Je ne dis pas que tout ce que je fais est génial, parce que j’en garde la plupart pour moi, mais je veux être sûr que le reste du groupe y mette aussi son grain de sel, parce qu’il n’y a rien de pire que d’avoir un groupe sonnant comme une seule personne. Celui-ci sonne vraiment collectif, et je pense que si les gens changent ou pas, ça ne changerait pas drastiquement quoique ce soit, parce que cet album est fortement imprimé par moi, avec tous les styles dont je peux me servir. C’est une bonne ou une mauvaise chose, qui sait ?

-Avez vous un clavier permanent cette fois?
-P: Nous avons un clavier pour les concerts, son nom est Rosie. Elle n’a guère participé à l’album parce qu’elle est arrivée alors qu’il était pratiquement composé à moitié. Nous avons utilisé les services d’un gars nommé Daniel Priestley pour les orchestrations, ce qu’il avait déjà fait pour ‘Damnation and a day’, avec tous les claviers et les chœurs. Un autre gars, Mark Newby-Robson, notre designer personnel, que nous connaissons depuis longtemps, même avant qu’on enregistre ‘Median’, est venu aussi, entre deux claviers. Ce gars, Mark, nous a donné un coup de main pour quelques concerts et a joué quelques trucs qu’il avait écrits, pour les ajouter au reste. Un autre gars, Chris, a écrit l’intro de l’album. Il vient des USA et il a tôt fait d’écrire quelques uns des samples que tu peux entendre sur l’album. Du coup, on a l’impression d’avoir eu quatre claviers différents pour ce disque!

-A propos de cette intro, elle m’a fait penser à la musique de Danny Elfman…
-P: Oui, c’est ce que nous voulions. J’adore les musiques de films, sans être obsédé par ça quand même. Ca me donne un état d’esprit particulier lorsque j’écris, j’écoute la musique et beaucoup de riffs me viennent à ce moment là. J’aime vraiment la musique du film ‘X-Men 2’ ainsi que la ‘Planète des singes’, parce que ça sonne vraiment différemment des autres et c’est incroyable.

-Parlons de Rob Cagianno, à nouveau producteur de l’album: est il essentiel aujourd’hui pour le son de Cradle?
-P: Non! On a bossé avec Rob la dernière fois et on lui a demandé de revenir pour cet album, mais je pense que la prochaine fois, on essaiera quelqu’un de différent, parce que je ne veux pas que le groupe aie toujours le même son, ce qui est très chiant. Ca vient du fait qu’on n’écrit pas de chansons différentes sciemment, mais qu’on accepte le fait qu’elles viennent comme elles viennent. Je crois qu’il est temps de changer de producteur pour le prochain album, mais je n’ai encore aucune idée de qui cela sera. Pour être honnête, j’aimais beaucoup Anthrax dans leur première période. J’ai entendu quelques trucs récents, mais ça ne ressemble pas vraiment à du bon vieux Anthrax. Je les aimais beaucoup au début, ils étaient brillants, mais aujourd’hui ce n’est plus pareil. Rob est un gars super, on l’a rencontré quand il a mixé ‘Damnation and a Day’ et il est resté avec nous pour deux albums.

-A propos de trash, cette année marque le 20th anniversaire du ‘Reign in Blood’, de Slayer: qu’en penses tu?
-P: Je l’adore, mais pour moi, le meilleur album, c’est ‘Hell Awaits’, désolé de chequer tout le monde! Et ensuite, ‘Haunted the Chapel’, ces deux là sont mes préférés, alors que tout le monde cite sans arrêt ‘Reign in Blood’, qui est un bon album, mais les deux autres lui sont bien supérieurs, à mon avis.

-Que penses tu du retour de Venom et Celtic Frost cette année?
P: j’ai écouté l’album de Celtic Frost, mais je n’ai pas été convaincu. J’ai toujours été un grand fan de Celtic Frost et de Veniom, je possède tous leurs albums, les singles et aussi les picture discs qu’ils ont sorti. Venom est cool, mais Celtic Frost ne m’a pas trop plu, malheureusement!

-Il y a quelques temps, j’ai rencontré Liv Kristin, qui m’a dit apparaître sur deux vidéos du groupe…
-P: Sur une vidéo, la seconde ne s’est jamais tournée….

-Alors, qui chante sur ‘Temptation’?
-P: C’est une fille qui s’appelle Harry, qu’on appelait Dirty Harry et qui est la copine d’un musicien américain. On l’a contacté par Rob, qui nous a conseillé de l’appeler parce qu’elle ferait ça très bien. Je pense qu’elle s’en est superbement tiré. Liv est une chanteuse merveilleuse, mais nous avons choisi de prendre quelqu’un d’autre, comme nous le faisons pour chaque album de Cradle, avec cette idée de faire toujours différent au lieu de tout refaire à chaque fois à l’identique.

-Par exemple, Ville Vallo, de Him, chantant sur ‘Byronic Man’…
P: En fait, quand on est allé jouer aux Etats Unis, on a commencé à en parler, vu que Dani avait discuté avec Ville plusieurs fois au téléphone et qu’il le connaissait bien. Il s’est rangé à nos idées concernant le chant sur ce morceau, et on lui a donc envoyé une bande audio pendant que Dani lui envoyait le texte qu’il voulait qu’il chante. Je pense qu’il était en tournée quand il l’a fait, il a été dans un studio, a enregistré sa partie chantée et c’est vraiment super. Je me rappelle qu’on a échangé quelques e-mails avec lui parce qu’il n’était pas content de ce qu’il avait fait, et qu’il voulait le changer. Pour nous, c’était très bien, mais il voulait le refaire. Il ne l’a pas fait, finalement, et c’est tant mieux.

-J’ai remarqué que le chant clair était plus important sur cet album: est ce le signe d’une évolution pour le groupe ou bien juste un essai ? Poursuivrez vous dans cette voie ?
P: Plutôt oui. Ce qu’on a essayé de faire et de créer pour cet album est une série de morceaux mémorables. Je crois que nous sommes arrivés à un point de notre carrière et de nos vies personnelles où c’est la direction vers laquelle nous nous dirigeons, parce que nous sommes tous des trentenaires à présent, on n’est plus des gamins ! Mais, pour le prochain album, on pourrait retourner à des choses plus anciennes, on ne sait pas, ça dépendra de notre humeur du moment. Pour dire le vrai, on a donné quelques interviews jusqu’à présent, et beaucoup de gens nous ont dit que c’était la première fois qu’ils se rappelaient d’un album de Cradle du début à la fin. Donc, ça marche, et c’est très cool !

-Sur ‘Thornography’, vous reprenez le ‘Temptation’ d’Heaven I7, un groupe anglais de new wave des années 80, après avoir fait de même avec Cliff Richard sur ‘Damnation and a day’: pourquoi ce choix?
-P: Pour te dire la vérité, nous avons choisi de reprendre quelque chose auquel les gens ne se seraient jamais attendus, et celui là a très bien rendu. Un tas de gens nous ont demandé pourquoi on ne faisait pas une reprise de metal, mais c’est chiant. Pourquoi ne pas faire quelque chose de vraiment différent? C’est ce que nous avons fait. On l’a fait aussi pour que les gens parlent de nous, et ça fonctionne aussi, tout le monde parle de la reprise d’Heaven 17 par Cradle. C’est la meilleure des publicités, dès lors qu’on parle du groupe.

-Quelle est la situation du black metal en Angleterre aujourd’hui? Vous sentez vous isolés ?
-P: Il n’y a absolument aucune scène black metal en Angleterre, on ne trouve que de l’emo-core de merde partout! Tu allumes une chaîne musicale et tu ne vois que des gens habillés en rockabilly. Je comprends totalement le fait que si tu démarres un groupe et que tu le démarres jeune, tu puisses démarrer de n’importe quelle façon. C’est donc plein de kids, mais des kids avec une ‘mauvaise attitude’ ! Cette attitude permet à tout un tas de nouveaux groupes très arrogants d’arriver sur le marché et, pour te dire le vrai, je suis impatient de voir à nouveau de vrais groupes de metal à la télé, parce qu’il en passe, mais à deux heures du matin, alors que l’emo passe en boucle toute la journée. Qu’est ce que ça veut dire ? Ce n’est pas du metal, c’est juste un truc à la mode que tu veux foutre par la fenêtre ! Je peux comprendre le pourquoi de cette situation, parce que les maisons de disques font beaucoup d’argent avec, mais ce n’est pas du tout ma tasse de thé.

-Que penses tu de groupes comme Akercocke, par exemple?
P:Quelques morceaux sont bons. On les connaît assez bien, vu qu’ils ont fait notre première partie plusieurs fois, et ce sont des gars qui bossent vraiment dur. J’aime quelques morceaux, mais le reste est trop extrême (?!) pour moi : si j’avais dix ans de moins, peut être, j’écoutais ce genre de choses dans les années 90, mais aujourd’hui j’en suis revenue aux groupes de heavy comme Destruction, que j’adore, et Maiden, Megadeth, Motorhead: on a joué avec eux en Suède, et c’était incroyable. Motorhead a été une grosse influence pour moi.

-Verra-t-on des vidéos pour cet album? Y aura-t-il une édition spéciale, comme précédemment?
-P: Oui, nous tournons déjà une vidéo, les 5 et 6 septembre, pour ‘Temptation’, qui sera très stylisée. Elle sonne superbement sur le storyboard, et si le producteur peut faire tout ce qu’il pense avec les images, ça sera incroyable. On pense à sortir une édition spéciale, mais pas avant huit ou neuf mois. La façon n’est pas dérangeante du tout, on la verra donc absolument partout.

-Aujourd’hui, vous êtes isolés, mais du coup, uniques?
P: Je suppose que nous sommes…isolés ! Nous devons nous tenir au courant de ce qui se passe, mais on change constamment, en tant que groupe et en tant que compositeurs, chaque album que nous avons écrit montrait simplement notre habilité à ce moment là. Maintenant, quand on écoute nos anciens disques, les morceaux qu’on a écrit il y a un moment, on pense toujours qu’il aurait fallu modifier des choses. Mais on a écrit ces morceaux avec ce qu’on avait dans le ventre sur le moment, et on sait, tout comme chaque membre du groupe, que l’on s’y investit à 100%, on essaie d’aller le plus loin possible, et Rob nous poussait continuellement à refaire encore et encore, ce qui était pour obtenir le meilleur des résultats.

Propos recueillis le 29 août 2OO6 à Paris.
Merci à Sarah et Karine pour leur aide de tous les instants.







Retour au sommaire