De retour avec un superbe nouvel album, ‘Damnation and a day’, et un nouveau label, Sony music, Cradle of Filth était en tournée promo à Paris, en attendant leur concert du 14 avril au Bataclan, pour défendre leur dernière production, 17 morceaux pour un peplum d’horreur en technicolor grand format, gothique bien sur mais où l’on sent percer quelques pointes de leur tapis de sol heavy qui finissent par crever le plancher : après tout, ‘Reign in Blood’ influença nombre de groupes actuels et de nuits de pleines lunes pleines d’abominations mystiques et sexuelles, non ? Sixième lp pour le gang de Dani, et pas le moindre : le son est gigantesque, le concept d’un ange en transit mal barré sur Terre est plutôt cool et le groupe, resserré en quintet, semble plus homogène que jamais. Quand à la musique...
Rencontre avec Dani et Paul lors d’un...Sony afternoon. Ah ah ah...
Sorry Angel....
-Votre nouvel Lp, ‘Damnation and a day’, est le premier pour Sony Music : comment cela est il arrivé et qu’est ce que cela apporte à Cradle ?
-Dani : Lorsque notre précédent contrat s’est terminé avec Music For Nations, on s’est pratiquement prostitués parmi diverses majors pour trouver le meilleur deal et heureusement, Sony est sorti du lot. Après quelques rencontres initilaes avec le directeur général, nous avons décidé d’accepter leur offre et c’est super parce que la situation financière du groupe s’en trouve très nettement améliorée : nous avons pu, sur ce disque, par exemple, nous offrir les services de l’orchestre philarmonique de la radio de Hongrie, ce qui, tu sais, représente une belle somme mais aussi quelque chose que nous voulions réaliser depuis longtemps. Et aussi, ca nous a permis de travailler avec des grands noms et passer un peu plus de temps pour se dire que l’album était ok. L’aspect financier, la distribution et le concept de sécurité sont des choses essentielles. Tout ne peut qu’évoluer.
-Plus de liberté aussi ?
-Dani : Oui, je pense. On aurait pu penser qu’ils seraient plus restrictifs, à cause de leur politique sur ce qui se vend ou non, mais en fait on a eu considérablement plus de liberté. Parce que ce qui m’intéressait assez quand on a signé avec eux, c’est que le directeur général m’a confessé qu’il ne connaissait rien à notre musique et qu’il savait seulement l’excitation que pouvait procurer nos ventes : il n’a pas cherché à nous embrouiller et nous a dit clairement ce qu’il en était, ce que j’ai beaucoup apprécié : arrêtons les faux semblants !
-Donc, on peut dire que contractuellement aussi bien que musicalement, c’est un tournant pour le groupe ?
-Dani : Oui, absolument !
-Question rituelle : encore un changement de line up : ne te sens tu pas comme un capitaine dans la tempête ou bien est ce là la véritable damnation pour Cradle ?
-Dani : Ce n’est pas vraiment une damnation : lorsque tu es dans un groupe, une année pourrait passer que cela semblerait une éternité en soi. Dave avait l’air enfermé dans le groupe depuis un éternité mais il est officiellement depuis un an et demi, et pourtant ca semble beaucoup, parce que nous hyper actifs : cette année, par exemple, nous serons tournée tout le temps de mars à décembre en Europe et en Australie et au Japon et aux USA, aussi tu n’y fais pas autant attention en tant que membre, et il n’y a guère eut beaucoup de changements ces derniers temps, tout s’est stabilisé. Guy a quitté le groupe, pour un tas de raisons, mais l’album fut écrit par nous cinq, il n’y a pas beaucoup participé, et il fut également enregistré à cinq, aussi , pour l’instant, nous conservons cette formation parce qu’elle fonctionne bien. Il n’y a pas trop de cuistots pour remuer le bouillon et c’est quelque chose que nous allons garder pour le moment. Néanmoins, car nous partirons en tournée, nous ferons appel à un second guitariste mais on verra bien comment les choses tournent avec lui, si il sera intégré au groupe ou bien si nous devrons chercher qulequ’un d’autre. Nous sommes très content à cinq pour l’heure présente : ca suffit pour être créatif !
-Mieux vaut être moins mais plus motivés !
-Paul :Cinq, c’est mieux que six, je pense...
-A propos de la production de cet album, vous mêmes et Doug Cook, votre partenariat dure à présent depuis un certain nombre d’années. Mais auriez vous d’autres producteurs avec lesquels vous aimeriez travailler ?
-Dani : Nous avons mixé avec l’aide de Scrap 60, qui est une sorte de groupe de mixeurs aux USA, et dont l’un des membres, Rob Caggiano, est le guitariste d’Anthrax, ce qui a permet d’obtenir ce côté lourd et heavy de la guitare. Si je devais choisir quelqu’un, je dirais Rick Rubin.
-Paul : Et Andy Wallace pour le mix : le duo classique !
-Dani : Ca coûterait un max...
-Paul : Mais je ne pense pas qu’ils soient impliqués autant que nous le sommes.
-Et quelqu’un comme Pete Tagtgren, par exemple ?
-Dani : Pete est un ami, mais, pour être juste, je pense qu’il s’éparpille trop de temps en temps, c’est un accro du travail ! Il a deux cent groupes à lui et trouve le temps d’en produire d’autres constamment. Il serait parfait au niveau de l’interaction, mais j’aimerais le voir évoluer dans un plus grand studio. Je sais qu’il est familier de ses propres outils, mais il a bossé tant de groupes là bas. Je trouve qu’on y perd en fraîcheur, aussi j’aimerais bien l’amener dans le contexte d’un grand studio.
-Pour ‘Damnation and a day’, vous avez travaillé avec un orchestre Hongrois à cordes avec ses choeurs : pourquoi étais ce important, plutôt que de se servir de claviers ? Le son ? Le feeling ?
-Dani : L’album entier possède cette qualité biblique, jusqu’aux textes et au design de la pochette et du livret. Par exemple, si tu fais Star Wars, tu ne t’amuserais pas à jouer les thèmes sur un synthé. Rien n’est plus affectif, nous avons toujours essayé d’obtenir cette atmosphère, comme nous sommes très branchés musique de films, mais rien ne peut remplacer ça, surtout sur une échelle de cette taille. C’est un orchestre de 60 musiciens, qui fut donc doublé durant le mix, et là tu te retrouves avec quelque chose proche de la B.O du Seigneur des anneaux, grand comme ça !
-Aucune chance de voir cet orchestre, même sous une forme réduite, sur scène avec vous ?
-Dani : Non, ce serait trop compliqué, mais je pense qu’on va finir par utiliser des samples, ce serait sympa.
-J’ai lu que vous aviez enregistré des chiens aussi ?
-Dani : Des chiens ? Eh bien, sur une partie de l’album, tu peux entendre un tas de chiens hurler parce que le studio était situé près d’un pavillon de chasse, et ils gardaient là tous les chiens de chasse de l’East Sussex. Et donc, une nuit de brouillard, les hurlements se promenaient entre les bâtiments de façon très évocative. Mais nous étions aussi prêts d’un asile psychiatrique pour personne âgées...
-Vous vouliez un narrateur : qui avez pris finalement ?
-Dani : Nous l’avons rencontré lorsque nous avons tourné ce film d’horreur, ‘Cradle of fear’, dans lequel on trouve un serial killer, rôle joué par Dave McEwen et nous avons décidé de faire appel à lui à cause de l’aspect Shakespearien de son language, très Richard Burton ou Orson Welles, et de son parcours personnel impressionnant.
-Composes tu différement que te voilà papa aujourd’hui ?
-Dani : Ca donne un peu plus, pour le moins, de responsabilités, parce que je ne suis plus uniquement connecté qu’à moi même mais je ne pense pas que je m’en sois radouci : au contraire, je suis encore plus FURIEUX ! ON revient juste d’Inde, qu’elle a adoré, elle en est au point tournant ou elle devient une véritable petite fille, elle parle couramment, sait compter, lire, commence à écrire, discute, possède une bonne idée des choses, nous questionne au milieu de la nuit. J’en suis très fier mais ça ne m’a pas affecté à ce point, plutôt rendu plus attentif sur l’appréhension des choses, alors qu’avant j’étais un peu plus imprudent. Beaucoup plus imprudent !
-Quelles sont pour vous les différences principales avec le précédent album ?
-Dani : Je pense que la production tend vers un côté plus heavy. Sur quelques-uns des morceaux nous sommes mélangés avec un orchestre complet, il sonne épique parce qu’il y a également un excellent son de batterie aussi, et aussi un meilleur son de guitare, de batterie donc, et tout cela procure un solide squelette au reste de la musique. Tout ça, je dirais, sonne définitivement plus heavy, quelques uns des morceaux en eux mêmes sont davantage orientés death metal tandis que d’autres lorgnent plus vers le metal traditionnel. On explore en quelque sorte de nouveaux territoires pour Cradle, on se tord dans tous les sens.
-Vous avez enregistré une chanson de Cliff Richard : pourquoi cela ?
-Dani : En fait, elle n’est pas sur l’album, mais elle apparaitra probablement sur une édition spéciale qui sortira dans à peu près six mois, ainsi que quelques nouveaux morceaux. Je pense que nous avons pris un morceau de Cliff Richard parce que nous voulions quelque chose que nous pouvions pervertir, je crois que c’est ironique, le fait que Cradle reprenne Cliff Richard, et ironiquement justement, quand nous avons entendu la chanson, on aurait dit que nous avions fait un vieux morceau d’AC/DC, en beaucoup plus heavy ! Les textes sont plutôt cool, assez ambivalents. On a aussi demandé à King Diamond de chanter dessus avec nous, et du coup il y a là une totale ironie, quelque chose qui fonctionne vraiment.
-Paul : Mais Cliff Richard ne s’est pas montré !
Non ? Pensez vous qu’il viendra sur scène ?
-Dani et Paul : Non, pas vraiment ! ! !
-Vous avez de fantastiques videos, mais avez vous l’intention de faire un autre film, après ‘Cradle of fear’ ?
-Dani : Pour ‘Cradle of fear’, un tas de gens n’ont pas compris que l’on comptait juste faire un film d’horreur fun, comme les premiers Peter Jackson, ‘Bad taste’ ou ‘Braindead’ . Tous les gens impliqués dans le film ont eu beaucoup de bon temps et pas mal de fous rires, et le film s’est vendu exceptionnellement bien dans le circuit underground parce que tu peux même le trouver dans les Blockbuster’s et les endroits comme ça. Une chose amusante est lorsque tu regardes la version Brésilienne, doublée en Portuguais : c’est hilarant parce qu’ils ont complétement refait les voix !
-Paul : C’est génial !
-Dani : Il y a des pourparlers pour un second quand tout le monde trouvera le temps. Nous avons il y a peu tourné une video aussi pour un titre de l’album qui s’appelle ‘Babylon A.D’, dirigée par un gars nommé Wiz, qui a aussi travaillé avec Manson, Smashing Pumpkins et récemment aussi Oasis, et c’est plus ou moins basé sur un film qui s’appelle ‘Salo’ ( de Pier Paolo Pasolini, ndlr) et qui est un adaptation des ‘120 journées de Sodome’ du Marquis de Sade racontant l’histoire de ce groupe d’aristocrates qui habitent ce château pendant 120 jours, capturant des participants involontaires, des victimes donc, pour les abuser sexuellement. Apparemment, c’était une déclaration du triomphe du vice sur la vertu. C’est un film très déprimant. C’est à peu près basé sur ça, nous portons des costumes rayés et avons l’air d’Italiens, avec les cheveux gominés !
-Question : si Cradle était un film ?
-Dani : Un mélange de ‘Sleepy hollow’, ‘Nightmare before christmas’ et ‘Dracula’ : les vieux avaient l’atmosphère, les nouveaux l’aspect gore. J’aime beaucoup le plus récent, celui de Francis Ford Copolla. Les décors sont superbes, ils capturent bien l’essence de l’Angleterre de cette époque.
-Après dix ans, comment juges tu ta carrière et la façon dont les choses ont évolué ?
-Dani : Parfois, les gens brossent un tableau très sombre du passé parce qu’on a eu beaucoup de changements de line up, mais nous n’avons pas dérapé pour autant, chaque album est devenu meilleur et plus important, s’est mieux vendu, et le tout a quand été une petite aventure . C’est comme une machine : quand quelque chose casse, il faut le remplacer, c’est une partie du truc. Les gens changent mais Cradle reste. Je pense même que le nom survivra à ses membres. Il ne faut pas avoir de regrets, de telles choses te polluent l’esprit, mais tu ne peux pas revenir en arrière pour changer les choses parce que rien n’arrive sans raisons, bien que cela puisse paraitre confus sur le moment, aussi sommes nous très positifs par rapport au futur, c’est une motivation pour bosser dur. Nous sommes parvenus à un point, l’année dernière, où nous avons été extrêmement occupés, on a passé l’année à écrire cet album et à l’enregistrer, et maintenant tout est fait. A présent on va juste occuper le reste de l’année à se vautrer dans ce que l’on a chevé, apprécier les concerts et en quelque sorte étendre nos ailes et se délecter de tout cet achèvement ! ! !
-Quand viendrez vous à Paris ?
-Dani : En avril, soyez y ! (le 14 avril, au Bataclan, pour être plus précis, ndlr)
Propos recueillis à Paris le 16 janvier 2003 par Jean Paul Coillard.
Trad : Marie Lecocq et Jean Paul Coillard


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