Dark Tranquillity : old darkness and new haven


Déjà, dans la disco de Dark Tranquility, " Projector ", album phare s'il en est, pouvait être considéré comme un nouveau point de départ pour le groupe suédois, oscillant auparavant entre death metal ,(avec " Mind's I surtout) et néo gothique ; aujourd'hui, " Haven " propose un nouveau changement de cap, avec un son beaucoup plus serré et un retour au chant énergique, et ce malgré la présence de claviers toujours aussi travaillés, et encore une collaboration avec Fredrik Nordström, qui cette fois non seulement enregistre mais mixe aussi. Quelques lumières sur la sombre tranquillité, à l'aube de leur première tournée américaine, avec le chanteur, Mikael Stanne...Black suede choose...


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- Nous sommes ici pour parler de votre nouvel album : " Haven ", un titre assez étrange pour un album aussi énergique ?
MS : Pour moi, " Haven " (le "refuge") est l'endroit où nous avons écrit cet album et son origine : nous écrivons notre musique dans la cave, derrière d'épaisses portes d'acier pour que personne ne nous dérange ; aucun téléphone mobile ne peut y fonctionner, nous n'avons aucun lien avec l'extérieur, alors nous sommes en sécurité. On adore cet endroit, on peut s'y concentrer exclusivement sur la musique. Lorsque j'écris des textes, je vais chez moi, je ferme les portes, je débranche le téléphone, la TV, l'ordinateur et je me concentre. Pour moi, cette sécurité est importante dans notre vie, cette sorte de retraite, protégée des influences extérieures, c'est un refuge : nous y sommes en sécurité.

-Lors de notre dernière rencontre, pour " Projector ", tu as dit que chanter du death metal pendant aussi longtemps avait détruit ta voix ; comment est-elle aujourd'hui ? Tu as récupéré ?
-MS : Oh oui ! De toutes façon, j'ai essayé de faire quelque chose de différent pour " Projector " ; j'étais surmené, mais je vais beaucoup mieux maintenant, je connais mes limites, je sais me contrôler, alors ce n'est pas un problème. J'étais un peu déglingué après avoir fait des reprises, mais maintenant, ça va !

-Cette fois, Fredrik Nordström a non seulement enregistré, mais aussi produit l'album. Pourquoi ?
MS : Il n'a pas vraiment beaucoup travaillé à la production, nous nous en sommes chargé, ainsi que de tout le reste, mais il a mixé cet album ; nous avons utilisé deux studios en un, le plus petit où nous faisions tout nous-mêmes, on s'amusait et on veillait à ce que tout soit comme nous le voulions, parce que nous avions fait plusieurs démos en répétition pour tester les nouveaux morceaux. Nous savions exactement quoi faire et l'album était prêt ; alors, Fredrik est arrivé pour l'enregistrement et le mixage.

-La pochette est à nouveau signée par Niklas Sundin : est-il important pour vous de former une continuité avec ces magnifiques pochettes et d'établir une sorte de famille avec lui, comme avec Fredrik ?
MS : Niklas et Fredrik aiment l'art et Niklas aime l'aspect visuel du groupe, c'est de cela qu'il se charge : les photos, l'image du groupe, le site Web et évidemment les pochettes ; pour nous, c'est très important d'ajouter un aspect visuel à la musique et aux textes, nous essayons de faire en sorte qu'il soit aussi bien que possible, cela représente les différentes aspects du groupe, alors nous avons de la chance d'avoir Niklas, qui travaille très bien et aime ce qu'il fait ; nous avons une relation très étroite avec lui, il ressent tout, dès que nous avons une idée de pochette ou de musique, il l'exécute et c'est toujours parfait !

-Vous avez un nouveau bassiste, Michael, car votre guitariste avait été remplacé par votre précédent bassiste. Le line-up du groupe est-il stable maintenant ?
MS : Oui, c'est très bien, Michael était un vieil ami et un fan du groupe depuis plusieurs années, alors c'était naturel de l'intégrer dans le groupe : il a laissé tomber son job et tous ses projets pour nous rejoindre et tout est très simple avec lui  : le groupe est très stable maintenant...

-Après le grand succès de " Projector ", vous aviez sûrement l'impression que les gens vous attendaient au tournant ?
MS : On ne peut pas vraiment y penser comme ça, car on doit être à la hauteur : on essaie juste de faire les meilleurs albums possibles en fonction du niveau que nous nous fixons. Il change sans cesse, au cours des albums et des années. "Projector" a été enregistré il y a 2 ans et demi et ensuite, nous avons recommencé à écrire. On voulait qu'il soit plus direct : au début, certains morceaux duraient six minutes et nous les avons réécrites et dégraissées pour en garder uniquement le squelette. En ce qui concerne cet album, nous n'avions jamais travaillé comme ça et c'était très intéressant et stimulant pour nous : avoir le temps de créer les morceaux étape par étape pour être sûr que tout est bien. Tout le monde a été impliqué dans l'écriture de l'album, c'est pourquoi il a pris beaucoup de temps, car un groupe très démocratique comprenant six personnes très individualistes nécessite de longues répétitions !

-" Mind's I " et " Projector " étaient très différents, et le dernier est aussi différent dans un autre style : est-ce un désir d'évoluer constamment ?
MS : Oui, absolument : lorsqu'un album sort, il te semble bien, tu vas en tournée, tu fais la promo, etc., quand c'est terminé, la dernière chose que tu veux faire, c'est le même type de musique, tu veux juste continuer à te réinventer et te demander ce que tu pourrais bien faire. On a toujours notre son ou notre manière de jouer et de définir la mélodie et le rythme, mais nous le faisons de manière différente. C'est le plus important pour nous : on ne veut pas stagner, on n'est pas encore si vieux !

-Vous êtes toujours sur Century Media ; que pensez-vous de labels comme Moonfog ou Nocturnal art en Norvège et êtes-vous tentés de signer sur un bon label dans votre pays ?
MS : On n'y a jamais pensé ! Il n'y a pas de suffisamment bons labels en Suède, mais ce n'est pas un gros problème : nous avons des contacts très étroits avec Century Media, ils font un boulot super, ils sont très cools et nous laissent une totale liberté. Ils ont aussi de très bonnes suggestions sur ce que nous faisons, alors je n'ai jamais pensé à les quitter !

-Vous allez bientôt commencer votre première grande tournée américaine : comment vous sentez-vous ?
MS : Très excités ! On part d'abord au Mexique pour une semaine, on revient et puis en va aux USA, ce sera super ! Je veux voir si c'est aussi grave que je le pense. Je veux voir tous ces gros tas stupides dans la rue ! Bouffer de la merde, boire de la bière bon marché, m'amuser, j'ai vraiment hâte de ça !

-Votre site est très beau : êtes-vous intéressé par le multimédia comme une double source de création et de contact avec les fans ?
MS : Oh oui, lorsqu'on fait de la musique, de l'art, Internet est un super moyen de communication, tout comme la musique et les textes, c'est juste un autre aspect. Avec Internet, nous pouvons communiquer directement avec les gens, on discute, on pose des questions et on échange des opinions. On le fait tous les jours et c'est très important pour nous, on organise toujours des forums où on parle de ce qui concerne le groupe, je trouve que c'est génial.

-Aimeriez-vous, comme beaucoup de groupes, sortir un DVD de vos vidéos ?
MS : Nous n'en avons pas beaucoup et je ne les trouve pas assez bonnes, mais j'aime beaucoup ce format. Mais j'aimerais aussi avoir une collection de morceaux live, de home videos et d'émissions, mais je ne suis pas sûre de vouloir les vendre, je veux les avoir à la maison ! Pour l'instant, nous n'avons pas suffisamment de matériel pour remplir un DVD,...

-Que penses-tu du procès MP3 aux USA ?
MS : Je crois que les sites comme Napster sont super pour les gens qui cherchent des singles ou de nouveaux albums pour n'en prendre que les morceaux qu'ils aiment, c'est plus facile que d'aller chez un disquaire. Mais quand on sort des CD promo des albums, les gens les ont sur le Net un mois avant la sortie et c'est très moche : j'aimerais qu'ils soient sur Internet et dans les magasins le même jour. Mais pour des groupes comme nous, d'importance modeste, c'est une bonne promotion, si tu télécharges quelques morceaux, tu finiras par acheter l'album...

-Finalement, est-ce que Dark Tranquility est ton refuge ?
MS : Absolument : tu sais, je me perds dans les musique pendant les répétitions. Je peux me sentir mal pendant la journée et penser que je n'y arriverai jamais, mais quand le premier morceau commence, plus rien n'a d'importance. Ces derniers jours, on ne fait rie, on s'emmerde, mais dès qu'on monte sur scène, l'adrénaline monte et tout va bien, c'est un véritable refuge.

(propos recueillis à Paris le 27 septembre 2OOO à la Locomotive par JP Coillard et Mr X ; photos : Christophe Valette)

Notre première interview du groupe


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