|
Quatre ans après ‘Death
Cult Armaggedon’ et les épuisantes tournées qui
s’ensuivirent, Dimmu est enfin de retour et en pleine forme‘In
Sorte Diaboli’, leur nouvel album. Un disque proprement infernal,
un concept-album épique dont l’histoire se situe au moyen
âge et tournant autour de Dieu et du Diable et des hommes entre
les deux. Plus heavy, moins symphonique, ‘In Sorte Diaboli’ est
l’un des meilleurs albums de Dimmu jamais sortis. Silenoz était
à Paris pour répandre à la fois doute et bonne
parole…

-Parle-moi de ce titre, tout
d’abord, In Sorte Diaboli…
-Silenoz: C’est un titre en
latin et c’est la première fois que nous en utilisons un
pour un album. Nous pensions que c’était pertinent vu que
l’histoire se déroule au moyen âge et au
début
de la renaissance. Cela signifie, traduit directement, la connexion
avec le Diable en terme de foi.
-Et
que raconte cette histoire?
-S: C’est celle d’un jeune
home qui commence à travailler pour l’église locale,
l’évêque du lieu, parce qu’il veut servir Dieu.
Mais, au bout de quelques années, il commence à avoir
d’étranges rêves et visions et il comprend que sa
lignée est directement liée au Diable. Pourtant
toujours proche de l’église, il commence à développer
son propre culte, d’une certaine façon, il trouve des
adeptes et, après quelques semaines, quelques mois peut être,
tous les gens du coin comprennent vraiment ce qu’il veut dire et il
finit sur le bûcher, vraisemblablement. La symbolique que je
voulais dépeindre au travers de cette histoire est la même
que celle que Lucifer lorsqu’il fut jeté hors du paradis par
Dieu parce qu’il commençait à devenir une menace
potentielle pour Dieu et les anges à cause de sa différence :
il était plus intelligent, plus
beau, un ange individualiste. Il ne figurait donc pas dans les
desseins de Dieu et je voulais que cette histoire y ressemble parce
que le personnage veut visiblement se conformer aux préceptes
de l’église parce que tout le monde fait comme ça à
l’époque. Mais il comprend qu’il est différent et
pour lui c’est la chose la plus naturelle que de voir Dieu là
où il est vraiment, son côté sombre pourrait on
dire. Personnellement, c’est quelque chose que je fais depuis que
je suis enfant, c’est donc très personnel, à pas mal
de points de vue. Je pense qu’une fois que les gens auront lu
l’histoire et les textes, tout cela va s’assembler naturellement
et ils se reconnaîtront dans pas mal de situations, comprenant
du coup bien mieux le concept de l’album.
-C’est d’une certaine manière
un concept album: Dimmu a-t-il l’intention de le jouer sur scène
dans son intégralité?
-S: Non, nous
ne le jouerons probablement pas en entier en live, mais nous allons
réaliser un véritable décor de scène pour
ce cadre là, qui symbolisera non seulement l’histoire mais
son époque. On verra quelle somme on pourra disposer pour ce
faire, mais on va faire tout ce qu’on peut pour que les gens
sentent qu’ils en ont pour leur argent quand ils viennent nous
voir. On n’a pas encore défini tout le plan de scène,
mais ce sera différent de nous voir simplement jouer. On doit
aussi savoir la place que cela tiendra sur scène parce que
nous sommes six dans le groupe !
-Les guerres de religion qui
fleurissent depuis quelques années de par le monde t’ont
sûrement inspiré?
-S: Cette
histoire pourrait aussi certainement se passer à l’époque
présente, et c’est pourquoi cet album possède une fin
de son histoire aussi concluante parce qu’elle symbolise ce qui se
passe dans le monde aujourd’hui,
comment les gens sont traits parce qu’ils pensent différemment
et parce que la plupart des gens ont peur de ce qu’ils ne
connaissent pas au lieu l’affronter et de faire des recherches, ils
voient tout ce qu’ils ne connaissent pas comme quelque chose de
négatif.
-Peut on parler ici d’une sorte de
‘Christ Illusion’ historique?
-S: Je pense que oui! Je veux
dire que je ne nie pas le fait que jésus a vécu, mais
en ces temps là, on trouvait aussi des magiciens et tout un
tas d’autres choses que nous ne connaissons pas mais que nous
pensons connaître, et c’est quelque chose qui m’a fait me
poser des questions sur un tas de sujets. Mais, en même temps,
sachant cela, je pourrais ne pas avoir de réponse à
toutes les questions que je me pose. Pour la plupart des croyants,
ils possèdent un livre/mode d’emploi dans lequel ils peuvent
trouver une réponse s’ils le veulent, dans tout ce qu’ils
lisent : c’est comme ça que notre vraie vie
fonctionne !
-Tu as récemment déclaré
pour le magazine Kerrang que tu ne considères plus Dimmu comme
un groupe de black metal désormais et que tu as atteint un
sommet au niveau des orchestrations avec l’album précédent,
mois présentes sur celui-ci. Comment redéfinirais tu la
musique de Dimmu aujourd’hui?
-S: C’est difficile, parce que
je pense que nous avons crée notre propre son depuis le départ
et l’avons simplement perfectionné d’album en album. Nous
avons donc dévié de cette catégorisation connue
sous le nom de black metal. Nous possédons toujours beaucoup
de cette identité, de ces fondations et de tout ce qui y est
connecté musicalement de ce point de vue, mais aussi notre
musique et le reste ont de fait pris leur propre essor. On s’en
fiche royalement, et je pense qu’on s’est d’ailleurs toujours
fichu du fait qu’on nous catégorise comme groupe de black
metal ou autre parce qu’au bout du compte, on a de la bonne et de
la mauvaise musique, et il appartient à chacun d’aimer ou
pas. On n’est donc guère concernés par le fait de
mettre une étiquette sur notre musique.
-Dimmu va participer au Download
festival en juin: est ce une sorte de défi pour toi que de
convaincre des publics aussi différents du tien?
-S: Bien sûr. C’est un
festival historique, depuis les années 80 où il
s’appelait Monsters of Rock. Je me rappelle, étant gamin,
lisant des chroniques dessus, et aujourd’hui, je me retrouve en
fait à jouer là bas moi-même ! C’est aussi
une excellente opportunité de montrer au public anglais et à
tous ceux qui auront fait le voyage quelle musique nous jouons, ce
qui sera nouveau pour pas mal de gens je crois. Nous jouerons aussi
dans d’autres gros festivals cet été mais le
Download est quelque chose que l’on attend vraiment, quelque chose
de nouveau et de vraiment à la fois énorme et
historique.
-Hellhammer est il à present
un membre permanent du groupe depuis le réenregistrement de
‘Stormblast’ ou bien n’est il présent que pour les
tournées et les enregistrements ?
-S: Non, il n’est toujours pas
un membre permanent mais il tourne également avec nous. Il est
très enthousiaste et très dévoué au
groupe, disant partout que c’est sa priorité devant Mayhem
et les 2999 autres groupes au sein desquels il joue ! Il a un
peu participé à l’écriture de l’album,
amenant des idées pour la batterie et d’autres aussi, et il
est donc partie intégrante de ce disque pour lequel il a
fourni un super boulot, peut être son meilleur travail
jusqu’ici, ce qui en dit long !
-‘In Sorte Diaboli’ a été
enregistré aux fameux studios Fredman studios par Fredrik
Nordstrom (In Flames, Dark Tranquility) et Patrick Sten, comme les
précédents…
-S: Oui, nous avions pensé
à peut être engager quelqu’un d’autre, mais en même
temps, pourquoi changer quelque chose qui fonctionne vraiment bien,
et de plus, pourquoi ne pas tenter plutôt de tout améliorer
avec cet album ce que nous n’avions pas pu faire avec le précédent,
surtout au niveau de la production? Ni Patrick ni Fredrik ne sont
impliqués dans le processus d’écriture, mais ils ont
apporté quelques idées, ce qui peut toujours servir, et
bien sûr ont été essentiels au niveau du son. Ils
connaissent la musique que nous faisons à présent et
c’est donc facile pour eux d’imaginer ce que l’on veut, un son
aussi bon et carré que possible, pour faire sonner le disque
énorme. A côté de ça, Fredrik est assez
dingue pour vouloir bosser avec nous !
-Quelles sont pour toi les
principales differences entre Fredrik Nordstrom et Peter Tagtgren?
-S: Ils ne sont pas si
différents que ça parce que ce sont deux
perfectionnistes, qui désirent aussi en retour le meilleur de
chaque musicien du groupe et donc, si tu t’imagine qu’ils ont
gardé la meilleure prise, ils te la font refaire encore et
encore, jusqu’à ce que tu sortes vraiment tes tripes. Je
pense qu’ils possèdent bien sûr chacun leur technique
pour obtenir le son et qu’ils comptent aussi sur leur experience en
tant que producteurs. Une autre chose est qu’ils possèdent
tous deux un fort background au niveau du metal et comprennent donc
très bien d’où nous venons. Ils
ont été compréhensifs et patients chacun, parce
que, pour bosser avec nous, il faut être patient tout du long!
-Il y a une vidéo pour le
titre ‘The Serpentine Offering’, signée Patrick Illeus:
quand pourra-t-on la voir?
S: Elle sera diffusée
début avril, je pense, sur le Net et notre site officiel.
C’est un morceau de trois minutes et demi sous la forme d’un
court métrage, et on peut reconnaître tout de suite le
style de Patrick. Nous pensions tout d’abord que ce serait
difficile de reproduire l’idée de l’album en quelques
minutes, mais le symbolisme utilisé dans la vidéo est
si évident qu’il est une excellente représentation de
ce qu’est l’album.
-C’est
comme une bande annonce, en fait…
-S: Oui, comme une bande
annonce, si tu te représentes l’histoire du disque comme un
film.
-La pochette est à nouveau
l’oeuvre de Joachim Luttke, et l’album comporte également
un gros livret de 32 pages, ainsi qu’un miroir parce que le texte
est écrit à l’envers. On parle aussi d’une édition
spéciale en cuir et de bonus tracks : tout cela te
semble-t-il de bons moyens pour combattre à la fois le
téléchargement et la disparition de l’objet disque ?
S: Oui, un miroir et d’autres
choses encore, je ne sais pas pour le moment combien d’éditions
spéciales il y aura! Nous avons toujours été un
groupe très visuel, c’est très important pour nous.
C’est aussi important d’offrir aux gens qui achètent le CD
quelque chose de bien pour leur argent, parce que je me rappelle que,
quand j’étais gosse, dans les années 80, je regardais
les vinyles et leurs grandes pochettes et m’y immergeait
totalement. C’est plus difficile avec le CD qui est plus petit,
mais je pense que c’est quelque chose faisant partie de
l’expression musicale et que cela donne au fan et à
l’auditeur un motif de rêver, de s’évader. Bien sûr,
on doit avoir quelque chose qui colle avec l’histoire, c’est
essentiel. Nous voulions à nouveau absolument que Joachim
rejoigne à nouveau l’équipe, et il a fait un boulot
très difficile. Cette fois, l’idée entière est
basée sur un tableau d’un allemand nommé Hans
Membling, qui vivait je crois autour du quinzième siècle.
Le fond est donc de Membling, mais Joachim y a ajouté son
propre grain de sel, plus de détails dans la peinture, et le
résultat est super. Utiliser le Baphomet est sans doute aussi
un cliché, mais c’est la première fois que je le vois
représenté d’une façon correcte parce que
beaucoup de gens disent que Lord Baphomet n’est pas sinistre et n’a
pas l’air assez maléfique, mais ils oublient qu’il n’est
pas supposé être un bouc mais un mélange de bouc,
d’âne, de chouette et de chien. Obtenir toutes ces
expressions en une seul visage est quelque chose de très dur,
et je pense que Joachim a fait un super boulot en le représentant
aussi correctement que possible. Nous sommes très fiers de cet
album qui représente pour moi la balance idéale, ce que
la religion ne possède pas, de la façon que je le
ressens, parce que les croyants voient en fait les choses d’un
certaine façon et ne prennent pas en compte le point de vue
des autres, et pour moi, c’est en totale opposition avec les
principes de la religion.
-Et que devient Insidious Desease,
ton projet death metal avec Shane de Napalm death?
S: Oh, J’aimerais avoir plus
de réponse à te donner à ce niveau là!
Tout est pratiquement prêt, mais en attente d’être
enregistré. Je pense qu’on va faire ça à deux
courant juillet, parce que c’est le seul mois où je peux
m’écarter de Dimmu, et ça ne devrait pas nous prendre
trop de temps pour l’enregistrer parce que la batterie sera fait
aux USA par Tony. Il n’y aura plus qu’à faire les
guitares, tandis que Shane se chargera de la basse en Angleterre. On
doit tout d’abord bien lire les closes légales des contrats,
et ça devrait sortir à la fin de l’année, je
pense.
-On peut trouver,
selon les editions, deux titres bonus. Aux USA: ‘Ancestral
Fever’ et au Japon, la reprise du ‘Black Metal’ de Venom.
S: ‘Ancestral Fever’ est en
fait le bonus de l’édition européenne, le bonus
américain étant ‘The Heretic Hammer’. Ces deux
morceaux sont de nous bien sûr, mais nous avons enregistré
la reprise de Venom pour le fun. Ainsi pratiquement tous les pays
possèdent leur morceau supplémentaire. Au Japon, il y
en aura toujours plus, pour des raisons d’importation. Aux USA, là
où se situera probablement notre plus vaste marché pour
cet album, on a pensé qu’il était bon de leur donner
un également. L’Europe en aura un aussi. On essaie que
chacun se sente important à sa manière, ce qui est
plutôt cool !
-Quand reverra-t-on Dimmu en France?
-S: On nous a
demandé de jouer au Fury Fest, mais nous avions déjà
un autre engagement, alors peut être la prochaine fois! (Mayhem
serait annoncé au Fury, et donc Hellhammer. Information à
confirmer, note de l’auteur). Mais on effectuera une
tournée en Europe en octobre, avec deux concerts prévus
à Paris ainsi que d’autres villes en France car nous y avons
un public nombreux, et on est impatient de s’y retrouver. On a bien
vu que de plus en plus de gens ici venaient à nos concerts.
Propos recueillis le 22 mars 2007 à
Paris par Jean Paul Coillard.
Merci
à Valérie et Jean Marc, de Nuclear Blast.


|