DISTURBED, DAZED AND STUPIFIED...


Si l'on dit Chicago, trois images vous viennent illico à l'esprit, voire quatre si l'on ajoute la récente carrière des Smashing Pumpkins : Les incorruptibles d'Eliott Ness, la House music et Ministry. A présent il vous faut ajouter une quatrième composante à cette formule incontournable : Disturbed, un quatuor inconnu il y a un an et qui se taille actuellement la part du lion avec des ventes américaines valsant de 1 à 2 millions d'albums, soit énormément plus que beaucoup d'artistes dits confirmés. Au terme de ses tournées marathon et de ses apparitions au Ozzfest au pays du McDo et de la farce électorale, les quatre cavaliers de l'Apocalypse de l'Illinois s'en viennent, et c'est tant mieux, faire un premier tour pour porter feu et bonne parole aux quatre coins de l'Europe. Rencontre peu avant leur premier concert parisien avec David Draiman (chant) et Dan Donegan (guitare).







- David, avant Disturbed, tu avais un job très bien payé : pourquoi l'as-tu quitté pour la musique ?

- David Draiman : J'ai travaillé jusqu'en juin 1999 et j'ai démissionné quand on a eu notre premier deal.

- Entre un et deux million d'albums vendus aux USA : comment ressentez-vous ce succès ?

- David D: On travaille toujours au succès. Ce n'est que le début. Evidemment, on a beaucoup plus de succès que pas mal d'autres groupes, mais on a encore beaucoup de travail devant nous.

- Quelles sont vos principales influences ?

- David D : Nous-mêmes. Pas vraiment d'autres groupes. On n'a pas commencé à réfléchir qu'on aimerait bien prendre ceci ou cela de tel ou tel groupe… On s'est réunis et on a improvisé, en voilà le résultat.

- Dan Donegan : On écoute tous des choses différentes. En jammant, on a associé tous ces éléments. Parmi les trucs plus récents, on aime The Perfect Circle, l'album des Deftones, Incubus, Godsmack. Mais dans l'ensemble, j'ai écouté Black Sabbath, Metallica, Soundgarden, Faith No More, David aimait le punk et la new wave. Notre bassiste écoutait Rush et notre batteur plutôt Pantera. On a grandi en écoutant des groupes très divers.

- Est-ce important pour vous de venir de Chicago (Ministry, house music...) ?

- David D : Ca ne fait aucune différence. La différence vient du public, du soutien qu'on a reçu. Je crois que Chicago est l'une des villes où le public rock est le plus important. C'est l'un des meilleurs endroits pour jouer, pas seulement parce que c'est notre ville natale. Tous les groupes vous diront qu'aux USA, c'est leur endroit préféré pendant les tournées. Mais Chicago n'a absolument pas influencé notre son.

- D'une certaine façon, Ministry vous a-t-il aidé à forger votre son ?

- David D: Non, on n'a rien à voir avec eux. Mais on les aime.

- Dan D : On a débuté dans la banlieue sud, où il n'y avait aucune scène, Ministry était dans le nord. C'est un quartier différent. On ne connaît pas vraiment cette scène, on n'en fait pas partie.

- David D : C'était avant notre arrivée.

- Pourquoi reprendre "Shout" de Tears for Fears ?

- David D : On ne le jouait pas au début, parce qu'on ne voulait pas que tout le monde s'intéresse uniquement à ce morceau. On en est très fiers, mais on ne voulait pas qu'il soit le centre d'attention. Mais "Stupefy" a très bien marché aux USA et je ne pense pas que quiconque soit uniquement intéressé par "Shout". C'est une reprise qu'on jouait dans les clubs avant d'être signés. On voulait juste prendre quelque chose qui était très éloigné de ce que nous faisons en termes de son et se l'approprier.

- Vous utilisez une chaise électrique sur scène, est-ce une référence à la peine de mort, un sujet toujours controversé ?

- David D : Non, ça n'a rien à voir. La chaise et les autres mises en scène pendant l'intro (N.d.R. : une entrée en scène avec camisole et muselière à la Hannibal Lecter) sont symboliques. "The sickness", le titre de l'album, représente également la philosophie du groupe, qui consiste en l'individualité, le développement de soi, la recherche des choses dont on est réellement passionné. Lorsqu'on se distingue en tant qu'individu dans la société et qu'on est différent des autres, on est considéré comme un malade. J'arrive parfois sur scène dans une cage ou une camisole, cela représente ce que la société fait aux gens qui sont différents. Elle essaie de vous tenir à l'écart des autres, vous emprisonne ou vous élimine entièrement. Mais il y a des différences, j'arrive à me libérer de la camisole et je ne meurs pas pendant l'exécution. c'est le symbole de cette lutte.

- La couverture de l'album, la chaise électrique : sont-elles essentielles pour le show et représentent-elles une sorte d'" art" total ?

- David D : Tout est essentiel. On n'a pas vraiment besoin de tout ça, de la chaise, mais c'est quelque chose qui attire immédiatement l'attention dès le début du show et qui essaie de transmettre ce message. La couverture ne représente pas la même chose que la chaise, mais elle fait partie de la même philosophie. On voit une tête en train de naître. C'est le monstre créé par le société en essayant de soumettre l'individu. Au lieu de créer une autre copie carbone d'individu idéal, elle a donné naissance à un monstre. Mais la seule chose vraiment essentielle dans le show, c'est la musique. Tout le reste ne constitue que des moyens de transmettre le message.

- Vous avez récemment participé à deux BO : "Little Nicky" et "Dracula 2OOO" : sont-elles uniquement des exercices de style ou êtes-vous vraiment intéressés par la composition de morceaux pour des BO ?

- David D : On est intéressés par tout. En particulier, pour la BO de "Little Nicky", on a été contactés par des gens. Ils ont fait un remix de "Stupefy" et les résultats étaient excellents. On a gardé 2 morceaux, sans les mettre sur l'album, spécifiquement pour ce genre d'occasions. On veut participer à tout ce que l'on nous propose, à condition que cela corresponde au message et aux idéaux du groupe.

- Dans " Stupify ", est-ce toi qui chante, ou un personnage imaginaire ?

- David D : C'est moi. C'est à propos d'une relation que j'avais avec une jeune latino, dont les parents s'opposaient à notre amour parce que nos origines ethniques étaient différentes. Ils nous ont finalement séparés et cette chanson traite du racisme et de l'intolérance. C'est bien moi.

- Ton éducation religieuse stricte a-t-elle influencé ton écriture ?

- David D : Toutes les expériences de la vie influencent l'écriture. Je suis sûr que cela en fait partie. C'est une association de différents éléments. Mon approche aux textes ne vient pas nécessairement de mon éducation religieuse, qui n'a manifestement pas très bien réussi chez moi. (rires) Ils reflètent plutôt certains aspects du comportement humain que je considère comme négatifs et que je dénonce d'une certaine manière.

- Que penses-tu des élections américaines ?

- David D : Je pense que c'est une farce. C'est vraiment ridicule, ils sont merdiques tous les deux, je ne voudrais voter pour aucun d'eux. D'ailleurs personne dans le groupe n'a voté pour l'un d'eux. Donnez-la à l'un de ces cons, ça n'a aucune importance. Ils ne sont pas si différents l'un de l'autre. Il n'y a plus de différence tangible entre les Démocrates et les Républicains.

- Aux USA, vous jouez dans des stades et de grandes salles et en Europe , dans des clubs et de petites salles : comment le ressentez-vous et considérez-vous qu'il s'agit d'un avant-goût pour une prochaine tournée europénne à plus grande échelle ?

- Dan D : On préfère jouer dans les petits clubs, c'est plus intime, on aime être proches des gens. On aime pouvoir voir les visages, identifier les gens, ce qui est impossible dans les stades. C'est bien de pouvoir associer les deux. On a fait la Ozzfest, puis la tournée des stades avec Stone Temple Pilots et Godsmack, c'était génial aussi, mais il y avait des barricades à 300 m et c'était difficile de voir les gens à causes des lumières.

- La Ozzfest est-elle été une bonne expérience ?

- David D : C'était génial. C'est comme une colonie de vacances, on est avec ses potes, on boit, on baise et on joue de la musique. C'est super.

- Cinq albums qui ont changé votre vie ?

- David D : L'album "Undertow" de Tool m'a beaucoup influencé et le premier album de Korn. Ces 2 albums m'ont convaincu que je pourrais faire ce type de musique. Je n'avais jamais chanté comme ça avant, je n'avais jamais été aussi agressif. J'ai dû apprendre à chanter comme ça en jouant avec le groupe. Un ami à moi, qui est malheureusement décédé il y a un an et demi, m'a vraiment fait connaître ce "genre" et m'a encouragé à rejoindre le groupe. J'étais très intimidé pendant l'audition, ils jouaient très agressivement comme Pantera et leur chanteur précédent avait ce genre de style. Ces 2 albums en particulier m'ont donné l'impression que je pouvais le faire.

- Dan D : Je crois que "Bad Motorfinger" de Soundgarden est un grand album. Ils est agressif, mais mélodique. Il m'a ouvert les yeux.

- David D : "Pretty Hate Machine" de NIN est un testament de la passion inspirée par une relation horrible avec une femme. (rires) Manifestement, Trent était tourmenté par quelqu'un. J'aimerais vraiment rencontrer la femme qui lui a donné ce type d'inspiration. Je crois que c'est un album génial pour cette raison.

- Dan D: "Ride the Lightning" de Metallica. La première fois que je l'ai entendu, c'était si différent. C'était incroyable de l'écouter pour la première fois, les paroles étaient extraordinaires et le son unique.

- Comment voyez-vous l'avenir de Disturbed ?

- David D: L'espère qu'on va continuer à faire des concerts et revenir en Europe, pour y travailler un peu. Sortir 10 autres albums. On aime ce qu'on fait, rien ne nous rend plus heureux que de pouvoir jouer.

Interview de JP Coillard, Mr. X et Marie Lecocq

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