It's a free world


de Ken Loach, avec Kierston Wareing, Juliet Elis, Les law Zurek, Colin Coughlin. 1H33, GB, 2007, couleurs.



Ken Loach a toujours été un cinéaste engagé, ancré dans son époque, même s’il dépeint parfois des temps anciens pour les ramener aux problèmes du temps présent. C’est à nouveau le cas ici, avec « It’s a free world ! », au point d’exclamation donnant toute sa valeur ironique à cette affirmation, dans son format hypra réaliste, quasi documentaire, comme lorsqu’il décrivait avec fougue dans les « Dockers de Liverpool » ou « Another City ». Tourné sans vedettes, dans la plus grande simplicité, le film décrit l’univers impitoyable des négriers modernes qui profitent de travailleurs immigrés, souvent clandestins, pour amasser des fortunes. C’est l’histoire d’Angie, mère célibataire, recruteuse dans les pays de l’est pour une agence d’intérim basée en Angleterre, et qui se retrouve au chômage après avoir refusé le pince fesses de son directeur. Elle décide donc, avec sa copine Rose, de monter sa propre boîte. Mais, après un début fulgurant, les problèmes commencent, puis les gros ennuis, car il est hors de question que la mafia du travail se laisse ôter le pain de la bouche. Après « le vent se lève », palme d’or à Cannes en 2006 et sa passionnante explication du douloureux ‘problème irlandais’, c’est ici un film intimiste, chaleureux, qui prend au tripes, tout comme le fut « The Navigators » et d’autres pellicules de la même veine, dite sociale, tout au plus un autre ghetto dans le grand monde du cinéma. Toujours typiquement british, « It’s a free world ! » croque avec douleur et amertume la vie misérable de ces esclaves modernes au pays de ce qu’ils croyaient être, moyennant une forte somme versée avant leur départ, le pays de cocagne mais se révèle être le ‘Land of low milk and money’. Avec « Control » et « This is England », « It’s a free world ! » est la nouvelle preuve d’un cinéma Britannique contestataire, punk pourrait on dire, tout en force, loin des strass et des paillettes d’Hollywood et de son mercantilisme de bazar. Depuis 40 ans, Ken Loach, envers et contre tout, poursuit sa route, traversant l’époque des sixties, où l’Angleterre, proche de Joy Division, est en noir et blanc, au millenium brillant de ses mille feux de pacotille et de mensonge organisé. Quarante ans après, la low class est toujours aussi paumée, aussi exploitée qu’à l’époque de « Poor Cow », malgré tous ses coups de gueules. Bien que palmé, il garde rigoureusement les pieds sur Terre, son œuvre prenant au contraire de plus en plus de force. On a besoin de types comme lui. Le cinéma aussi.


Jean Paul Coillard






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