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Ken Loach a toujours été
un cinéaste engagé, ancré dans son époque,
même s’il dépeint parfois des temps anciens pour les
ramener aux problèmes du temps présent. C’est à
nouveau le cas ici, avec « It’s a free world ! »,
au point d’exclamation donnant toute sa valeur ironique à
cette affirmation, dans son format hypra réaliste, quasi
documentaire, comme lorsqu’il décrivait avec fougue dans les
« Dockers de Liverpool » ou « Another
City ». Tourné sans vedettes, dans la plus grande
simplicité, le film décrit l’univers impitoyable des
négriers modernes qui profitent de travailleurs immigrés,
souvent clandestins, pour amasser des fortunes. C’est l’histoire
d’Angie, mère célibataire, recruteuse dans les pays
de l’est pour une agence d’intérim basée en
Angleterre, et qui se retrouve au chômage après avoir
refusé le pince fesses de son directeur. Elle décide
donc, avec sa copine Rose, de monter sa propre boîte. Mais,
après un début fulgurant, les problèmes
commencent, puis les gros ennuis, car il est hors de question que la
mafia du travail se laisse ôter le pain de la bouche. Après
« le vent se lève », palme d’or à
Cannes en 2006 et sa passionnante explication du douloureux ‘problème
irlandais’, c’est ici un film intimiste, chaleureux, qui prend au
tripes, tout comme le fut « The Navigators » et
d’autres pellicules de la même veine, dite sociale, tout au
plus un autre ghetto dans le grand monde du cinéma. Toujours
typiquement british, « It’s a free world ! »
croque avec douleur et amertume la vie misérable de ces
esclaves modernes au pays de ce qu’ils croyaient être,
moyennant une forte somme versée avant leur départ, le
pays de cocagne mais se révèle être le ‘Land of
low milk and money’. Avec « Control » et
« This is England », « It’s a free
world ! » est la nouvelle preuve d’un cinéma
Britannique contestataire, punk pourrait on dire, tout en force, loin
des strass et des paillettes d’Hollywood et de son mercantilisme de
bazar. Depuis 40 ans, Ken Loach, envers et contre tout, poursuit sa
route, traversant l’époque des sixties, où
l’Angleterre, proche de Joy Division, est en noir et blanc, au
millenium brillant de ses mille feux de pacotille et de mensonge
organisé. Quarante ans après, la low class est toujours
aussi paumée, aussi exploitée qu’à l’époque
de « Poor Cow », malgré tous ses coups
de gueules. Bien que palmé, il garde rigoureusement les pieds
sur Terre, son œuvre prenant au contraire de plus en plus de force.
On a besoin de types comme lui. Le cinéma aussi.
Jean Paul Coillard
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