The Gathering : ‘Home’ is where the art is…


Ca faisait un bail que l’on avait revu les Gathering en chair et en os. C’était pour la sortie de l’album acoustique ‘Sleepy buildings’ et la tournée qui s’ensuivit. Depuis, Anneke s’est mariée, est devenue maman d'un bébé dont le premier anniversaire a eu lieu voici quelques jours, le groupe a sorti un super DVD, ‘A sound relief’ et également donné naissance lui-même à un nouvel album en studio, ‘Home’. Anneke et Frank sont aujourd’hui ici, à Paris, aussi cool et sympathiques que d’ordinaire, pour nous parler de tout cela.



© JP Coillard

-Depuis notre dernière rencontre, pas mal de choses se sont passées dans la vie de The Gathering: Le clash avec Century Media, la fin du contrat qui les liaient, puis arriva le EP ‘Black light district’: que peux tu nous dire à son propos ?

-Anneke : Oui, ce fut la première sortie de notre propre label, et nous en étions très fiers! ‘Souvenirs’ fut réalisé dans le même esprit. On se sentait tout neufs : nouveau disque, nouveau label, nouveaux producteurs, et toujours très heureux à l’idée de monter sur scène !

-Vous avez ensuite fondé votre propre label, Psychonaut: est il conçu pour vous accueillir vous seuls ou bien avez vous l’intention de signer d’autres artistes?

-Anneke : C’est seulement pour nous, pour l’instant…

-Frank: L’idée que nous avons pour le moment est de sortir cet album et tout ce qui tournera autour. Nous avons passé une licence avec d’autres labels, l’un des plus important étant Sanctuary Records, qui s’occupe de la plupart des pays du monde, ainsi que de la promotion et toute la partie de ces choses comme l’aspect financier. Ensuite, tous les droits vont à Psychonaut.

-Anneke: Aujourd’hui tu es non seulement mariée mais aussi maman, et inversement : Qu’est ce que tout cela a change dans ta vie et en tant qu’artiste?

A: Ca n’a rien change, ça m’a juste rendue plus occupée! C’est ce qui c’est passé en gros, mais naturellement c’est génial. Il a eu un an cette semaine, et c’est merveilleux. Je suis très heureuse de faire de la musique et d’avoir en enfant en même temps, choses qui se combineront cette année en tournant et en l’amenant avec nous, en Europe du moins. Ca s’annonce super!

-As tu vu arriver des changements au niveau de ta voix? Cela a-t-il aussi affecté ta manière de composer ?

-A: Pas vraiment: l’impact sur ton corps est très fort, mais ça n’a en rien affecté ma voix, rien n’a change, pas plus que ma façon d’écrire : peut être les choses sont elles plus intenses à présent, mais je n’ai pour autant écrit aucun texte portant sur la maternité.


-Au cours de la même période, vous avez sorti un album acoustique, ‘Sleepy buildings’, et plus récemment ce DVD live, ‘Sound relief’: cette fois, contrairement au précédent, en êtes vous totalement satisfaits ?

-F: Oui! C’est un double DVD, ce que nous désirions vraiment, parce que la plupart du temps, on trouve juste un concert et un peu d’interactivité : nous voulions vraiment qu’il y ait

Deux disques, avec un second rempli de bonus, comme ce film sur la tournée de 2OO2, le premier étant bien sûr le concert que l’on a donné au Paradiso d’Amsterdam, lequel est semi acoustique, notre côté le plus doux, mais dans le futur, nous projetons de sortir un autre DVD, qui sera plus rock.

-On y trouve des parties live, du home video, des interviews, et de l’animation en 3-D sur le disque bonus. Qui l’a réalisée?

-A: Nous avons trouvé cet artiste, Michel, créateur de cette animation, et il vraiment fait du beau travail. On en est très contents et on lui a demandé dans la foulée d’en créer quelques uns en plus pour le show.

-On pense un peu à l’utilisation que Neurosis font des images sur leur DVD…

-F: Oui, et c’est super, mais toutes les vidéos que l’on peut voir là ont été utilisées en tant que projections pour les concerts.


-Vous avez un nouveau membre depuis notre dernière rencontre : Marjolein. Est elle totalement intégrée au groupe aujourd’hui ? A-t-elle pris part au processus créatif de l’album ?

-A : Oui, elle est avec nous depuis deux ans maintenant, et elle n’est pas seulement une grande musicienne, mais elle possède une très bonne oreille et joue très bien de la guitare, de la basse, et elle peut chanter. Sur le nouvel album, on l’a beaucoup mise à contribution, parce qu’elle sait jouer de tout, même de la contrebasse, elle fait les secondes voix et joue également quelques parties de guitare. C’est une fille super, toujours de bonne humeur et c’est

très cool de voyager et d’être avec elle. Elle fait partie du processus créatif et a écrit toutes ses parties de basse et de guitare. Nous formons vraiment un groupe dans l’effort!

-F : Nous sommes très créatifs de cette façon. Si tu as un leader et un backing band, ça ne marche pas aussi bien.


-Cette année à vu la réédition de ‘Mandylion’ (95) augmenté d’un second CD, de démos de 94 et 95 assorties de commentaires, mais aussi d‘Accessoiries, rarities and B-sides, toujours chez Century Media: est ce en total accord avec vous or se sont ils simplement servis dans les titres sur lesquels ils avaient les droits?

-A : Nous étions en total accord, et c’était super parce qu’ils nous ont demandé, alors qu’ils avaient les droits sur les morceaux. Ils ont véritablement fait cet effort de nous demander de participer. On trouve une nouvelle jaquette et René, notre guitariste, a même déniché de vieilles démos sous son lit, qu’on peut donc enfin jouer! Egalement, on pouvait contrôler ce qui y figurerait. Je ne m’y attendais pas, mais les gens ont vraiment accroché et les voulaient pour leur collection.

-Au cours de ce processus, avez vous redécouvert d’anciens morceaux, que vous n’aviez pas écoutés depuis longtemps?

-F: Non, bien sûr c’était chouette de faire tout ça, surtout que nous n’avions pas écouté certains de ces morceaux depuis des années, peut être parce qu’ils n’étaient pas assez bons pour provoquer notre enthousiasme. C’est d’ailleurs pourquoi ils n’ont fini sur aucun album…

-Aviez vous envisagé de réenregistrer certains de ces morceaux, avec un son et des arrangements neufs?

-A: On l’a fait avec cet album semi-acoustique live, mais c’était très drôle de réécouter toutes ces vieilles démos, on peut vraiment se rendre compte à quel point notre son a change depuis, et même en partant de celles à la fin du disque, ce qui est une très bonne chose.


-On peut trouver sur ces disques trois reprises, dont celle de Dead Can Dance: ’In power we trust, love advocated’: est elle un modèle pour toi au point de vue du chant?

-A: Oui, mais tout le groupe était fan d’eux dès le départ.

-F: Au début des années 9O, on était de gros fans de Dead Can Dance, surtout des vieux morceaux, et c’est pourquoi celui-ci figure sur l’album.

-Que cache le titre de ce nouvel album: ‘Home’, pour un groupe spécialisé dans l’exploration tous azimuts? Un an à la maison, non sans travail mais sans tourner, à cause de ta grossesse, pour composer tranquille?

-A: Oui, ça pourrait! Ce qui est très chouette, c’est que tout le monde amène une nouvelle idée à ce titre. Mais notre ‘home’ est un concept très large, dans lequel tu peux mettre beaucoup de choses. Et puis, on s’est vraiment senti comme à la maison durant le processus de l’enregistrement : on s’est retrouvé ensemble pendant un mois dans une petite église, dans un petit village, concentrés uniquement sur la musique, se sentant bien, là avec notre producteur. On dormait et mangeait là, et on a fini par trouver ce titre là bas, où nous nous sentions comme chez nous. Et aussi, la musique et les textes possèdent cette sorte d’histoire qui les relient, ce qui fait qu’à la fin du disque, l’auditeur se sent en quelque sorte chez lui aussi. Mais la chose amusante est qu’en tant qu’auditeur, tu peux penser autre chose, parce que la musique et les textes sont ouverts, et c’est à toi de décider quoi en faire.

-Comment définiriez vous ce nouvel album, par rapport à ‘Souvenirs’?

-A: ‘Souvenirs’ est beaucoup plus produits, avec tout un tas d’effets et de trucs, ce qui est chouette parce que chaque fois que tu l’écoutes, tu entends quelque chose de différent, et il renferme de grands morceaux. C’est un grand album, mais tu ne peux pas aller au delà, en matière de production. On avait pris cette direction, qu’on a suivie du mieux qu’on a pu, mais ensuite, on doit aller essayer autre chose.

-F: Ce nouvel album a plus été une affaire de spontanéité, parce qu’on l’a fait en seulement quatre semaines, ce qui est très court compare à ‘Souvenirs’.

-A : Oui, c’était très long…et ‘Souvenirs’ fut aussi l’objet d’un tas de mixages, de remixes, de réenregistrements : quatre semaines seulement cette fois, plus deux pour le mixage, six semaines en tout, ce qui est très court pour nous. Et très pur, très organique !

-Vous avez retrouvé, avec Atti Bauw, votre producteur de ‘How to measure a planet’ : étais ce une sorte de défi de retravailler avec lui après toutes ces années?

-A: Oui, c’était un défi pour nous, parce que nous sommes si fiers de ‘How to measure a planet?’, qui est l’un de nos albums favoris, et ce qui est vraiment c’est que cet album n’est pas comme ceux que nous avions l’habitude de faire. Nous avons fait d’autres choses entre temps puis, pour ‘Home’, nous lui avons demandé s’il voulait nous rejoindre à nouveau,

et alors on s’est rappelé pourquoi c’était si bon de travailler avec lui, parce qu’il est une source d’inspiration quand il parle de musique, il te bouge littéralement, il arrive à tirer le meilleur de toi-même en temps qu’instrumentiste, ou chanteur, ou musicien. Il est arrivé avec cette idée d’aller ailleurs, par dans un studio habituel mais de déménager ce studio, là où ce serait plus chouette.

-F: Il avait repéré cet endroit, dans le sud de la Hollande, ave cette petite église. Ca avait l’air très bien et il nous a dit qu’en plus, on pouvait amener notre matériel et y implanter notre petit laboratoire. Il y avait aussi des endroits pour y dormir, on y a donc passé tout notre temps, car il y avait aussi un endroit avec un studio et un petit ordinateur, grâce auquel il pouvait travailler sur un autre groupe en même temps, on avait une cuisine, une grande table, tout ce qu’il fallait…

-Comme à la maison?

-A: Exactement!

-Pensez vous refaire appel à lui dans le futur?

-A: Il fait partie de ces ‘bonnes personnes’ qui reviennent périodiquement dans ta vie, et peut être, dans deux ou trois ans, quand il ne sera pas trop occupé, on le recontactera. C’est aussi quelqu’un qui évolue lui même, à la fois comme musicien et comme producteur : il écoute ce qui sort, il écoute de la musique contemporaine, il ne sera donc jamais à la traîne. Il n’a pas peur d’expérimenter, d’essayer une approche différente des choses et du coup il progresse en même temps. Je nous vois donc bien du coup rebosser avec lui.


-Vos albums précédents comportaient une part d’interactivité : ‘Home’ suivra-t-il cet exemple, avec de la vidéo par exemple?

-A: ‘Home’ aura un booklet avec les textes des morceaux, mais pas vraiment de vidéo, plutôt des trucs à aller voir sur Internet. On y travaille encore.

-F: Sur notre nouvelle tournée, il y aura par contre les projections du DVD.

-Un morceau, Solace, est chanté partiellement en espagnol, mais aussi dans d’autres langages…

-A: En fait, c’est un morceau très étrange, pour nous aussi. On l’a vraiment développé en studio, en l’habillant de nouvelles sonorités. Les parties vocales représentent en fait le chaos qui nous entoure dans la vie et raconte pas mal de choses différentes. La façon de chanter te relaxe, te cajole un peu et on voulait cette combinaison de deux mondes au sein d’un même morceau, avec le rythme trépident de la vie autour de toi et le chant qui se détend.

-J’ai lu que vous aviez composé la musique d’un film hollandais, ‘The quiet one’ d’un certain Suragawa…

-F: C’est en fait le projet de l’un de nos amis, qui faisait une école de cinéma, un projet de concours, le dernier projet qu’il devait présenter pour obtenir le diplôme de cette école. On ne

le connaissait pas auparavant mais il nous a appelé, disant qu’il était fan de notre musique et qu’il aurait voulu en utiliser quelques morceaux ou encore mieux si on pouvait écrire quelque chose exprès. Nous étions bien sûr très flattés, parce que nous aimons tous beaucoup le cinéma, alors nous lui avons répondu que nous allions essayer d’écrire quelque chose de nouveau pour son film. C’est un film d’une demi heure, qui est passé à la télé hollandaise.

-A: Il a reçu un prix pour ça, et il se promène dans les festivals avec son film sous le bras, pour le montrer à l’industrie du cinéma. Le morceau que l’on a composé est d’ailleurs sur l’album, c’est ‘The Quiet One’. Nous n’avons écrit qu’un seul morceau pour ce film, qui par ailleurs ne comporte aucune musique. Mais on aimerait beaucoup composer une musique originale complète.

–F: Beaucoup d’artistes aiment également d’autres formes d’art, et notamment le cinéma, qui peuvent être très proches les unes des autres: parfois, faire un disque ou un film peut revenir à la même chose dans le processus.

-Et votre biographie? Toujours en chantier depuis des années?

-F: Oui, il y a ce gars en Belgique, qui y travaille toujours. Mais je ne sais vraiment pas quand ce sera fini. Il a l’air de rassembler les informations…

A: ce n’est pas quelque chose d’officiel, c’est vraiment de sa main. Mais c’est cool : ce sera un beau livre avec une sorte d’histoire, et ce sera sûrement très documenté.

Chaque fois que l’on se rencontre, Anneke, ta couleur et ta coiffure sont différents, et tes disques également, ce qui est la marque de fabrique de The Gathering: sais tu de quoi demain sera fait pour le groupe?

-A : Nous faisons notre musique à longueur d’année, on l’écrit, on l’enregistre, on la joue en concert, et donc, faire en plus les mêmes morceaux à chaque fois, c’est tout à fait impossible.

Bien sûr, on joue les anciens morceaux en concert et c’est super parce qu’ils forment un lien avec les nouveaux. Il y a donc un truc avec les gens qui aiment nos anciens morceaux et qui viennent à nos concerts parce qu’ils les aiment vraiment, et nos nouveaux fans qui aiment aussi les anciens morceaux, ce pourquoi on les joue en concert. Au bout du compte, on est toujours en pleine fraîcheur, mais notre public également : on ne voudrait pas qu’il s’emmerde!


Propos recueillis à Paris, le 24 février 2OO6.

Merci à Roger Wessier pour son aide précieuse.







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