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Après un ‘From Mars to Sirius’ qui les a fait connaître et
reconnaître sur la scène internationale, le quatuor de Gojira sort ‘The way of
all flesh’, un quatrième album en forme de bombe. Aventureux, osé, culotté,
nourri des multiples expériences et rencontres de leurs incessantes tournées,
ce nouveau disque devrait définitivement placer le groupe en orbite. Entretien
avec Jean-Michel et Christian, quelques
heures avant leur concert au Zénith en compagnie d’In Flames, en pleine tournée
européenne, nouvelle étape de la conquête planétaire.
(im)mortels…
-Ce quatrième et nouvel album de Gojira s’intitule ‘The way
of all flesh’ : j’ai lu que son inspiration de base était la mort, mais
que celle-ci, en fait, appelait également une renaissance, à la manière du
Phénix ?
-Oui, on peut dire que la vie, c’est un fait acquis, tend
vers la mort, mais pas forcément vers la fin absolue. On peut également voir ça
comme un passage vers un nouvel état. Joe, qui écrit tous les textes, pourrait
t’en dire davantage ! La mort est également l’un des grands tabous de
notre société moderne, et pourtant, dans ces textes, on y dit que la mort n’est
pas forcément horrible, qu’elle peut parfois être belle, qu’il ne faut pas
toujours en avoir peur. Notre musique est un constat de l’état des choses,
histoire de faire un peu prendre conscience à ceux qui nous écoutent de
problèmes qui sont universels. Je dirais que ce disque est plus en colère que
le précédent, également.
-Justement, cela a sûrement à voir avec la situation
actuelle au niveau planétaire. Mais, si vous croyez à une forme de renaissance
humaine, au niveau écologique, domaine dans lequel vous êtes très impliqués, ne
pensez vous pas que la Terre
coure à grande vitesse à une catastrophe irréversible ?
-Non, nous avons de l’espoir, malgré tout ce qu’on peut
constater. L’humanité, si l’on regarde bien, n’est qu’une chose infiniment
petite, par rapport à l’ensemble du cosmos, dont on ne peut même pas définir
les limites. On aime à croire qu’un événement pourra inverser les choses, comme
cela s’est déjà produit au cours de l’histoire. Cette situation de crise
intense nous inspire bien évidemment en tant qu’artistes, mais nous voulons
laisser les gens libres de leur choix. A eux de se rendre compte de ce qui se passe
et d’agir en conséquence. Nous essayons, quant à nous, d’adopter un mode de vie
le plus sain possible, très proche de la nature, et beaucoup de gens devraient
en faire autant. Il faut toujours commencer par balayer devant sa porte.
-Depuis quelques années, Gojira est un groupe qui s’exporte
beaucoup, surtout dans les pays anglo-saxons, où vous faites régulièrement la
couverture de nombreux magazines, comme Kerrang, Metal Hammer ou encore Zero
Tolerance, parmi d’autres : alors, le groupe a-t-il un avenir
international, pensez vous un jour vous expatrier définitivement ?
-Non, pas du tout. Le but de Gojira a toujours été de jouer
le plus possible, et le plus souvent possible, mais on aime la France, on s’y sent bien
pour y vivre. Mais on aime aussi beaucoup voyager, on a la chance
extraordinaire de pouvoir aller tourner à l’étranger, et même, longtemps et
régulièrement, aux Etats-Unis, comme on va le refaire bientôt. C’est quelque
chose de totalement enrichissant que de rencontrer d’autres cultures, plein de
gens différents, ça permet des échanges, un partage qui ne pourrait se faire
autrement, ainsi qu’un tas d’ouvertures différentes, à tous points de vue. Mais
sinon, ‘Vive la France !!’
(rire général).
-L’expérience américaine, la rencontre de Joe avec Max
Cavalera ?
-Au point de vue des tournées, ça a été quelque chose
d’absolument incroyable, tant au niveau des échanges que du professionnalisme.
Pour Joe, la rencontre avec Max a été comme un rêve devenu réalité, le rêve de
la rencontre avec son idole. On a grandi tous les quatre avec Metallica, Morbid
Angel et Sepultura, et, à partager le studio avec Max et Iggor, il devait
penser qu’il venait de faire partie du groupe de la grande époque. Ca devait
être quelque chose d’assez fou, d’autant que c’est eux qui nous ont contacté.
-La rencontre avec Logan Madder ?
-Elle s’est faite par l’intermédiaire de Max, qui
connaissait Logan depuis déjà longtemps, pendant l’enregistrement de l’album de
Cavalera Conspiracy. Logan est quelqu’un de très carré, qui possède une très
bonne oreille, et qui s’est impliqué à fond dans le projet. Il s’est chargé du
mixage et du mastering, ainsi que de l’enregistrement des parties de batterie.
C’est un élément fondamental dans un groupe de metal, au même titre que les
guitares : si elle ne sonne pas bien, on est foutu ! C’est un élément
clé, capital, du squelette de notre musique. Et là, je crois qu’elle sonne
plutôt bien, non ?
-Oui, tout à fait ! Et celle avec Randy Blythe, de Lamb
Of God ?
-Ca s’est passé lorsqu’on s’est retrouvé à l’affiche de
l’Unholly Alliance Tour, avec Slayer, Bodom, Lamb of God. Randy nous
connaissait déjà, par le bouche à oreille, alors que Lamb of God est assez peu
connu en France. Il s’est avéré qu’ils étaient fans de Gojira ! On a
ensuite reçu un message de Chris Adler, leur batteur, nous invitant à tourner
avec eux aux USA, ce qu’on s’est empressé d’accepter. Randy et Joe sont devenus
de super bons amis, ils se sont trouvé un tas de points commun, comme
l’écologie et les préoccupations envers la nature, et il nous a fait, pendant
cette tournée, une pub incroyable, nous présentant tous les soirs à des
milliers de personnes qui ne nous connaissaient pas. Il est venu chanter avec
nous, Joe lui a rendu la pareille, c’était vraiment génial. Aussi, quand on a
appelé Randy pour l’impliquer dans le projet ‘The way of all flesh’, il a dit
oui tout de suite. Ce n’est pas simplement un guest, c’est bien plus que
cela : le morceau ‘Adoration for none’ a été véritablement composé par Joe
et lui, et c’est donc également une affaire d’amitié, autant que d’appréciation
réciproque.
-Avez-vous déjà eu des appels du pied de producteurs pour un
futur album, où bien avez-vous quelques idées vous-mêmes ? Andy Sneap ou
Rick Rubin, par exemple ?
-Ce sont les noms qui viennent en tête de nos listes, en
effet, mais travailler avec Gojira est quelque chose de particulier, parce que
nous savons tout à fait ce que nous voulons, et le problème reste qu’avec la
plupart des producteurs, ils veulent te changer pour t’amener à leur point de
vue, ce qu’on refuse absolument. Nous sommes très perfectionnistes, mais nous
tenons aussi beaucoup à notre liberté. Sinon, sans citer personne, oui, on a
déjà eu droit à quelques propositions…
-Et que diriez vous de producteurs européens, comme Peter
Tagtren, Fredrik Nordstrom ou encore Tue Madsen ?
-Oui, on aime beaucoup ce que produit la Suède en matière de death et
d’extrême. Leurs productions sont très efficaces, très européennes, alors que
nous avons surtout, au niveau du metal, une culture américaine. Ce pourrait
être une bonne expérience un jour.
-On peut dire, tant dans le fond que dans la forme, qu’un
groupe comme Messhugah a du passablement influencer Gojira, tant dans le fond
que dans la forme, en étant l’un des précurseurs de l’audace dans le
metal ?
-Oui, absolument. C’est un groupe totalement à part, qui
fait son truc sans se soucier de ce que l’on pourra en dire. Ils sont très
imaginatifs, et…on aimerait bien tourner avec eux, pour tout dire !
-Comment
et pourquoi avez vous signé avec Listenable, après Warner?
Nous
étions déjà chez Listenable pour la distribution à l'étranger et nous avons
trouver plus logique au final de recentrer tout sur le même label. De plus,
nous sommes content du travail de Listenable donc tout ça coulait de source. Le
coté humain est aussi très
important pour nous depuis le début, donc ceci explique notre choix.
-Le groupe
existe depuis douze ans : comment expliquez vous ce soudain engouement après
‘From Mars to Sirius’ ?
Je
pense que l'engouement est surtout du au fait d'avoir tourné énormément. Nous
avons toujours beaucoup donné pour le live et nous donnons encore. Ce genre de
musique se vit dans une salle de concert. Donner de bon show avec beaucoup
d'énergie et d'émotion est pour moi certainement la clef pour accéder à une
certaine notoriété, tout en gardant les pieds sur terre. Je pense que le public
veut du vrai, de la spontanéité et c'est probablement ce qui doit créer cet
engouement pour Gojira. C'est très difficile d'expliquer le succès d'un groupe
en particulier quand on en est un des acteurs!
-Comment vivez vous cette reconnaissance mondiale ?
Je ne
vais pas mentir à ce sujet, nous sommes très content de pouvoir vivre de notre
passion et cette reconnaissance est la récompense du travail que l'on a et que
l'on fourni tous les jours pour mener le projet.
-Parlez
nous de cette nouvelle vidéo pour ‘All the tears’ : de l’animation ?
Oui, de
l'animation. Il va falloir attendre le mois de décembre pour en savoir plus!
-Quelle
forme prendrait votre musique, en cas de future disparition du format CD ?
Retour au vinyle ? Virtuel ? Internet ?
Et bien
je pense que tu as énuméré les éventualités dans ta question. Maintenant, tout
ça est surtout du business et nous tentons de nous dédier surtout à faire de la
bonne musique. Nous
sommes bien entourés pour toutes ces questions là et on verra bien ce qu'il se
passera dans le future. Je pense qu'il est difficile de répondre à cette
question à l'heure actuelle.
-Quand
vous revoit-on en tête d’affiche en France ?
-La tournée est pour février prochain.
Propos recueillis le 9 octobre 2008 à Paris par Jean-Paul
Coillard.
Merci à Jessica, de Listenable, et à Gojira, évidemment.


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