TRICK OR THREAT

Halloween


de Rob Zombie, avec Malcolm McDowell, Brad Dourif, Tyler Mane, Sheri Moon, William Forsythe, Udo Kier. 

USA, couleurs, 2007.



Après la méga claque de ‘Devil’s Rejects’, Rob Zombie s’attaque ici, comme il ferait pour un classique du rock, au remake du film culte de John Carpenter. Revisitant l’Halloween’ de 1978, d’ailleurs tourné au même endroit, Rob Zombie y amène bien évidemment sa patte, sa touche personnelle, sa démesure et son casting maison, sans quoi la chose n’aurait été au final pour lui qu’un simple exercice de style ou un énième avatar de plus dans la filmographie déjà chargée d’un genre fort encombré, pour un film sérieux et froid, réaliste, avec les quelques petites pointes d’humour indispensables, sans aucun rapport de fond ni de forme avec ses réalisations précédentes. Pour Rob Zombie, renâclant à la base, sous peine de redite navrante, il fallait trouver un angle neuf, et c’est chose faite avec ces trois âges de Michael Myers, à savoir l’enfance, l’adolescence en prison, et la suite. On plonge donc, tête la première, dans les racines du mal, et l’on voit, en dehors de tout jugement moral, que le jeune Michael a finalement ‘toujours aimé ça’, faisant leur fête aux animaux du quartier mais aussi à ceux de la maison, mais également que l’irruption de ce beau père, alcoolique, violent et fainéant, en a été le parfait déclencheur. C’est d’ailleurs lui, interprété par Bill Forsythe, le shérif de ‘Devil’s Rejects’ à la tête d’une filmographie impressionnante depuis les seventies, qui inaugure la série du grand nettoyage. Ensuite, après un joyeux massacre, le jeune homme prometteur est collé en prison pour des années. Malgré tous les efforts de sa mère et de ce bon vieux toubib Samuel Loomis, incarné par Malcolm McDowell qu’on ne présente plus, passant de l’orange à la citrouille, Myers s’évade, et la saga continue, jusqu’à la fin à tiroir, propre aux séries. Venger sa mère, Debbie, superbe Sherry Moon, égérie et muse de Rob, protéger sa petite sœur où qu’elle soit, envers et contre tous, tel est le credo qu’il suit lorsqu’il ne zigouille pas tout ce qui croise son chemin. On retrouve également Brad Dourif en shérif Leigh Brackett, mais aussi avec plaisir les vieux complices Sid Haigh en fossoyeur désabusé et Bill Moseley en flic : avec Sherry Moon, le trio infernal des films précédents est à nouveau réuni, même s’ils ne se croisent jamais et que leurs apparitions sont relativement courtes, tout comme celles de Danny Trejo, en gardien de prison amical. Sans être omniprésents, ils apparaissent ici lors de courtes interventions, histoire de rappeler que l’ami Rob adore travailler en famille. C’est aussi le cas d’Andy Gould, producteur à l’impressionnant palmarès de ses films mais aussi de ses disques, ainsi que de ceux du défunt Pantera et de bien d’autres depuis les seventies, dans la lointaine Angleterre. Cette discrétion des seconds rôles n’est évidemment pas le cas du héros principal, héros aux deux visages, derrière son masque signé Wayne Toth, par ailleurs maquilleur pour Rob Zombie sur ses films mais aussi sur ses clips musicaux. Le jeune Myers , Daeg Faerch, aux cheveux longs qui lui bouffent la figure, légèrement costaud, en adoration devant sa mère, danseuse dans un cabaret minable, semble le mix parfait de Damien et d’un des ados d’Elephant’ ou de ‘Gummo’ à la sauce psycho killer à la colère rentrée. Tyler Mane incarne le terrible, l’impitoyable Myers adulte. Cet acteur de quelque deux mètres de haut avait déjà été remarqué dans des films comme ‘Troie’ ou ‘X-Men’ et apporte un contrepoids terrifiant au gamin déjà inquiétant qu’il fut jadis, ainsi qu’un rappel de la sinistre scène d’ouverture de ‘Devil’s Rejects’, alors que Tiny traîne dans la poussière une des innombrables victimes de la famille. Notons bien sûr que le film, outre Gould et RZ, est produit par Malek Akkad, fils de Mustapha Akkad qui avait produit tous les films de la série, bouclant ainsi la boucle de la nouveauté dans la tradition -de même que le plus que fameux leitmotiv musical- délivrant à Rob Zombie une carte blanche pour des nuits en noir et rouge, dont il sait à la perfection faire jouer tous les sinistres reflets. Dans citrouille, on retrouve bien le mot trouille. ‘Halloween’ n’est pas qu’un simple exercice de steel, mais la nouvelle marque d’un metteur en scène sans concessions, définitif, perfectionniste, totalement jouissif. Trick or threat.

Jean Paul ‘Astro Creep’ Coillard






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