THE HAUNTED : SHOUT OUT THE DEVIL ?


Pour leur quatrième album, les quatre de Haunted nous ont réservé une sacrée surprise : le retour de Peter Dolving, chanteur original du groupe et responsable en partie de la force incroyable qui animait ‘The Haunted’, leur premier Lp à la pochette toute noire. Et aujourd’hui, ‘rEVOLVEr’ est là, nous offrant une nouvelle dose de trash/ Death metal furieux qui devrait mener nos amis à la place qu’ils méritent, c’est à dire tout en haut du podium de l’extrême metal nordique : hier, c’était At the Gates. Aujourd’hui, ils ont franchi la porte et entré acteurs de plein pied dans une cour des grands d’où leurs deux derniers albums les avaient plutôt laissés en spectateurs dignes d’attention. Les leaders of the pack de demain, c’est sans doute eux...





-Votre nouvel album, ‘rEVOLVEr’, vient de sortir, mais l’information principale à son sujet reste ton grand retour au chant : tout le monde te l’as demandé ! N’étais ce pas trop difficile d’abandonner toutes tes autres activités ? (Peter Dolving Band, Zenmonkey, Mary beats Jane, conférencier dans des écoles et des facs, études, famille aussi...

-Peter : Je ne pense pas avoir laissé tomber aucune de ces choses, j’ai juste accepté le fait que je ne pouvais pas en faire autant, parce que tu retrouves très occupé quand tu es dans The Haunted. Mais, dès que je rentre à la maison en Suède, je vais enregistrer les parties vocales de ‘Bring the war home’, qui était mon projet solo, mais, après cinq ans de tournées, j’ai décidé que c’était plus qu’un projet solo et donc on va faire d’autres sessions d’enregistrement au printemps avant de partir avec The Haunted pour une tournée plus importante. On doit planifier les choses, c’est très important et, comme je l’ai dit et répété autour de nous, The Haunted est le projet principal. Je suis vraiment heureux d’être de retour, tout le monde m’y a encouragé, ma famille, mes autres groupes, des inconnus et d’autres musiciens avec qui je travaille m’ont véritablement félicité et dit que c’ était trop cool que je revienne !

-Lorsque tu as quitté The Haunted, tu étais dans une situation plutôt catastrophique, à la fois socialement

et financièrement ?

Peter : Oui, à tous les niveaux : émotionnellement, tout était assez corrompu, je m'en rendais compte. En fait, j’ai fuit la maison quand j’avais à peu près quinze ans ; mes deux parents étaient alcooliques et ma mère était une droguée, et même, en ce moment, mentalement dérangée ! J’ai fui aussitôt que j’ai pu, j’ai fini l’école tout seul et je travaillais les week ends, et lorsque j’ai pu économiser un peu d’argent, j’ai embarqué pour les USA, j’y ai fait du stop, j’y ai étudié, travaillé beaucoup, puis au bout de deux ans, je suis retourné en Europe. Pendant un temps, j’ai bossé dans différentes choses, beaucoup dans la musique, beaucoup dans l’art, et j’ai fini par me retrouver à chanter avec Mary Beats Jane. J’étais un musicien des rues en fait, avec un boulot de cuisinier à temps partiel et le reste du temps à jouer de la guitare dans les rues ! J’ai joué avant ça dans d’autres groupes, dans beaucoup de festivals, et quelqu’un m’a demandé si je voulais jouer dans un groupe de hard rock qui s’est avéré être Mary Beats Jane. Après ça, on est immédiatement partis en tournée avec Mary, et d’un coup, le groupe n’exista plus, en l’espace de deux jours, et je me suis retrouvé dans The Haunted ! Je suis allé de droite et de gauche mais je n’ai jamais eu d’argent du tout ! Parce qu’on ne faisait que bosser et qu’on ne jouait pas, comme dans ‘The Shining’ ! Je sentais épuisé, vidé, par trop de drogues et d’alcool, vidé émotionnellement. J’avais un endroit pour vivre...entre la nationale et l’autoroute ! Des endroits sans eau chaude, sans douche, et j’ai fini par réaliser que rien ne marchait dans ma vie : j’ai tout arrêté pour un temps et tenté d’imaginer je que je pouvais faire de ma vie. C’est en fait ce que j’ai fait durant ce temps là. C’est bien fini, c’est parti pour de bon cette fois!


-Adrian Erlandson est parti pour Cradle of Filth, remplacé par Per Möller Jensen ...et Anders a aussi quitté le groupe en 2001, mais pour y revenir ensuite : on peut donc dire que c’est le line up original de The Haunted qui est de retour aujourd’hui ?

Peter : Tout à fait, oui, je pense, sauf pour Adrian, qui est très à l’aise au sein de Cradle et pour qui ça marche bien pour lui là bas, il a beaucoup de latitude pour exprimer ses idées. Il est entré très tôt dans The Haunted et c’est un musicien incroyable, quelqu’un de chouette à côtoyer. C’est quelqu’un de dur , de vraiment très dur qui ne parle pas beaucoup, sauf quand c’est nécessaire, et le plus souvent il grogne : c’est très dissuasif, mais c’est vraiment un type bien.


-Votre précédent chanteur, Marco Aro, a quitté le groupe en 2003, comme tu l’avais fait précédemment : le futur du groupe était il incertain après ce la ou bien l’entité The Haunted avait elle décidé de continuer contre vents et marées ?

-Peter : Non, je ne pense pas qu’il y ait jamais eu d’incertitude à propos du futur du groupe. Une chose à savoir est que, lorsque tu es dans The Haunted, c’est que c’est plus large qu’un individu, c’est même plus large que la vie extérieure en soir : on joue seulement, on se ballade, ce qui est cool, on prend vraiment du bon temps, mais il nous semble que nous faisons partie d’un groupe plus grand que nous ne sommes en tant qu’être humains : nous composons et jouons la musique, mais tout semble vraiment tranquille à l’intérieur, c’est une situation dans laquelle nous ressentons énormément de sécurité.

-Après ‘One kill wonder’, vous avez quitté Earache pour Century media, à la fin de votre contrat : Anders a eu, comme Jonas, une autre expérience avec Earache pour At The Gates : quel est le vrai est principal problème avec ce label : le manque d’argent, le manque d’ambitions ou l’escroquerie (Napalm est parti, à l’instar d’autres groupes, et récemment Morbid Angel ...)

-Peter : Digby n’est pas un rêveur, c’est un trou du cul, et il n’est pas question de l’évoquer en tant que dreamer : c’est un tyran absolu qui veut tout contrôler, et je pense qu’il est âpre au gain et méchant, il veut garder tout l’argent. Il était très effrayé à l’idée de dépenser de l’argent. Personnellement, je n’aime pas le capitalisme, mais nous vivons dans un monde capitaliste, et vendre des disques est un business capitaliste, ce qui veut dire que tu dois prendre des risques pour vendre des choses. Mais je pense qu’il a mal compris le concept du capitalisme parce que, quand tu prends d’un côté, tu prends un risque ici et tu espères faire de l’argent là, c’est mathématique. Mais il pense que tu peux juste voler, et donc il est plus un voleur qu’un capitaliste. Tous les groupes que je connais, The Haunted, Napalm, Morbid, il leur doit à tous des centaines de milliers de livres ,et quand tu ajoutes tout ça, ça se monte à des millions. Et ils te mentent quant tu les appelle : il n’est pas là, il vient de sortir ! Je ne pense pas que le label survivra. Je pense que c’est un être humain très perturbé. Il sera ok quand il aura soixante ou soixante dix ans, il laissera tomber tout ça, il comprendra qu’il serait mieux en vendeur de hot dogs au coin de la rue, il sera content de la vie et tout se passera bien. C’est un mélange de fou et de monstre !

-Et aujourd’hui?

-Peter : Nous avons beaucoup de chance cette fois çi par nous nous trouvons dans une situation différente de toutes celles que nous avons connu : nous pouvons prendre nos décisions nous mêmes, nous avons un management fort qui est très professionnel et très cool en même temps ; nous sommes une priorité pour eux, et la même chose se passe avec Century Media, nous y sommes une priorité, ce qui fait rudement plaisir ; c’est très bon de travailler avec des gens concentrés et motivés, qui sont là pour de bonnes raisons, ils sont un label de disques, ils aiment vendre de la musique, nous sommes un groupe, nous aimons jouer, ce qui est parfait, parce que nous voulons vraiment faire découvrir notre matériel à un large public.

-Je me rappelle que pour votre premier album pour Earache, vous aviez de super chroniques, mais que l’album n’était disponible nulle part ! Et quelles sont, à tes yeux , les principales différences de ‘rEVOLVEr’ avec ‘One kill wonder’ ?

-Peter : Je pense que la principale différence vient du son : on l’a mis à nu, en quelque sorte, et il est devenu plus proche de ce qu’on fait en live, ce qui est un vrai cliché, ça nous rapproche de Spinal Tap, mais c’est ce que nous avons fait : nous pensions que la prod sur ‘One kill wonder’ était presque trop dense, c’était trop, et nous voulions davantage nous concentrer sur de bons morceaux, sans trop penser à l’avance à leur impact ou à la puissance qui vient d’elle même mais d’essayer de nous concentrer et d’écrire d’aussi vraiment bons morceaux qu’on peut le faire, parce que c’est l’idée principal de ce groupe, de ce pourquoi nous l’avons crée : nous venons de cinq horizons totalement différents ; je viens d’un milieu expérimental et industriel, alors que d’autres dans le groupe viennent du death ou du jazz. Donc, nous avons réalisé, quand on en a parlé, que peu importait le genre mais la chose principale était d’avoir de bons morceaux, simples et efficaces, c’est ce que nous voulions faire et c’est ce que nous avons fait, et , quand on en a été à la pré-prod, on s’est rendu compte que tout sonnait mieux avec moins de morceaux, moins de dub et d’autres choses, juste deux guitares, une basse, une batterie et en fait un seul chant, et tout s’est fait très simplement. On y trouve plus de morceaux mid tempo, et une autre raison pour laquelle nous avons fait cela est qu’au début nous n’étions pas vraiment sûr, surtout moi d’ailleurs, que mes parties de chant serait à la hauteur, mais ça l’était, et je m’en sens vraiment fier et heureux ,et donc je pense que ça a marché, ça sonnait bien alors pourquoi pas l’utiliser si ça donnait de bons morceaux, et c’est venu de ça.



-Quels thèmes forts peut on trouver dans ‘rEVOLVEr’ ? Plus d’histoires de serial killers ?

-Peter : Je ne pense pas que nous ayons vraiment eu des thèmes là dessus : ce que nous avions en commun était la fascination de la violence et toute la culture autour de ça. Qui est ce ? (il montre le terrible personnage en frac à tête de chien sur la couverture du promo) Ca pourrait être quiconque s’adonne à la violence, le monstre qui est en chacun de nous, le monstre bien habillé, plein de pouvoir et de vénalité...mais ce n’est pas Digby. Il y a des monstres pire que ça : il serait plutôt une mauviette ! Le personnage (sur la pochette) n’est même pas affecté par le mal qu’il fait, on dirait qu’il en rit plutôt. La pochette reflète vraiment les textes, sur cet album, mais c’est une confusion très courante lorsqu’il s’agit de The Haunted. Nous avons choisi une pochette très puissante pour notre musique, c’est provoquant et nous en sommes conscients. Le premier album parlait surtout du côté cauchemardesque de l’humanité, de l’aliénation, à un certain niveau, et on pouvait y trouver deux chansons inspirées directement par la violence, ‘Choke hold’ qui parle d’une sorte de rôdeur/ violeur, mais de son point de vue, et l’autre, ‘Three times’ parle de l’auto défense, mais la plupart des autres morceaux parlent de la condition humaine, ce ne sont pas des thèmes straight edge, mais qui parlent vraiment de l’auto destruction. Et ce mode opératoire, la pochette choisie pour ‘One kill wonder’, je n’étais pas sur cet album mais je peux en parler parce que ce sont des amis, tout ça était des commentaires sur le fait que des gens comme Judas Priest ou Ozzy ou Slayer étaient accusés d’avoir poussé des gens au suicide, ce qui est ridicule, et la plupart des morceaux sur "Made me do it" parlent de l’esprit humain, de combien il peut parfois être tordu et que même dans les eaux les moins profondes on peut voir des visages effrayants! Tout c’est mis en route comme ça, et c’est devenu note marque de fabrique, nous flirtons avec l’insanité entourant la violence, nous sommes vraiment fascinés par ça, et en tant que personnes, nous sommes largement opposés à la violence. Nous ne sommes pas des pacifistes, mais vraiment nous n’adhérons pas avec l’utilisation de la violence, c’est totalement inutile. Quiconque a approché la violence de près, et un ou deux d’entre nous l’ont approché de trop près, mais c’est ce qui renforce cette fascination chez nous, quand tu uses de violence ou quand tu grandis dans un environnement violent, c’est quelque chose qui t’engourdit, il n’y a rien de bon là dedans. Ca te laisse émotionnellement vidé, et plus tu es en contact avec la violence, plus tu la feras ressortir, tu peux juste en sortir un peu plus engourdi. C’est vraiment étrange comment tout ça marche psychologiquement, mais c’est un sale truc. On se demande si la pochette possède une vie propre, et deux morceaux seulement sur cet album abordent ce thème, extériorisé. Tous les autres parlent de l’intérieur, la violence que tu peux exercer sur toi même, un démon dans ta tête qui peut te faire tourner contre des enfants, ou ton amour, tes amis, les gens avec qui tu travailles. Bien sûr, nous avons aussi de nouvelles colères ,parce que, pour nous, c’est un panorama tellement étendu que nous avons un boulot monstre! D’une certaine façon, je crois que c’est une bonne chose que l’on fasse ça, parce que ça fait du bien d’hurler certaines choses et le faire avec des gens qui semblent le comprendre, et je pense que les fans de The Haunted fans le comprennent, il existe une ligne très fine entre le manque de sérieux et se payer du bon temps, et ils savent bien que ce n’est pas pour créer des émeutes et des bastons, mais pour aller voir un concert et écouter un disque pour remonter la manivelle et crier un bon coup et sortir tout ça de ton système, surtout avec les nouveaux morceaux, qui sont probablement les plus durs, les plus sombres et sans doute les plus morbides que nous ayons jamais écrit : ‘My shadow’, le dernier morceau du disque, par exemple, eh bien si tu jettes un oeil aux paroles, tu peux la ressentir comme quelque chose de très noir, de très triste, auto-destructeur, mais c’est un de morceaux idéal pour pousser de super cris

-De ce titre, ‘My shadow’, ‘forensick’, dernier morceau du premier album : peut on dire qu’aujourd’hui, c’est comme s’il n’y avait pas eu de break entre ces deux albums et les différents line up ?

-Peter : Oui ‘My shadow’ et ‘Forensick’ ont un lien de parenté, mais je pense vraiment que les quatre albums sont reliés entre eux, il existe une ligne générale, vraiment, absolument, et résolument !

-Fredrik Nordstrom a produit à nouveau ‘rEVOLVEr’ ...

Peter : Non, mais je sais que c’est ce que dit la bio : il n’a fait que nous enregistrer en tant qu’ingé son, ce qui nous a aidé à trouver le son qu’on voulait, mais nous l’avons produit nous mêmes, le groupe entier, parce que cette fois nous y étions si bien préparés qu’il n’y avait vraiment pas grand chose à faire : nous sommes juste entrés en studio et avons enregistré comme on le voulait, et ensuite, quand ça a été fait, on a tout envoyé à Tue Madsen, à Antfarm, et après un jour seulement, il nous a présenté quelques mixes qui étaient formidables, et tout ce qu’on pouvait ajouter était : ‘Vas y ! Vas y !’ C’est un ingénieur du son incroyable et ils ont accompli un super boulot, c’est vraiment cool. Nous sommes vraiment, tous les cinq, très fiers de ce disque !


-D’où vient le nom du groupe ?

-Peter : Ca vient d’un groupe qui s’appelle Seance, et qui était le groupe de notre guitariste, Per Jonson, avant qu’il fonde The Haunted. Mais je ne sais pas qui est ce ‘hanté’ : probablement un de nous ou de nos fans ! La vie peut faire ça, la vie hante la plupart d’entre nous parfois et je crois que c’est l’explication de toute la chose. Je ne pense pas que quiconque puisse être ce type (sur la pochette), Mister Smiley, mais chacun a la possibilité de le devenir !

-Quelles sont tes influences musicales ? Nick Cave, Ian Curtis...

-Peter : Oui, tout à fait, ce sont mes idoles absolues. Comme je l’ai déjà dit, je ne viens pas d’un milieu metal mais plutôt indus, et j’adore Einsturzende Neubauten, parce qu’ils possèdent une veine émotionnelle bien plus fort que la plupart des groupes qui papillonnent autour d’eux. Ils étaient là les premiers, ils sont toujours là et ils ont quelque pari inventé cette expression d’industriel. J’aime beaucoup les premiers Skinny Puppy, mais je trouve qu’ils ont dégénéré. J’aime vraiment Coil, Godflesh, Torture Garden, tout ça est vraiment superbe. Je pense que la chose nécessaire, avec la musique extrême, est d’ avoir un contenu émotionnel : sinon, c’est juste de la pose. Tout le monde peut créer la structure de surface de certains sons, parce que la musique dure est construite à partir d’extrêmes ; mais si tu n’as rien d’émotionnel pour l’accompagner, alors ça ne marchera pas, et donc c’est quelque chose qu’il faut toujours s’efforcer de faire. Un jour ou l’autre, on doit accomplir quelque chose d’incroyable, en tous cas c’est mon espoir et mon rêve et en tous les cas ma force motrice.

-Ferais tu des reprises de ces groupes ?

-Peter : On en a parlé, et le problème, c’est que ça nous fait un peu peur. Mais un tas d’idées de reprises ont jailli du coup : je voudrais faire une version à la Haunted de ‘The mercy seat’ des Bad Seeds, ou même ‘100 years’ de Cure.

La reprise de Johnny Cash de ‘Mercy seat’ est très bonne, comme celle du morceau de NIN, ‘Hurt’. Un bon moment est un bon morceau, et un grand artiste peut toujours interpréter un bon morceau.


-Et ‘Personal Jesus’ par Marilyn Manson ?

-Peter : Ouais, c’est bien, mais trop prêt de l’original. C’est de ça que l’on a discuté dans le groupe à propos des reprises : si tu dois en faire, il faut ajouter quelque chose à l’original, lui donner une vie nouvelle. La chose que j’apprécie le plus chez Nick Cave and the Bad Seeds est ‘Kicking against the pricks’ : pour moi, cet album m’a ouvert tout un nouveau monde musical. Quand j’étais gosse, j’ai entendu les autres trucs, j’étais un gros fan de Birthday Party, mais quand j’ai entendu ce disque, je ne pouvais pas en croire mes oreilles, parce que ce que j’entendais était des trucs plutôt démodés, comme de la musique pour personnes âgées, mais c’était tellement cool ! Comment avaient ils pu faire ça ! Si tu fais une reprise de la musique d’un autre, tu dois être capable d’y ajouter quelque chose de fort, de neuf, et je pense qu’on en est pas encore là, on sera plus confiants en nous mêmes dans un an ou deux.


-Mais tu préfèrerais ce genre de reprises à Slayer ou Metallica ?

-Peter : Absolument, et nous avons même parlé de ‘A love supreme’ de John Coltrane, parce qu’on pourrait le faire évoluer, à cause de ce groove qui pourrait très facilement se transformer en quelque chose de très sombre. Un morceau très positif, mais tu le tord d’une certaine façon, il devient effrayant.


-Qu’écoutes tu aujourd’hui?

-Peter : Le dernier album de Cure : Ross Robinson, qui avait produit Slipknot, a fait un boulot de production incroyable sur cet album. J’écoute beaucoup de hardcore du début des années 90, comme 108, H2O, des groupes qui ne sont jamais devenus énormes mais qui possédaient quelque chose de très fort, de très personnel. Je n’écoute pas vraiment beaucoup de musique parce qu’on en joue beaucoup, et quand tu répètes ou que tu écris de la musique plusieurs heures par jour, tant de temps est passé en studio et en salle de répète que je suis arrivé à un stade de ma vie où je n’écoute plus autant de musique. C’est une progression naturelle, et j’en suis très heureux. La chose que j’apprécie le plus est de me promener en forêt avec mes enfants, mes filles, c’est ce qui est le meilleur au monde, aussi bon que de jouer, j’adore ça : je dois être très non-rock’n’roll !

-Peut tu citer quelques albums ayant changé ta vie?

-Peter : ‘Zeichnungen des Patienten OT’ d’ Einsturzende Neubauten, ‘Radio activity’ de Kraftwerk, ‘The top’ de The Cure, ‘From her to eternity’, de Nick Cave, et ‘Nail’ de Foetus, qui fut un grand moment pour moi parce que j’écoutais du heavy metal mais je ne l'avais jamais considéré comme quelque chose de brutal: j’ai toujours pensé qu’ Iron Maiden ou Judas Priest, et les autres groupes que j’écoutais étaient des groupes pop : ce n’était ni dur ni sombre ni quoi que ce soit, c’était de bon morceaux pop, pour moi ce n’était que ça. J’aimais ça et je les écoutais souvent, mais ce n’était pas une énorme expérience. Et puis, j’ai eu au même moment ‘Hole ‘ et ‘Nail’ de Jim Thirlwell, Foetus : je les ai mis en route, et je jure devant Dieu que ce fut une sacrée expérience qui m’a retourné la tête ! Comment pouvait on assembler autant de choses aussi différentes et les assembler en quelque chose d’aussi en colère ? Et c’est encore mieux parce que c’était que je ressentais moi même, et que j’ai ressenti à ce moment là! Ce fut la même chose pour "1/2 Mensch", de Neubauten, c’était la voix de mes émotions. Idem pour ‘From her to eternity’, cet album incroyable et remarquable : je l’écoute toujours aujourd’hui comme l’un des meilleurs albums que je connaisse parce que le son y est si brutal, si sauvage que s’en est presque vulgaire ! Je pense que tous ces groupes ont réellement influencé ma façon d’écrire et mon approche de la musique. Des morceaux qui t’atteignent droit dans la tête.

-Des projets vidéo dans le futur ?

-Peter : Oui, on a fait une vidéo marrante pour le morceau ‘All against all’ sur ce disque. C’est plus un morceau metal /rock/pop song en réalité, mais le morceau possède plusieurs contours, c’est celui que l’on peut chanter le plus facilement, mais les paroles sont très dures et le chant très violent : c’est un morceau qui parle du fait que l’on laisse les magazines, la télé, tous ces trucs des mags pornos aux mags de mode, avoir une influence sur nous pour savoir où l’on doit marcher, s’occuper de notre corps, baiser et, au lieu d’avoir de véritables vies, on vit en interprétant ces rôles. Je peux le comprendre si on en est conscient, alors ok, jouer la comédie peut être marrant, mais quand on ne l’est pas et qu’on fait tout ça juste dans le but de paraître normal, on est pas dans la merde ! C’est de ça que parle le morceau. La vidéo ne sera pas sur le disque, mais tu peux la voir sur le site. Nous a fait appel à tout une troupe d’amis et de fans pour sauter partout, faire les fous et se payer du bon temps. On aurait bien voulu faire quelque chose de plus ‘dramatique’, mais faire une vidéo coûte beaucoup d’argent ! C’est aussi simple que ça : si on veut davantage, on devra attendre et tourner beaucoup plus, je pense !

-Si The Haunted était un film ?

-Peter : Je devrais en mélanger plusieurs : je ne sais pas si tu connais ce film australien, ‘Bad boy bubby’, un type dans un sous sol avec sa mère, très étrange et effrayant, et aussi ce film français, à propos d’un boucher (‘Seul contre tous’), qui est terrible, monstrueux, mélangé à un autre film français, en noir et blanc, l’histoire de deux types qui se promènent la nuit dans Paris et l’un d’eux est tué. C’est un de mes films favoris! (NDLR ‘La haine’, peut être ?)


Propos recueillis par Jean Paul Coillard et Mister X, le 28 septembre 2004, à Paris.

Trad : JP Coillard et Marie Lecocq.

Photos : JPCoillard et DR.

Merci à Valérie Reux de M10

www.the-haunted.com





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