IMPALED : SATAN DE REFLEXION...


Avec sous le coude un album de la trempe de ‘All that you fear’, on peut effectivement dire que Mika et son gang n’ont plus guère de choses à craindre, tant leur place à grandi, petit à petit au fil des albums depuis dix ans, avec l’apothéose de ‘Absence of war doesn’t mean peace’ sorti en 2001. Tuomo remplace le défunt Teemu Raimoranta à la guitare, et le style général d’Impaled se recentre autour de la notion black/trash/speed metal qui fit le succès du groupe, amis avec une puissance décuplée par une production hors paire : un disque méchant, hargneux, teigneux, révolté en particulier contre le nouveau gouvernement finlandais, allié...à l’église. Le plus Nazaréen des groupes de rock, même du haut de sa croix, ne pouvait laisser passer ça. Explications avec un Mika aussi cordial qu’épuisé par une promo à la hauteur de son disque : énorme. Let’s do it.


-Comment décrirais tu ton nouvel album, ‘All that you fear’ ?

-Mika : Comparé aux anciens albums studios d’Impaled, on peut dire que c’est une mixture de tout ce qui fait l’ancien et le nouveau Impaled Nazarene, sauf que le nouveau comporte beaucoup plus de solos de guitare : sur ‘Nihil’ nous avions bien sur Alexi Laiho, mais il ne faisait pas autant de solos que l’on peut en trouver sur cet album, ce qui était une vraie décision : lorsque Tuomo a rejoint le groupe, nous l’avons écouté jouer quelques parties solos aux répétitions et j’ai lui ai dit que c’était ok, que nous avions trouvé quelqu’un capable de jouer des leads, et que nous l’incluions sur cet album parce qu’il collait tout à fait. Ce que nous fîmes, nous lui avons laissé totalement carte blanche pour faire ce qu’il voulait, et tous les solos de l’album ont été enregistrés en quatre heures, parce que nous étions vraiment ric rac sur le planning, et qu’il avait dit qu’il pourrait le faire. Nous sommes restés derrière la porte pendant qu’il jouait et nous nous sommes exclamés : wow ! La production aussi est très différente d’avec ‘Absence of war...", où elle sonnait très digitale, la batterie était très ‘trafiquée’, alors cette fois nous avons commencé, même avant l’enregistrement, à parler entre nous, à se dire que nous voulions un disque qui sonne plus analogique. C’est ce dont nous avions besoin lorsque nous avons quitté le studio Astia. Nous avons dit : ‘Laissons tomber ces trucs digitaux, servons nous d’un vrai son de batterie avec peut être quelques samples pour rendre le son plus puissant, mais pas trafiqué comme sur ‘Absence...’. ‘Absence...’a vraiment un son compressé, tandis que celui-ci sonne bien plus comme un groupe, beaucoup plus rapide et brutal ! Lorsque nous écrivions le disque, nous ne nous étions pas dit qu’il devrait être différent : Nous avons fait comme nous l’avons toujours fait, chacun écrit chez lui parce que nous n’arrivons pas à écrire au local de répétition. On a essayé de se la jouer ensemble, mais ça n’a pas marché et donc chacun écrit chez soi, on se retrouve au studio de répétition, et du coup les gens arrivent avec des morceaux beaucoup plus directs et brutaux, et donc je ne m’en plains pas vraiment !

-Le succès d‘Absence of war’ vous a-t-il ouvert de nouvelles portes ?

-Mika : Je ne sais pas si ça a vraiment ouvert de nouvelles choses, mais on a gagné tout un tas de nouveaux fans. Bien sur, c’est super pour un ‘vieux’ groupe comme nous de gagner de nouveaux fans, parce qu’autrement, ta carrière ne va nulle part. J’espère seulement qu’ils achèteront aussi "All that you fear"… (rires)

-La mort de Teemu Raimoranta a-t-elle mis le groupe en péril ?

-Mika : Non, on ne l’a jamais pensé, c’était très clair depuis le début. Lorsque nous l’avons su, nous nous sommes dit que nous devions absolument continuer parce qu’il n’était pas un élément majeur. Il ne me manque pas du tout en tant que membre du groupe parce que, quand nous allions répéter, il appelait en disant qu’il devait voir sa mère ou faire ceci ou cela. Il n’était jamais aux répétitions, il n’écrivait jamais rien de nouveau, et il n’avait qu’un seul riff dont il s’était servi pendant deux ans. Je lui ai dit que c’était un bon riff, mais qu’il devait finir le morceau. Mais ça a pris des siècles. Lorsque nous partions en tournée, tout le monde était à l’aéroport sauf lui : nous l’appelions et il venait juste de se lever ! Mais ceci mis à part il me manque en tant qu’ami, il était loyal, je lui faisais une grande confiance. Lorsque nous étions en tournée, nous partagions toujours la même chambre d’hôtel, et je pense que je le connaissais mieux que quiconque. Nous partagions la même vision du monde, les mêmes sentiments misanthropes. Mais le fait de sa mort a rendu Impaled Nazarene plus fort, parce que nous avons un bien meilleur guitariste aujourd’hui !

-Il y a donc un nouveau guitariste dans Impaled, Tuomo, d’Antidote : pourquoi ce choix et qu’apporte-t-il au groupe ?

-Mika : Tout s’est passé très facilement pour nous, à la bonne heure !. Après la mort de Teemu, nous avons fait un break d’un mois par respect pour lui. Puis nous avons commencé à chercher un nouveau guitariste et notre bassiste, qui était aussi dans Antidote aussi, nous a dit qu’il avait un pote qui était un excellent guitariste et qui ne jouait dans aucun groupe pour le moment, nous demandant ce qu’on en pensait. J’ai dit Ok et nous avons passé à Tuomo un CD-R avec deux morceaux. Il n’avait jamais entendu notre musique, ne nous connaissait que de nom. Je lui ai dit de les apprendre d’oreille et voyons dans une semaine au studio. Là, il joua les parties de lead et on s’est exclamés : “ Nom e Dieu ! ” . Nous avons terminé le morceau, je lui ai serré la main et lui ai souhaité la bienvenue au sein du groupe ! Voilà, c’est tout ! Nous voulions aussi un trentenaire comme nous et qui avait déjà tourné, que ça ne soit pas un choc pour lui.

-Pour cet album, vous avez reformé l’équipe de prod de vos deux derniers albums : Ansi Kippo et Mikko Karmila, d’ Astia Studio et de Finn Vox studio... as tu vraiment eu le sentiment d’avoir trouvé les producteurs idéaux ?

-Mika : Oui, après qu’ "Absence…" fut fait, il était clair que pour le prochain album nous allions faire appel à eux de nouveau. Nous espérions qu’"Absence…" rapporterait assez pour qu’ Osmose nous donne davantage d’argent pour le studio, ce qui arriva, et tout fut donc très facile. Pour le prochain, nous pourrions louer les servies d’autres personnes, mais j’en doute, parce que j’adore bosser avec Ansi et Mikko, qui sont excellents dans ce qu’ils font. Ils ont chacun des manières très différentes de travailler, mais quand tu les mets ensemble, tu obtiens un excellent résultat.

-Un thème très important dans cet album est la lutte contre la domination de la religion chrétienne, et tout spécialement en Finlande où il est aujourd’hui très proche du gouvernement ?

-Mika : Oui il y a eut une élection en avril en Finlande et le parti du centre a gagné, mais personne ne savait vraiment que ses membres étaient des chrétiens fanatiques. Ils ont déjà réussi, en 6 mois, à rendre la prostitution illégale, ils s’attaquent aux jeux vidéo, aux films d’horreur, et je pense que la musique est la prochaine étape logique. La seule bonne chose à propos de la Finlande est que nous possédons une énorme scène metal, et donc je suis sur que s’ils essaye de bannir le metal ou quelque chose comme ça, il y aura un grand mouvement de protestation. Ce serait leur plus grande erreur. Notre premier ministre a déclaré dans une interview récente que les femmes devraient rester à la maison et faire des gosses ! En 2003 ! Je ne comprends pas d’où sortent ces gens d’un seul coup. Rien n’était pas dans leur agenda politique. J’ai lu un article disant que chaque dimanche, les leaders de l’église et du gouvernement se réunissent et l’église donne des préceptes à propos de comment la politique étrangère et d’autres choses devraient être menées. Et maintenant, nous voilà coincés quatre ans avec ces gens ! j’espère seulement que le gouvernement se cassera bientôt la figure.

-Donc le nom d’ Impaled Nazarene est plus que jamais à l’ordre du jour ?

-Mika : Absolument (rires)!

-T’attends tu à plus de censure et de problèmes venant de cette nouvelle orientation ?

-Mika : C’est difficile de répondre, parce qu’avec le précédent gouvernement il y avait un homme politique qui tentait de faire passer une nouvelle législation disant que les textes violents, entre autres, devaient être bannis, mais personne n’y a trop fait attention. Aujourd’hui, la situation est différente, notre ministre de la culture est un lunatique qui a l’air de soutenir les idées chrétiennes les plus extrémistes, et je suis sur que si quelqu’un lui parle de nous, nous aurions des problèmes, mais si ça arrive, on se défendra !

-Le morceau d’ouverture est chanté en Finnois : que signifie -t-il ?

-Mika : C’est quelque chose du genre “ Bientôt, Jesus ne se marrera plus ”. C’est en Finnois à cause de la situation politique, le texte est une sévère critique de la chrétienté. J’ai entendu dire récemment que l’album allait être chroniqué par l’un des plus gros journaux de Finlande : ou bien ce sera bon, ou alors ils vont totalement le détruire et peut être aurons nous des problèmes après ça.


-A propos de ce titre, quelle est ta plus grande peur?

-Mika : En tant que chanteur, la pensée de perdre ma voix pour de bon serait horrible. Si ça devait m’arriver, je m’ouvrirais les veines, parce que le groupe est terriblement important pour moi. En fait, le titre "All that you fear" est là pour rappeler à nos ennemis qu’Impaled Nazarene est ce qu’ILS doivent craindre !

-Si Impaled était un film ?

-Mika : “ The Matrix ”, totalement !


Propos recueillis à Paris le 6 novembre 2003.

Trad : JP et Marie Lecocq.

Thanks to Nicolas.







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