Impaled Nazarene: The man that they fear…


Mika est préoccupé: après une nuit blanche et une matinée consacrée à passer des coups de fil et envoyer des E-mails, l’homme venu promouvoir son nouvel album en aurait presque d’autres chats à fouetter. Menaces de mort sur Internet, annulation de la tournée prévue en Allemagne prochainement, cabale orchestrée contre un Impaled considéré depuis un bail comme l’un des boucs émissaires du metal extrême dans certains cercles, le leader d’Impaled se défend vigoureusement d’une quelconque appartenance à une mouvance d’extrême droite, expliquant point par point le pourquoi et le comment de son nouvel album, de son titre, de sa pochette et de son contenu, pour faire preuve de sa bonne foi. Pourquoi tant de haine ?


-Alors, que t’arrive-t-il, Mika ?

-M: Comme tu le sais probablement, nous avons une tournée européenne de dix semaines qui va inclure une série de dates en Allemagne. Ce qui s’est passé hier, autour de quatre heures, c’est que j’ai reçu un coup de fil de notre tourneur, disant que l’Anti-Fa, le mouvement anti- fasciste allemand, très puissant là bas, avait commencé à envoyer des lettres de menace à toutes les salles de concert, les informant qu’ils y poseraient des bombes si on y passait, qu’ils avaient envoyé des lettres de menace aux agents, aux endroits vendant les tickets de concert, qu’ils avaient contacté les conseils municipaux, et que les réactions déjà constatées de la part des mairies étaient qu’on ne pouvait jouer. Hier, toute la tournée était menacée, et tu peux t’imaginer dans quel état j’étais. J’ai du appeler les autres musiciens en Finlande, qui répètent en ce moment, et leur annoncer qu’il n’y aurait peut être pas de tournée du tout. Nous avons alors passé d’autres coups de fil d’urgence à Osmose et Hervé, heureusement, a pris en mains la situation : nous avons contacté des avocats, et heureusement aussi nous en avons de très bons, parce que les salles ont dit qu’elles refuseraient de nous accueillir à cause des menaces de bombes ou bien que les conseils municipaux partageaient cet avis. Mais, d’après la loi allemande, ils ne peuvent nous interdire, ce que nous leur avons dit dans un ou deux e-mails.

Puis, aujourd’hui, vers midi, j’ai finalement reçu un appel des avocats disant que la tournée continuait, qu’elle passerait par l’Allemagne, mais pour un seul concert, au lieu de douze. Beaucoup de clubs ont annulé, mais on peut les poursuivre, parce que les contrats avaient déjà été signés. C’est pourquoi j’ai eu pas mal d’émotions, du début à la fin de toute cette merde. Et hier, je suis allé voir sur notre site officiel, dans la partie ‘guest book’, et je ne pouvais en croire mes yeux : on pouvait y lire des tas de messages disant que si l’on venait en Allemagne, on nous tuerait, il y en avait des milliers. Il y ce groupe américain, Grand Belial's key, qui a tourné en Europe en janvier, et l’Anti-Fa s’est arrangé pour les faire interdire partout, sauf en Finlande et au Royaume Uni. Ils ont donc eu quelques vingt dates annulées à cause de ça. L’Anti-Fa a vraiment commencé à s’attaquer au metal…

-N’as tu pas peur d’ennuis éventuels si tu vas malgré tout en Allemagne?

-M: On va y aller, mais naturellement tout sera vérifié plutôt deux fois qu’une. Heureusement, on ne prend pas l’avion cette fois, parce que cet album est notre plus grosse production à ce jour, et on amène donc tout notre matériel de Finlande, d’où la tournée démarre, on va donner un ou deux concerts en Finlande puis embrayer avec la Suède, et on a donc tout notre personnel finlandais avec nous pour la première fois sur la route, on est donc très bien entourés, et, comme on n’a pas à y aller en avion, on peut emporter avec nous certaines ‘armes intéressantes’ au cas où les choses tourneraient mal. Tu te rends compte, on est en 2OO6! Je pense que tout ça vient de ce qui s’est passé au Danemark, et je crois que toute l’Europe est paranoïaque en ce moment. Tu peux dire en effet que l’on a choisi le pire titre d’album possible, vu ce qui se passe…


-Penses tu que ce titre puisse être pris pour une provocation?

-M: Ce n’est absolument pas une provocation, et je vais te raconter comment on l’a trouvé: je voulais un titre en latin pour l’album, j’ai donc acheté un dictionnaire latin/Finnois, et je suis tombé sur ‘pro patria’: je me suis dit ok, si j’ai ‘pro patria’ et Finlande côte à côte, je dois aussi avoir de la vodka. Mais le titre était trop long et nous n’avons gardé que ‘pro patria’ et coupé la partie avec la vodka, mais les gens n’ont donc pas pu se rendre compte complètement, et ils demandent aujourd’hui ce que symbolise la pochette. Elle a été réalisée par le même artiste qui a fait pour nous celles d‘All that you fear’ et de l’album live. Je lui ai simplement envoyé le titre, lui disant de faire ce qu’il voulait avec, et il est arrivé avec cette pochette, qui dépeint en fait ce qui se passait dans les années 4O, quand la Finlande a été envahie par l’armée allemande, et elle représente un soldat finlandais mort, enterré sous un drapeau finlandais, rien de plus, rien de moins. On doit être vraiment aveugle pour y voir des swastikas et d’autres merdes comme des idées fascistes !

-Penses tu qu’Impaled soit devenu une cible facile et obligatoire pour certains, chaque fois que vous tournez ou que vous sortez un album?

-M: C’est clair que tout a été bien planifié parce que les choses ont commencé seulement une semaine avant la tournée, mais nos avocats ont enquêté pour savoir d’où cela était parti.

Un groupe de nos amis, qui assure notre première partie, Zuul FX, a un nouveau guitariste qui est noir: penses tu vraiment que ce gars s’en irait tourner avec un groupe nazi, ou qu’un groupe nazi tolérerait un noir dans un groupe ? Je ne sais pas vraiment où l’Anti-Fa a chopé cette idée, mais c’est juste une énorme connerie. Aujourd’hui, le meilleur mot pour décrire le monde est la paranoïa. En Finlande, aucun journal n’a publié de caricature, parce qu’ils ne voulaient pas d’ennuis, mais un particulier l’a fait, sur son propre site : peux tu imaginer que notre propre premier ministre s’est envolé pour le Koweit, afin de s’excuser auprès du monde islamique parce qu’un Finnois a mis ce fichu truc sur son site Internet ? Même notre plus grand quotidien national que nous avons un crétin complet comme premier ministre, que tout ça va trop loin. Et puis, trois jours plus tard, notre président s’est aussi excusé à cause de ce type en Finlande. Ensuite, la police secrète finnoise a commencé à enquêter sur lui, ce qui est illégal : on pense maintenant qu’ils vont poursuivre ce gars pour avoir mis une caricature sur son site Internet. Si ça se passe, ce sera dans l’illégalité et, à mon avis, la prochaine étape sera qu’arrivent les chrétiens, les catholiques, disant que si les musulmans peuvent faire ça, nous blasphémons quant à nous contre Jésus, et ce sera l’effet domino. Pfuitt !! Ce sera la chute de l’Europe…

-C’était aussi une de mes questions: la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, tu te disais très préoccupé par le nouveau gouvernement Finlandais, et il fallait attendre quatre ans pour pouvoir en changer…

-A: Des élections vont se dérouler l’année prochaine. Je ne comprends toujours pas, alors que nous avions une mauvaise présidente, celui-ci, une ultra socialiste, a été réélu. Nous avons donc ce gouvernement à la con, et tous les partis se ressemblent. On devrait abolir le gouvernement dans son ensemble et, à mon avis, remplacer ces dirigeants de par le monde, par des économistes et aussi cette sorte de gens qui comprennent comment faire de l’argent pour garder un pays riche au lieu de tout gaspiller dans des conneries sans nom. Mais assez parlé de politique !

-Parlons donc un peu de ce nouveau disque: que renferme-t-il, comme textes ‘inacceptables’?

-M: Je peux te dire que j’ai beaucoup regardé la télé, parce que je suis très intéressé par tout ce qui se passe dans le monde. Chaque jour, j’ouvre la télé et je vois la stupidité de l’humanité au travers des infos. ‘One dead nation under dead God’ parle du raz de marée de la Nouvelle Orléans, et c’est un texte très ironique, disant qu’aujourd’hui, on peut ramasser à la fois les cadavres et l’argent des frais d’enterrement. C’est un paradoxe complet que les USA trouvent l’argent pour pomper quotidiennement le moyen orient mais sont incapables de venir à l’aide de leurs propres citoyens sur leur sol. Ce morceau est évidemment très nazi dans l’inspiration! Ensuite, bien sûr, tu as ‘Goat sodomy’: je me demandais depuis un moment si l’on devrait cesser de faire des ‘goat songs’ ou non, et j’ai donc posé la question sur notre forum : ‘chers fans, voulez vous ou non une ‘chanson à propos du Bouc’ ? Ca dépend de vous. Et tout le monde, sauf une personne, a dit qu’on devait continuer. Alors d’accord, chanson de bouc vous voulez, chanson de bouc vous aurez ! Et, avec ce titre, on savait bien qu’il n’y aurait aucun commentaire social attaché : on a juste besoin d’un bouc, de rectum qui saigne et de semence ! ‘Psykosis’ est en fait une sorte de continuation, au niveau du texte, de ‘Tribulation Hell’, sur l’album ‘All that you fear’, et ça parle du fait de devenir fou, quelque chose comme ça, quand les choses ont pété et qu’il n’y a pas moyen de faire machine arrière..

-Et ce titre, ‘Kut’?

-M: C’est en fait du Flamand, et ça signifie ‘conne’: ça parle d’une fille que je baptiserais la reine des connes. C’est une chanson de haine tout à fait personnelle ! Cet autre morceau, ‘Contempt’, parle d’une autre femme. ‘Cancer’ parle d’un type que tout le monde voudrait voir mort, c’est un cancer de la société. Tu vois, ce sont des choses assez différentes, comme ‘Neighbourcide’ , par exemple, qui vient du fait que mon bassiste m’a appelé un jour en me demandant si un fichu animal comme moi pourrait écrire un morceau qui parlerait de tuer son voisin, parce que, me dit il, je peux tuer mon voisin le plus proche! C’était une idée très intéressante, parce que je n’avais jamais écrit de texte après que quelqu’un m’en eut apporté l’idée comme ça. Je l’ai donc écris, lui ai envoyé par e-mail, demandant si c’était bien l’esprit de ce qu’il cherchait. Il a lu et m’a répondu que c’était fantastique, exactement de la façon qu’il le ressentait !

-A propos de la production, tu n’as pas cette fois fait appel à Ansi Kippo et Mikko Karmila?

-M: Non, cette fois, c’est complètement différent: notre album live a été mixé par notre ingénieur du son, Tapio Pennanen, à qui nous avons confié ce boulot aussi. Nous avons également changé de studio, on a enregistré au Sonic Pump. L’album live a été mixé là bas, mais à l’ancien Sonic Pump. Leur ancien studio était dans un grenier, et il n’était pas très bon.

Ils en ont construit un autre, entièrement nouveau, où on peut trouver le top en matière d’équipement. On a donc décidé d’enregistrer là et d’utiliser notre propre ingé son, ce qui est en fait la meilleure décision que nous n’ayons jamais prise à ce niveau, parce que bien sûr on le connaît, vu qu’il mixe pour nous depuis trois ou quatre ans maintenant. C’est très facile de bosser avec lui, et on a réalisé quelque chose de complètement différent d’auparavant.

(A ce moment là, l’interview est interrompue par un coup de fil du guitariste d’Impaled, en voyage de noces en Italie, et pas du tout au courant de l’affaire allemande’).

Avant ça, quand on était en studio, tout le groupe était là, et l’un de nous jouait tandis que les autres écoutaient, et puis tout le monde écoutait le tout. Cette fois, parce qu’on enregistrait à

Helsinki, tout le monde en fait restait à la maison, et un seul d’entre nous était en studio à chaque fois, avec un morceau. Ensuite, je suis juste venu une journée pour vérifier que tout était en ordre, et pour écouter les solos de guitare, parce que je pense que ça a été notre plus gros problème lors de tous nos albums précédents, le son de la guitare a toujours été trop petit.

Quand j’écoute ce nouveau disque, je me demande comment il a bien pu faire, parce que c’est absolument magnifique ! Les choses se sont si bien passées avec ce disque qu’on a fini pratiquement quatre jours en avance sur le planning. Le batteur a enregistré toutes ses parties en une seule journée, je ne pouvais pas le voir quand il m’a appelé pour me le dire, que la batterie, toutes les parties de batterie, étaient prêtes, et j’étais très impressionné. Ce fut un album très facile à faire, on avait réservé le studio pour deux ou trois semaines et on a tout fait en huit jours : on a été super rapides sur le coup !


-A propos de ça, l’ensemble bien plus direct, plus concentre cette fois: un morceau comme ‘Never Forgive’ était il juste une expérience ou penses tu en faire d’autre de même style dans le future ?

-M: Ce nouvel album est bien plus brutal, bien plus rapide, mais, quand on l’a écrit, on avait en fait un ou deux morceaux plus lents. En septembre dernier, quand j’en ai discuté avec notre bassiste, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il fallait tomber ces morceaux plus lents et faire un album qui aille directement droit au but. Mais si toute cette merde avec l’Anti-Fa ne s’arrange pas, je crois que le prochain album sera encore plus brutal, parce que, quand on t’emmerde à ce point, je ne pense pas que l’on écrire de morceaux comme ‘Never forgive’!

-Tu as tourné plusieurs fois en Amérique du sud: comment êtes vous reçus là bas et pourquoi, à ton avis, les spectateurs sont ils là bas aussi fans de musique extrême ?

-M: Je pense qu’ils ont le sang chaud, et c’est pourquoi ils aiment le metal extrême, sinon je ne vois pas! On est allé seulement en Amérique Latine en fait, on a fait trois tournées au Mexique, la dernière en janvier, et c’est une région dingue pour y jouer : cette année, à Mexico, je n’avais jamais un tel moshpit de toute ma vie, sauf aux concerts de Slayer. Je regardais ça depuis la scène, et toute la salle s’était transformée en une gigantesque chenille courant dans tous les sens, et il y avait tellement de slammers que je ne pouvais même pas chanter, j’essayais juste de me protéger, parce qu’un type se mettait à voler à ma droite, un autre à ma gauche, et moi je me retrouvais au milieu! Ils avaient tous du sang sur le visage, et c’était un public vraiment sauvage…

-Tu as toujours été un grand fan de Motorhead, et je suppose que tu l’es toujours, mais, à propos du black metal, quels groupes, ou quelles idées ou autres t’y ont attire en premier lieu?

-M: C’était Venom, parce que le premier album que j’ai acheté était ‘Welcome to Hell’ et c’est de là que date mon intérêt. On va bientôt jouer avec eux, au Tuska festival, le plus gros festival metal de Finlande, avec cette année Sodom, Venom et Celtic Frost. Quand j’ai appris la nouvelle, tu ne peux pas imaginer le sourire sur ma figure! Mais je n’ai pas encore entendu le nouveau Venom, je ne sais pas à quoi il peut ressembler, mais je pense que, comme Celtic Frost, ils seront aussi bons qu’ils l’ont été, bien qu’on ne puisse pas savoir à l’avance : peut être nous surprendront ils !

-Slayer a-t-il eu une grande influence sur toi?

-M: j’ai démarré avec Venom, mais en fait la scène trash metal commençait à se développer ainsi que la scène speed metal allemande, et il semblait que chaque groupe qui arrivait était plus brutal que le précédent. Je pense qu’il y a deux sommets dans le metal, un d’eux étant naturellement ‘Reign in Blood’ de Slayer, parce que, quand cet album est sorti, il était une apothéose de vitesse et d’agressivité. Je me souviens comme si c’était hier, lorsque je l’ai écouté pour la première fois et qu‘Angel of Death’ a démarré, je me demandais ce qui pouvait bien se passer ! Je pense que la seconde chose qui ait eu un tel impact est ‘Scum’, de Napalm Death parce que, la première fois que je l’ai entendu, je me demandais comment on pouvait jouer si vite, c’est totalement impossible. Je pense que ces deux albums là, avec l’album de Venom, sont vraiment les pierres d’angle de la musique extrême au niveau du metal. Leur vitesse et leur agressivité m’attiraient, et puis ils parlaient du ‘côté sombre’ des choses, ainsi que du sexe, choses auxquelles, quand tu es jeune, tu es toujours intéressé : certains jouent au hockey sur glace, d’autres veulent baiser avec Satan, ou quelque chose comme ça!


Propos recueillis par Jean Paul Coillard, en mars à Paris.

Merci à Nicolas pour son aide.





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