In Flames : High on Fire


Neuvième galette pour In Flames, groupe de plus en plus important, non seulement sur la scène scandinave du death mélodique mais également, renforcé par des tournées mondiales de plus en plus longues, sur la scène internationale. Aujourd’hui, c’est un Bjorn Gelotte détendu, aux cheveux courts, bien dans sa peau, qui nous parle de leur dernier bébé, « Sense of Purpose », nouveau jalon sur cette route obstinément tracée sur le chemin de l’extrême. Sans effets de…manche !




-‘Sense of purpose’ vient après un ‘Come Clarity’ davantage basé sur les guitares que le précédent, sans ballades comme ‘Evil in a closet’ : mais quelles sont à tes yeux les principales différences d’avec ‘Come Clarity’?

-B: Pour nous, c’est toujours assez difficile de voir la différence, parce que nous écrivons nos albums de la même façon. Par contre, ce qui change à chaque fois, ce sont les arrangements et la manière dont on aborde les différents sujets. Cette fois, également, tout le monde est impliqué dans l’écriture et la conception de l’album, pas seulement Anders et moi. Tout le monde y a mis son grain de sel, et tout est vraiment mieux comme ça. De plus, nous travaillons maintenant dans notre propre studio, ce qui facilite pas mal les choses et détend beaucoup l’atmosphère, vu qu’il est situé près de chez nous. On peut donc rentrer à la maison tous les soirs, et c’est impeccable !


-Tu considérais ‘Come Clarity’ comme une sorte de best of du groupe. Comment définirais tu celui-ci?

-B: Je ne veux pas catégoriser cet album, surtout parce que les gens ont trop tendance à le faire à notre place! Disons simplement que ce disque est comme un sampler de ce que nous sommes à ce moment précis, dans le présent, humainement et musicalement. Nous avons énormément tourné, et on a beaucoup appris au cours de ce processus, ce qui influe véritablement sur l’écriture et les arrangements de nos morceaux, nourris de nos expériences.


-Vous avez tourné l’année dernière avec Slayer, au sein de l’Unholy Alliance tour : comment étais ce?

-B: Nous sommes fans de Slayer depuis pratiquement leurs débuts, et on a bien sûr sautés sur cette opportunité de partager la scène avec un grand groupe comme eux, doublé, en plus, de gars super sympas. C’est quelque chose qui ne se refuse pas ! On avait déjà tourné avec eux, et on recommencera si on nous le propose.


-Vous deviez être épuisés après ça! Et vous voilà repartis pour en remettre un coup, avec le Gigantour et Megadeth!

-B: Oui, on a été ravis d’accepter, parce qu’on adore Megadeth, surtout moi, en tant que guitariste. Je suis pote avec Marty Friedman depuis longtemps, et même s’il ne fait plus partie du groupe, on aime toujours ce qu’ils font, c’est un groupe de musiciens, par un chanteur avec un backing band. Je crois qu’avec le Gigantour, Dave Mustaine veut créer comme une alternative à la Ozzfest, qui monopolise un peu l’attention générale. De plus, comme il y a moins de groupes, on pourra jouer plus longtemps, ce qui est rarement le cas dans les festivals.


-Vous êtes séparés durant de longues périodes de vos familles: la production, d’autres groupes serait elle une solution pour toi dans le future, pour pallier à ce manque?

-B: Oui, peut être, un jour, en effet. J’adore être en studio. J’ai travaillé sur la production de l’album de Degraded, et je m’y suis impliqué à tous les niveaux. J’aime vraiment ça. Mais j’espère qu’In Flames durera le plus longtemps possible, même si ce n’est pas pour encore quinze ans !


-Jesper et toi jouiez dans All Ends, et Anders avait son side project, Passenger. Il a dit qu'il lui avait permis de prendre confiance dans ses capacités de chanteur. En est-il de même pour toi ?

-B: All Ends était un side-project monté uniquement pour le plaisir, mais aussi faut il avoir le temps de s’en occuper sérieusement! En fait, j’ai surtout écrit pour eux, et tâté des manettes, pas vraiment joué. Ce qui était intéressant, c’était de voir une façon de travailler différente d’avec nous. Mais In Flames restent notre priorité : on a tous que vingt quatre heures par jour !


-Derek Hess à signé la pochette et le livret de ‘Come Clarity’: cette fois, c’est au tour d’Alex Pardee, qui a brillamment bossé avec, entre autres, The Used. Qu’apprécies tu dans son travail?

-B: Ce que j’apprécie vraiment, outre les dessins en eux-mêmes, c’est sa facilité à brosser tout ce qu’il veut, mais aussi à réussir à traduire la musique d’un groupe au travers de ses dessins, ce qui n’est vraiment pas évident. On peut argumenter sur le fait que la pochette de « Sense of Purpose » ne soit pas vraiment metal, mais on s’en fout, on l’aime vraiment comme ça, on la trouve très fun et elle est très belle.


-Anders a dit que la majorité des membres du groupe sont père de famille, mais qu’In Flames est en quelque sorte un autre bébé, de qui l’on doit s’occuper tout autant: lequel est le plus jaloux de l’autre quand il se sent délaissé?

-B: C’est un problème très aigu : on est musiciens, et on est obliges de les quitter pour nous en aller jouer partout. C’est toujours une question de temps, et comment le partager. La vie sur la route est très dure : on attend énormément, on est transbahutés dans des tour bus, dans des avions, on poireaute backstage, mais la contrepartie est lorsque l’on monte sur scène. Là, c’est magique, et ça fait oublier tout le reste.


-A nouveau, vous avez vous-mêmes produit cet album?

-B: Oui, avec l’aide de Toby Wright, qui a mixé l’album. Nous savons tout à fait ce que nous voulons nous même, au niveau de la prod, mais nous avons fait appel à lui pour voir comment un américain pouvait nous faire sonner. Pas pour ressembler à des Américains, mais parce qu’il savait comment donner une certaine atmosphère acoustique à nos morceaux, et ça a très bien marché. Là encore, Daniel Bergstrand est venu nous donner un coup de main pour enregistrer les parties de batterie et les vocaux.


-Les textes, cette fois, semblent plus positifs, notamment dans des morceaux comme ‘I’m the highway’ ou ‘The chosen pessimist’

-B: Je ne dirais pas qu’ils sont si positifs que ça, mais plutôt qu’ils sont encourageants, comme tu l’as dit. Ils sont davantage cyniques que positifs, les choses ne sont pas dites d’une façon charmante. Mais l’intérêt est d’encourager l’auditeur à agir et réagir dans ce qu’on pourrait appeler le bon sens, se prendre en charge, par exemple, et ne pas gober tout ce que l’on entend partout.


-Que penses tu de la reformation d’At The Gates et de Carcass?

-B: Je suis moins fou de Carcass que d’At the Gates. Ces derniers sont de vieilles connaissances, et ils ont été une énorme influence pour nous à nos débuts, et je pense que « Slaughter of the Souls » est le meilleur album qui soit sorti de ce que l’on appelle la scène de Gothenburg. C’est un mélange parfait, tant au niveau de l’enregistrement que de la qualité des morceaux. Même dans cette forme d’extrême, ils arrivent à trouver ce que j’appellerais malgré tout un certain sens mélodique, ce qui est très fort. J’ai vraiment hâte de les voir cet été. J’ai entendu dire qu’ils pourraient faire une tournée plus longue par la suite.


-"Come clarity” est sorti avec un DVD en bonus: cela sera-t-il le cas à nouveau cette fois ci? Vous n’aviez pas l’air très contents du précédent…

-B: Ce qui s’est passé, c’est qu’au départ, il n’était prévu que pour donner quelque chose en plus aux journalistes, pour qu’ils voient le plaisir qu’on a pu prendre en studio et en jouant. Par la suite, le label, sans vraiment nous consulter, à décider de l’incorporer à l’album en bonus, et les gens se sont mépris sur la qualité de l’objet qui, à la base, n’était pas prévu pour être largement diffusé. On va très probablement en mettre un pour ce nouvel album, mais là, il sera fait dans cette optique, il n’y aura plus de malentendus !


-15 ans après tes débuts avec In Flames, comment juges tu le chemin parcouru?

-B: Je suis très satisfait par tout ce qui s’est passé et tout ce que nous avons fait, même si, bien sûr, comme tout le monde, il y a certaines contraintes. C’est le meilleur job que l’on puisse rêver ! Regarde, hier j’étais à Londres, aujourd’hui à Paris, demain en Allemagne, il fait beau, et dans deux jours, je reverrai ma famille et mes amis. J’ai une chance énorme. De plus, nous avons pris de l’ampleur graduellement, ce qui nous a permis de conserver les pieds sur terre. J’ai vraiment adoré notre parcours et je continue !


Propos recueillis le 12 février 2008 à Paris.

Merci à Valérie et Nuclear Blast




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