LIV KRISTINE / GODDESS EX MACHINA


2006 voit le retour de Liv Kristin en solo, quelques années après son premier essai, le très ambiant ‘Deus Ex Machina’. Depuis, beaucoup de choses ont changé : expulsée sans raisons de Theater of Tragedy, elle a fondé le groupe Leave’s Eyes, marié Alexander Krull, chanteur/leader d’Atrocity, s’est installée en Allemagne, a eu un bébé et composé un nouvel album, bientôt dans toutes les échoppes de la planète, sans parler de ses nombreuses participations avec Cradle Of Filth et divers groupes gothiques et electro. Bourrée d’énergie, elle vient défendre son nouveau bébé, musical celui là, avec gentillesse et sincérité. Parlons donc avec Liv d‘Enter my religion’.




© JP Coillard

-Ton nouvel album, ‘Enter my religion’, va bientôt sortir sur Roadrunner : quelles ont été les raisons de ce choix ?

-Liv : Eh bien, j’avais le choix entre trois ou quatre albums, mais Roadrunner était mon favori. Je les connais et c’est un honneur de travailler avec eux : voici pourquoi mon choix !

-Est-ce une coïncidence si tu as participé à la vidéo de Cradle, ‘Nymphetamine’ , qui sont à présent sur le même label ?

-Liv : J’ai juste reçu un e-mail, disant que Cradle of Filth voulait que j’apparaisse en guest sur leur album, mais j’ai pensé que c’était une blague, et j’ai effacé le mail. Puis mon mari a regardé mes mails annulés et a pensé que celui là était sérieux. Enfin, quelqu’un a appelé, disant qu’il avait une requête de Cradle of Filth, et je n’arrivais pas à y croire ! J’ai ensuite entendu le morceau et j’ai pensé que c’était parfait, je savais exactement quoi faire dessus. J’ai appelé Dani pour lui demander si c’était ce qu’il avait en tête, la belle et la bête/Nick Cave+Kylie Minogue ‘Where wild roses grow’ ? Et il a dit oui, exactement. J’ai donc enregistré ma partie vocale et deux semaines plus tard on a filmé la vidéo à Londres. Et demain, j’en ferai une autre avec eux, aux Master Sounds Studios, en Allemagne. Ca figurera probablement sur leur prochain disque.

-Que cache ce titre, ‘Enter the religion’?

-Liv : Ca n’a vraiment rien à voir avec la religion ou Dieu ou le Christ, mais je crois que la religion est en fait tout ce en quoi tu crois. Moi, je crois en la vie, et tout ce qui s’y rattache. ‘Enter my religion’ est une invitation dans mon monde personnel, dans ma vie. Ce que tu peux entendre dans les textes sont des choses que j’ai vécues, des désirs, des souhaits, des rêves, des idées, quelques…bons conseils, et ce que je voudrais que les gens fassent en écoutant ce disque est qu’ils s’évadent du stress de leur journée de travail, qu’ils s’asseyent et se relaxent, respirent un bon coup, écoutent la musique et partage avec moi toutes les bonnes choses de la vie.


-Cet album a été, comme tous tes derniers disques, produit par ton mari Alexander Krull : quel est le bon et le mauvais côté de travailler avec son compagnon ?

-Liv : La bonne chose est qu’il comprend toujours mes souhaits et mes positions, il me connaît et c’est un bon critique, dur parfois, le meilleur, un bourreau de travail et un perfectionniste : Quand je dis que quelque chose est très bien, il me dit de faire encore une prise ! Il tire donc toujours le meilleur de moi. La mauvaise chose est que, parfois, même lorsqu’on a fermé la porte du studio, essayant d’être parents et rien que parents, sur le chemin de la maison on parle encore boulot, et c’est moche ! Mais, quand on est à la maison, on débranche le téléphone et on éteint les portables !


-Serais tu d’accord si je disais que c’est plutôt un album pop, au sens musical du terme ?

-Liv : Musicalement, concernant la construction des morceaux, c’est un album pop, mais pas totalement : on y trouve aussi des éléments de rock, du classique et des influences classiques et exotiques, de différentes cultures. ‘Deus ex Machina’, mon premier album en solo, était plutôt un vrai album pop, bien que beaucoup plus atmosphérique, mais ‘Enter my religion’ est bien plus vaste et plus personnel.

-Quels musiciens peut on entendre sur ce disque ? On y retrouve Peter Tagtgren ?

-Liv : Oui, il joue sur trois morceaux, mais aussi il est venu au studio voir si tout se passait bien. Au niveau de la production, je me sens à l’aise avec mon mari, parce que je sais que j’aurai exactement ce que je veux, mais bien sûr j’aime travailler avec différents auteurs. A part ça, on peut retrouver le guitariste et le batteur de Leave’s Eyes, et des jeunes gens qui sont étudiants en musique, ainsi que des gens venus d’autres pays, jouant des instruments ‘é, mais la majorité sont des amis et des personnes que je connais depuis longtemps, et qui sont de fantastiques musiciens.

-Qui ont été tes modèles au point de vue du chant ? Madonna bien sur, mais aussi Kate Bush ?

-Liv : Oui, je l’aime beaucoup aussi, mais ce ne furent pas vraiment des modèles pour moi : la musique vient du cœur, elle lui est intiment liée et entièrement reliée à mes émotions.

-Pourquoi un album en solo ? Pas assez d’espace avec Leave’s Eyes ?

-Liv : Je garde les deux séparés : Leave’s Eyes est une chose et les albums solo une autre, et je n’ai jamais eu de problèmes quant au choix de la direction finale de tel ou tel morceau, ça a toujours été clair pour moi que comme j’avais énormément d’idées, je devais les séparer pour me développer moi-même, et qu’un groupe n’était pas assez pour moi, j’ai besoin de plus. C’est le pourquoi de tous ces projets, comme Cradle Of Filth ou d’autres, qui me propulsent vraiment en avant.

-Il y a deux ans, tu as été éjectée sans explications de Theater of Tragedy par les autres membres du groupe, comme Tarja de Nightwish, ce qui est un parallèle plutôt étrange : as-tu découvert quelque chose à ce sujet depuis ?

-Liv : Je ne les ai vus qu’une seule fois depuis qu’ils m’ont virée, je leur ai posé la question

Et ils ont juste répondu que Theater of Tragedy traversait une crise, que le groupe avait besoin de changer et d’évoluer d’une autre façon, et donc qu’ils devaient se débarrasser de la chanteuse, bien sûr. Bon. Je suis partie aux USA avec Leave’s Eyes et, quand on est rentrés, mon répondeur explosait littéralement, toute la presse proclamait que j’étais la nouvelle chanteuse de Nightwish, ce dont personne ne m’avait parlé, c’était une rumeur et je ne savais pas ce qui se passait parce que j’étais en Amérique. Maintenant, je sais ce qui s’est passé ! Aujourd’hui, Tarja va bien, et Nightwish va aller bien aussi, j’en suis sure. Mais ce qui se passe avec Theater of Tragedy, c’est leur problème maintenant!

-Tourneras tu en solo pour cet album ?

-Liv : Oui, et je devrais être ici en avril ou mai…

-Est il facile de manager une carrière tout en étant maman ?

-Liv : Je tourne par périodes, alternant une semaine de tournée avec une semaine ou je suis vraiment une maman, et cette combinaison fonctionne, avoir une famille tout en étant une chanteuse. Je peux très bien combiner ces deux choses, mais tout est affaire de planning, le mien et celui de mon mari, et j’ai aussi de super beaux-parents, ceux de Leon. Je dois dire que je n’ai jamais été aussi heureuse que je le suis maintenant, c’est très satisfaisant pour moi d’avoir ces deux choses parce que ça me donne un équilibre et de l’inspiration : je dois être une des personnes les plus chanceuses au monde! Et je n’ai pas peur de le dire : parfois, l’attitude dans notre monde alentours est que personne ne doit se dire heureux, tout le monde doit avoir des problèmes ou être déprimé, mais pas moi !

-Tu vis aujourd’hui en Allemagne : regrettes tu parfois la Norvège, pour toutes sortes de raisons ?

-Liv : Non, pas pour le travail en tous cas. L’Allemagne est bien mieux pour ça, les labels y sont plus gros. Mais un jour, j’amènerai mon mari faire un tour en Norvège !

-Tu participe à pas mal de projets, en dehors de Leave’s Eyes et d’Atrocity, par exemple, pour les plus récents, Beto Vasquez et Mozart, d’Umbra und Imago : une telle activité t’est elle nécessaire ? Aimes tu mélanger les genres ?

-Liv : Oui, j’en ai absolument besoin, mais c’est aussi une façon d’expérimenter de nouvelles choses, de collecter une mémoire pour le futur !


-Tu as démarré ton premier groupe à l’âge de dix ans : comment juges-tu ton évolution depuis ce point de départ ? Les choses ont-elles évolué comme tu l’attendais ?

-Liv : Oui, je dois dire que je suis très satisfaite. Ca été un rude travail, mais aussi, pour être plus gros et aller plus loin, tout le monde doit en passer par là. Même Madonna !


Propos recueillis à Paris, le 16 janvier 2OO6, par Jean-Paul Coillard

Photos JP Coillard

Merci à Karine et Emilie, de Roadrunner France







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