-D'où vient le nom Ladytron ?
-Daniel Hunt : C'est le titre d'une chanson écrite par Brian Ferry sur le premier album de Roxy Music et aussi une référence au film de Disney « Tron ». Au début, des gens pensaient que le nom sonnait comme "vibrator" ("vibromasseur" ) ou quelque chose comme ça. C'est une bonne idée. C'est juste un nom qui nous convient.
-Qu'en est-il du titre : 604 ?
- Daniel : C'est une référence au film « The Andromeda strain ». On voulait un chiffre, quelque chose de très pur et ouvert à l'interprétation. Depuis, des gens en ont trouvé des interprétations hilarantes. C'est juste un truc intéressant qui donne bien sur la pochette de l'album.
-Tous vos singles ont été élus "singles of the week" par NME : qu'en pensez-vous et qu'attendez-vous du succès ?
- Daniel : On est toujours en train d'apprendre, parce que tout s'est passé un peu par accident. Cela paraît plus cohérent ici, parce qu'on est signés sur Labels et que tout est organisé, mais en Angleterre, le processus a été très lent, avec juste un peu de presse par-ci par-là. Le NME n'a jamais fait d'article sur nous, juste quelques singles of the week. Tout ça paraît très étrange et accidentel, et tout ce qu'on attendait vraiment du succès était une sorte de reconnaissance. Dans 10 ou 15 ans, si un gamin entre chez un disquaire de seconde main et achète notre album, ça me fera plus plaisir que quelqu'un qui l'achète maintenant, parce que j'aimerais faire quelque chose qui dure.
-Les journaux vous ont décrits comme "les années 80 rêvant de l'an 2000" : est-ce une bonne définition de Ladytron ?
- Daniel : Je crois que c'est une définition valable. A 17 ans, j'ai commence à acheter des synthétiseurs, je voulais vraiment explorer des voies nouvelles dans la musique, mais aujourd'hui, je crois que notre musique est juste notre version du présent. Ce n'est pas du passéisme ni une prévision de l'avenir, c'est notre version du présent.
-Quelles sont vos influences ? Kraftwerk ? Depeche Mode ? Chemical brothers ? Gary Numan ? Magazine ? Devo ? Brian Eno / Bowie ? NIN ?
- Daniel : J'ai commence à faire de la musique à 10 ans environ, j'aimais Duran Duran, des trucs comme ça. Mon frère aîné n'avait pas les mêmes goûts et m'a fait écouter Mantronix et l'électro. J'avais un synthé Casio et j'essayais de faire de la musique et de l'enregistrer sur cassette. Le premier truc que j'ai écrit était une sorte de copie de "Somebody's watching me" de Rockwell avec Michael Jackson.
Les groupes du passé auxquels les gens nous comparent ne nous influencent pas autant qu'on pourrait le croire. Les gens parlent de Kraftwerk, Human League, etc., mais ils ne nous influencent pas tellement. Il sont plutôt des points de référence que des influences. Je crois que notre écriture est plus classique, elle a une sensibilité pop, alors que Kraftwerk n'a jamais fait de chansons comme ça. J'ai plus d'affinités avec les Chemicals Brothers qu'avec les autres groupes avec lesquels on nous compare. On aime tous la dance music.
-J'ai entendu dire que tu aimes aussi Black Sabbath ?
- Daniel : Je suis un fan, une de nos chansons sonnait comme du Black Sabbath, bien que cela ne soit pas intentionnel. Elle apparaît sur "Mutron", un EP qui n'est pas sorti en France. Elle s'appelle "USA vs. white noise".
-Vous n'utilisez que des claviers et des voix, pas de guitares : pourquoi ?
- Daniel : On voulait tout construire avec des claviers, parce que je crois qu'en Angleterre, les gens se contentent de construire des chansons sur des guitares. Lorsqu'un groupe déclare aller dans une direction électronique, il se contente d'ajouter quelques synthétiseurs analogiques an arrière-plan en gardant le même son de guitare. En plus, c'était les seuls instruments que nous avions, avec une seule guitare à 4 cordes. On n'a pas changé les cordes en 6 ou 7 ans. On avait des synthés partout, on a juste pris ce qu'on avait.
-Votre look sur scène est-il très important pour votre musique ?
- Daniel : Lorsqu'on est ensemble, on porte des vêtements identiques. C'est important dans un sens, parce qu'on veut être une unité. Ce n'est pas quelque chose de purement stylistique, ça paraissait la bonne chose à faire. Ca nous éloigne aussi d'une sorte de "revival eighties" dans la mode parce qu'en tant que groupe, nous ne sommes pas du tout intéressés par l'aspect visuel de cette période. On aime sa technologie, mais pas son graphisme ni sa mode. Si vous écoutez aujourd'hui un album comme "Fade to grey", la production est excellente et le son moderne, mais si vous regardez Steve Strange, avec son costume d'harlequin… On n'aime pas cet aspect des choses. Je crois qu'en Angleterre, la crédibilité souffre de cette image. On ne la prend pas au sérieux parce qu'elle est associée à des gens qui s'habillent en pirates. (rires) Nos vêtements sont censés être utilitaires, pas décoratifs.
- Aimeriez-vous écrire de la musique pour un défilé de mode ?
- Daniel : On fait, on a déjà été utilisés dans des défilés. Ca n'a rien à voir avec nous, peut-être que la musique a une sorte de compatibilité avec ces événements. C'est assez étrange. Ca ne nous derange pas, mais je trouve l'industrie de la mode assez ridicule.
-Ladytron est compose de 2 DJ et 2 chanteuses : comment vous êtes-vous rencontrés ?
- Daniel : Reuben et moi avons grandi près de Liverpool et nous avons eu une éducation très différente : il a fréquenté une école privée et moi une école d'Etat, mais on était tous les deux DJ et on se connaissait parce qu'on allait chez les mêmes disquaires. Il est allé étudier à Sheffield quelques années et, à son retour, il avait écrit de la musique et j'avais acheté du matériel d'enregistrement. On a décidé de faire quelque chose, mais on ne savait pas vraiment quoi. Nous ne sommes devenus un groupe qu'à l'arrivée d'Helen et Mira. Helen étudiait à Liverpool (elle est de Glasgow) et Mira nous a été présentée par des amis.
-Vous avez récemment effectué une tournée en Europe mais pas en Angleterre : pourquoi ?
- Daniel : On a tourné avec Soulwax en Angleterre en février, c'est notre première tournée anglaise. On ne l'a pas fait avant parce qu'on n'en voyait pas l'intérêt. Cela ne nous a pas nuit de ne pas jouer, on a donné quelques concerts à Liverpool, puis nous sommes partis jouer en Europe. Nous ne sommes pas allés à Londres, même si on nous le demandait, en partie parce qu'on voulait attendre la sortie de l'album et jouer devant des gens qui étaient là pour nous voir, avoir déjà un public. C'était bien de se concentrer sur l'enregistrement de l'album parce que c'est très spécial, alors qu'un concert est éphémère. On ne s'en souvient plus après 20 ans, contrairement à un disque. En plus, vu que je suis de Liverpool, j'ai une espèce de ressentiment envers London et je ne voulais pas devoir m'abaisser devant les médias et l'industrie à Londres. C'était juste un "fuck you". Je n'aime pas le fait que les gens pensent qu'on DOIT le faire.
-Vous ne jouez pas souvent live : préférez-vous être DJ et enregistrer en studio ?
- Daniel : C'est chouette d'être DJ, mais on va faire une tournée européenne et américaine. L'album est sorti deux mois plus tôt aux USA. C'est bien de n'avoir pas gaspillé d'énergie et d'avoir consacré tous nos efforts à l'album.
-Tournerez-vous des vidéos ?
- Daniel : On en a fait une pour "Playgirl", elle est cheap, mais très bien. Elle montre juste Helen en train de chanter. On live, on utilisera des vidéos, elles sont en cours de création. Ce ne sera rien de prétentieux, juste des trucs graphiques.
-Vous avez tourné avec Soulwax, qui a écrit la chanson "too many DJs" : comment avez-vous été reçus par le public et qu'en avez-vous pensé ?
- Daniel : C'était bizarre, parce qu'on n'avait encore jamais fait de tournée et c'était de très grandes salles. Vu que Soulwax est très rock, on avait assez peur, mais tout s'est très bien passé. On avait quelques remixes, mais c'était surtout live. Je crois que Soulwax sont de plus grands DJ que nous. (rires) C'était bien, beaucoup de gamins qui n'avaient jamais entendu parler de nous sont venus nous voir après le show.
-Vous êtes des DJ, mais aussi des remixeurs, notamment pour Soulwax : voulez-vous en faire davantage et produire des groupes ?
- Daniel : Bien sûr. Je veux aussi faire de la production. Je ne veux pas protéger une sorte de crédibilité. Je ferai ce que je veux. Le plus grand acte de subversion possible consiste à faire de la pop.
-Comment voyez-vous votre avenir et quelles sont vos attentes ?
- Daniel : Je ne peux même pas me projeter deux ans dans l'avenir, parce que l'avenir est déjà là, alors c'est très dur d'imaginer ce que ce sera après. Je me vois juste derrière le comptoir d'un magasin de disques dans 10 ans. (rires) J'espère juste vivre dans un endroit chaud.
Propos recueillis par JP Coillard


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