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-Lamb of God a signé
pour l’Europe avec Roadrunner, après les années Sony: on peut dire sans crainte
que tout va mieux, à present, au point de vue des tournées et de la promo?
-Chris: Nous
avons signé récemment: c’est notre premier disque avec Roadrunner, mais on a
commencé avec le DVD. Avant, c’était très dur: aux USA, nous sommes sur Sony /
Epic, et là bas, ils font un super boulot, mais ils ont été nuls pour
l’international. On a donc fait tout ce qu’on a pu pour se sortir de ce contrat
et en passer un nouveau avec Roadrunner: nous avions des amis dans les groupes
du label, on connaissait des gens qui y bossait à l’international, on
aimait ce qu’ils faisaient et on espérait qu’un jour on
pourrait démarrer de façon positive avec l’étranger. Maintenant, c’est chose
faite, et on est très contents! Lorsqu’on a découvert que Epic ne sortait même
pas nos disques, on s’est demandé s’ils voulaient vraiment en vendre, et quel
était le problème! Mais tout va mieux, à présent.
-Le nouvel album de
L.O.G s’appelle ‘Wrath’: vu la colère
inspiratoire du groupe, peut on trouver ici quelques sujets spécifiques ?
Chris: En fait,
nous en parlions plus tôt, et je pense que l’on nous considère souvent comme
étant en colère, mais je crois plutôt que nous abordons des sujets dont les
gens ne veulent jamais parler, parce qu’il est plus facile de ne rien dire de
ces choses là. Le message, pour nous, a toujours été de penser par soi même. La
plupart de nos disques sont orientés politiquement, mais avec des éléments
personnels, comme dans “Sacrament”, où Randy
abordait des sujets personnels. Ce disque est un peu
politique, il contient quelques messages, par exemple
à propos du fait que nous, l’humanité, somme la peste de cette planète.
Je ne me sens pas en colère, je veux dire simplement aux gens de se réveiller,
de penser par eux-mêmes, et je pense que c’est plutôt applicable, surtout à
notre pays, les USA. Pendant longtemps, nous avons vécu dans une sphère
troublée, parce que les gens ne réfléchissent pas,
ils suivent le mouvement et n’aucune idée propre. S’ils ne
changent pas de façon de procéder, ils devraient se rendre compte que, comme
ça, on court à la catastrophe.
-Nombre d’artistes
ont qualifié Georges W. Bush d’inspiration maléfique’: mais qu’attends tu de
Barack Obama?
-Chris: Je pense
que personne ne peut réparer tous les dégâts, mais c’est un signe, pour le pays
et pour le monde, que nous reconnaissons les erreurs commises, et que nous
allons entamer le processus de réparation et de guérison de ces dommages qui ont
été causes. Ce peut prendre un bout de temps, mais Obama représente le
changement, pour nous, une chose très positive pour notre pays, parce que,
ayant la chance de voyager autour du monde, de visiter un tas d’endroits et de
pays, et, en tant qu’Américain, ce fut embarrassant, des années durant, de
vivre sous le gouvernement que nous avions et d’essayer d’y donner un sens
auprès des gens avec qui nous parlions. C’est donc un grand changement positif,
et j’adore être fier de l’endroit d’où je viens. C’est donc super de ne pas se
trouver dans l’embarras à cause de son président !
-Quelles sont pour
toi les principales différences d’avec ‘Sacrament’ ?
Chris: Pour ‘Sacrament’,
nous avions pour producteur Machine, et nous cherchions à savoir si nous
pouvions être autre chose qu’un simple groupe de metal, en essayant des trucs
nouveaux, par exemple au niveau du chant ou en écrivant différents types de
morceaux, calmes ou agressifs, histoire de voir. C’est venu d’un désir du
groupe, mais aussi de Machine, qui, en tant que producteur, essayait de nous
élever par rapport à ce que nous étions. Il pensait
que c’était son job, non pas de nous adoucir, mais de
trouver quelque part la façon de nous rendre plus faciles d’accès pour
certaines personnes. Et donc, pour ‘Wrath’, nous avons tout jeté par la
fenêtre, nous avons beaucoup appris au niveau de l’écriture, de la scène et du
studio, et ça nous a énormément servi pour cet album, mais nous voulions
revenir à quelque chose de définitivement plus agressif. ‘Sacrament’ a connu beaucoup de succès, nous
lui sommes très reconnaissants, on ne regrette rien, mais, en explorant de
nouvelles directions, je crois que nous avions perdu un peu de l’optique que
nous avions en tant que groupe de metal, ce côté puissant, agressif, animal,
que nous avions auparavant. Pour
ce disque, le but était de retrouver tout cela. Au bout du compte, je
crois que nous y sommes arrives, ce qui fait une parfait balance avec ce que
nous avons appris en écrivant et enregistrant les disques précédents.
-Josh Wilbur a
produit, enregistré et mixé ‘Wrath’: qu’apporte-t-il au groupe, et quelles différences
trouves tu dans son travail avec, par exemple?
-Chris: C’est du
bonheur pour moi, à titre personnel, parce que Josh est aussi un
batteur, alors
que Machine était plus intéressé par les parties
vocales. Il me disait
simplement de, par exemple ralentir, ou que j’aurai du temps
libre parce qu’il
allait bosser sur les vocaux, alors que Josh me demande de faire des
trucs
dingues, plus rapide ou plus intenses encore. C’était
génial pour moi. A mon
sens, le metal doit comporter une batterie forte, et totalement
impliquée dans
le reste. Donc, être encouragé au lieu d’être
mis à l’écart, était super pour
moi ! Au niveau de la production, Je pense que Josh voyait ce dont
nous
parlions tout à l’heure, un grand groupe de metal agressif
qui avait été
quelque peu squeezé par les idées des majors, des gens
persuadés de savoir
vendre les disques, mais aussi des producteurs
précédents. Il ne voulait pas
nous aider à vendre un million de disques, avec son nom en gros,
Il voulait
juste nous faire sonner correctement, sans mettre son ego sur le tapis. C’était
donc super de bosser avec lui, du fait que l’on se sentait constamment… pris en
charge, en quelque sorte! Steve Austin procédait beaucoup de la même façon, en
étant une part importante du processus. Ce n’est pas très juste de
comparer les deux, cependant, parce, avec le label où nous étions à l’époque de
Steve, le budget et le studio étaient minuscules, compare à ce qu’on a aujourd’hui,
c’est totalement différent. Mais ils possèdent le même niveau d’implication,
tout en voulant le meilleur pour nous, sans se soucier des pressions du label,
des radios ou de quoique ce soit : tout était pour le groupe.
-L’année dernière, vous
avez tourné avec Gojira, et Randy est invité sur leur nouvel album: que penses
tu d’eux?
-Chris: j’essaie
de rester en contact le plus possible avec ce qui se passe dans le monde au
niveau du metal, parce que j’adore en écouter, et je suis devenu ami avec
Laurent, de Listenable, il y a des années de ça. En 2006, il m’a envoyé un
paquet contenant l’album de Gojira’, ‘Mars to Sirius’, et je suis tombé
amoureux de ce disque et de ce groupe. J’ai commencé à les contacter par le
biais d’Internet, et fait des copies de l’album pour l’amener à
nos répètes, disant aux autres que c’était là un
merveilleurs groupe français de metal et qu’ils devait écouter ça, mais ils
n’ont pas été très…réceptifs ! Un an plus tard, Randy et moi avant pris
quelques petites vacances à la maison de mes parents, près d’un lac, on
nageait, on traînait ensemble. Sur le chemin, dans sa voiture, j’ai mis leur
disque, et Randy m’a demandé ce que c’était, et je lui redis que c’était ce
groupe français formidable, Gojira. Il en est tombé amoureux aussi, et les
autres se sont mis à l’écouter enfin. Nous les avons rencontrés en France, en
fait, quand on a tourné avec Slayer, et on les a invites sur notre tournée aux
USA. On est restés en contact, et sommes devenus de bons amis. Joe est resté
chez moi pendant plusieurs semaines, on a parlé, mangé, joué de la musique. La même chose s’est produite avec
Randy, ils sont allé faire du camping tous les deux. Et puis
ils ont convié Randy à venir en France, pour chanter sur leur nouveau disque. Je
pense que la connivence entre nous s’est faite non seulement par leur talent de
musiciens, mais aussi par le côté positif de leur message, qui est devenu un
peu plus courant aujourd’hui, mais toujours rafraîchissant à constater au sein
de la scène metal. C’est un véritable plaisir de les connaître, et j’espère que
nous collaborerons encore davantage dans le futur.
-N’avez pas de
collaboration en projet, sur disque ou en tournée en France?
-Chris:
J’adorerais! Je sais que nous allons venir en France avec Metallica pour un
concert, et que, normalement, Metallica souffle un jour ou deux entre chaque
show, et donc j’espère que nous pourrons venir à Paris, donner un véritable
concert de Lamb Of God, et ce serait géant de le faire avec eux, naturellement.
Nous en discuterons bientôt !
-Quelles ont été très
propres influences, en tant que batteur?
-Chris: Je me
suis mis assez tard à la batterie, compare à la plupart des batteurs. J’avais
22 ans, et donc toutes mes années d’adolescences, quand les gens définissent leurs
héros, ce à qui ils voudraient ressembler,
ou sonner pareil, sont passées à l’as. Mais, quand
j’ai commencé à jouer,
plusieurs personnes ont influencé mon jeu : Shane Larkin,
qui, à l’époque,
jouait dans un groupe nommé Rapture on America, un
mélange tordu et progressive
de speed metal. Je trouvais cool sa capacité à faire
ça. Il y avait aussi ce
groupe de Caroline du Nord, où nous vivions, nommé
Confessor, et dont le
batteur était surnommé à l’époque
‘math rock’, parace qu’il arrivait à
mélanger
toutes sortes de tempos, faisant des choses très complexes. Pour
moi, c’était
très intéressant et très inspirant. Ensuite, je me
suis tourné vers des
musiques plus speed, comme les premiers albums de Megadeth, mais aussi
Dave
Lombardo et, bien sûr, Lars avec ‘Justice for all’,
très technique, et c’était
ce que je voulais faire. Je me rend compte, lorsque
j’écoute ce que je joue,
que les vieux disques que j’écoutais sont toujours bel et
bien présents dans
mon, c’est très clair dans mon jeu!
-Quels souvenirs gardes
tu de la tournée avec Slayer, pour l’Unholy Alliance tour?
-Chris: Ils ont
plutôt été une influence majeure pour les autres members du groupe, mais,
évidemment, qu’ils sont une influence: on ne pourra jamais ôter à Slayer
d’avoir contribué à créer le metal d’aujourd’hui, c’était donc plutôt
intimidant. Mais les connaître en tant que personnes, pas comme les barjots
qu’ils sont sur scène, traînant dans le bus avec Dave Lombardo pour faire de la
musique et boire un coup, ce fut vraiment quelque chose, pour moi. Surtout au vu de son expérience en tant que
musicien et le respect qu’il impose, partager la scène et me rendre compte de
comment il avait fait son chemin pendant toutes ces années, c’était un
véritable rêve. J’ai connu la même expérience en rencontrant Lars et le
fréquentant un peu. Je me suis très chanceux et très honoré de côtoyer tous ces
groupes. Mon choix personnel, parmi ces quatre grands groupes précurseurs du
metal, Metallica, Megadeth, Anthrax et Slayer, était surtout Megadeth. C’était mon groupe favori quand
j’étais môme. Dave Mustaine racontait de super histoires dans ses
textes, et tourner avec eux est quelque chose que je n’oublierai jamais. J’espère
que nous pourrons, nous aussi, bâtir un pareil héritage.
-Lamb Of God a
récemment reçu un Grammy award, et celui çi a été mis aux enchères pour aider
quelqu’un dans le besoin: peux tu nous en dire plus sur le sujet?
Chris: Oui, nous
avons reçu une médaille pour ‘Sacrament’, et
nous sommes allés à la cérémonie,
tous sauf Randy: je n’irai pas jusqu’à dire
qu’il la boycottée, mais il n’y est
pas allé, parce qu’il pense que c’est simplement une
grosse merde ! Je
comprends pourquoi, parce que c’est généralement
uniquement la célébration de
la musique, de la variet et de Britney Spears. Mais, pour moi,
c’était sympa
d’y aller pour voir le show et voir comment c’était
vraiment. Aux USA, les Grammies
sont comme les shows de nos parents, ou grands parents. Randy a
cependant reçu
sa médaille par la poste, et l’a mise aux enchères,
sur e-bay je crois, pour
une action de charité, un ami à lui ayant deux enfants
souffrant de
disfonctionnement musculaire. C’était donc une cause
importante pour lui, et
quelque chose de cool pour quelqu’un intéressé
à la participation de cette page
d’histoire du rock !
-Lamb of God s’est
formé en 1994, et atteint aujourd’hui son plein succès: quels défis te
reste-t-il à affronter?
-Chris: Eh bien,
c’est une question intéressante, parce que nous venons juste de finir cet
album, et je sais que nous nous apprêtons à tourner pendant vingt mois: le
prochain défit sera donc d’y survivre ! Quand on se réunit pour écrire un
disque, on part d’emblée du fait que si on ne peut pas faire mieux et
différemment que le précédent et évoluer en tant que groupe, alors on
s’arrêterait là. Mais je pense que le véritable prochain défi, surtout après
cet album là, sera de faire encore mieux : j’adore vraiment ‘Wrath’, et ce
sera très dur de le surpasser, je pense que c’est notre meilleur. Mais on verra
bien, le moment venu : il n’y a plus qu’à attendre!
Propos recueillis le
16 janvier 2008 à Paris par Jean-Paul Coillard.
Merci à
Karine et Charlotte. |