Lamb of God


‘Sacrament’ avait déjà marqué une sacré évolution dans la carrière de Lamb of God, héritiers spirituels de Pantera et des grands du trash de la Bay Area, mais aujourd’hui, l’album ‘Wrath’, le courroux, vient à point pour les faire décoller et les placer au tout premier plan de la scène metal, de par son énorme force et sa haute qualité. Après une tournée sous le coude avec Dimmu Borgir, le ‘Defenders Tour’, et un concert en première partie de Metallica, à Nîmes, entre autres dates de par le monde, on espère vraiment les revoir au plus tôt par ici, peut être partageant la scène avec leurs amis de Gojira, dont randy était le guest. Rencontre à Paris avec Chris Adler, très heureux de la récente signature du groupe avec Roadrunner pour l’Europe.





-Lamb of God a signé pour l’Europe avec Roadrunner, après les années Sony: on peut dire sans crainte que tout va mieux, à present, au point de vue des tournées et de la promo?

-Chris: Nous avons signé récemment: c’est notre premier disque avec Roadrunner, mais on a commencé avec le DVD. Avant, c’était très dur: aux USA, nous sommes sur Sony / Epic, et là bas, ils font un super boulot, mais ils ont été nuls pour l’international. On a donc fait tout ce qu’on a pu pour se sortir de ce contrat et en passer un nouveau avec Roadrunner: nous avions des amis dans les groupes du label, on connaissait des gens qui y bossait à l’international, on

aimait ce qu’ils faisaient et on espérait qu’un jour on pourrait démarrer de façon positive avec l’étranger. Maintenant, c’est chose faite, et on est très contents! Lorsqu’on a découvert que Epic ne sortait même pas nos disques, on s’est demandé s’ils voulaient vraiment en vendre, et quel était le problème! Mais tout va mieux, à présent. 

 

-Le nouvel album de L.O.G  s’appelle ‘Wrath’: vu la colère inspiratoire du groupe, peut on trouver ici quelques sujets spécifiques ?

Chris: En fait, nous en parlions plus tôt, et je pense que l’on nous considère souvent comme étant en colère, mais je crois plutôt que nous abordons des sujets dont les gens ne veulent jamais parler, parce qu’il est plus facile de ne rien dire de ces choses là. Le message, pour nous, a toujours été de penser par soi même. La plupart de nos disques sont orientés politiquement, mais avec des éléments personnels, comme dans “Sacrament”, où Randy

abordait des sujets personnels. Ce disque est un peu politique, il contient quelques messages,  par exemple  à propos du fait que nous, l’humanité, somme la peste de cette planète. Je ne me sens pas en colère, je veux dire simplement aux gens de se réveiller, de penser par eux-mêmes, et je pense que c’est plutôt applicable, surtout à notre pays, les USA. Pendant longtemps, nous avons vécu dans une sphère troublée, parce que les gens ne réfléchissent pas,

ils suivent le mouvement et n’aucune idée propre. S’ils ne changent pas de façon de procéder, ils devraient se rendre compte que, comme ça, on court à la catastrophe.

 

-Nombre d’artistes ont qualifié Georges W. Bush d’inspiration maléfique’: mais qu’attends tu de Barack Obama?

-Chris: Je pense que personne ne peut réparer tous les dégâts, mais c’est un signe, pour le pays et pour le monde, que nous reconnaissons les erreurs commises, et que nous allons entamer le processus de réparation et de guérison de ces dommages qui ont été causes. Ce peut prendre un bout de temps, mais Obama représente le changement, pour nous, une chose très positive pour notre pays, parce que, ayant la chance de voyager autour du monde, de visiter un tas d’endroits et de pays, et, en tant qu’Américain, ce fut embarrassant, des années durant, de vivre sous le gouvernement que nous avions et d’essayer d’y donner un sens auprès des gens avec qui nous parlions. C’est donc un grand changement positif, et j’adore être fier de l’endroit d’où je viens. C’est donc super de ne pas se trouver dans l’embarras à cause de son président !

 

 

-Quelles sont pour toi les principales différences d’avec ‘Sacrament’ ?

Chris: Pour ‘Sacrament’, nous avions pour producteur Machine, et nous cherchions à savoir si nous pouvions être autre chose qu’un simple groupe de metal, en essayant des trucs nouveaux, par exemple au niveau du chant ou en écrivant différents types de morceaux, calmes ou agressifs, histoire de voir. C’est venu d’un désir du groupe, mais aussi de Machine, qui, en tant que producteur, essayait de nous élever par rapport à ce que nous étions. Il pensait

que c’était son job, non pas de nous adoucir, mais de trouver quelque part la façon de nous rendre plus faciles d’accès pour certaines personnes. Et donc, pour ‘Wrath’, nous avons tout jeté par la fenêtre, nous avons beaucoup appris au niveau de l’écriture, de la scène et du studio, et ça nous a énormément servi pour cet album, mais nous voulions revenir à quelque chose de définitivement plus agressif.  ‘Sacrament’ a connu beaucoup de succès, nous lui sommes très reconnaissants, on ne regrette rien, mais, en explorant de nouvelles directions, je crois que nous avions perdu un peu de l’optique que nous avions en tant que groupe de metal, ce côté puissant, agressif, animal, que nous avions auparavant. Pour ce disque, le but était de retrouver tout cela. Au bout du compte, je crois que nous y sommes arrives, ce qui fait une parfait balance avec ce que nous avons appris en écrivant et enregistrant les disques précédents.

 

-Josh Wilbur a produit, enregistré et mixé ‘Wrath’: qu’apporte-t-il au groupe, et quelles différences trouves tu dans son travail avec, par exemple?

-Chris: C’est du bonheur pour moi, à titre personnel, parce que Josh est aussi un batteur, alors que Machine était plus intéressé par les parties vocales. Il me disait simplement de, par exemple ralentir, ou que j’aurai du temps libre parce qu’il allait bosser sur les vocaux, alors que Josh me demande de faire des trucs dingues, plus rapide ou plus intenses encore. C’était génial pour moi. A mon sens, le metal doit comporter une batterie forte, et totalement impliquée dans le reste. Donc, être encouragé au lieu d’être mis à l’écart, était super pour moi ! Au niveau de la production, Je pense que Josh voyait ce dont nous parlions tout à l’heure, un grand groupe de metal agressif qui avait été quelque peu squeezé par les idées des majors, des gens persuadés de savoir vendre les disques, mais aussi des producteurs précédents. Il ne voulait pas nous aider à vendre un million de disques, avec son nom en gros,

Il voulait juste nous faire sonner correctement, sans mettre son ego sur le tapis. C’était donc super de bosser avec lui, du fait que l’on se sentait constamment… pris en charge, en quelque sorte! Steve Austin procédait beaucoup de la même façon, en étant une part importante du processus. Ce n’est pas très juste de comparer les deux, cependant, parce, avec le label où nous étions à l’époque de Steve, le budget et le studio étaient minuscules, compare à ce qu’on a aujourd’hui, c’est totalement différent. Mais ils possèdent le même niveau d’implication, tout en voulant le meilleur pour nous, sans se soucier des pressions du label, des radios ou de quoique ce soit : tout était pour le groupe.

 

-L’année dernière, vous avez tourné avec Gojira, et Randy est invité sur leur nouvel album: que penses tu d’eux?

-Chris: j’essaie de rester en contact le plus possible avec ce qui se passe dans le monde au niveau du metal, parce que j’adore en écouter, et je suis devenu ami avec Laurent, de Listenable, il y a des années de ça. En 2006, il m’a envoyé un paquet contenant l’album de Gojira’, ‘Mars to Sirius’, et je suis tombé amoureux de ce disque et de ce groupe. J’ai commencé à les contacter par le biais d’Internet, et fait des copies de l’album pour l’amener à  

nos répètes, disant aux autres que c’était là un merveilleurs groupe français de metal et qu’ils devait écouter ça, mais ils n’ont pas été très…réceptifs ! Un an plus tard, Randy et moi avant pris quelques petites vacances à la maison de mes parents, près d’un lac, on nageait, on traînait ensemble. Sur le chemin, dans sa voiture, j’ai mis leur disque, et Randy m’a demandé ce que c’était, et je lui redis que c’était ce groupe français formidable, Gojira. Il en est tombé amoureux aussi, et les autres se sont mis à l’écouter enfin. Nous les avons rencontrés en France, en fait, quand on a tourné avec Slayer, et on les a invites sur notre tournée aux USA. On est restés en contact, et sommes devenus de bons amis. Joe est resté chez moi pendant plusieurs semaines, on a parlé, mangé, joué de la musique. La même chose s’est produite avec

Randy, ils sont allé faire du camping tous les deux. Et puis ils ont convié Randy à venir en France, pour chanter sur leur nouveau disque. Je pense que la connivence entre nous s’est faite non seulement par leur talent de musiciens, mais aussi par le côté positif de leur message, qui est devenu un peu plus courant aujourd’hui, mais toujours rafraîchissant à constater au sein de la scène metal. C’est un véritable plaisir de les connaître, et j’espère que nous collaborerons encore davantage dans le futur.

 

-N’avez pas de collaboration en projet, sur disque ou en tournée en France?

-Chris: J’adorerais! Je sais que nous allons venir en France avec Metallica pour un concert, et que, normalement, Metallica souffle un jour ou deux entre chaque show, et donc j’espère que nous pourrons venir à Paris, donner un véritable concert de Lamb Of God, et ce serait géant de le faire avec eux, naturellement. Nous en discuterons bientôt !

 

-Quelles ont été très propres influences, en tant que batteur?

-Chris: Je me suis mis assez tard à la batterie, compare à la plupart des batteurs. J’avais 22 ans, et donc toutes mes années d’adolescences, quand les gens définissent leurs héros, ce à qui ils voudraient  ressembler, ou sonner pareil, sont passées à l’as. Mais, quand j’ai commencé à jouer, plusieurs personnes ont influencé mon jeu : Shane Larkin, qui, à l’époque, jouait dans un groupe nommé Rapture on America, un mélange tordu et progressive de speed metal. Je trouvais cool sa capacité à faire ça. Il y avait aussi ce groupe de Caroline du Nord, où nous vivions, nommé Confessor, et dont le batteur était surnommé à l’époque ‘math rock’, parace qu’il arrivait à mélanger toutes sortes de tempos, faisant des choses très complexes. Pour moi, c’était très intéressant et très inspirant. Ensuite, je me suis tourné vers des musiques plus speed, comme les premiers albums de Megadeth, mais aussi Dave Lombardo et, bien sûr, Lars avec ‘Justice for all’, très technique, et c’était ce que je voulais faire. Je me rend compte, lorsque j’écoute ce que je joue, que les vieux disques que j’écoutais sont toujours bel et bien présents dans mon, c’est très clair dans mon jeu!

 

-Quels souvenirs gardes tu de la tournée avec Slayer, pour l’Unholy Alliance tour?

-Chris: Ils ont plutôt été une influence majeure pour les autres members du groupe, mais, évidemment, qu’ils sont une influence: on ne pourra jamais ôter à Slayer d’avoir contribué à créer le metal d’aujourd’hui, c’était donc plutôt intimidant. Mais les connaître en tant que personnes, pas comme les barjots qu’ils sont sur scène, traînant dans le bus avec Dave Lombardo pour faire de la musique et boire un coup, ce fut vraiment quelque chose, pour moi.  Surtout au vu de son expérience en tant que musicien et le respect qu’il impose, partager la scène et me rendre compte de comment il avait fait son chemin pendant toutes ces années, c’était un véritable rêve. J’ai connu la même expérience en rencontrant Lars et le fréquentant un peu. Je me suis très chanceux et très honoré de côtoyer tous ces groupes. Mon choix personnel, parmi ces quatre grands groupes précurseurs du metal, Metallica, Megadeth, Anthrax et Slayer, était surtout Megadeth. C’était mon groupe favori quand j’étais môme. Dave Mustaine racontait de super histoires dans ses textes, et tourner avec eux est quelque chose que je n’oublierai jamais. J’espère que nous pourrons, nous aussi, bâtir un pareil héritage.

 

-Lamb Of God a récemment reçu un Grammy award, et celui çi a été mis aux enchères pour aider quelqu’un dans le besoin: peux tu nous en dire plus sur le sujet?

Chris: Oui, nous avons reçu une médaille pour ‘Sacrament’, et nous sommes allés à la cérémonie, tous sauf Randy: je n’irai pas jusqu’à dire qu’il la boycottée, mais il n’y est pas allé, parce qu’il pense que c’est simplement une grosse merde ! Je comprends pourquoi, parce que c’est généralement uniquement la célébration de la musique, de la variet et de Britney Spears. Mais, pour moi, c’était sympa d’y aller pour voir le show et voir comment c’était vraiment. Aux USA, les Grammies sont comme les shows de nos parents, ou grands parents. Randy a cependant reçu sa médaille par la poste, et l’a mise aux enchères, sur e-bay je crois, pour une action de charité, un ami à lui ayant deux enfants souffrant de disfonctionnement musculaire. C’était donc une cause importante pour lui, et quelque chose de cool pour quelqu’un intéressé à la participation de cette page d’histoire du rock !

 

-Lamb of God s’est formé en 1994, et atteint aujourd’hui son plein succès: quels défis te reste-t-il à affronter?

-Chris: Eh bien, c’est une question intéressante, parce que nous venons juste de finir cet album, et je sais que nous nous apprêtons à tourner pendant vingt mois: le prochain défit sera donc d’y survivre ! Quand on se réunit pour écrire un disque, on part d’emblée du fait que si on ne peut pas faire mieux et différemment que le précédent et évoluer en tant que groupe, alors on s’arrêterait là. Mais je pense que le véritable prochain défi, surtout après cet album là, sera de faire encore mieux : j’adore vraiment ‘Wrath’, et ce sera très dur de le surpasser, je pense que c’est notre meilleur. Mais on verra bien, le moment venu : il n’y a plus qu’à attendre!

 

 

 

Propos recueillis le 16 janvier 2008 à Paris par Jean-Paul Coillard.

Merci à Karine et Charlotte.