The Liars: Little Big drummer boy…


Toujours aussi courtois mais visiblement de plus en plus fou, dans le bon sens du terme, dans sa tête, Angus est à Paris, avec les autres menteurs, pour un concert au Nouveau Casino. L’occasion pour lui de présenter ‘Drum’s not Dead’, leur dernier bébé, se présentant à la fois en version audio mais aussi en DVD, ce qui laisse le choix pour l’auditeur entre imagination et mastication gloutonne. Déconstruction, déstructuration sont les maîtres mots de ce nouvel album, et l’on s’éloigne encore des rivages connus où nous avait laissé le disque précédent, avec son concept tournant autour des sorcières. Ici, le rock’n’roll des débuts fait place à un brouillard comateux, inquiet, sourd, traversé cependant parfois d’éclairs de lumières dignes de Floyd première période ou des Swans, avant le lake. Les Stooges de l’expérimentation, les aventuriers du son sont de retour, et s’enfoncent, la rage au cœur mais la tête légère, dans les sentiers les plus étranges, devenant du même coup, non plus atypiques, mais intemporels. Angus will be forever young…



© JP Coillard

-Voici donc le nouveau Liars, ‘Drum’s not dead’: J’ai cru comprendre que la fabrication de cet album a plutôt été différente cette fois…

-A: Pour l’album précédent, nous avions un cadre de travail très rigide, avec un concept également très fort et on savait exactement ce que nous faisions, effectuant beaucoup de recherches dans ce but. Cette fois, on n’en a pas parlé du tout, on est juste partis pour essayer de créer des morceaux. Et à cause de cette flexibilité, nous avions la chance d’explorer des aspects plus personnels.

-L’usage principal de percussions, de guitares et de voix participe-t-il à cette sorte d’entreprise de décomposition musicale que vous avez entamé en fait dès votre premier album?

-A: Oui, et l’idée au delà de ‘Drum’s not dead’ est réellement une extinction de notre ancienne méthode de travail. C’est la première chose que nous avons voulu faire à travers chaque morceau, et nous avons décidé de rendre les choses plus claires cette fois, en montrant que les percussions sont réellement la voie d’accès à notre musique..

-Riche idée que de joindre en bonus un second disque avec une version DVD de l’album, 36 vidéos pour douze titres, pour être précis. On en avait parlé la dernière fois que l’on s’est rencontré, mais tu m’avais dit que le coût de revient était trop élevé: alors, comment est ce arrive?

-A: En fait, à la base, nous voulions juste que ce réalisateur allemand tourne un seul film, pour tout le disque. Puis, quand on a commencé à bosser sur ce projet, on a été très excités à l’idée de travailler nous aussi là-dessus. A la fin, nous avions tellement de matériel que nous avons été confrontés à la décision de l’éditer ou pas telle quelle ou bien l’assembler en une œuvre unique et parfaite. On a décidé de garder tout ce sur quoi on avait bossé parce que, je pense, surtout sur ce disque, que l’utilisation de la vidéo est une partie prenante du processus. Ce que l’on a cherché ici est quelque chose en opposition totale avec les vidéos hors de prix de MTV : quand un groupe paie quelqu’un pour faire ça, c’est très détaché de la musique, et ce que je trouve intéressant dans le fait de conserver toutes ces vidéos et que tu peux voir toutes nos erreurs et nos mains à la pâte, et je pense que c’est plus important que la beauté ou un autre sentiment.





-Et au delà de ça, on peut donc trouver trois versions de chaque morceau, on peut ainsi les comparer mais aussi choisir la version que l’on veut regarder…

-A: Oui, j’aime aussi beaucoup cette idée, parce que pas mal de gens nous demandent si on nous verra sur MTV, et la réalité de faire quelque chose comme ça est que ces considérations ne sont plus importantes, parce que tu as trois versions, qui peuvent être vues sur un tas de sites Internet et tourner bien mieux qu’une vidéo hors de prix qu’on peut seulement voir sur une chaîne télé.

-Penses tu retravailler ainsi dans le futur?

-A: Je le pense; nous aurons certainement à nouveau des éléments visuels. Je ne sais pas si ce seront les mêmes, mais je pense que c’est plus difficile sans doute d’essayer de faire un film d’abord, puis la musique, mais on verra bien si on essaie ou pas.

-Tous ces petits films seront ils visibles sur scène, lors du concert?

-A: Oui, mais pas tous: nous avons fait une présentation à Londres récemment, on a joué pendant une demi-heure, et montré seulement la fin du film pour l’accompagner. C’est ce dont on se sert sur la route, un condense en quelque sorte.


-Un petit mot à propos de Berlin: tu dis y être allé pour des raisons de coûts avantageux au point de vue des studios: mais cette ville a-t-elle eu sa part d’influence sur ‘Drum’s not dead’?

-A: Oui, je pense, du moins du point de vue personnel. Mon déplacement là bas a pas mal à voir avec mon idée de détachement et de re-détermination, de reconstruction de la réalité dans laquelle je vis, et je trouve intéressante cette idée de partir, surtout dans un endroit dont on ne parle pas la langue, et dont la culture ne nous est pas familière. On se retrouve comme un véritable étranger, une bulle au milieu de tout ça et pour moi, en termes de travail et d’écriture musicale, c’est une excellente position, quand tout ce qui est autour ressemble à ça. Ce n’est pas MA réalité, et c’est très bon pour se reconfigurer soi même. Par exemple, quand je me trouve à Brooklyn, je suis au courant de tout et je sais pourquoi je suis là et je connais mon environnement, mais quand je me retrouve plongé en plein Europe de l’est, je ne suis plus ce que j’étais, et cela devient un processus d’introversion intéressant que de se recomposer en quelque sorte, ce qui est très positif pour moi lorsque je crée de la musique.

-Sans en remettre avec Neubauten, je dirais cependant que vous êtes leur antithèse, dans le sens où ils sont partis de la déconstruction musicale pour en arriver à quelque chose de plus ‘rock’, quelque part…

-A: Oui, mais ils donnent toujours des concerts intéressants, et je pense que c’est une part du processus et de l’utilisation des moyens que nous n’avons pas encore vraiment explore à fond, comment se servir d’éléments étrangers dans le cadre d’une performance live. Leur show est une véritable expérience et je pense qu’ils sont vraiment des dieux dans leur genre!

C’est difficile de comparer parce que, tu sais, j’écoute Neubauten depuis que je suis gamin, pas à cause de leur musique, mais parce que j’avais entendu dire qu’ils avaient fait un truc avec un chien et un micro (Comme Pink Floyd, Angus?) et, pour moi, c’est ça, Neubauten, cette idée de rechercher des choses différentes. S’ils lèvent le pied quelque peu, c’est ok, mais je dirais qu’ils sont de toutes façons un sacré exemple.



-Parle mois un peu de ces deux personnages que vous avez crée pour l’occasion: ‘Drum’ et ‘Mister Heart Attack’…

-A: Cette idée est venue en fait après l’enregistrement, contrairement au disque précédent, où nous avions le concept dès le départ: cette fois, nous avons compose un maximum de morceaux, les avons enregistré puis nous sommes assis pour en parler dans le blanc des yeux, nous demandant comment nous avions fait. J’étais à Berlin la plus part du temps, il était à L.A la plupart du temps aussi, et en dépit de ça, nous avons produit quelque chose de fluide, où tout colle ensemble et ça nous a prit un certain temps avant de savoir comment nous avions fait. Je pense que la meilleure façon pour l’expliquer est qu’il y a ces deux personnages, l’un étant très fort et sur de lui quant à ses convictions alors que l’autre est très préoccupé à ce sujet, et ce n’est ni lui ni moi mais leurs personnalités qui ont évolué au travers de nous. Donc, un jour, tu peux te sentir très fort à propos de tes idées, et donc les autres te suivront, et le jour d’après, tu pourras être très agressif et l’autre soumis, et c’est comme ça que ces deux personnages s’assemblent…

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-La formule du trio est elle toujours la meilleure pour les Liars, ou bien as tu l’intention d’y incorporer d’autres musiciens un jour?

-A: Non, parce que l’idée des Liars est qu’il n’y a pas de rôle dans le groupe. Intégrer d’autres personnes est hors de question. Je pense que c’est super en ce moment parce qu’aucun d’entre nous ne pense qu’il est le chanteur ou le batteur ou le guitariste, chacun peut faire ce qu’il veut, et c’est vraiment l’aspect le plus positif de la chose. Et la question serait de savoir où trouver d’autres personnes capables de se débarrasser de leur ego dissimulé au sein de leur instrument !

-Un nouveau single arrive bientôt, ‘The other side of Mr Heart Attack’, remixé par Daniel Miller, le boss de Mute records…

-A: J’ai fait une grande partie du mixage à Londres, Daniel était là et ce fut pratiquement la seule personne en dehors du groupe a qui j’en ai parlé. Je n’avais jamais vraiment travaillé avec lui comme ça, et la façon dont il considère la musique est tout bonnement géniale. J’ai été choqué quand je lui ai passé un de mes mixes, j'ai pensé que c’était bien, et ensuite il s’est mis à parler d’un tas de termes techniques et de styles différents, il est très compétent dans ce qu’il fait. Et donc, lorsque j’ai eu la chance de pouvoir faire des remixes, je lui ai proposé d’un faire un et j’ai eu la joie qu’il accepte.

-Il y a une nouvelle vidéo pour ce titre, différente de celle de l’album?

-A: Oui, je l’ai faite par la suite, c’est donc une toute nouvelle!

-Lorsque j’écoute ‘Drum’s not dead’, d’autres musiques me viennent à l’esprit, notamment au niveau du chant: si je cite the Swans, Pink Floyd et le Velvet underground, serais tu d’accord ?

-A: Certainement: j’adorais Syd Barrett, et on a écouté une tonne de vieux Beach Boys, qui avaient une façon d’enregistrer très relax qui nous intéressait beaucoup: on voulait être ensemble dans une pièce et se servir de son acoustique. Pour l’album ‘Drown’, on était dans une cave, et la majorité du disque a été jouée séparément. Cette fois, nous avons vraiment voulu tout rassembler pour obtenir ce feeling de groupe.



-Tu as dit, à propos du téléchargement, que les artistes devaient prendre leurs responsabilités à propos de leur produit, ce qu’on n’entend guère souvent, parce les gens ne parlent souvent que d’argent, mais jamais du prix des disques ou surtout de la mauvaise musique…

-A: Oui, ça me semble étrange, mais le problème commence avec les maisons de disques, parce que d’autres prennent le contrôle de leurs mains, et c’est vraiment là qu’ils perdent le sens commun, ils devraient penser au côté créatif de leurs artistes, ils devraient les appeler chaque jour pour demander ce qu’ils pourraient faire pour eux, et je peux garantir que tous ces gens ont des idées, mais ils ont peur. Les majors savent tout, mais le business du disque change constamment, et les gens qui y travaillaient il y a dix ans peuvent sentir comment ce business fonctionne, alors qu’en réalité il a changé de façon drastique, et l’idée par exemple de faire de l’animation de rue pour la sortie d’un disque me parait très archaïque, très datée.

Ca marchait peut être il y a dix ans, mais aujourd’hui on a la technologie et Internet, et c’est de là que l’on doit commencer à penser au moyen de se connecter avec tous les gens, contrairement à ce qu’on faisait avant. C’est une différence énorme, avec la technologie.


-Autre chose: toutes ces cassettes vierges, et à présent ces DVD, vierges eux aussi, qui ont été crée par ces mêmes majors, qui voudraient non seulement vendre les disques, puis le matériel vierge, mais s’en qu’on s’en serve: c’est comme d’acheter une voiture, de l’essence, mais de rester chez soi, les gars, à cause de la pollution et des embouteillages qu’on pourrait occasionner!

-A: Oui, c’est ridicule, et, dans le même ordre d’idées, tu sors un album, un ami à toi le remixe, et peut être y aura-t-il aussi un album live, et voilà trois façons pour un label d’avoir de l’argent, c’est merveilleux ! Ils se demandent ensuite pourquoi les gens n’achètent pas tout…

-Que peut on attendre dans le futur, avec les Liars, si une telle chose est imaginable?

-A: Nous travaillons cycliquement, et cela va de pair avec la décision de l’endroit où l’on va enregistrer. Auparavant, j’ai été très dirigiste sur ce sujet, je disais qu’on allait dans le New Jersey, que j’allais à Berlin, je prenais toujours cette initiative, mais j’espère vraiment que cette fois, les ‘deux autres’ décideront à leur tour, ce qui voudra dire que j’irai où ils l’auront voulu, pour qu’on soit ensemble. Mais j’ai un peu peur qu’ils prennent la décision facile

d’enregistrer à L.A parce que leurs familles sont là bas…

-Tu n’as qu’à venir ici!

-A: Oui, si on trouve quelque chose de pas trop cher, je viendrais sûrement !

Propos recueillis à Paris le 15 mars 2OO6 par Jean Paul Coillard.

Photos : Idem.

Merci à Emmanuel, de Labels.




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