Remontés à bloc, c’est le terme qui définit bien Machine Head, venus présenter leur nouvel album au titre explicite, « Supercharger » : un disque chargé à fond, bouillant, tonique, plein de vie, produit par Johnny K (Disturb...) et mixé par le fidèle Colin Richardson, une quatrième galette cuite à point et plus que bien au point. Un groupe à présent totalement homogène, débarrassé qu’il est de sa succession interne planant autour de l’enregistrement de « Burning red ». Rencontre parisienne avec Ahrue Lester, Rob n’étant pas loin...
- Quelles sont pour vous les principales différences entre Supercharger et The burning red ?
-A : Je dirais que c'est la première fois que Machine n'a pas dû chercher de nouveau membre entre 2 albums, on a fini la tournée « burning red », on a pris quelques semaines de repos et on a tout de suite commence à écrire « Supercharger ». Le groupe n'a pas eu à s'inquiéter de la recherché d'un nouveau membre, il pouvait se concentrer sur l'écriture d'un grand album et le plaisir qu'il y prenait ! Ce sont les mêmes 4 types qui ont composé l'album précédent, on a tourné ensemble, on s'est marrés, on a bu et chahuté ensemble et puis on est rentrés en studio. On était très soudés et on s'est bien amuses, on sent beaucoup plus de plaisir sur «Supercharger » que sur les autres albums ; depuis qu'on a commencé à composer juste après la tournée, on a commencé à parler et le titre, « Supercharger », représente l'énergie que nous échangeons avec les fans en concert, il y a tant d'énergie dans l'air pendant un concert de Machine Head, c'est vraiment électrique ! Maintenant, on se sent vraiment unis : lors de l'enregistrement de « The burning red », notre premier album ensemble, j'étais très nerveux, je ne pouvais pas être aussi créatif que j'aurais pu l'être, mais maintenant, je suis vraiment à l'aise pendant l'enregistrement, le travail avec le producteur et je crois que je me suis donné à fond !
-Vous avez un nouveau producteur, après Ross Robinson et Colin Richardson : Johnny K (producteur de Disturbed et No One)...
-A : On voulait travailler avec une longue liste de producteurs : Ross et Colin en faisaient partie, mais aucun n'était disponible à ce moment-là et Johnny K était le seul choix possible : il était le plus enthousiaste, il avait beaucoup de bonnes idées, il avait déjà réfléchi à ce qu'il pouvait faire et il avait le type d'énergie nécessaire. Il nous a agréablement surpris. Colin Richardson a mixé l'album, parce que personne ne connaît le groupe aussi bien que lui : il a produit le premier disque, il nous connaît parfaitement, personne n'aurait pu mixer aussi bien ; on voulait un mixage proche de notre son actuel et on l'a mis au défi de faire quelque chose de très différent de ce qu'il fait d'habitude, mais il a réussi, le son est super et nous sommes très contents.
-Y a-t-il un thème central de ce LP ?
-A : Aucun concept ne relie les chansons : je crois qu'elles respirent simplement l'énergie !
- Peux-tu nous parler des morceaux de « Supercharger », individuellement ?
-A : Dans « Declaration », Rob dit : en temps de paix, nous devons nous préparer à la guerre, en temps de guerre, nous devons nous préparer à la paix.. Tout l'album parle de ce qu'on ressent live. En concert, on se considère en guerre avec les autres groupes : c'est notre boulot de les écraser et aucun autre groupe américain ne veut tourner avec nous parce que nous sommes trop bons en live ! Mais ils essaient de vendre des disques, ils jouent avec nous et on va prendre leur défense ! « Bulldozer » est l'un des morceaux les plus heavy jamais écrits par Machine Head. « White knuckle blackout » parle de ce qu'on ressent quand on roule très vite et qu'on sert le volant si fort que les phalanges blanchissent, c'est une chanson pour les "adrenaline junkies", comme quand on joue live et qu'on a un gros rush d'adrénaline, et aussi pour Rob et Adam, qui aiment les sports extrêmes comme le snowboard, le motocross, etc. « Crashing around you », a des paroles très sombres, c'est une sorte de conversation qu'a Rob avec lui-même ; « Kicking when you’re down » est une chanson qui appelle à la confiance en soi, parce que, quand on est à terre, tout le monde vous marche dessus ; « Only the names » est une chanson sur le crack, qui a à voir avec le passé de Rob, mais qui n'est plus d'actualité ! « All in your head » est une autre chanson sur la confiance en soi, »American high » a un double sens : c'est le nom du collège que Rob a fréquenté, mais c'est aussi sur la drogue et la délinquance. C'est un sujet plus léger que les autre morceaux. « Brown acid » est un peu dans la même veine ; « Sick of you » est assez explicite, c'est quand on en a marre de quelqu'un ! « Blank generation » est une sorte de miroir de notre société, et pas du tout la reprise de la chanson de Richard Hell, que nous ne connaissions pas du tout avant que la presse nous en parle ! Elle parle de la désensibilisation de la société et aussi de la naïveté et de l'ignorance du monde ; « Trephination » est une pratique de nombreuses cultures tribales, quand on pense que quelqu'un est possédé, on leur ouvrir le crane avec une pierre pour libérer les démons : c'est la définition de la trépanation, mais la chanson a un sujet plus personnel. « The deafening silence » est une chanson spéciale pour Rob et moi : on l'a écrite à San Francisco en trois ou quatre jours. Il pleuvait tout le temps et la pluie donne une atmosphère sinistre et mélancolique, on répétait et Adam et Dave sont sortis pour faire une pause. Rob et moi, on continuait à improviser des riffs, j'ai trouvé les harmoniques, le début du riff, puis Rob a trouvé une sorte de chorus et on s'est rejoints. On savait que c'était quelque chose de spécial est c'est comme ça que la chanson a vu le jour. « Supercharger » est juste Machine Head en plein délire, c'est une sorte d'hommage à nos fans et à l'énergie qu'on échange avec eux pendant un show !
-Pas de samples, pas de machines, pas de claviers ?
-A : Il y a des samples sur « Burn my eyes », mais nous sommes un groupe très organique, et tout l'album a été enregistré en analogique. 99 % des groupes enregistrent avec ProTools, mais c'est comme enregistrer avec un ordinateur, si on se trompe, il suffit de cliquer pour changer la batterie, le son et tous les autres instrument et je crois que cela ôte à la musique ses qualités humaines. Machine Head tient beaucoup à ces qualités. L'homme n'est pas parfait, mais on veut un enregistrement qui nous ressemble et pas un enregistrement parfait ! C'est parfaitement imparfait !
-Comment vous partagez-vous le travail pour la musique, les textes... ?
-A : Pour la musique, Rob et moi écrivons la plupart des riffs, on répète, puis on les joue en groupe, comme tout le monde, on fait les arrangements ; en fait, Dave a apporté beaucoup de riffs, il a emprunté ma guitare, parce que j'en ai quelques-unes au studio, est rentré chez lui, et a enregistré plein de riffs avec un petit enregistreur. Il y en avait de très bons et Adam a également contribué. Sur les autres albums de Machine Head, tous les textes avaient été écrits par Rob ; sur toujours le cas pour la majorité des textes sur cet album, mais Adam a aussi participé.
-Nous nous sommes déjà rencontrés il y a deux ans, qu'as-tu appris depuis ?
-A : Je crois que, depuis notre rencontre, j'en ai plus appris que pendant les 10 années précédentes : être dans un groupe, tourner, voyager, rencontrer toutes sortes de gens, ça a été une expérience plus enrichissant que tout ce que j'ai pu faire avant. Je crois que c'est plus important de se découvrir soi-même que l'art, dans tous les domaines !
- Vous allez bientôt tourner au Japon avec Pantera et Slayer
-A : On va faire la Corée, le Japon et l'Australie, puis les USA , puis l'Europe en novembre/décembre, peut-être un mois ou plus.
-Tu as quelque chose à dire aux fans français ?
-A : On a hâte que nos fans découvrent ce nouvel album et on attend avec impatience de les voir aux concerts !
(propos recueillis le 17 août 2001 à Paris; photos : JP Coillard (c)


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