MUDVAYNE : Full metal straightjacket


What can a poor boy do / except play in a rock'n'roll band ? Nécessité fait loi, le maquillage des quatre de Peora naquit d'un désir de thêatralité neutralisé par le coût de leurs ambitions. Plus tard, c'est à dire maintenant, demain, naitrons de véritables personnages de cette chrysalide musicale en gestation permanente. Mais d'ores et déjà, LD 5O, leur premier véritable album, donne bien plus qu'une simple idée de leurs hautes aspirations : musicales certes, mais aussi philosophiques, et donc sociales. Fans avoués de Stanley Kubrick et David Lynch, Voivod et Skinny Puppy ainsi que de bien d'autres choses n'ayant rien à voir avec le metal, ni d'ailleurs aver la musique en général, Mudvayne décroche le gros lot lors de leur rencontre avec Shawn Crahan, clown de Slipknot, qui désormais les prendra sous son aile, rouge, bienveillante et peinturlurée. LD 5O est plus qu'un disque, c'est un genre de long métrage de 17 morceaux, dont certains instrumentaux, Un univers qui déboule sur la planète rock, refusant comme ses pairs célèbres de se laisser enfermer dans le carcan de l'étiquette et des médias. Loin d'être un groupe " monolithique " ; Mudvayne bouge, remue, explose, tentant jour après jour de repousser ses propres barrières, tant humaines que musicales. Believe it or knot, 2OO1 devrait bel et bien être l'Illiade de Mudvayne. Rencontre aver (privé pour l'interview de son chanteur, souffrant) un groupe bien au delà de la mince ligne rouge qui sépare les survivants des malchanceux : jusqu'où peut on aller trop loin ? On vous le dira quand on y sera ! En attendant, faites bien la différence entre mass metal et math metal : gare aux cancres...


Mudvayne by JP Coillard

© JP Coillard




-Que signifie le nom Mudvayne ?
-sPaG : Kud, le chanteur, a été le premier à trouver ce nom, il y a 5 ans. Il n'a aucune signification particulière, c'est surtout sa sonorité ; vous entendrez peut-être des histoires à ce sujet, surtout aux USA, sur des aliens, certains contacts que nous aurions avec une conscience extraterrestre, qui auraient pour but d'encourager la colonisation de l'Amérique. C'est une idée potentielle et on peut y croire ou non, mais elle est assez intéressante !

-En ce qui concerne le titre du LP : LD 5O est un composant chimique, pourquoi ce choix ?
-sPaG : LD.5O est un terme pharmacologique utilisé par l'industrie médicale pour normaliser la toxicité des produits chimiques. Dans les gros livres médicaux, les médecins et scientifiques ont une normalisation pour tous les éléments présents dans l'organisme. C'était une métaphore utile pour nous pendant l'écriture de l'album.

-Vous venez de Peoria, un bled de l'Illinois : votre origine a-t-elle été déterminante lors de la formation de Mudvayne ?
-Gurrg : Oui, elle est très importante, notre origine influence notre façon d'être et notre écriture...
-sPaG : Nous venons d'un endroit où il y a très peu de culture : nous avons donc été obligés d'utiliser notre imagination. En l'absence de vie culturelle, on doit se baser sur son imagination, les médias, les sitcoms, les jeux vidéo et la musique. Dans ce monde imaginaire, on a trouvé une vie et une culture, qui a eu une influence indéniable sur la formation du groupe. Pourquoi se préoccuper des aliens si vous avez une culture riche ? En Europe, vous avez des bâtiments vieux de 4000 ans, ce genre de choses stimule l'esprit. Si nous avions eu cela, nous n'aurions peut-être pas pensé aux étoiles ou à la vie sur d'autres planètes !

-Vous avez produit votre premier Lp vous-mêmes, " Kill I oughta ", sorti à 1000 exemplaires : pensez-vous le ressortir un jour ?
-sPaG : Non : il existe des exemplaires en circulation, mais on veut aller de l'avant et non se pencher sur le passé.
-Ryknow : C'était seulement pour les fans locaux...
-sPaG : Oui, beaucoup de fans de la région nous demandaient d'enregistrer quelque chose parce que nous jouions depuis pas mal de temps ! Trois des morceaux de " Kill I oughta " ont été enregistrés live. On voulait quelque chose à donner aux fans. Mais on n'a pas du tout été déçus par cet album...
-Ryknow : " Kill I oughta " est un précurseur, comme " LD.5O " est un précurseur du prochain album.
-sPaG : On ne veut pas regarder en arrière et regretter quoi que ce soit, c'est toujours nous !
-Ryknow : C'est notre musique, et elle parle aux gens.

-Pouvez-vous parler de ce concept de " math metal " ?
-sPaG : Les gens essaient toujours de nous imposer une étiquette, alors c'est devenu une sorte de plaisanterie entre Kud et moi : on a dit : c'est du math metal, n'oubliez pas la calculette ! On compose en fonction de certains critères numériques évidents et ce n'est pas très courant dans le metal de se baser autant sur les chiffres. Dans ce sens, " math " est également une métaphore générale pour parler d'abstractions, de concepts ou de symboles. Le terme math, métaphoriquement parlant, était très approprié.

-Vous avez dit que votre idée consistait à créer des personnages par le biais du maquillage et des pseudos : comment avez-vous eu cette idée ?
-sPaG : On n'associe pas de personnages spécifiques au maquillage : c'est quelque chose qu'on utilise sur scène pour donner un aspect visuel aux shows; on n'associe aucun personnage au maquillage. On le considère plutôt comme une abstraction, un stimulus visuel. On ne l'utilise pas de manière trop littérale, c'est dangereux : si on prend quelque chose comme ça au pied de la lettre, il devient impossible d'évoluer et de changer. Soudain, on devient... Mickey Mouse ! ! ! Vous êtes devenu ce personnage et il devient impossible pour le public de percevoir votre évolution.
-Ryknow : On essaie de faire la même chose avec les vidéos, on tente d'y faire d'autres choses que ce que nous faisons sur scène, pour nous ouvrir d'autres voies. On ne veut pas être figés et obligés de se conformer à un certain look : on a beaucoup changé depuis nos débuts et on continue à évoluer. Au fil du temps, les gens verront d'autres choses en nous. C'est très important.
-sPaG : En fait, on peut utiliser nos pseudos, tu peux m'appeler sPaG quand je suis maquillé, mais tu ne peux pas vraiment m'appeler sPaG maintenant, sans maquillage. On a voulu développer un potentiel visuel pour le groupe, pas des personnages.
-Ryknow : On voulait développer différents types de choses, mais on manquait de moyens. On avait 2 dollars pour acheter du maquillage mais pas des milliers de dollars pour des costumes ou des écrans, alors qu'on adorerait utiliser la vidéo.

-Comme Tool, par exemple ?
sPaG : Oui, comme tous les groupes à grande production : Pink Floyd, Nine Inch Nails...
Ryknow : On est allés voir Creed et Sevendust et la production était ...incroyable ! Il y avait des écrans vidéo géants de centaines de mètres de haut ! Visuellement, c'est très stimulant et on voudrait arriver à ce type de résultat. On a donc utilisé les seuls moyens dont nous disposions et de l'argent que nous avions.

-Le maquillage pourrait-il devenir un handicap pour Mudvayne et occulter la musique ?
-sPaG : Ce n'est pas un handicap dans la façon de l'utiliser, mais cela peut le devenir dans la perception qu'en ont les médias et la direction dans laquelle les médias veulent aller. C'est normal de vouloir catégoriser les artistes et de faire des comparaisons avec d'autres, cela donne un point de référence utile pour le public, mais cela limite également l'artists.

-La musique de Mudvayne est très complexe et riche : en avez-vous assez d'être classifiés comme groupe néo metal ou néo Slipknot ?
-sPaG : Néo Slipknot ? Oui ! Néo metal ? J'aime l'idée de néo, je trouve le concept du "néo" super.
-Ryknow : "Néo" est un compliment pour nous et je crois que cela signifie que les fans de néo metal nous considèrent comme un groupe néo metal... On est d'accord. Si l'on examine la définition de ces mots, c'est ce que nous sommes : metal et nouveaux.
-sPaG : L'acceptation générale de Slipknot par le public indique que l'industrie du disque évolue dans une nouvelle direction. Le fait qu'un groupe comme Slipknot, quel que soit leur look, mais en voyant l'extrémisme de leur musique, puisse avoir un disque de platine indique qu'il existe une nouvelle tendance dans le metal.
-Ryknow : Des groupes comme eux ont ouvert la voie et ont permis à des groupes de s'exprimer dans leur look et de jouer de manière plus extrême.

-Pour un morceau comme " Cradle ", qui est très intime, est-il plus facile pour toi de le chanter avec le maquillage et te sens-tu alors protégé ?
-sPaG : Le maquillage n'a rien à voir avec l'esprit de la conception des morceaux, au niveau des textes ou de la musique. On écrit la musique simplement et pas tous assis dans la cave avec le maquillage. Evidemment, en live, le maquillage, par son aspect spectaculaire, renforce l'énergie dramatique de la musique.

-Comment s'est passée la tournée avec Slipknot et qu'y avez-vous appris ?
-sPaG : Ce sont nos frères ! Il y avait une grande camaraderie, c'était une vraie famille, il n'y avait aucune isolation entre les groupes, on était toujours ensemble, on s'encourageait mutuellement, et c'était une expérience super de tourner avec eux. C'était une façon exceptionnelle de faire notre première tournée dans une atmosphère aussi positive.
-Ryknow : Ils nous ont appris à nous comporter normalement en tournée, on avait très peur de partir en tournée avec des groupes comme Biohazard. Mais quand on les rencontre, on comprend que ce sont des gens très sympas.

-Quelles étaient vos influences à vos débuts ?
-sPaG : Musicalement, on était très influencés par l'événement de la scène rap metal : Korn a fait exploser la scène musicale au début des 90's, lorsqu'on a formé le groupe ; ensuite sont arrivés les Deftones et Tool, et on était bien dans cet esprit, dans cette révolution. Alors, le groupe a commencé avec ces bases. Mais on écoute de nombreux genres de musique, du moment que c'est de qualité.

-Vous êtes des fans de heavy Stanley Kubrick, en particulier " 2001... ", auquel fait référence la chanson " Monolith " : considérez-vous LD.50 comme un film sans images ?
-sPaG : Je dois dire que je n'ai aucune intention de composer la bande son de 2001, on en a tiré des idées artistiques et des thèmes généraux, mais on n'a jamais voulu en faire un remak, ni spécifiquement, ni littéralement. Si l'on envisage l'album dans un sens cinématographique, oui, absolument : on a choisi de créer une expérience cinématographique. Il existe des thèmes récurrents dans l'album, qui constituent presque une intrigue d'un point de vue métaphorique, dans ce sens, c'est très cinématographique, et c'est à cause de notre amour du cinéma que nous avons voulu créer ce type de feeling. En tant qu'artiste, je crois que le cinéma est la forme d'expression artistique le plus puissante et extraordinaire dont nous disposions. L'utilisation simultanée du son et de l'image est extrêmement riche, c'est indéniable. En tant que musiciens, on a essayé de refléter cela, ce qui est très positif.

-Quelles ont été pour vous les idées les plus intéressantes de ce film ?
-sPaG : Plusieurs choses : Stanley Kubrick est généralement connu pour être capable de transmettre des idées extrêmement intellectuelles de façon non verbale. En tant qu'artiste, c'est passionnant, surtout en étant musicien et en utilisant un média non verbal ; si l'on prête attention au film, la première demi-heure ne comporte aucun dialogue et elle transmet un très grand nombre d'idées abstraites et conceptuelles, de manière non verbale et non spécifique, mais instantanément, dès que l'on regarde le film attentivement, c'est évident. Si l'on pouvait atteindre ce niveau de communication en tant que musiciens, sans être trop littéraux, je crois que l'on aurait vraiment réussi. 2OO1 nous a influencés à un autre niveau, surtout en référence à ce que symbolide le monolithe. Je crois que Kubrick ne considérait pas vraiment le monolithe comme une chose, mais plutôt une représentation métaphorique des expériences, événements, avec lesquels une personne entre en contact et qui lui permette de changer totalement de façon de voir le monde et de se voir lui-même et donc d'évoluer. Le monolithe est devenu ce symbole pour nous, en tant que métaphore. A cet égard, chaque morceau de l'album est un monolithe, une opportunité instantanée pour l'auditeur de se voir d'une façon totalement différente, de ressentir quelque chose de très spécifique. On voulait exprimer cette idée dans l'album, mais pas de façon littérale.

-Votre site Web est très beau : est-ce un outil important pour le groupe et est-ce une sorte d'extension de l'album et des concerts ?
-sPaG : Absolument et un élément particulièrement intéressant est le fait que les textes n'étaient pas imprimés sur l'album mais qu'ils sont disponibles sur le site, qui est alors devenu un moyen de communication important avec les fans. Il évolue sans cesse, à mesure que le groupe y ajoute de nouveaux éléments, comme les shows, la scène. Si nous voulons avoir un aspect visuel aussi bien que musical, comme dans nos shows, il est évident que le site est un outil très puissant pour apporter d'autres dimensions au groupe. J'aimerais voir d'autres artistes ou groupes le faire, à mesure que la technologie progresse et qu'Internet nous permet de communiquer et d'exprimer nos idées de nouvelles manières. Nous recevons directement les e-mails et on essaie d'y répondre dans la mesure du possible.
-Ryknow : Il est important de dire que, si quelqu'un reçoit un e-mail de nous, nous l'avons vraiment écrit et pas quelqu'un chez Sony. Même si nous ne répondons pas à tous les e-mails, ils sont lus. C'est difficile, parce qu'ils sont très nombreux ! Mais c'est génial de recevoir les commentaires des gens qui écoutent notre musique.
-sPaG : Mais j'ai peur qu'à l'avenir nous ne puissions plus répondre aux e-mails ; alors, on aimerait choisir quelqu'un qui nous représente et les e-mails plus spécifiques nous parviendraient. Mais généralement, les gens disent seulement qu'ils aiment et respectent que nous faisons et c'est super. Merci beaucoup !

-Pouvez-vous citer 4 lp qui ont changé votre vie ?
-sPaG : Je peux citer 3 albums qui ont eu un grand impact sur moi en tant qu'artiste : " Venus access " de Skinny Puppy, qui m'a renversé, l'énergie et l'esprit étaient très différents de la majorité de la musique électro à l'époque, " Nail " de Scraping foetus off the wheel, probablement l'un de mes albums préférés de tous les temps et " Killing technology " de Voivod, surtout en tant que batteur et musicien de heavy metal, qui a radicalement changé ma conception du heavy metal. J'ai vu Voivod 3 fois aux USA et c'était toujours une expérience extraordinaire.
-Gurrg : Je n'ai pas d'album spécifique, c'est plutôt une fascination pour la guitare ; j'ai passé des heures dans ma chambre à essayer de comprendre.
-Ryknow : Je me souviens du premier morceau de Jimi Hendrix que j'aie entendu, "The wind cries Mary", et aussi les Beach Boys, les Beatles, le jazz big band que m'a fait connaître mon grand-père. Je ne peux pas vraiment citer d'album qui ait changé ma vie, mais il y a beaucoup d'albums qui font vraiment partie de moi.

-Mudvayne : l'avenir ?
-sPaG : On espère, outre la longevité du groupe, que nous auront toujours une carrière dans la musique, en faisant des bandes sons ou en travaillant avec d'autres artistes.

Propos recueillis à Paris par Mr. X et JP Coillard, photos de JP Coillard
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Site officiel de Mudvayne


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