NILE : ALL GODS, HATE ETERNAL...


Ca fait treize ans que le gang de Karl Sanders et Dallas Toler-Wade remonte un Nil pas vraiment bleu, plutôt d’une noirceur d’encre. Sur ses rives, à l’ombre des pyramides et des antiques tombeaux, à la lumière des torches, les anciens dieux de l’Egypte antique sont à nouveau assemblés pour jeter opprobre et désolation sur la race humaine. Et Nile est leur voix, venue du fond des âges et amplifiée par le tonnerre et les éclairs. « Ithyphallic » est leur nouveau chant funèbre, un grand album sombre, brutal, hypra technique, épique, résultat groupé de leur héritage métallique et de leur amour pour le panthéon des divinités de la nuit. Seth, Toth, Anubis, Osiris, ils sont tous là, bien vivants sous la direction de ce prodigieux metteur en scène de péplums barbares, Karl Sanders, et de son équipe, produit par les studios Nuclear Blast et disponible sous vos yeux et vos oreilles émerveillés et terrifiées en même temps. Grand retour de la doom/death squad. Hail to the gods. Moteur.



-“Ithyphallic” est le nouvel album de Nile pour Nuclear Blast, après toutes ces années avec Relapse: que s’est-il passé?

K: En fait, nous avions un contrat de quatre ans avec Relapse. Nous sommes arrives à la fin de ce contrat et avons pensé qu’en tant que groupe, on voulait évoluer et devenir plus importants, pour obtenir de plus grands moyens.


- C’est donc le premier album pour ce nouveau label : à quel niveau la différence se fait-elle déjà sentir ?

K: Jusqu’ici, tout est parfait, et ce sont de grands professionnels, qui travaillent dur et dans la sincérité: quand ils te parlent, ils te regardent dans les yeux et tu as le sentiment qu’ils font ce qu’ils disent. C’est très important pour nous. On a eu pas mal d’expériences, dans le monde de la musique, et je suis sûr que tu sais de quoi je parle, étant un journaliste musical, au cours desquelles tu parles au gens et, quand tu les regardes en face, tu n’as pas ce sentiment, tu sens que ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent n’est pas sincère. Mais nous sentions que Nuclear Blast n’était pas comme ça. On se sent libres de faire ce qu’on veut, à commencer par le titre de notre album, qui constitue une histoire intéressante: quand on enregistrait “Annihilation of the wicked”, on se demandait comment on allait l’appeler. Dallas, notre chanteur-guitariste, a dit qu’on pourrait l’appeler “Ithyphallic”, ce terme nous trottant dans la tête depuis longtemps et étant plein de signification pour nous. Nous avons donc appelé la maison de disques, mais ils nous ont répondu que c’était totalement impossible, que ça n’arriverait jamais, qu’ils ne laisseraient pas faire ça. On a dit d’accord, mais alors peut être le titre d’un morceau pour l’album ? Et ils ont aussi dit non, parce que Celtic Frost possède un morceau qui s’appelle “Procreation of the wicked”, et qu’on n’avait pas l’air de pouvoir faire ça. Mais notre manager a insisté, disant que ce titre était simplement très metal, et qu’on n’en prendrait pas un autre.

Aussi, cette fois, on a parlé avec Nuclear Blast, avec l’air d’être moins sérieux qu’auparavant, histoire de voir ce qu’ils allaient dire à propos de ce titre, ‘Ithyphallic’. Ils ont répondu que c’était notre album, et qu’on faisait ce qu’on voulait. Ils étaient très sérieux, ils le pensaient vraiment, et on l’a donc appelé comme ça. Ils veulent qu’on fasse toujours ce qu’on veut, sans aucune restriction artistique, et ils ne font que nous encourager. Ils veulent simplement remplir leur part du contrat, c'est-à-dire s’occuper du business, et que nous nous occupions d’art. Nous avons donc de super relations. Je pourrais sans doute te parler pendant une heure des différences entre Nuclear Blast et Relapse, mais disons juste que nous sommes très heureux, c’est un grand label qui se donne à fond dans ce qu’il fait.


-Vous avez bossé à nouveau avec Neil Kernon (Cannibal Corpse, Judas Priest, Nevermore) à la production, après ‘Annihilation of the wicked’: est il le meilleur des producteur pour Nile.

K: Pour l’instant, oui. Auparavant, on bossait avec Bob Moore, et Bob est plus un ami qu’un producteur. On a travaillé tant de fois avec lui que c’est presque un membre de la famille ! Mais on avait besoin de quelqu’un qui nous donne un coup de fouet, parce qu’en fait, tout est presque trop facile avec Bob. Neil est un professionnel très respecté, qui a gagné plusieurs Grammies et a bossé avec de très grands artistes au cours des ans. Je prête une grande attention à tout ce qu’il peut dire.


-Que penses tu des productions d’Erik Rutan?

K: Je pense qu’elles sont de mieux en mieux. Tout ce que j’ai entendu récemment m’a semblé très bon, que ce soit Hate Eternal ou Cannibal Corpse.


-Tu écris pratiquement tous les textes du groupe: d’où t’es venu cette fascination pour la mythologie égyptienne?

K: des livres, des films, des chaînes d’histoire à la télé. Quand le groupe a démarré, on n’a pas choisi en premier lieu ce nom de Nile, mais un ami nous a dit que comme on aimait toute cette matière du moyen orient, pourquoi ne s’appellerait-on pas Nile ? Mais que pouvait on faire avec ce nom ? Quel potentiel, quelles possibilités recouvrait il ? Ce fut donc cette initiative qui a fait l’étincelle avec l’Egypte ancienne : pourquoi pas ? Personne ne l’avait jamais fait, donc on pouvait le faire, et pourquoi ne pas faire ce qu’on aime ? Ca me rappelle cette phrase de Mark Twain s’adressant au jeune Jack Frost : ‘Ecris sur ce que tu connais…’ Et c’est ce qu’on fait, on joue ce qu’on aime, et on en est très contents !


-Cet intérêt vient-il aussi partiellement du fait que les USA ne possèdent pas d’histoire ancienne?

K: Oui, il n’y a pas vraiment beaucoup de quoi écrire sur ce qu’on a, ce qui est déjà peu :on

A l’esclavage, mais si tu commence à écrire à propos de ça, dans la société d’aujourd’hui, les gens te traiteront de foutus racistes !


-Es tu croyant toi même?

K: Non, mon intérêt est purement historique. Je pense qu’il serait très inapproprié d’essayer de pratiquer les anciennes religions d’Egypte aujourd’hui, ça n’aurait aucune pertinence. En fait, je pense que Dieu lui-même a très peu de pertinence aujourd’hui. Les religions existant de nos jours sont toutes vieilles de plus de deux mille ans, l’Islam, le christianisme : dirigent-elles encore le monde aujourd’hui ? Je ne crois pas, je pense qu’ils sont tout à côté de la plaque et que cet manque absolu de pertinence est la cause de pas mal de problème dans le monde où nous vivons.


-Qui sont, à ton avis, les personnages les plus intéressants du pantheon Egyptien?

K: Les plus sombres, comme Seth, Anubis, Toth, ils ressortent fréquemment parce qu’on fait du death metal et, lorsque tu pratiques ce style et que tu écris sur l’Egypte ancienne, tu mets les plus sombres aspects en avant. Je pense que tout est possible, parce que nous sommes un groupe de death metal et, quand tu choisis ce style, tu te dois d’explorer le côté le plus sombre. On ne se sent pas d’écrire sur des choses plus légères, ce serait incongru, cette idée dans le death metal : celui-ci devrait être uniquement rebelle, blasphématoire, anti religieux. A moment donné, on dit bien que le paganisme existait avant le Christ, c’est donc un blasphème pour les chrétiens, ok, mais ce n’est pas assez, on sent que l’on doit blasphémer envers tous les dieux, quels qu’ils soient…

-Ce monde occulte égyptien est votre marque de fabrique, est il très particulier au sein de la scène death metal; est ce pour toit une façon de faire s’intéresser les gens à autre chose que les slasher movies ou la sexualité post mortem?

K: Je pense que ça présente un intérêt pour nous, mais pas nécessairement pour tout le monde. Parfois, les gens nous disent qu’il y a déjà des tonnes de gore metal, de metal contre Dieu, de metal satanique, pleins de groupes qui font ça, et que nous sommes les seuls à faire ce qu’on fait et à le faire bien, c’est cool ! C’est donc impossible pour nous de faire mieux.

Ce serait ridicule que de vouloir copier Angel Corpse ou Immolation, et donc on fait notre propre truc. Je pense que les gens devraient mener leur vie comme ça, vivre sa vie, parce qu’on en n’a qu’une seule, et donc la vivre vraiment! Ainsi, tu réussis ou tu échoues de ton propre chef, et je pense que c’est le mieux.


-Tes textes sont ils inspires par des événements historiques ou est ce pure imagination ?

K: C’est essentiellement historique, du fait que je regarde souvent les chaînes d’histoire. Je trouve ça très amusant, et c’est la cause de bon nombre de nos morceaux.


-Aurais tu un projet de DVD, avec toutes les vidéos du groupe, ou un projet spécial, comme un petit film, racontant les histoires de l’Egypte ancienne?

K: Oui, mais je pense que ce serait réalisable si l’on en avait les moyens! Si tu as une grande imagination, tu dois avoir les poches pleines: regarde Cecil B. DeMille, s’il n’avait pas eu l’argent, qu’aurait-il fait ? C’est donc plutôt un rêve pour nous. Mais si nous trouvons l’argent, alors oui, j’adorerais faire ça, mais le death metal est très underground, c’est un milieu qui n’est pas très riche, tu sais…


-Une autre source d’inspiration vient de Lovecraft et du Necronomicon: pour quels morceaux en particulier ?

K: Bien sûr, on trouve du Lovecraft sur ce disque: les deux premiers morceaux en viennent directement, et aussi ‘The essential salts’, très inspiré par le Necronomicon.


-On va pouvoir voir une vidéo pour ‘Papyrus containing the spell to preserve its possessor against attack from he who is in the water’…

K: Eh bien, c’est en fait une très bonne question, parce qu’on ne sait pas encore ce qu’il y aura à l’intérieur! Son producteur nous a dit ce qu’il voudrait y voir, mais on a dit non ! Et donc je ne sais pas. On est censés bosser là dessus entre maintenant et la Ozzfest, en juillet, et on verra bien ce qui se passera!


-A ce propos, pourquoi ce choix de titres à rallonge parfois ?

K: Quand on a commence, il y a des années, avec ‘Salvation of the blah blah blah…’ ce fut d’abord parce que ce genre de titre donnait une idée globale de tout son contenu. Mais aussi, c’est amusant de le faire, parce que la maison de disques va devoir trouver le moyen de le caler sur un dos de pochette, et, chaque fois qu’ils doivent l’écrire, sur un disque promo ou sur une pochette ou autre, ça les emmerde de devoir composer avec un titre aussi long: c’est donc simplement du pur fun!


-N’as tu jamais pensé à donner un concert au pied des pyramides d’Egypte?

K: Oh, oui, ce serait tout simplement géant, mais je ne sais pas si ça arrivera jamais. Encore un de ces fichus rêves!


-Quels groupes t’ont inspiré quand tu as commencé?

K: Quand Nile a démarré, j’étais plutôt jeune, et c’était donc Black Sabbath, Led Zeppelin, Kiss. Slayer vint un peu plus tard, quand je jouais déjà dans un groupe, mais j’ai été soufflé de voir que quelqu’un pouvait faire ça, et de rester toujours aussi bon. Les deux premiers albums de Metallica ont été une grande source d’inspiration également, de même que les deux premiers albums de Slayer : je pense qu’ils ont réécrit un nouveau code de ce qui pouvait et ne pouvait être fait : on ne peux aller plus vite, on ne peux pas faire plus massif ! Plus que

‘Reign in Blood’, ce fut pour moi ‘Hell Awaits’. Quand il est sorti, ça m’a troué le cul !


-As tu un disque favori parmi les tiens? Favourite amongst your own records?

K: Notre nouvel album, parce que quand tu sors un disque, c’est comme avoir une nouvelles copine: c’est toujours ta préférée!


-Quand reverra-t-on Nile en France?

K: En octobre ou novembre, je crois…


Propos recueillis le 12 juin 2007 à Paris

Merci à Valérie pour son aide efficace en la matière.





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