Le trio germanique, de plus en plus populaire dans leur pays d’origine, nous revient aujourd’hui avec un nouvel album, ‘Glaube, Liebe, Tod’: croisement de l’électro, du metal Indus et du rock pur et simple. Dero et Crap sont à Paris pour nous en parler, au beau milieu de grèves de transport et de manifs anti CPE, avec lesquelles ils se disent tout à fait solidaires. Moteur, action.
-Comment présenterais tu ce nouvel LP?
-Dero: Eh bien, la première chose est que nous l’avons compose séparément: nous sommes trois compositeurs différents, trois êtres humains différents, et c’est une bonne chose parce que cela rend tout étonnamment plus riche. Après le succès de notre dernier album, dont le single est devenu disque de platine en Allemagne, on voulait garder cet esprit qui nous anime, cette énergie, et nous refusions de partir en vacances pendant six mois pour garder cet esprit et cette énergie qui nous ont habités durant la dernière tournée. Chaque membre du groupe possède son propre studio, où nous habitons, et nous avons un studio commun aussi, où l’on produit et on mixe tout notre matériel. Au bout de trois mois, on s’est réuni et on était très contents de ce qu’on avait fait. On a entamé un second cycle de deux mois, et avons ensuite rassemblé tout ce matériel, sommes allés voir le label, qui se montra également très satisfait. Nous sommes un groupe de rock, un groupe d’albums et pas de singles, et ils nous ont ôté beaucoup de pression de nos épaules en nous disant qu’ils n’attendaient pas un autre tube en single. Tout est pas mal affaire de chance, et ils nous ont dit de faire un bon album, point. Je pense que nous y sommes parvenus, et tout le monde a apprécié. L’album est entré directement en cinquième position des charts en Allemagne, ce qui est plutôt cool pour nous !
-Quelles différences ferais tu d’avec ‘Glaube, Liebe, Tod’?
-Crap: On a essayé d’expérimenter davantage avec l’électronique que sur les albums précédents parce qu’on voulait revenir un peu à ces éléments électroniques de nos débuts, mais, une fois dénombré tous les morceaux que nous avions composé, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait bien plus de guitare que nous n’en avions jamais utilisé. On a essayé de bosser longuement chaque morceau, et certaines parties de guitare que l’on peut entendre ici sont en fait des samples électroniques, tandis que certaines parties électro sont en fait de la guitare. On a mixé, bossé très longuement sur les sonorités et les atmosphères. Nous nous sommes également servis d’un poème d’Erich Kästner, fameux auteur allemand, plus connu pour ses romans pour la jeunesse, qui sont très drôles. Ce poème est totalement différent, plus sombre, plus adulte, il l’al écrit quand il s’est séparé de sa femme, c’est donc tout à fait autre chose et c’est ce qui nous a intéressé.
-Dero: On essaie tout le temps de trouver de nouvelles choses qui nous stimulant, d’autres aspects des choses. C’est pourquoi, par exemple, on a choisi une musique de film pour la transformer en l’un de nos morceaux. ‘L’homme à l’harmonica’ d’Ennio Morricone. C’était comme une nouvelle porte s’ouvrant pour nous, et on avait toujours eu l’idée de le faire. On avait plusieurs idées, mais celle là était la meilleure. La version originale n’avait pas de paroles, j’en ai donc écrit, et il n’y avait pas de ligne de chant, alors nous en avons inventé une, ainsi que des cordes, parce qu’on s’est juste servi du thème principal. Mais la chose la plus difficile fut d’arriver à Ennio Morricone, pour avoir son autorisation, mais nous avons franchi toutes les barrières et les avocats et on est arrivé jusqu’à lui. Il était plutôt relax, nous a dit qu’il avait écouté ce qu’on faisait et que c’était ok pour lui. Je lui ai donné une traduction de notre texte et il a donné son feu vert sans problème. C’est l’un de nos compositeurs favoris de musique de film de tous les temps…
-Crap: Une des bonnes choses avec le thème d’un film est que tu n’es pas supposé faire une autre reprise chiante, mais tu as la chance de faire quelque chose de neuf , d’unique, en replaçant ce thème de film dans un contexte réaliste.
-Etes vous des fous du remixage de vos propres morceaux?
-Crap: On ne remixe pas nos morceaux, ce qui nous paraît chiant: on imagine la version finale d’un morceau et on travaille dessus. Après coup, il devient totalement impensable de la refaire d’une autre façon, alors que l’on pense que cette version est la seule valable. Mais on aime le faire pour d’autres, comme pour Korn par exemple.
-Ce nouvel album est entièrement chanté en allemand: étais ce un choix délibéré?
-Dero: On n’avait rien planifié, c’est arrive comme ça. L’anglais et l’allemand sont des langues très différentes: l’anglais est très musical, il sonne très bien, alors que l’allemand est plus rugueux, spécial et unique. Donc, d’un côté, tu peux exprimer tes propres pensées et émotions au mieux dans ta langue maternelle, parce que tu as vécu ta vie avec ce langage. Et puis les chansons les plus profondes, au point de vue des textes, sont en allemand, bien que cela semble exotique de chanter comme ça : le marché est énorme pour tout ce qui est chanté en anglais, mais les gens aiment ça aussi parce que ça sonne différemment, et peut être cela touche-t-il davantage le cœur du guitariste également !
-Ne penses tu pas que ce langage allemand rude colle mieux que l’anglais aux musiques électro et indus en général?
-Dero: Oui, on peut y voir un aspect plus authentique. Beaucoup de groupes dans le passé ont ouvert de chemin, comme DAF ou Kraftwerk, très vrais dans ce qu’ils faisaient, et c’est toujours cette chose que les gens voient quand ils écoutent aujourd’hui de la musique allemande, assez proche de la musique industrielle dans la façon de penser et de procéder. Nous venons de plus d’une ville industrielle, Volsburg, où Volkwagen a ses usines, et ce que nous faisons est encore plus lié à la ‘chose industrielle’!
-A vos débuts, un groupe comme Neubauten vous a-t-il inspiré pour les mêmes raisons ?
-Crap: Oui, bien sûr: ils furent en quelque sorte le premier groupe à essayer de taper et de cogner sur tout ce qui leur tombait sous la main pour l’enregistrer et le sampler, ce qui était nouveau pour l’époque, en faisant et en enregistrant de la musique sortie d’éléments industriels, frappant sur du metal et des objets en acier, et je pense qu’ils ont été très intéressants pour tous ceux qui sont intéressés par l’électronique et la musique d’avant garde.
-Metal, pas ‘metal’, mais lorsque j’ai interviewé Jurgen Engler, de Die Krupps, il m’a dit que pour lui le terme de metal avait été inventé par Lou Reed avec son Lp ‘Music metal machine’…
-Dero: Oui, il y a deux mots pour le metal: la matière…et la guitare ! Les premiers NIN nous ont aussi beaucoup inspiré, et beaucoup de groupes ont ainsi tenté de combiner ces deux éléments de la musique industrielle: l’un autour de Throbbing Gristle stuff, avec des sons et des bruits, et l’autre avec l’appel monotone du guitariste’. Les gens préfèrent l’une ou l’autre de ces références, mais je pense que les deux sont valables pour le représenter.
-Skinny Puppy pratique encore une autre voie. Mais que penses tu alors de groupes comme Depêche Mode, également très orientés claviers?
-Dero: On les adore: nous venons des années 8O, et cette période était très influencée par toute cette vague électronique. C’est pourquoi nous avons commencé par malaxer nous aussi tout cela, parce que nous aimions l’appel électronique de Depêche Mode, de Kraftwerk, de Nitzer Ebb, mais aussi l’appel sombre de, par exemple, Sisters of Mercy ou the Cure, plus le côté rugueux et sale des guitares à la Mororhead ou AC/DC : alors, pourquoi ne pas combiner ces trois mondes plutôt que de les séparer, comme dans les années 8O? C’était ennuyeux et triste pour nous de voir ces trois champs d’intérêt ainsi séparés.
-Et que penses tu d’Alec Empire?
-Crap: Je ne l’aime pas, parce qu’il ne me touche pas, il n’y a pas d’émotion, pas de mélodies, mais c’est un jugement personnel.
-C’est très différent aujourd’hui de ce qu’il a pu faire avec Atari Teenage Riot…
-Dero: On n’a pas entendu ces dernières productions, on ne connaît que l’ancien matériel, mais on dirait qu’on devrait l’écouter !
-La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, Nina Hagen apparaissait sur votre disque : pas d’invités cette fois ?
-Dero: Il y a bien quelques personnes qui nous donnent un coup de main, une chanteuse qui a enregistré quelques parties vocales, et un gars qui a joué de l’harmonica pour ‘Die Schlinge’, parce que nous n’avions pas le droit de sampler le morceau original, que nous avons du réenregister, mais pas d’autres invités, ce ne serait pas drôle de le faire à chaque fois. Pour le dernier album, pour avions Sonia, de ‘l’Ame Immortelle’, mais cette fois, on ne se sentait pas de faire ça, alors, pourquoi se forcer?
-A propos de ça, la formule du trio est elle la meilleure pour Oomph ?
-Crap: On ne change pas une équipe qui gagne! On sait parfaitement, au bout de plus de quinze ans, comment travailler ensemble, on sait tout des bonnes et des mauvaises choses de chacun et qui peut donner un coup de main à l’autre en de mauvaises circonstances. On écrit
facilement des morceaux ensemble, et on a eu la possibilité de créer pour ce disque tout ce qu’on avait en tête, on a donc besoin de personne d’extérieur…sauf un joueur d’harmonica ! Sur scène, c’est différent, on ne peut pas recréer un groupe de rock entier à trois…
-Dero: Green Day l’a fait! Et the Stooges, et Motorhead, et les Young Gods...
-Crap: Oui, mais Dero ne peut pas jouer de la basse aussi bien quand il chante en même temps, et on aime bien se sentir comme un groupe de rock’n’roll quand on est sur scène, avec un vrai batteur derrière nous, et cette sensation de la basse à ma gauche quand je joue. C’est pourquoi deux amis à nous nous rejoignent, tout à fait en osmose avec leur rôle qui est juste de jouer sur scène: ils n’ont pas d’ambition de composer ou d’aller en studio, mais ils attendant impatiemment chaque nouvelle tournée, et nous, on les appelle tout de suite.
-A propos d’ Ennio Morricone, quelles sont vos musiques favorites, parmi tout ce qu’il a composé?
-Dero: Bien sûr, ça dépend aussi du film lui-même, et on trouve un mélange parfait de cinéma et de musique dans ce grand western. Il a crée un nombre incroyable d’émotions, et tu vois déjà le film lorsque tu entend la musique, ce qui était aussi notre but en la transformant pour créer une émotion et écrire un texte collant avec cette musique. C’était nouveau, en quelque sorte, pour nous que d’avoir cette sorte d’appel de l’ouest’ dans notre musique, chose que nous n’avions jamais faite. Cette B.O d’Il était une fois dans l’ouest’ est notre favorite.
-Crap: Oui, il a aussi compose quelques musiques pour des films avec Belmondo, entre autres: mais la plupart de ce qu’il a fait dans les années 8O était trop édulcoré: c’est un immense compositeur de musiques de films, et je pense que parfois il n’est pas libre, artistiquement, de faire ce qu’il veut, mais il doit faire ce que les gens lui demandent. C’est aussi le meilleur au point de vue des mélodies.
-Vous a-t-on déjà proposé d'écrire une musique de film?
-Dero: Ce serait cool. Dans le passé nous avons déjà compose des pièces instrumentales, et si un film se présentait où elles pourraient s’incorporer, on en serait ravis. Ce devra être un film très sombre et schizoïde, ce qui collerait bien à quelque chose de très psychotique comme nous avons pu le faire! Peut être dans le futur, qui sait? Ce serait certainement un grand défi.
-Crap: Même pour des jeux vidéo, ça pourrait être cool…
-Et pour vos propres vidéos:n’êtes vous pas tentés de réaliser de petits films pour ce format?
-Dero: On a toujours essayé de tourner des genres de petits films quant à nos vidéos, parce que trop d’entre elles en général ne montrent que du live, ce qui finit par être très chiant. Il y a donc un réel défi à créer de petits films, d’horreur ou autres, on adore ça et c’est un autre aspect de notre cercle musical. C’est toujours incroyable de constater combien d’aspects peut posséder notre travail : écriture, composition, mixage, production, promotion, tourner des vidéos, être acteurs, se produire sur scène, on apprécie vraiment totalement cette diversité.
-Comme d’habitude, cet album a été produit par Oomph?
-Dero: On s’est produit nous-mêmes, parce qu’on est de vrais control freaks, on ne veut rien laisser passer, nos disques sont nos bébés ! Mais nous avons fait le mastering à Paris, au studios La Source, pour la deuxième fois, du bon boulot, et voilà! On voit bien trop de groupes, dans cet âge de star académies, qui ne font rien par eux-mêmes, mais nous nous le faisons, et marquons ainsi notre différence : c’est important pour les jeunes de voir qu’il existe des groupes qui produisent leur propre musique, et j’espère que l’industrie musicale croira davantage dans le futur à des groupes qui créent par eux-mêmes et reflètent leurs propres émotions. En ce moment, c’est un peu comme un marché où l’on peut acheter ces groupes recrutés par casting, ils ont dépensé un fric fou pour cette merde, et pour nous, en tant que vrais musiciens, c’est une grande tristesse. C’est de cela que nous nous sommes moqués, avec ’Gott ist ein popstar’, parce que cela montre les deux aspects, le marketing de l’église et celui du monde de la pop, ces jeunes gens des shows de castings célébrés comme des Dieux, ceux qui ont changé la religion traditionnelle par la télévision, et ces dieux nouveaux sont recrutés par casting, ils sont sans visage, ils volent le rêve d’autres gens, et c’est très chiant à regarder. Naturellement, l’autre aspect de ce morceau est un critique de tout l’aspect marketing de l’église : comme un pape Allemand a été élu, l’aspect commercial a été énorme, les gens du Vatican ont fait un boulot dingue, ils ont transformé un vieil homme en star du rock ! La jeunesse mondiale l’a placé au sommet, à Cologne, c’était comme un concert de
Michael Jackson, lorsque le pape parlait, avec tous ces jeunes en train de crier et ces nonnes s’évanouissant, c’était quelque chose à voir. Beaucoup de gens interviewés ont déclaré qu’ils étaient là parce que ça passait à la télé, et qu’ils voulaient prendre part à cet évènement médiatique. C’était vraiment marrant.
-Ce titre est donc pleinement centré sur le thème de la religion?
-Dero: Je pense que ce sont les trois aspects les plus importants de la vie humaine, tant qu’il y a de la conscience dans notre cerveau, tant qu’on se reflète nous-mêmes depuis le début de la réflexion sur la vie: les gens se posent toujours les trois mêmes questions, d’où viens-je, où vais je, que fais je au milieu de ça, et bien sûr c’est lié au fait de savoir si l’on croit en soi, en la vie, si on crois en quelque chose. Nous ne sommes pas des croyants traditionnels, nous sommes plus ceux qui posent des questions, on se considère plutôt comme des agnostiques. Tu dois te demander ce que l’amour signifie pour toi, est ce que tu y crois, t’aimes tu toi-même, etc. Bien sûr, c’est un aspect très important de la vie, et, dans notre société dite des loisirs, c’est en quelque sorte un peu négocié: il y a tant de gens qui ne veulent pas entendre parler de choses comme la mort, qui est encore tabou. Notre société vieillit, et c’est vraiment nouveau parce qu’il y aura une vraie société nouvelle lorsque nous serons vieux, les gens de notre génération, il n’y aura pratiquement que des personnes âgées, ce qui est un fait nouveau dans l’évolution, des tas de millions de gens et seulement peu de jeunes, et nous devons donc faire face à la mort, parce qu’il y aura alors des millions de gens en train de l’attendre, tandis que très peu de naissance arriveront au même moment pour montrer que l’évolution peut se poursuivre. C’est un développement très étrange, surtout en Europe, mais bien sûr pas dans les pays arabes, dans les pays occidentaux, c’est comme ça, dans les grands pays industrialises. La mort peut rendre ta vie plus riche, et, pour moi, elle n’est pas une ennemie, elle définit ma vie : sans la mort, je n’aurais aucune définition, aucun sentiment, aucune pensée par rapport à la vie, je ne saurais même pas ce que c’est. C’est comme un ami silencieux, qui me regarde et me montre à quel point la vie es tunique et fragile. Les gens doivent regarder ça en face, ça peut rendre leur vie bien plus riche.
-Oui, sans ombre, il n’est pas de soleil…
-Dero: Oui, exactement: c’est toute la dualité qui crée l’univers…
-Et du coup, tu apprécies davantage les bonnes choses qui peuvent t’arriver…
-Dero: Bien sûr: dans notre musique, nous reflétons plutôt le côté sombre des choses, mais on aime aussi le côté lumineux de la vie, bien qu’on n’ai jamais eu envie de le retranscrire musicalement: on préfère s’allonger et l’apprécier pour ce qu’il est. Parfois, j’aime la musique qui transcrit ce sentiment, mais ce n’est pas pour Oomph, on ne se sent pas de faire ça.
-Sur l’album, on peut trouver une section interactive, avec une vidéo pour ‘Gott ist ein popstar’, et, si l’on clique sur le symbole du feu au milieu des deux autres, on accède à Internet: mais pour voir quoi?
-Dero: C’est un jeu, tu peux jouer à ‘One arm spends it’ (?!) contre nous, avec ces symboles, et tu peux gagner un backstage pass pour un concert de Oomph, et tu peux aussi jouer contre nous au blackjack. Tout tourne autour de ces trois symboles, et c’est sympa de voir que le retour est très bon sur notre homepage. Mais, naturellement, il existe un autre aspect, plus triste, à propos de cette vidéo de ‘Gott ist ein popstar’, pour laquelle, sur cette même page, nous avons reçu beaucoup de menaces de mort, de la part des chrétiens radicaux, et c’est quelque chose de très ambigu, parce que nous pensions que les chrétiens étaient des gens pleins d’amour et de pardon, mais notre société chrétienne se radicalise de plus en plus, et c’est très effrayant à constater. Des groupes sont interdits ou boycottés sur des chaînes musicales ou des radios en Allemagne. D’un côté, ils encouragent largement la pensée Américaine, du sexe et de la violence à plein temps, et, d’un autre côté, surtout à propos des sentiments religieux, ils ont l’air totalement effrayés. C’est la façon Américaine, et ça me fout vraiment les jetons. Les sociétés chrétiennes se radicalisent de plus en plus, à l’instar des pays arabes: nous savons tous pourquoi ceux-ci se radicalisent de plus en plus, c’est parce que c’est leur seule défense quand les Américains viennent les menacer, car ils n’ont pas d’armes. Aujourd’hui, à propos du terrorisme, les nations occidentales ont de plus en plus peur et ils se radicalisent donc dans leurs propres traditions, et tout ça est très triste parce que nous nous considérons comme des gens ouverts vivant dans des démocraties, et que tout retourne au moyen âge, je pense. On doit faire attention, des sales choses se cachent, tapies dans l’ombre.
-Chaque fois, au cours de l’histoire, lorsqu’on a constaté une grande renaissance des religions, c’est généralement dans des sombres périodes pour l’humanité, avec des gouvernements autoritaires, des guerres, de l’instabilité, tout en même temps : et la période actuelle n’est pas très rigolote…
-Dero: Oui, et la liberté d’expression redevient une idée neuve: nous posons des questions, et, bien sûr, on sait que c’est dangereux, vu comment va le monde et sa situation. Nous sommes juste un miroir pour la société, et cette société ne peut supporter l’image que nous reflétons, c’est très effrayant. C’est tout ce que nous faisons, nous n’apportons pas de réponses sur un plateau, on demande juste qu’on se pose des questions, c’est la chose la plus importante. Mais naturellement les médias ne veulent pas que les gens se mettent à penser par eux-mêmes, ils veulent qu’ils soient esclaves parce que comme ça, on peut mieux les manipuler. Andy Warhol a dit que la télé était du chewing gum pour le cerveau, et c’est ce que fait la télé librement, elle mâchouille le cerveau, elle l’englue. Mais j’espère que les gens vont réagir, il y a de plus en plus de monde opposé à la mondialisation et tout le tremblement. Aujourd’hui, c’est la fin rapide et radicale du capitalisme je crois, parce que la mondialisation le rend lui-même très rapide et d’un haut débit, et ce sera donc une fin rapide et détonante. Toutes les grandes civilisations que l’on a pu connaître, Rome, l’Egypte, les Incas sont derrière nous, mais nous ne tarderons pas à prendre leur suite : une grande culture, puis, d’un coup, autant en emporte le vent…
Et voilà la fin du film. Cut.
Interview réalisée le l4 avril 2OO6 à Paris.
Merci à Roger Wessier.


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