-Vous avez récemment joué à nouveau à la Ozzfest, aux Usa et en Europe : étais ce aussi bien que la première fois ?
-O : L’Europe était une première pour nous et c’est très différent de ce que ça peut être aux USA : c’est très excitant de jouer ici, où les fans sont vraiment des dingues ! Et on a vraiment apprécié cette expérience de leur folie !
-Y avait il autant de monde là bas qu’ici ?
-O : Oh oui, il y avait beaucoup de monde...
-A-t-il plu?
-O : On était à l’intérieur, sous un chapiteau, mais oui, il a plu : il pleut toujours en Angleterre !
(Ca, c’est bien vrai, ndlr !)
-A propos de l’Ozzfest, peut on dire que Sharon Osbourne est bonne ange gardien ?
-O : Oh oui, complètement : j’adore Sharon, et sans elle, on y aurait pas joué cette année, elle qui d’ailleurs nous avait aussi choisis l’année dernière ! C’est une personne merveilleuse, qui croit en ce que nous faisons et je lui suis infiniment redevable pour son soutien à notre égard.
-Votre carrière a débuté avec ce EP ‘Jihad’, retitré en Europe et jamais sorti aux USA après le 11 septembre : quelle a été votre réaction tout cela ?
-O : Je ne peux pas dire que j’étais heureuse. Le label en a décidé ainsi et j’ai objecté en disant que leur façon de faire était ridicule par rapport à ça quand l’Amérique a été attaquée, avec les avions : le nom de ‘Jihad’ n’a rien à voir avec ce qui s’est passé le 11 septembre, avec ce qu’ils ont essayé de faire en attaquant le World Trade center, parce que le nom lui même de ‘Jihad’ signifie lutte, alors qu’il est devenu synonyme pour certains de guerre sainte, et il est évident que nous n’accordons notre support à aucune action terroriste de ce genre.
-Après l’ Ozzfest de l’an dernier, le groupe est signé et entre en studio sans même une démo pour enregistrer avec personne de moins queTerry Date : comment s’est passé votre rencontre et qu’aimes tu dans son travail de producteur?
-O : On a rencontré Terry lors d’un showcase privé que nous faisions pour le label, qui l’avait invité ; il est venu et, après le concert, nous a dit qu’il voulait travailler avec nous. Alors, je l’ai revu le lendemain pour déjeuner, on a discuté de mes projets pour un disque et ce que le groupe comptait faire. Il a d’un bout à l’autre été merveilleux avec moi, avec nous, vraiment fantastique !
-Comment s’est passé le travail avec lui et as tu l’intention de réitérer l’expérience ?
-O : Absolument, je ne demande pas mieux que de retravailler avec Terry : il s’est montré si créatif et si psychologue, un bourreau de travail avec un caractère du tonnerre, que c’était carrément génial d’avoir quelqu’un comme lui ! Au point de vue du son, c’est un dieu, il croyait en nous et il était prêt à nous suivre, alors, comment faire autrement qu’adorer vouloir bosser à nouveau avec Terry ?
-Vous avez écris et enregistré ‘Sevas tra’ très rapidement, comme si tout était déjà prêt dans vos têtes, et n’attendant qu’à être couché sur disque, ce qui est super quand on pense au nombre de groupes pour qui il faut des mois voire des années pour accoucher d’un album moyen...
-O : Non, en fait on n'avait rien du tout, on est entrés en studio et, pendant un mois, on a bossé six jours par semaine et douze heures par jour, et la chose est que l’on aurait jamais pu écrire chacun si vite séparément ; mais lorsqu’on a formé le groupe et qu’on s’est retrouvés ensemble, les morceaux se sont pratiquement écrits tous seuls très rapidement.
-Oui , on dirait vraiment qu’ils sont très construits et en même temps joués pratiquement live parfois...A propos des textes, que tu écris toi même, que dirais tu si l’on te dit que seule une femme aurait pu écrire des textes aussi puissants et significatifs sur certains sujets, avec un tel niveau de crédibilité?
-O : J’en serais très contente ! Je pense que la plupart des hommes ont peur de se montrer vulnérables, c’est pour ça. Ce disque possède plein de facettes différentes, c’est un total assaut des sens !
-Avec tes goûts musicaux et extra musicaux, ne te sens tu pas parfois isolée au sein du monde du metal, ou au contraire cela participe-t-il à un désir de faire évoluer les groupes et le public?
-O : Des fois, c’est vrai qu’on se sent un peu isolée en temps que femme, mais on fait la musique qu’on aime et les gens semblent l’apprécier, alors, j’espère que cela en inspirera d’autres pour creuser un peu les choses et en sortir de la bonne musique !
-Quelle est ta part dans la conception de la pochette ?
-O : On a construit tout ça , Paul Brown, le directeur artistique, et moi même, on a effectué un genre de ‘brainstorming’ et on a tout juxtaposé ensuite, et avec Wendy Dougan, directrice artistique de Capitol, on a conçu le livret et l’habillage des poèmes qui s’y trouvent. J’aime vraiment ça, je suis très fière de ce disque.
-T’es tu également occupée du design du site Web du groupe ?
-O : Oui, dans une certaine mesure. Il y a aussi un jeune homme très doué, Raymond Lou de Capitol Records, qui gère aussi le BBS. Il a fait un travail fantastique et a traduit ce que nous avions fait sur le disque en un site Web. Il m'a envoyé son travail et je l'ai approuvé. Tout cela était très excitant.
-Comment vous partagez vous la besogne au sein du groupe ?
-O : J’écris tous les textes, chacun apporte ses idées musicales et on rassemble le tout.
-Tu as déclaré beaucoup aimer l’Europe en terme d’art, au travers des livres, des peintres, etc : te sens tu davantage universelle qu’Américaine ?
-O : Je ne sais pas, mais ici, on semble trouver beaucoup plus d’intégrité dans l’art et la littérature. Aux USA, tout est basé sur l’entertainment . Je voudrais que les gens se concentrent plus sur l’art et la compréhension Ies uns des autres. Je suis plus connectée aves les USA juste parce que j’y suis née, mais j’ai hâte de me construire une compréhension de l’Europe, que j’ai étudiée depuis longtemps, au travers des livres notamment, mais c’est la première fois que j’y suis vraiment, je me dois de tout voir et c’est vraiment merveilleux!
-Aimerais tu vivre en Europe ?
-O : Je ne sais pas, je ne suis pas encore sur, je n’ai pas été assez longtemps ici, je n’en ai pas vu assez..
-Viendras tu en France ?
-O : Oh oui, j’aimerais tellement visiter Paris ! J’aurais bien voulu que ce soit lors de cette tournée..
-La tombe de Jim Morrison par exemple?
-O : OUI ! C’est un maître, et je ne suis qu’une apprentie..
.-Tu sais, lui aussi, il a débuté, un jour !
(rires)
-Es tu toi même une grande lectrice ?
-O : J’essaie, mais maintenant on est super occupés. J’adore beaucoup lire, mais ces jours çi je n’en ai guère le temps.
-Et quand ça t’arrive, préfères-tu la poésie ? Les romans ? Les essais ?
-O : La poésie, principalement.
-Quels sont tes écrivains préférés ?
-O : "Les fleurs du mal" de Baudelaire est l'un de mes livres préférés ; j'adore aussi la beat generation, Jack Kerouac et Ginsberg, Sylvia Plath, Giovani, ...ce sont mes poètes préférés.
-Envisagerais tu d’arrêter un jour de chanter pour entamer une carrière d’écrivain ?
-O : J’adorerais ça, ce serait comme un rêve qui se réalise. J'ai commence à dessiner très tôt avant de passer à l'écriture : j'adore chanter, mais ma plus grande passion est probablement toujours l'écriture de poésie, c'est comme cela que je me sens complète. Oui, j'aimerais pouvoir le faire un jour.
-Il semblerait que ta vie soit faite d’une foule d’étapes : vois tu Otep comme l’un d’entre eux ?
-O : Je crois, oui, je pense que ce groupe est en quelque sorte l’une des créatures que nous avons créées et de laquelle quelque chose d’autre pourrait naître, c’est très possible. C’est d’ailleurs le pivot de cet album, l’art en tant qu’expérimentation, mûrir et évoluer soi même.
-A la prmeière écoute de ‘Sevas tra’, on a le sentiment que tu avais voulu y mettre tout ce que tu avais à l’intérieur, comme s’il n’était pas important qu’il y ait un seul album dans la carrière d’Otep, mais que ce disque là était essentiel pour toi...
-O : Oh oui, complètement : je n’ai jamais aimé ce genre de disques où il n’y a que deux bonnes chansons et le reste est juste chiant et redondant. Je pense qu’il est très important que chaque morceau soit traité comme un chef-d’oeuvre, comme quand on va dans une galerie d’art et qu’on regarde tous les différents tableaux : ça ne te viendrait pas à l’idée d’en mettre juste deux ou trois bons, le restant étant de la merde ! Chacun doit donc être considéré comme un chef d’oeuvre à part entière, et c’est ce que je voulais. Je possède un background essentiellement visuel, je n’ai aucune culture musicale, et donc toute ma philosophie à propos de l’art vient d’un point de vue visuel, aussi je dois l’appliquer à la musique et je crois que c’est différent de le faire avec des gens qui ont eux mêmes une grande expérience de la musique à la base, ce sont tous des musiciens de longue date, très expérimentés, aussi cela nécessite un petit ajustement de part et d’autre ; mais il y aura un 2e disque, un ‘Otep Book n° 2 !
-Que ferais tu si tu n’étais pas dans un groupe ? Artiste de spoken word ?
-O : Oui, avec probablement des éléments musicaux en accompagnement. Il y a une foule de choses que je voudrais essayer, mais je n’étais pas en train de chanter dans ce groupe, je serais toujours en train d'écrire et d'étudier, de communiquer d'une façon ou d'une autre.
-C’est surprenant quand on constate que tes plus grandes influences se situent en dehors du metal : pourquoi dans ce cas avoir choisi ce style pour Otep?
-O : Je voulais arriver à quelque chose de vraiment agressif et de vraiment vraiment heavy, et je suis bien chanceuse aujourd’hui de constater que le groupe partage cette faim avec moi. Je voulais un son très brutal et émotionnel en même temps, cette sorte de fondement du metal me paraissant parfait pour le but que je recherchais.
-A l’écoute de, ‘Jihad’, on pense quelquefois à PJ Harvey...
-O : Oh oui, PJ Harvey est vraiment super, je l’aime beaucoup...
-On peut voir une première video pour ‘Tric’, et une autre ‘Blood pigs’ : penses tu que l’image prolonge le travail sur la musique et les textes?
-O : Je m’y suis beaucoup impliquée mais notre budget était assez réduit. On voulait faire quelque chose qui reflète vraiment ce qu’on est, et je ne voulais pas d’une de ces grosses productions, je voulais garder les choses...vraies, être sure que les gens comprennent qu’il s’agissait plus de musique qu’autre chose, et donc, le réalisateur et moi même ont finalement abouti à quelque chose de super, très basique et très brutal, c'est plutôt représentatif des shows parce qu'en fait, ce sont juste des images live. Je pense que, pour l'instant, les vidéos sont plutôt idiotes et ridicules, et j’espère voir une sorte de révolution. Le directeur artistique avec qui je bosse là dessus travaille aussi sur la vidéo et il est merveilleux.
-C’est comme pour les videos de Tool ou de Bjork, de petits films à part entière au lieu du truc de base : je suppose que tu tends vers ça plutôt ?
-O : Oui, absolument.
-Le format DVD serait donc un bon prolongement pour « Sevas tra » ?
-O : J’ai cette idée d’une sorte de film très artistique et surréaliste basé sur toutes les chansons de l’album, comme ça chaque morceau aurait sa vidéo, parce que c’est trop dur de décider lequel mérite une vidéo ou pas. Ce serait une bonne possibilité pour le futur.
-Envisagerais tu de tourner un film ou dans un film?
-O : En fait, je préfère le contact direct de la scène. Mais j'ai eu récemment des propositions de 2 personnes, un producteur, que je connais bien, me proposait de tourner dans l'un de ses films et hier, après le show, un réalisateur est venu me voir. Je n'y connais rien, je n'ai jamais joué la comédie. Si c'était un projet intéressant, fait de manière artistique, ce serait bien, mais...
-Oui, si c’est pour tourner avec Richard Gere... !
-O : C’est tout à fait ça ! ! !
-Mais tu aimerais composer une bande originale?
-O : Oui, j’adorerais ça.
-As tu déjà eu des réactions par rapport à l’album ?
-O : Actuellement, le BBS du site est débordé, et même le BBS de la Ozzfest était plein de super appréciations sur le show et l’album : on y a bossé très dur et on est très fiers du résultat.
-Et demain, après ton book one, ton book two?
-O : Exactement !
La grande bibliothèque d’Alexandrie a commencé comme ça : un livre après l’autre après l’autre. Puis vint le feu, et donc le moment pour passer à autre chose. Les livres sont faits pour être écrits, mais les écrivains pour être libres...ou pas du tout ! Otep saves.
(Propos recueillis à Londres le 29 mai 2002 par Jean Paul Coillard et Mister X)
.
Visitez le site officiel d’Otep : www.otep.com
‘Sevas tra’ est disponible sur Capitol/ EMI
Un énorme merci à Tania et Virginie pour leur aide plus que précieuse et à Xen F.Lang pour son accueil très sympathique!


|