Satyricon : The Brothers of the Flame


Quinze ans, ça fait bientôt quinze ans, depuis leur premier album, ‘Dark Medieval Times’, par ailleurs aujourd’hui réédité, que Satyr et Frost, chef du gang Satyricon, emprunte routes enneigées et sombres forêts, sous le regard de la lune funèbre tandis que souffle le terrible vent du Nord. Quinze ans après, les églises ne flambent plus, Burzum brûle sa chandelle dans les geôles norvégiennes en rongeant son frein, mais la flamme de certains demeure, plus vivaces que jamais : avec Emperor, Darkthrone, Mayhem, Dimmu Borgir, Satyricon est de ceux là. Refusant le carcan du true black, Satyr et Frost concocte toujours dans leurs creusets une musique sauvage et fortement imprégnée d’occulte, mais à présent d’une puissance alors inégalée. Satyr nous parle à cœur ouvert, saignant bien évidemment, de ‘Now Diabolical’, nouveau brûlot de sa horde sauvage, mais aussi de Moonfog, son propre label, de Roadrunner et de bien d’autres choses…



© JP Coillard

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-La dernière fois que nous nous sommes croisés, lors de la tournée commune avec Pantera en 2OOO, ‘Volcano’ était distribué par Emi, très mal distribué en fait, mais aujourd’hui tu as signé avec Roadrunner: comment cela est il arrivé ? Joe Jordison, qui a tourné avec vous pour la dernière tournée américaine, a-t-il quelque chose à y voir ?

-S : Eh bien, peut être a-t-il quelque chose à voir avec ça, parce que la personne qui a pris

l’initiative de nous signer est Monte Conner, A&R en chef, à New York, et c’est Joe Jordison qui lui a présenté Satyricon. Mais il s’est trouvé pas mal de gens travaillant pour Roadrunner en Europe qui sont venus me voir, disant que je devrais signer chez Roadrunner, il y a plusieurs années en fait. La raison pour laquelle nous avons fini par le faire est qu’on a vraiment senti que le label nous voulait. Il a des bureaux à Amsterdam, Londres, Paris, Milan, et, en parlant avec tous ces gens, il était limpide pour nous qu’ils voulaient que Satyricon les rejoignent. C’est très important pour un groupe, quand il est très désiré et qu’on veut bosser dur avec lui. Avec EMI, on a connu la pire des situations, à propos de la promotion, des tournées, de tout. Ici, ce n’est définitivement pas le même paysage !


-Je suppose que ce changement de label est la cause en partie de cette longue attente entre les deux derniers albums?

-S: Je pense que cela a surtout à voir avec le temps dont nous avons besoin pour tourner avec un album, parce que ça prend du temps, mine de rien: nous avons fait deux tournées européennes, une dans le nord de l’Europe et une autre sur le reste du continent, plus deux tournées américaines et un tas de festivals aussi, et nous avons ensuite consacré les dix huit mois suivant à l’écriture et à la composition de ce nouvel album, plus un mois pour l’enregistrer. Les gens semblent toujours penser que Satyricon sort un nouveau disque et prend ensuite une super longue pause, mais on est juste tout le temps en train de bosser!

-‘Now Diabolical’ semble, à première écoute, un peu plus court que ‘Volcano’ : étais ce ton intention de le faire de cette façon, plus dense?

-S: Il fait 45 minutes et, s’il est comme ça, ce n’est pas une coïncidence, c’est totalement délibéré: je voulais des morceaux avec une structure solide, très directs, et je voulais qu’il y ait des refrains, je voulais bâtir les morceaux pour ces refrains et je voulais donc une structure musicale simple : construire chaque morceau pour que tous les éléments puissants soient encore décuplés au lieu de les étouffer. Plutôt que de coller des choses de bric et de broc, je voulais que le coup de poing soit encore plus fort et plus direct. Telle a été ma technique et ce qui m’a traversé l’esprit pendant la composition. Ce qui est bien, au point de vue de la longueur des morceaux, et que jusqu’à présent, pas mal de monde dans notre entourage nous a dit qu’ils étaient plutôt courts : ils pensaient qu’un morceau faisait trois minutes et demi alors qu’il fait qu’il faisait en fait cinq minutes et quarante secondes. Je pense que c’est un bon signe quand les gens pensent qu’un morceau est plus court qu’il ne l’est en réalité: ils ne se sont pas ennuyés!

-Ce nouvel album a été produit, comme à l’accoutumée, par Frost et toi-même: mais êtes vous les uniques compositeurs au sein de Satyricon, ou fais tu parfois des exceptions?

-S: Non, j’écris tout moi-même. La seule chose que je fasse avec quelqu’un d’autre est avec Snoder, du groupe Thorns: on a bossé ensemble sur sa propre musique, et, pour notre album, on a travaillé un peu ensemble sur la musique et sur les arrangements. J’écris toute la musique, mais parfois, on a échangé des idées et on s’est creusé la tête pour l’arrangement d’un morceau, parfois aussi pour une partie de batterie. Mais c’est pratiquement comme ça que Satyricon a toujours fonctionné, depuis le début. Frost est davantage un musicien de concert ou de jeu pur plutôt qu’un créatif, et, pour ma part, je suis davantage un créatif qu’un showman…

-Comment s’est arrêté le choix de Mike Frazier pour le mixage?

-S: Satyricon a toujours essayé de repousser les limites du black metal et on n'aime pas beaucoup suivre les sentiers battus. Je connais personnellement Peter Tagtgren, il est très sympa et très bon, mais pas pour nous, on veut quelque chose de différent et Mike Frazier a travaillé dans de nombreux styles, pas seulement AC/DC et ce genre de trucs, mais aussi des grands classiques comme Jimmy Page ou dans la country, c'est très varié.

On dit toujours que nous sommes très bons dans le black metal, mais ce type est excellent dans un domaine, un autre dans un autre domaine, alors joignons nos forces et cela correspond à la philosophie du groupe depuis ses débuts. Je crois que cela fonctionne et que la musique doit être avant tout fun. Pour moi, travailler avec différentes personnes, d'origines diverses, fait également partie du fun. C'est parfois très difficile et frustrant car tout le monde ne comprend pas cela, mais au moins, quand on sait ce que l'on veut, ça peut marcher. Le problème survient quand on tente de collaborer avec d'autres sans vraiment savoir ce que l'on veut. Mais si tu sais ce que tu veux et que tu n'as pas peur de l'exprimer, tout va bien.

-Y a-t-il une inspiration générale pour cet album, ou bien y trouve-t-on des morceaux autonomes, avec leur identité propre ?

-S: L'occulte est une grande source d'inspiration, et l'occultisme peut désigner beaucoup de choses. Autrefois, on utilisait l'astrologie et on lisait dans les étoiles avec des occultistes, et certains considèrent que le tarot relève de l'occultisme. Je crois que, dans ce domaine, l'utilisation du symbolisme pour développer sa conscience, son moi et sa personnalité est quelque chose de très intéressant : lorsque j'écris des paroles pour cet album, je ne parle pas de rituels occultes et de dieux anciens, mais je développe plutôt les idées et systèmes de pensées d'occultistes, notamment orientaux. Ce n'est pas seulement une question d'idées, mais aussi de langage utilisé pour les décrire. Tout cela a manifestement été une source d'inspiration. Mais les textes seront toujours avant tout un reflet de l'état d'esprit de leur auteur.

-Sens tu une évolution de cette inspiration, depuis tes débuts jusqu’à présent?

-S:En fait, je devrais probablement séparer notre carrière en deux, la première étant la période ‘dark and evil’ jusqu’à celle où commence ‘Rebel Extravaganza’, se poursuit avec ‘Volcano’ et aujourd’hui ‘Now Diabolical’. Je me sens plus à l’aise dans ce qu’on fait aujourd’hui, mais ce que j’ai fait à l’époque semblait juste, à ce moment là. Nous ne serons jamais un groupe ordinaire. Nous étions très inspirés par le Moyen-Age, le folklore et ce genre de choses, tant dans les paroles que la musique, et avec ‘Rebel Extravaganza’, nous sommes devenus plus froids et plus sombres. J'ai commencé à utiliser des techniques d’écriture qui n’étaient pas si progressives mais avaient au contraire une structure simple, presque comme le black metal des années 8O: si tu écoutes des groupes comme Celtic Frost, Venom ou Bathory, la structure des morceaux n’est pas très compliquée. Sauf exceptions, tout est assez simple dans la démarche. Je n’essaie pas de refaire ce que d’autres ont fait avant moi, mais le style d’écriture qu’ils utilisaient est proche de ce qu’on pourrait presque appeler celle du rock’n’roll, et ce que je tente de faire est d’y apporter de nouvelles réponses et une nouvelle approche, pour rendre la musique plus dynamique, plus énergique et plus extrême dans le sens où, les morceaux agressifs sont très violents, les morceaux sombres sont d'une noirceur totale et les morceaux mélancoliques sont très tristes. C'est simplement la nature du black metal : pousser tout un peu plus loin !

-Que penses-tu du black metal symphonique, à la Dimmu Borgir ?

-S: Je crois qu'ils sont très bons dans leur créneau, mais ce n'est pas pour moi. Si c'était le cas, j'en ferais moi-même !

- Slayer vous a-t-il influencés à vos débuts ?

-S- Je crois que Slayer est excellent, mais parmi tous les groupes de trash metal, il y en a d'autres que je recommanderais tout autant aux fans, voire davantage, pour ce qui est du trash metal pur et dur. Mon premier choix serait l'album de Their Infernal Majesties intitulé ‘None shall Defy’. Je crois que c'était sur Roadrunner, à l'époque. C'est un groupe de Vancouver, Canada. Il y a aussi ‘Beyond the Gates’, de Possessed, un classique. J'aime Slayer et Metallica, mais je préfère d'autres groupes plus obscurs, pas parce qu'ils sont obscurs, mais parce qu'ils font des choses plus inhabituelles et tout aussi bonnes.


-Après le DVD ‘Roadkill", souhaitez-vous en sortir un autre, avec de nouvelles choses, des vidéos, etc. ?

-S: Nous avons des enregistrements du show de Wacken en 2OO4 et aussi cette collaboration avec Nocturno Culto de Darkthrone, qu'on aimerait utiliser à l'avenir. On va aussi filmer quelques trucs, alors il y aura probablement un nouveau DVD de Satyricon l'année prochaine, mais on veut encore travailler dessus.

-Avez-vous l'intention de ressortir la vidéo de ‘Mother North", devenue très rare ?

-S: On a arrêté leur production ces derniers temps, alors qu'on pourrait facilement continuer à les vendre pour faire du fric, mais chez Satyricon, quand on pense que quelque chose n'est plus pertinent, on préfère aller de l'avant, c'est un peu différent avec les albums, mais pour ce qui est des vidéos, T-shirts, etc., quand je pense que ce n'est plus intéressant, je préfère progresser.

-La vidéo de ‘Full of Hatred’ a été censurée: y a-t-il moyen de la voir quelque part ?

-S: Elle est sur le site de Satyricon, vous pouvez la télécharger, c'est probablement le meilleur moyen, mais elle sera peut-être sur un futur DVD aussi.

-Qu'en est-il du projet Eibon ? Enterré ?

-S: On a enregistré quatre ou cinq morceaux excellents, mais on ne les a pas terminés à cause des problèmes personnels de Phil Anselmo. Mais il m'a rappelé il y a trois semaines et j’ai dit que j’adorerais remettre ça, même si je n’ai guère de temps pour l’instant. Maintenant, la balle est dans son camp.


-J’ai un seul morceau, sur la compilation Moonfog compilation…

-S: Oui, et je pense que les nouveaux sont vraiment meilleurs. Tu peux trouver un autre morceau sur le site officiel de Moonfog.

-A ce propos, comment se porte Moonfog (label crée par Satyr, ndlr) en ce moment?

-S: Tout va bien. La seule chose que les gens n’arrêtent pas de demander est pourquoi rien de nouveau ne sort. C'est parce que nous avons viré certains groupes, peut-être que nous en virerons d'autres, et on voudrait renouveler le cheptel d'artistes. On a besoin de sang frais sur le label: Moonfog était censé être fun et cela a arrêté de l'être pour mon partenaire et moi. Alors, on veut "reconstruire" le label, et entre-temps, on va ressortir et remasteriser certains albums avec un nouveau packaging et aussi des vinyles.

-Vous avez une nouvelle claviériste, Jonna Nikula: est-elle un membre à part entière ?

-S: Oui, elle est mi-suédoise, mi-finlandaise, et elle est un membre permanent du groupe live.

-De quoi es-tu le plus fier concerne Satyricon ?

-S: Je crois que Satyricon m'a donné l'occasion de m'exprimer et notre plus grande réussite réside dans albums que nous avons enregistrés : ils immortalisent ce que nous avons fait.

-Quand verrons-nous Satyricon sur scène par ici?

-S: On va faire le Hellfest, et puis une tournée de plusieurs dates en France, à l’automne.


Propos recueillis le I5 mars 2OO6 à Paris, par Jean Paul Coillard.

Merci à Karine et Camille, de Roadrunner.

Photos : JP et DR.






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