Satyricon: the age of Ne(c)ro


Que pensiez vous donc? Que nous vivions dans une époque de joie et de liberté, sur une planète où le soleil ne se couche jamais? Eh bien, revenez sur Terre : des siècles plus tard, nous sommes revenus au temps de Néron, où la folie avait remplacé l’intelligence, et où l’argent est plus que jamais le moteur d’une stupidité et d’un aveuglement incommensurables. Certains signes avertisseurs sont pourtant largement évidents autour de nous, mais l’état des choses s’est tellement dégradé que le côté sombre va bientôt finir par obscurcir, à jamais, ce qu’il peut rester de ciel bleu.  Ecoutez donc le nouvel album de Satyricon, “The age of Nero”: ce n’est pas un concept, mais plutôt une métaphore sonique sur ce qui va bientôt se passer, en même temps qu’une bonne tranche de musique. Ecoutez ce que Satyr a à dire à propos de son nouveau bébé, un polaroïd immortalisant une peur en plusieurs dimensions…



© JP Coillard



-Nous allons parler du nouvel album de Satyricon, “The age of Nero”, mais, il y a quelques mois, tu as sorti un quarante-cinq tours vinyle, avec un CD à l’intérieur comportant un nouveau morceau et plusieurs titres en live. Est-ce une nouvelle option pour le futur, et as-tu l’intention de réitérer l’opération?

-Satyr: Si c’était moi, je ne sortirais que des choses de ce genre, mais c’est quelque chose que Roadrunner traîne un peu des pieds pour faire. Je pousse toujours à la roué pour que ce genre de choses se fassent. La pochette et le livret de cet album sont vraiment très cool, j’adore même ce qu’il peut rendre avec un CD normal. Il y aura aussi une édition limitée, avec un gros livret digipack et un disque bonus, avec des remixes de plusieurs morceaux de l’album et quelques autres trucs, uniquement pour cette édition spéciale, comme une version de “The pentagram burns’, quelques vidéos que nous avions tournées pour l’album précédent. Il y aura également une version vinyle, mais sans les bonus.


-As tu enregistré quelques reprises pour ce disque bonus, cette fois ci?

-Satyr: Non, n’y figure que du matériel signé Satyricon.


-Ce nouvel album est il un concept tournant autour de la Rome antique, comme le titre le suggère?

-Satyr: Non, c’est une métaphore à propos de cette époque, et je peux te l’expliquer, explicitant ainsi le titre. ‘Nero’, en latin, signifie ‘noir’. Pour moi, nous vivons dans l’âge des ténèbres, pour ainsi dire. C’est une époque de catastrophes naturelles, de guerres, de terreur, de conflits religieux. Notre planète envoie constamment des signaux disant que la balance

Est en déséquilibre et que tout fout le camp, regarde les tsunamis et les cyclones, et puis la faim dans le monde: tout ce qui arrive aujourd’hui est déjà arrivé, mais tout devient de pire en pire, et de plus en plus extrême. Je trouve intéressant, en un sens, que certaines personnes pensent malgré tout que tout va continuer comme ça, sans conséquence aucune. Et, quand on parle de la fin du monde, certains voient ça comme une sorte de gigantesque explosion, un nouveau big bang. Ca ne peut pas être. Je pense que ce sera plutôt une mort lente. Aujourd’hui, nous en arrivons véritablement au point du début de la fin. Je pense qu’un tas de gens s’en préoccupent activement, mais je pense aussi que les choses sont déjà allé trop loin, c’est devenu trop difficile de changer certaines choses, parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’utiliser des voitures électriques au lieu de celles qui marchent à l’essence, il faudrait beaucoup plus. Mais l’argent domine, et tout continue pareil. Je ne fais pas de commentaire social, je ne fais pas de politique, ce n’est pas mon style, je veux que l’art reste de l’art. La seule chose que je dis aujourd’hui est que j’éprouve un grand sentiment sombre et sinistre. En tant qu’artiste, c’est quelque chose tout à fait inspirant à glisser dans ma musique. Néron, l’empereur de Rome, est une juste une évocation métaphorique sur le fait que l’empire romain, l’un des plus puissants de notre histoire, et comment la folie de son empereur a fait que tout s’est achevé pour lui. Peut être comprends tu mieux, à present?


-Certes, parce que le problème est que l’on n’a pas toujours les textes pour faire notre interview, et le site web n’est pas forcément plus explicite à ce sujet…

-Satyr: ce n’est pas un album conceptuel, de toutes façons, même si tu avais lu les textes auparavant. Le titre donne simplement une indication de la noirceur du disque, et j’explique ensuite aux fans d’où vient cette noirceur.


A nouveau, ici, les animaux sont très présents, avec notamment des corbeaux, des loups et d’autres : que représentent ils ? Les corbeaux sont des sortes de messagers?

-Satyr: Oui, généralement, les corbeaux, tout comme les aigles, sont comme tu le dis des messagers. Sur la couverture de ‘The age of Nero’, on peut voir un aigle aux immenses ailes déployées, avec une très forte présence, et, en arrière plan, on voit le ciel sombre. Il y a beaucoup de symbolisme là dedans, naturellement, avec cette créature sombrissime surgissant du noir. Je dirais que je viens, comme toi probablement, d’une génération pour qui un disque n’était pas not a file on a computer, for me, covers and atwork are always almost as important as the music. It’s a good way to fight against downloading, but even if there were no downloading, I would still do this, because, for me, a good artwork is a way of strengthening the experience of the music. It’s a whole thing, and especially in alternative music, which is more sophisticated now.


-Lors de notre dernière rencontre, nous avions parlé de ton intérêt pour l’occulte dans les pays de l’est, et les civilisations qui s’y rattachent: quels livres pourrais tu recommander pour le profane qui désirerait en savoir plus?

-Satyr: J’adore lire tout ce qui traite de la franc maçonnerie, je trouve ça passionnant. Pour moi, la lecture est quelque chose qui se déroule en plusieurs phases ; parfois, quand je suis dans un livre, je peux en commencer un autre, et ensuite reprendre le premier plus tard, ce qui fait que parfois, je mets deux ans à lire un livre. J’ai commencé à lire abondamment dès que j’étais enfant, et c’est quelque chose de très présent dans ma vie. Les gens intéressés par ces sujets et l’aspect sombre des choses devraient lire des livres traitant de la franc-maçonnerie, et du symbolisme aussi.


Techniquement parlant, en quoi cet album se différencie-t-il du précédent? Un peu plus court? Plus…aiguisé?

-Satyr: A propos de durée, la plupart de nos albums tournent autour de quarante cinq minutes, et celui là en fait quarante trois. Nous avons fait hier une interview avec Frost, et la personne parlait d’un album puissant et musculeux, et c’est une bonne explication, que j’aurais pu donner moi-même, mais c’est plus intéressant quand cela vient de quelqu’un de l’extérieur. J’ai déjà entendu ce qualificatif de ‘puissant’, et la fait d’utiliser le terme ‘musculeux’ est très cool et pertinent. Je pense que, la plupart du temps, les artistes donnant des interviews lorsqu’ils sortent un disque, cherchent à trouver des formules accrocheuses, qui sonnent bien. Moi, quand j’en parle, j’essaie d’aborder des sujets importants pour moi, l’un d’eux étant de parvenir à une bonne dynamique. Pour moi, l’un des problèmes, dans le metal, est que les gens démarrent un disque, et ne s’arrêtent plus : tu sais, quand tu conduis, si tu vas sur l’autoroute, tu roules vite et, au bout d’un moment, tu ne te rends plus compte de cette vitesse, elle a l’air normale. Et puis tu t’arrêtes prendre de l’essence et manger quelque chose, et, quand tu es de retour sur l’autoroute, d’un seul coup, tu sens à nouveau la vitesse que tu es obligé d’adopter. Et c’est la même chose pour moi par rapport à la musique, pas seulement au niveau du tempo, mais à ceux de l’émotion et de l’intensité. Il faut qu’il y ait des descentes et des remontées, sinon tout finit par devenir très statique, et, en temps qu’auditeur, mon intérêt s’évapore. J’ai besoin d’une certaine dynamique. Une autre chose qui manque souvent dans le metal, et surtout dans le metal extrême, c’est de bons refrains. Je vois que tu portes un t-shirt de Celtic Frost t-shirt et, pour moi, c’est un groupe qui a toujours eu d’excellents refrains, quand tu écoutes des trucs comme ‘Morbid tales” ou “Procreation of the wicked’ ou ‘Circle of the tyrants’, ou encore ‘Angel of Death’ de Slayer, c’est quelque chose que j’ai essayé d’incorporer à ‘The age of Nero’, des refrains bien catchy. On a écrit des morceaux assez directs et immédiats, comme ‘Commando” ou ‘Black crow on a tombstone’, mais on peut aussi trouver des titres plus longs, avec plus de choses à l’intérieur, comme ‘The sign of the trident’ ou le dernier titre, ‘Den Siste’, du genre que tu pense avoir appréhendé du premier coup, mais que tu redécouvres à chaque écoute. Pour moi, le sentiment le plus positif à propos de cet album est que, même à présent, même en ayant besoin de prendre mes distances avec lui, ayant travaillé dessus si longtemps, je le redécouvre quand je l’écoute, et j’espère que ce sera le cas de tout le monde !


-Le fait d’avoir enregistré et mixé l’album aux Etats-Unis a-t-il influé sur ton travail sur le disque ?

-Satyr : Non, tout était prêt auparavant, avant d’entrer en studio là bas. Le fait d’être entouré de plages et de palmiers n’a donc pas vraiment influé sur quoi que ce soit. Par contre, le travail des gens sur place a été vraiment super, ils sont vraiment hyper professionnels.


-Et que devient ton label, Moonfog? La dernière fois, tu m’as dit vouloir ‘faire le ménage’, en virant certains groupes et en signant d’autres…

-Satyr: Nous avons sorti quelques disques cette année, un nouvel album de Dodheimsgard album, une version vinyle de l’album précédent de Satyricon, “ “, et on bosse pas mal avec Thorns. Mais, pour le moment, Satyricon est ma priorité absolue, et Moonfog se repose, en quelque sorte. On verra, lorsque l’album sera sorti et qu’on aura fini les tournées, on aura davantage de temps pour s’en occuper.


-Et le projet Eibon, avec Phil Anselmo?

-Satyr: Oh, J’ai beaucoup rencontré Phil, durant ces dernières années, surtout lors de festivals, et, chaque fois, on se dit que c’est une honte qu’on ne puisse pas se voir pour écrire ou enregistrer. Mais il fait tout ce qu’il peut pour que Down réussisse, avec les disques et les tournées et le reste, et ça prend tout son temps. Donc, pour le moment, je n’en sais rien, hélas.


Propos recueillis à Paris le 25 septembre 2008 par Jean-Paul Coillard

Photo : idem.

Merci à Karine, Annabelle… et Satyr, évidemment.





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