-Que cache ce titre, ‘Dante XXI’?
-A: L’album entier a été écrit d’après la ‘Divine Comédie’ de Dante Aligheri. L’idée a démarré le premier jour des répétitions, alors que l’on commençait à écrire du nouveau matériel. Je suis arrivé avec l’idée d’essayer de faire un genre de musique de film avec soit un film, soit un livre. Nous avons fait tant de choses dans le passé au Brésil et beaucoup de choses se passaient dans nos vies, qui ont toujours influencé la musique de Sepultura, mais à présent nous voulions faire quelque chose de différent, surtout parce que nous avions déjà fait des bandes originales pour des films au Brésil, pour lesquelles j’ai bossé avec pas mal de monde, et nous avons donc, en tant que Sepultura, essayé de composer un score pour un film. Ma première idée était ‘Orange Mécanique’. Pas seulement d’après le film, mais d’après le livre aussi, rencontrer l’auteur et tout et tout. Nous avons finalement choisi Dante, qui était une suggestion de Derrick, et avons tenté la ‘Divine Comédie’. Beaucoup de monde a déjà fait des choses sur l’Enfer de Dante, pas mal de groupes et de films aussi ont été influencés par ça, mais notre challenge était vraiment de montrer l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, la trilogie
Complète, et non seulement ça mais aussi de connecter l’époque d’aujourd’hui avec celle d’il y a plusieurs siècles, lorsque Dante a écrit le livre. Nous l’avons beaucoup étudié, et c’est la raison de ce titre, ‘Dante XXI’, Dante au 21é siècle. On s’est penché sur la vie de Dante, son exil, ses problèmes avec l’église et les politiques, ses amours et ses passions, ses amis et ses ennemis, pourquoi il a écrit et où, et nous nous sommes véritablement situés dans ce monde, que nous n’avons pas trouvé fondamentalement différent d’aujourd’hui, avec toute cette influence de l’église, toutes ces guerres, ces ennuis, ces luttes politiques, c’est la même …merde, et on peut donc facilement s’y retrouver en le comparant avec la situation d’aujourd’hui avec l’époque de Dante et nous avons été très inspirés par son oeuvre pour composer notre musique, nos textes et jusqu’à la pochette et au livret
-Et donc, tous les morceaux sont connectés, formant une histoire unique ?
-A : Oui, ça suit les traces de Dante au travers de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis: les cinq premiers morceaux représentent l’Enfer, lorsque Dante s’éveille dans une sombre forêt, perdu et tentant d’atteindre la lumière, et alors arrive Virgile, et là il traverse l’Enfer où il combat différents ennemis mais aussi lui-même dans des histoires d’adultère et de trahison. Il se retrouve au sein de complots, de mensonges, de luxure, la totale ! Les cinq morceaux suivants représentent le purgatoire, où il affronte les sept péchés capitaux, dans le but de s’en délivrer lui-même, d’être pur et d’atteindre le ciel. Les derniers morceaux de l’album représentent le Paradis, qui est moins un monde matériel qu’un monde spirituel, il voyage parmi les planètes, pour rencontrer un amour encore plus grand, platonique, éternel. Tout cela est très inspirant. L’histoire est si riche qu’on peut la rattacher à pas mal de situations d’aujourd’hui.
-Qui a produit cet album ?
-A : Nous mêmes, aides de deux Brésiliens, Stanley Suares, qui a pris en charge toute la partie technique, pro-tools, l’enregistrement, les micros, tout le matériel, et Andre Morales, quelqu’un avec qui nous avons travaillé sur de nombreux soundtracks au Brésil : il a fourni les arrangements pour les cuivres, le violoncelle, les loops de batterie, il a apporté son goût, sa saveur au disque. On a donc fait ça avec ces deux gars, à Sao Paulo.
-Trouve-t-on des guests sur ce disque?
-A : Andre Morales a joué tout un tas d’instruments, comme le piano, divers claviers, quelques sitars, et nous avions aussi des joueurs de violoncelle et de cor, des musiciens de l’orchestre symphonique de Sao Paulo, et ça sonne énorme.
-Ce disque est très court, 39 minutes, plutôt à contre courant de la tendance actuelle, non?
A : Oui, bien sûr, sinon ça aurait été un peu chiant, car le livre est très long et très complexe, et notre intention n’était pas de raconteur le livre tel qu’il était mais ce qu’il inspirait comme situations et de bâtir une histoire de notre point de vue, en se servant d’éléments actuels. Il ne dure donc que quarante minutes, et c’est une bonne durée, c’est ce qu’à fait Slayer avec ‘Reign in Blood’. C’est vraiment droit au but. J’espère qu’on pourra le jouer entièrement sur scène dans l’avenir. Aujourd’hui, les gens commencent à écouter et se le mettre en tête, et c’est vraiment génial quand les gens comprennent le fond d’un album comme ça. On pourra le faire ensuite, à ce moment là.
-Aucune morceau n’est chanté en portugais: Pourquoi? Personne parmi vos fans ne le demande? Vous n’en avez pas envie vous-mêmes?
-A : Je ne sais pas, on utilise en fait pas mal de langages différents. Cette fois, on se sert davantage de l’italien, parce que Dante est le chef d’œuvre de la littérature italienne : il est si puissant, si fort. De plus, le portugais est assez proche de l’italien, ils ont beaucoup de mots en commun, ce sont deux langues latines. Mais l’anglais est la langue que les gens comprennent le plus et c’est aussi le langage le ‘plus rock’. On s’est servi du portugais de temps à autres, pour des titres et des mots, comme dans ‘Ratamahata’, mais je n’appelle pas portugais ce langage, c’est plutôt brésilien. Ce serait du nationalisme stupide que de chanter en portugais pour être brésilien. On s’est servi de tous ces éléments, de tous ces langages, de toutes ces images dans des vidéos et dans notre style, et tout vient du Brésil, la façon dont Igor joue de la batterie, la samba n’est pas loin, mais je ne vois pas la nécessité de se servir obligatoirement du portugais parce que nous sommes de là-bas. C’est quelque chose qui doit venir naturellement, on se sert déjà de quelques mots de ci de là, et de plus Derrick progresse en portugais : il pourra donc chanter dans cette langue très bientôt!
-L’année dernière, tu as participé à l’aventure du projet spécial de Roadrunner, le disque et le concert: comment étais-ce et as tu l’intention de réitérer la chose?
-A : C’était merveilleux, excellent ! J’étais vraiment heureux d’en faire partie et je pense J’étais vraiment heureux d’en faire partie et je pense que c’était une super idée, d’abord pour l’album qui a permis de mélanger tant de musiciens et créer plein de groupes différents, pour fabriquer de nouveaux morceaux et de la musique neuve, originale, ce qui déjà est super en soi, mais le concert lui-même était merveilleux. Ca a été un sacré boulot que d’apprendre à
Jouer tous les morceaux, mais tout le monde a vraiment participé, la vibration était si grande que l’ego disparaissait, plus de stars ou de conneries comme ça. Tout le monde était au même niveau, prenant du bon temps, de Slipknot à Him, de Deicide à Biohazard et Madball, c’était une super soirée et j’ai été très heureux d’y prendre part.
-Cette année, vous avez sorti un album live à Sao Paulo suivi d’un DVD: peux tu nous en parler un peu?
-A : Oui, c’est un DVD que nous voulions sortir depuis longtemps, car la dernière fois que nous avions entièrement enregistré un concert, c’était à Barcelone en 92, il y a bien longtemps. Derrick nous a rejoint en 98, et il lui a fallu du temps pour se sentir à l’aise pour enregistrer quelque chose et travailler dessus. Donc, deux ans et demi après ’Roarback’, on est allé dans un tas d’endroits où nous n’avions jamais mis les pieds, comme l’Amérique centrale, L’Afrique du Sud, Dubaï etc ; du coup Derrick a véritablement développé son identité, en osmose avec le groupe, et on s’est trouvé prêts à enregistrer. Grâce à SPV, nous avons trouvé ce genre de support dont chaque groupe à besoin de la part d’un label. Roadrunner n’était pas vraiment impliqué, ils étaient plus intéressés par Soulfly et les autres trucs de Max, et c’était mieux pour nous de partir et de se retrouver avec des gens croyant au futur du groupe. C’est ce qui arrive aujourd’hui, et il devient beaucoup plus facile pour nous de faire des vidéos, des DVD, des albums et des tournées. Chaque chose fait la différence. Et on essaie de faire à notre idée, pour votre plaisir.
-Derrick tient un bar musical à Sao Paulo avec Paulo: comment est ce arrive et le vois tu finir là bas s’il quitte un jour la musique? Vit il tout le temps au Brésil maintenant?
-A: Oui, nous sommes tous à Sao Paulo. Et oui, je le pense aussi. Mais Paulo y est plus impliqué encore que Derrick, il adore traîner longtemps là bas. Il aime la vie nocturne et ce n’est pas facile de diriger un bar de ce genre. Ils adorent avoir un endroit à eux là bas, avec le bar et cette petite scène, où j’ai beaucoup joué. C’est une façon très cool de sortir parfois du groupe et du business !
-N’es tu pas mortellement ennuyé par les éternelles discussions autour de vous quant à la reformation de Sepultura avec Max?
A : En fait, pas vraiment, et je pense que c’est normal que des choses comme ça arrivent. Derrick connaît la situation, ça arrive à tous les groupes, comme Van Halen, Black Sabbath, Judas Priest: tous finissent un jour où l’autre par se réunir quelque part, et je pense que ce serait super d’avoir la chance de jouer à nouveau ensemble. On a bâti une belle histoire ensemble, on a conquis pas mal de choses, on est sorti du Brésil et on a enregistré ’Roots’ et c’était une époque formidable. Nous n’avons jamais eu de problèmes entre nous, moi-même, Max, Paulo et Igor, on s’est toujours bien entendu, musicalement et humainement. Le problème était extérieur, les gens autour de nous, le management et toutes ces merdes mais, malheureusement, c’est toujours une part du truc. Mais c’est quelque chose à laquelle on ne pense pas vraiment tout le temps, on entend ça de tous côtés depuis qu’il a quitté le groupe. Mais ça ne nous ennuie pas.
-C’est une partie de la légende?
-A: Oui, et les gens vont en parler éternellement. Alors, laissons les parler !
-Bientôt, vous allez tourner en Europe avec In Flames:que penses tu d’eux et de leur style musical?
A: Je ne les connais pas vraiment, je sais qu’ils ont fait pas mal de disques, et j’ai récemment écouté le nouveau. Je pense que ça va être chouette, ils ont l’air tout en puissance et semblent être un très bon groupe de scène, un bon package pour les kids. A jouer tous les soirs avec eux, j’en apprendrai plus ! Moi-même, je n’écoute pas tellement de choses nouvelles: j’aime la musique qui me tombe naturellement, je ne la traque pas. Mais c’est super d’être ici de nouveau, de sortir un album et de tourner, et donc on sera plus proches de cette scène, on sera plus au courant de ce qui se passe !
-On va voir une vidéo pour ‘Convicted in life’: quand, en fait?
A: Eh bien, on va tourner cette vidéo quand on va revenir au Brésil, ce n’est donc pas pour tout de suite! Nous avons le concept, Derrick en a longuement parlé avec le réalisateur, et ça va donner quelque chose de très étrange, évidemment en connexion avec le concept de l’album. Quant à l’album, il sera enveloppé d’une pochette et d’un livret très travaillés, un tas de peintures représentant les différentes parties de la trilogie. Pour le show, on se servira de pas mal d’effets visuels.
-Ce n’était pas une question pour toi, mais Derrick a-t-il des modèles de chant?
-A: Pour lui, je sais que c’est vraiment la scène hardcore, Bad Brains, Cro-mags, Agnostic Front, tous ces trucs, toute la scène hardcore new-yorkaise où il a beaucoup vécu, en dépit du fait qu’il soit de Cleveland.
-Quels groupes t’on donné envie d’être dans un groupe?
-A : Ma première passion fut Kiss, puis Queen. Un de mes voisins avait un tas d’albums d’eux, et c’est quelque chose que j’ai vraiment adore. Kiss et Queen on joué au Brésil au début des années 8O, et j’ai eu la chance de voir ces groupes de très près, ce qui fut une inspiration incroyable, Kiss en particulier, qui fut mon premier concert dans un grand stade brésilien : après ça, j’ai su que je voulais être dans un groupe et faire quelque chose comme ça. Pas utiliser de masques ou de choses comme ça, mais jouer de la guitare. Ensuite, il y eut
Iron Maiden, Def Leppard, Ozzy, Dio, tous ces trucs merveilleux! On a été très influencés par Metallica, sans vêtements extravagants, juste le fait de monter sur scène et fuck off! Cette attitude eut vraiment beaucoup d’influence sur nous. J’ai toujours préféré les groupes pour leur musique plutôt que pour leur look, et on recherche toujours ce genre de groupes. Ils vieillissent, certes, mais ce sont des choses qui arrivent !
-‘Dante XX1’ raconte une histoire: la jouerez vous entièrement sur scène?
-A: Oui, tout à fait, quand on tournera en vedette. On décorera la scène, on a déjà pas mal de choix possibles. Mais aujourd’hui, c’est la tournée en compagnie d’In Flames, et l’album sortira à peu près à ce moment là. On a l’intention de faire quelques festivals en juin et juillet en Europe, puis aux USA et au Brésil, mais on reviendra avant, avec notre propre show.
-Quelques disques qui ont change ta vie?
-A : ‘A night at the opera’, de Queen, fut mon premier disque, et je pense toujours que c’est l’un des meilleurs albums de rock qui soit. ‘Diary from a madman’, d’Ozzy, et tout ce qui est de Black Sabbath. ‘Ride the lightning’ de Metallica, ‘Hell await’ de Slayer, ‘Pleasure to kill’ de Kreator, plus d’autres styles comme Yes, Pink Floyd, et le blues à la Stevie Ray Vaughan, BB King, j’aime tout ça, et bien sûr beaucoup de musique classique, surtout de la guitare comme André Segovia, les compositeurs Espagnols: tout ça est un grand tout qui m’inspire pour jouer.
-Aucune chance devoir les B.O de films que tu as composées sortir en disque?
-A: Il est sorti un disque de moi en 99, notre première musique de film. Ca s’appelle, traduit en anglais: ’In the heart of the gods, et le film n’est bien sûr sorti qu’au Brésil. Mais la B.O a été sortie en Europe par Mascot Records, un label hollandais. C’est un petit label, au catalogue peu important, mais Mike Patton est dessus, chantant quelques morceaux. C’était très cool, mais ce fut la seule sortie en dehors du Brésil. J’espère faire mieux dans le future, mais ça dépendra du temps que l’on aura et de l’intérêt du projet.
-Et demain?
-A: A côté de Sepultura, de la tournée et de la promotion de cet album, je prépare aussi mon premier disque en solo, qui sortira également sur Mascot. C’est quelque chose que je fais depuis une éternité, et j’en ai même utilisé des démos dans Sepultura et des musiques de films. Je me sers beaucoup de ma guitare acoustique, et j’ai enregistré pas mal de choses depuis deux ans, maintenant je suis prêt à enregistrer. Ce sera un double album, le premier consacré à la guitare électrique, avec un groupe et des vocaux, mais le second sera uniquement composé de guitares acoustiques et d’instruments divers. Ca fait un gros boulot mais je ne suis pas pressé, je prends mon temps pour enregistrer et réenregistrer quelques parties. J’espère le sortir à la fin de l’année. L’album de Sepultura est déjà sur le Net, et les échos sont très positifs. On va sortir une édition limitée en vinyle, avec un super travail sur la pochette et le livret, autant que pour le CD, où l’on pourra voir toutes les peintures et tous les dessins.
Propos recueillis à Paris, le 6 février 2OO6.
Merci à SPV et à Roger Wessier, efficace comme toujours !


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