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La modération est quelque chose
que l'on se doit de consommer avec modération, mais Dieu sait
qu’ici le sujet est pointu, incisif. Dawn, jeune fille fort
avenante au demeurant, vivant dans une bourgade tranquille du Texas,
milite dans des organisations d’adolescents prônant
l’abstinence avant le mariage, jusqu’au jour où, son
gynéco s’étant permis une exploration quelque peu
indélicate, ce dernier se retrouve avec quelques doigts en
moins. Fortement perturbée, elle décide d’en savoir
plus, et finit par découvrir la fameuse vagina dentata, mythe
psychanalytique dont il est question ici, à savoir que son
sexe est doté d’un râtelier fort peu commode pour les
relations intimes. Son demi frère Brad en a déjà
fait l’expérience lorsque, enfant, il s’était
cruellement fait mordre le doigt en tentant une sorte d’introduction
fort malvenue sur sa jeune sœur, dont ni l’un ni l’autre ne
s’est jamais remis, au sein de leur famille tuyau de poêle.
Tobey, le malheureux boyfriend, même s’il arrive à…effleurer
le bonheur, n’ira pas au bout de son succès, malgré
un bain en amoureux dans un lac enchanteur, car la belle possède
la faculté rare de couper les zigounettes de tout ceux qu’elle
ne désire pas subir, et ils sont nombreux. Dès lors,
les cigares se voient coupés à la chaîne, jusqu’à
ce que la malheureuse Dawn se décide à tracer la route
en solitaire. Deux choses sont essentielles ici : tout d’abord,
l’homme se doit de conquérir la personne affligée
d’une telle particularité au lieu de bêtement lui
sauter dessus, mais également Dawn découvre avec joie
qu’elle possède dorénavant le pouvoir du choix, dans
la scène finale où un pervers pépère va
en faire les frais. Tout comme Peter Parker et son araignée,
elle est devenue une super héroïne. Mélange de
gore et de scène tragi-comique sans être moqueuses,
‘Teeth’ n’est pas que cela : prenant le contre-pied des
bouffes pour ados boutonneux, genre ‘American Pie’, ce premier
long métrage du fils de Roy Lichtenstein se révèle
ouvertement féministe dans son propos, dépeignant avec
humour cette peur de la castration masculine. Mais il dénonce
également une hypocrisie galopante par rapport au sexe, sujet
social tabou alors que la violence est ouvertement encouragée
dans les médias, un puritanisme ricain qui voudrait bien faire
des émules, net retour en arrière par rapport à
la libération de la femme. Danger du refoulement, peur de
l’amour physique, incompréhension des mécanismes du
désir féminin, clin d’œil aux méfaits des
radiations nucléaires et à ceux des doctrines
religieuses et gouvernementales, ‘Teeth’ mord à belles
dents, fustige avec bonheur les codes et la morale ambiants,
destructeurs, réducteurs et débilitants. Un conseil,
mesdemoiselles : si votre compagnon ne s’amuse pas à sa
vue, foutez le dehors vite fait. Ou alors, fabriquez vous un dentier
intime, ce serait bien fait pour sa tronche de macho abruti. Prix
spécial du jury à Gerardmer pour ce film qui ne manque
vraiment pas de mordant, et qui est une vraie bonne surprise, un bon
coup de dent salvateur, nettement plus extrême que les
wonderwomen de Tarantino, par exemple, en train de se faire doubler
par Rodriguez, qui a d’ailleurs tourné dans le même
coin.
Toute comme cette particularité
intime, la jeune Jess Weixler est une véritable révélation,
raison supplémentaire pour se précipiter assister
à la métamorphose de Dawn-Of-the-Dead en future femme
accomplie. Ces dents de l’amère n’ont pas fini de faire
des vagues, et c’est tant mieux. Rock’n’roll all the
way…through !
Jean Paul Coillard
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