Carrie on :

Teeth


Teeth’ de Mitchell Lichtenstein, avec Jess Weixler, John Hensley…

1h38, USA, couleurs, 2008




La modération est quelque chose que l'on se doit de consommer avec modération, mais Dieu sait qu’ici le sujet est pointu, incisif. Dawn, jeune fille fort avenante au demeurant, vivant dans une bourgade tranquille du Texas, milite dans des organisations d’adolescents prônant l’abstinence avant le mariage, jusqu’au jour où, son gynéco s’étant permis une exploration quelque peu indélicate, ce dernier se retrouve avec quelques doigts en moins. Fortement perturbée, elle décide d’en savoir plus, et finit par découvrir la fameuse vagina dentata, mythe psychanalytique dont il est question ici, à savoir que son sexe est doté d’un râtelier fort peu commode pour les relations intimes. Son demi frère Brad en a déjà fait l’expérience lorsque, enfant, il s’était cruellement fait mordre le doigt en tentant une sorte d’introduction fort malvenue sur sa jeune sœur, dont ni l’un ni l’autre ne s’est jamais remis, au sein de leur famille tuyau de poêle. Tobey, le malheureux boyfriend, même s’il arrive à…effleurer le bonheur, n’ira pas au bout de son succès, malgré un bain en amoureux dans un lac enchanteur, car la belle possède la faculté rare de couper les zigounettes de tout ceux qu’elle ne désire pas subir, et ils sont nombreux. Dès lors, les cigares se voient coupés à la chaîne, jusqu’à ce que la malheureuse Dawn se décide à tracer la route en solitaire. Deux choses sont essentielles ici : tout d’abord, l’homme se doit de conquérir la personne affligée d’une telle particularité au lieu de bêtement lui sauter dessus, mais également Dawn découvre avec joie qu’elle possède dorénavant le pouvoir du choix, dans la scène finale où un pervers pépère va en faire les frais. Tout comme Peter Parker et son araignée, elle est devenue une super héroïne. Mélange de gore et de scène tragi-comique sans être moqueuses, ‘Teeth’ n’est pas que cela : prenant le contre-pied des bouffes pour ados boutonneux, genre ‘American Pie’, ce premier long métrage du fils de Roy Lichtenstein se révèle ouvertement féministe dans son propos, dépeignant avec humour cette peur de la castration masculine. Mais il dénonce également une hypocrisie galopante par rapport au sexe, sujet social tabou alors que la violence est ouvertement encouragée dans les médias, un puritanisme ricain qui voudrait bien faire des émules, net retour en arrière par rapport à la libération de la femme. Danger du refoulement, peur de l’amour physique, incompréhension des mécanismes du désir féminin, clin d’œil aux méfaits des radiations nucléaires et à ceux des doctrines religieuses et gouvernementales, ‘Teeth’ mord à belles dents, fustige avec bonheur les codes et la morale ambiants, destructeurs, réducteurs et débilitants. Un conseil, mesdemoiselles : si votre compagnon ne s’amuse pas à sa vue, foutez le dehors vite fait. Ou alors, fabriquez vous un dentier intime, ce serait bien fait pour sa tronche de macho abruti. Prix spécial du jury à Gerardmer pour ce film qui ne manque vraiment pas de mordant, et qui est une vraie bonne surprise, un bon coup de dent salvateur, nettement plus extrême que les wonderwomen de Tarantino, par exemple, en train de se faire doubler par Rodriguez, qui a d’ailleurs tourné dans le même coin. 

Toute comme cette particularité intime, la jeune Jess Weixler est une véritable révélation, raison supplémentaire pour se précipiter assister à la métamorphose de Dawn-Of-the-Dead en future femme accomplie. Ces dents de l’amère n’ont pas fini de faire des vagues, et c’est tant mieux. Rock’n’roll all the way…through !


Jean Paul Coillard








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