Testament: legacy of brutality?


« Formation to Damnation » voit le retour d’un line-up quasi d’origine, avec, outre Eric et le retour en pleine forme de Chuck Billy au chant, d’Alex Skolnick à la seconde guitare, de Greg Christian à la basse et Paul Bostaph au marteau pilon. Sur motivé, le gang est bel et bien là pour en découdre, comme au bon vieux temps de ‘The Legacy’, ‘New Order’ ou ‘The Gathering’. Après une véritable éternité, le nouveau Testament est enfin dans les bacs. Eric Peterson était à Paris pour nous en faire une lecture comparée.





© Carlos Pop


-Voici donc le nouvel album de Testament depuis un bail, ‘Formation to Damnation”. Chuck le décrit comme une extension de ‘The gathering’ Lp, mais comment le présenterais tu?

-Eric: En fait, c’est plutôt l’album après ‘The Gathering’! Mais je pense que ce serait plutôt une extension de ‘New order’, qui parlait d’événements futurs et de choses devant arriver, et c’est la même chose pour cet album, sauf qu’à present, on a déjà vu les choses se produire 
comme les attentats terroristes et les experiences que nous avions traverse, comme le cancer de
Chuck ou les problèmes avec les autres, les relations pourries, il y a pas mal de choses dans 
‘Formation to Damnation’, on a vu des politiques partir en guerre et pas mal de prédictions se réaliser. Même si l’on croyait déjà à l’époque à quelques uns de ces trucs, on ne pouvait pas en parler dans ‘New order’, dans le cadre du concept du disque. Musicalement parlant, tout est en place aujourd’hui : ça sonne old school mais c’est nouveau, et ça n’a pas l’air d’une copie de ce qu’on a fait il y a longtemps, mais si ça participe du même feeling.


-Le retour d’Alex signifie davantage de solos de guitares, également?

-Eric: Oui, mais aussi des miens: je joue sur and my guitar solos: je joue en fait sur ‘For the fear of mother ‘ et, sur ‘More than meet the eye’, on le fait à tour de rôle, lui d’abord, moi ensuite. Pas grand monde ne le sait. C’est un élément nouveau, que d’avoir Alex de retour, jouant comme auparavant et même mieux. Moi même, n’ayant pas joué de guitare depuis longtemps, je peux y apporter de nouveaux thèmes et des trucs solos, mais le retour d’Alex boucle la boucle. Alex nous manquait, quand on a fait ‘Demonic’ et, pour ‘The gathering’, un tas de morceaux étaient basés sur des solos, puis par la suite ça s’est vraiment réduit, mais à présent les solos sont de retour, grâce à son retour.

-Comment va Chuck aujourd’hui?

Eric: Il a complètement récupéré, il est en bonne santé, et il est fort, on peut l’entendre à sa voix. Il a cessé de fumer il y a un an, et je l’ai vraiment remarqué au point de vue de son chant, parce qu’à moment donné, celui-ci était plus proche de grognements que d’autre chose, et il ne possédait pas ce souffle jeune, plus puissant, plus clair, dans le style ancien de James Hetfield, si tu vois ce que je veux dire. Sur ce disque, j’entends très bien la différence. Il fait fdu jogging, ses cheveux sont revenus, tout est revenu, en fait, on est tous très heureux, on apprécie, et on verra bien la suite !


-A propos des textes, dirais tu que c’est un concept album dans ce sens là aussi?

-Peter: C’est un disque concept par rapport à des évènements qui se sont produits, mais je ne pense pas que ces morceaux soient des prédictions du futur, plutôt sur des choses qui se sont déjà passées, de petits évènements, quelques trucs politiques, ce ‘mal descendu sur Terre’, comme on parle à propos du 11 septembre, qui aurait presque pu être prévu. Je ne veux plus en parler à nouveau mais, quand on a écrit les textes, Tony a dit qu’il ne voulait pas, parce que nous avons une règle, on ne désigne jamais les bons et les mauvais, on compose juste à propos des évènements, avec nos mots à nous, en les faisant sonner metal tout en parlant à notre façon de moments historiques, au lieu de dire que nous sommes américains, que les autres sont les méchants, ce qui arrive généralement. Ici, ce n’est pas comme ça.


-Que penses tu de la version de Slayer du 11 septembre, écrite, du point de vue des terroristes?

-Eric: Ils ont un morceau là dessus? Je ne savais pas ! Mais c’est Slayer, ils veulent toujours pousser le bouchon! SAAAAAAAAAATAN!!! Je ne l’ai pas encore entendu, je ne peux donc pas te dire ce que j’en pense.


-A nouveau, tu as produit cet album: est à dire que l’on n’est jamais mieux servi que par soi même ?

Eric: Je suis un control freak! J’ai une si grande vision que je n’écris pas simplement des riffs de guitare, je chapeaute tout, parce que c’est très dur de tout confier à d’autres. Je l’ai fait, une fois ou deux, et ça ne s’est pas très bien passé. Produire, à mon sens, c’est être présent sur tous les fronts, s’assurer que tout va dans le sens où on l’entend. Mais, si par exemple Andy Sneap où quelqu’un d’autre a une idée, je ne dis pas non, je cherche à en savoir plus, et on discute, c’est l’idée est bonne. J’aime vraiment produire, peut être est ce quelque chose que je ferais plus encore dans le futur : je crois avoir l’oreille !!!


-Justement, Andy Sneap était avec vous en studio: qu’apprécies tu le plus dans son travail passé?

-Eric: C’est le premier disque où il nous a enregistré, sur les autres albums, il s’occupait seulement du mixage. J’adore le premier album d’Arch Enemy sur lequel il a bossé, “Wages of Sin”, le premier album avec Angela, et le meilleur à mes yeux. En tant que fan, j’écoute les autres, mais ils ne sont pas aussi bons, de mon point de vue. J’adore vraiment ce qu’Andy a fait sur “The gathering”: il nous a amené vers de nouveaux territoires. On s’est servi d’un enregistrement très bon marché pour ce disque, du16 bits et puis des cassettes VHS. On a tout enregistré sur deux pistes, ce qui est très old school, du temps des fifties: dès que tu mets quelque chose dont tu ne veux pas, aujourd’hui, tu ne peux pas revenir en arrière et l’enlever, alors que tu le peux par ce biais. J’aime aussi beaucoup ‘Dead Heart, dead World ‘ de Nevermore, et les trucs qu’il a fait avec Opeth. Andy possède une grande stabilité et une grande clarté. Il sonne indémodable à mes yeux, alors que tant de disques semblent datés rapidement, et c’est ce que j’aime chez lui.


-Cette fois, c’est un line up pratiquement historique réuni, avec Chuck et toi mais aussi Alex, Greg and Paul: comment s’est passé cette reunion, qu’est ce qui vous a poussé à la faire?

-Eric: On était vraiment content, avec Steve Smythe dans le groupe, mais quand il est parti, on s’est révélés un peu feignants à lui trouver un remplaçant qui nous convienne. Quand Steve nous a annoncé qu’il allait tourner avec Nevermore, Chuck et moi avons failli dire qu’on arrêtait tout, parce que j’en avais marre de voir toujours des gens nouveaux, parfois pour une seule tournée. Et donc, quand on a eu cette offre de faire un concert en Europe avec Alex, on a sauté dessus et on a retrouvé cette vieille magie qui fait Testament. Je pense qu’Alex l’a senti aussi, surtout au vu des réactions de la foule, des kids à Londres, au Koko, pour le DVD, être là était encore meilleur, les vibrations, la joie de nous voir sur la figure du public. Les gens ont parlé beaucoup sur Internet, et on a reçu de plus en plus de coups de fil pour des concerts au Bresil, pour dix shows, puis le Japon, l’Argentine, de plus en plus d’endroits, ce qui est vraiment super. Et puis, comme tu le sais, on a signé avec un label. Mais, au début,

il n’était supposé y avoir que deux concerts seulement!


-Et Paul (Bostaph) est de retour aussi!

-Eric: Oui, Paul est de retour. A moment donné, nous avions en tête Nick Barker, de Cradle of Filth et Dimmu Borgir, pendant un certain temps. Je voulais qu’il participe à mon autre groupe, Dragonlord, et j’ai essayé de l’attirer aussi pour Testament. Il a très bien collé avec nous, il a jammait sur toutes sortes de morceaux avec moi, mais on a rencontré un gros problème: il s’est fait pincer parce qu’il n’avait pas les bons papiers pour travailler aux Etats Unis, et on nous a dit qu’il ne pourrait pas revenir avant sept ou huit mois, et qu’on devrait payer 5OOO dollars pour un visa de travail. On a trouvé l’argent, mais sans savoir s’il reviendrait ou non. Quand on en a discuté, on a reçu en même temps un coup de fil nous disant que Paul venait de quitter Exodus. On s’est demandé pourquoi, croyant qu’il ne voulait plus jouer de metal ou s’il en avait simplement marre d’être avec eux. Je l’ai appelé, lui ai parlé de notre situation et lui ai demandé s’il voulait rejoindre Testament, à cause de ces deux concerts que nous devions assurer. Il est donc venu pour ces concerts, s’est trouvé très bien là, et ça fait trois ans maintenant. Chuck et moi, on s’est senti bizarres quand il était parti, mais là, tout collait à la perfection. Tout le monde nous dit que Paul est le meilleur pour nous, parce qu’il vient aussi de la Bay Area, du même genre musical, on allait dans les mêmes clubs étant jeunes, et tout s’est mis en place très facilement.


-En parlant de ça, dans les années 80, Testament à créé, avec d’autres groupes que tu sais, un nouveau mouvement musical, le trash metal, with bands you know: que penses tu de l’évolution de ces groupes, Metallica, par exemple?

-Eric: Tu veux mon opinion sur Metallica? Je pense que, et c’est vrai pour tous les groupes, surtout avec le line up original, et quand tu es ensemble pendant aussi longtemps, comme Testament, avec toutes ces tournées et tous ces enregistrements et ces autres tournées, quand on en est arrives à ‘The Ritual’, tout était un compromis. Par exemple, si j’arrivais avec un morceau, on le trouvait trop heavy, ou bien quelqu’un dirait qu’il l’aimait bien, mais alors on pourrait ralentir le tempo, et puis Louis ne devrait pas faire ces roulements mais plutôt se servir des cymbales, et ainsi de suite, et tout le monde s’y met pour mettre les autres à l’aise et, avant que tu ne t’en rendes compte, tu as un disque où personne ne prend de risques, où tout le monde est s’est compromis. On n’en n’est plus à ce que le morceau signifie, parce qu’il devient le morceau de tout le monde. Je pense que Metallica, comme tous les groupes, va dans ce sens, mais ils sont millionnaires, tout cet argent est en jeu, et tu finis par faire de la merde, parce que tu ne t’occupes plus que de payer ton loyer et le reste, et tout le monde te dit oui tout le temps, oui, maître, à tous les stades de ton label, personne ne te dis que c’est de la daube. C’est la façon dont je vois les choses. Quand les gens sont aussi riches, on ne peut pas leur dire qu’ils puent. Metallica a été un grande influence pour moi, quand j’ai démarré le groupe, c’était la naissance d’un tout nouveau genre, qui est parti de la Bay Area et s’est répandu par la suite. On a débuté dans les mêmes clubs, jouant souvent ensemble. Regarde Slayer, ils n’ont jamais change de style, ils ne sont jamais devenus énormes et riches, mais ils font toujours leur truc. Je m’en sors bien moi même, mais je ne peux pas aller m’acheter une Ferrari si l’envie m’en prend. Je peux acheter toute la nourriture que je veux, nourrir ma famille, mais je ne peux m’envoler pour dîner à Paris! Je ne sais pas comment on peut être aussi riche et écrire du metal. Je ne pense pas que je pourrais le faire, parce que je serais trop heureux. Pour moi, le metal représente une forme de lutte: si tu es millionnaire, comment peut tu écrire sur ce sujet ? A moins d’être… Sid Vicious!


-On assiste aujourd’hui à une explosion de nouveaux groupes de trash: qu’en penses tu et en apprécies tu certain ?

-Eric: Je ne connais pas ces groupes, parce que, tous ces derniers temps, j’ai écrit cet album, mais tout le monde me dit que le trash est de retour et, à nos shows, j’ai vu un tas de kids avec des cheveux longs à nouveau, avec des pantalons stretch et des patches de Motorhead. Je sais qu’un tas de nouveaux groupes sonnent du trash des débuts des eighties, et c’est très cool! Je me dois de les entendre!


-As tu été, à moment donné, tenté de jouer d’autres formes de musique?

-Eric: Oui, c’est ce que je fais avec mon autre groupe, Dragonlord, qui est plutôt du black metal atmosphérique, mais en moins violent. C’est plus extreme, très different de Testament:
Je l’ai fait parce que, sinon, j’aurais essayé de faire tourner Testament en black metal, parce que c’est ce que je ressens le plus au fond de moi, mais je sais bien que je ne pouvais pas faire ça dans le cadre de Testament, hors de question, personne ne comprendrais. Mais ça m’a aidé à écrire un meilleur disque de Testament, parce que j’avais pris du recul: j’ai cotoyé le Diable, en fait!


-Dragonlord continue-t-il?

-Eric: Oui, un DVD arrive, un concert que nous avons fait au Japon, avec Venom, Onslaught et Sodom. C’était un grand concert, on avait cinq caméras, le son était très bon ce soir là, c’est donc très cool, on en est très contents. Je commencerais probablement très bientôt à bosser sur un nouvel album de Dragonlord, qui sortira peut être avant la fin de l’année.


-Après toutes ces années dans la musique, de quoi es tu le plus fier?

-Eric: J’ai envie de dire ce disque, parce qu’il a pris un temps énorme à réaliser; on n’a pas sorti d’albums en neuf ans, c’est donc du matériel que l’on a commencé à écrire en 2003, puis ensuite on a tourné, puis recommencé à écrire un peu en 2005, travaillant à améliorer les morceaux, en dépit des changements de line up. Je suis assez fier de ce disque, et aussi de ‘The Gathering’, qui est toujours un de mes préférés. J’aime vraiment tous les trucs anciens qu’on a fait, mais je n’aime pas la façon de les enregistrer, je ne pense pas que nous ayons capturé alors ce que nous rendions en live, plus brutal, vraiment foutrement plus heavy. Mais, quand j’écoute ces deux disques, les guitares et la batterie sont vraiment terribles.


-Quand reverrons nous Testament en France?

-Eric: Testament sera au Hellfest festival en juin, et, je l’espère, nous reviendrons en septembre, peut être avec In Flames, peut être pas. Je voudrais réunir Testament, Exodus, Death Angel et Sadus pour parcourir l’Europe, c’est quelque chose dont j’essaie de convaincre Chuck. Ce line up serait une vraie tuerie, avec en plus si possible quelques nouveaux groupes, peut être Municipal Waste, dont tu m’as parlé. Ce serait extra.


-J’ai hâte de voir ça!

-Eric: Oui : la vie est dure, mais Testament est plus dur encore!!!



Propos recueillis le 13 mars 2008 à Paris, par Jean Paul Coillard.

Photos: Carlos Pop.

Merci à Valérie, de Nuclear Blast.



© Carlos Pop





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