
TRIVIUM: The Sign of the Cross (Roadrunner)

Petit Trivium a bien grandi: porté par des vents ascendants de la plus grande puissance, le quatuor poursuit aujourd’hui son ‘Ascendency’ avec une ‘Crusade’ des plus sanglantes, partageant dorénavant les plus grandes scènes (Ozzfest, Download…) et les plus grosses récompenses (Kerrang awards, Metal Hammer awards) avec les plus grosses formations de la planète, à l’instar de leurs héros, Metallica. Tournant sans relâche, Trivium fait escale à Paris pour promouvoir son troisième album, plus un journal de bord qu’une incitation à l’extrémisme, avant de reprendre la route en compagnie d’Iron Maiden. C’est sûr que, pour ces croisés là, la mort n’est pas au bout de la route, route dont Corey Beaulieu nous parle abondamment.
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-Notre dernière rencontre a eu lieu en 2OO5 pour la sortie d’ ‘Ascendency’: depuis, tout est allé très vite pour Trivium: as-tu été surpris de toute cette effervescence autour de vous?
-C: Nous avions fait de notre mieux pour composer un très bon disque, et on a essayé de garder la tête froide, sans se dire que ce disque devait gagner plein de récompenses mais plutôt en essayant de bosser le mieux possible. Nous avons été très excites et contents de voir à quel point l’accueil était bon, c’est une sensation excellente que de se voir récompensé pour un dur labeur, et ce disque a été un truc formidable pour nous. On espère continuer sur cette voie, en élargissant notre fan base et en amenant le groupe à un niveau supérieur.
-Récompenses, reconnaissance, énormes festivals: comment as tu et vis tu cet énorme succès? Qu’a-t-il change dans ta vie, au niveau personnel et artistique?
-C: Ca dépend sur quel plan, au point de vue du groupe ou personnel, mais nous sommes toujours les même personnes que lorsqu’on a commencé à enregistrer. On a simplement acquis de l’expérience sur tous les aspects de la vie, mais rien n’a réellement changé pour nous, excepté le fait que la demande est beaucoup plus forte pour ton temps, des interviews et de la promo à mesure que tu deviens plus important et que plus de gens veulent te rencontrer, tu passes donc définitivement pas mal davantage de temps à côté d’être en train de jouer, tout comme il y a beaucoup de choses que tu fais avec de plus en plus de gens, tu es donc vraiment plus occupé et tombes parfois en ruine, loin de chez toi, de ta copine et ta famille. Mais, en général, tout s’est bien passé, les gens savent qui nous sommes, et c’est totalement une bonne chose, meilleure que quand personne ne sait qui tu es! Alors, oublions les mauvaises choses et prenons du bon temps! J’adore ça, les tournées sont terribles, on est vraiment un groupe de tournée, un live band, donnant des concerts et jouant pour les gens, voyageant autour du monde, voyant des endroits que nous n’avions jamais vus auparavant, et qui te donnent une connaissance et une appréciation plus globale du monde en rencontrant des gens d’autres pays. C’est une sensation vraiment cool de voir le monde, la plupart des gens, durant leur vie, ne pouvant aller dans tous ces endroits comme nous le faisons. C’est une partie géniale du boulot que de faire ça, faire le tour du monde et emmagasinant différentes perspectives sur les choses qui ressortent dans ta musique. Comme tu apprends des nouvelles choses à propos des différentes cultures et autres, ça a un effet certain dessus.
-Depuis deux ans, tu as rencontré un paquet de tes héros personnels: lequel t’a le plus impressionné, sur scène ou au niveau humain?
-C: Voir et rencontrer Metallica était vraiment très cool, parce qu’ils sont si énormes et qu’ils ont accompli tant de choses: parfois, quand tu rencontres des gens célèbres, ils peuvent se révéler de vrais trous du cul mais ces gars, dès notre première rencontre, se sont montrés les plus charmants et les pieds les plus sur terre que quiconque, en tant que musiciens et personnellement, c’était génial que de rencontrer des gens aussi énormes qui sont aussi cool. Ils aimaient ce qu’on fait et nous connaissaient, ce qui encore plus dément. D’autres personnes aussi, qui ont été des influences notables pour nous, comme Ronnie James Dio, qui est vraiment un type super. Il y a eu tout un tas de gens comme ça, qui ont fait du chemin mais
qui ont toujours les pieds sur terre. C’est super de voir que la renommée et le succès ne monte pas à la tête de certaines personnes comme parfois : ça peut arriver ! Tu peux toujours être quelqu’un de bien avec tout ça !
-A propos de Metallica, Trivium a participé au Metallica tribute pour le magazine Kerrang Magazine: comment est ce arrivé et pourquoi le choix de ce morceau en particulier ?
-C: Kerrang nous a approché, Metallica étant une si grande influence pour nous, dans l’idée de sortir un tribute pour le 2Oè anniversaire de ‘Master of Puppets’ en rassemblant un tas de groupes visiblement influencés eux aussi. Nous avons bien sûr répondu oui, quand ils nous l’ont proposé. Avant ce tribute, on avait l’habitude de jouer ce morceau en concert, même quand on n’était qu’un petit groupe local, et donc ce titre a toujours été présent dans ce que nous faisions et dans notre répertoire, et ce choix était donc évident pour nous. Personne ne
L’ayant pris, on a sauté dessus !
-Cette année est également le 2Oè anniversaire du ‘Reign in Blood’ de Slayer: qu’en penses tu?
-C: Le premier disque de Slayer que j’ai eu a été ‘Divine Intervention’, et j’ai vraiment pensé qu’il était totalement barré. Puis, je suis revenu en arrière dans le temps et je suis tombé sur ‘Reign in Blood’, avec ‘Angel of Death’, et cet album m’a introduit à un aspect bien plus speed, dur et intense du metal, un coup de poing permanent, et on peux tout à fait entendre l’influence de Slayer sur une partie de notre musique. Si tu parles intensité et coup de poing, ils sont les meilleurs à ce point de vue dans ce style et le plus extrême de ces groupes : en écoutant leurs disques, j’ai été soufflé par leur intensité et leur esprit maléfique. Avec ‘Master of Puppets’, c’est vraiment un disque qui résiste au temps, il est tout à fait pertinent aujourd’hui et influence encore un tas de groupes.
-Parlons un peu de ‘Crusade’, le nouvel album: j’ai lu que c’était davantage une sorte de carnet de route plutôt que quelque chose ayant à voir avec la religion…
-C: oui, ‘Crusade’ n’a aucun rapport avec quelque croisade religieuse que ce soit, d’aujourd’hui ou d’hier, c’est plutôt une declaration personnelle du groupe: nous aimons voyager autour du monde, jouer devant des gens et faire découvrir notre musique au plus grand nombre possible, c’est donc une croisade musicale du groupe, et j’espère que les gens ne vont pas mal interpréter ce titre. C’est un sens personnel, avec un sens totalement différent de celui qui a servi auparavant.
-Quel était l’état d’esprit du groupe pendant l’enregistrement? Je suppose que vous aviez davantage confiance en vous qu’auparavant?
-C: Notre expérience s’est complètement nourrie de toutes nos tournées, ça nous a vraiment fait mûrir en tant que musiciens et compositeurs. On sait tous bien mieux se servir de nos instruments, mais aussi nous n’avions pas prévu que l’album devrait sonner de cette façon ou d’une autre, mais nous avons commence à écrire et tout est sorti comme ça. Il n’y avait pas de plan pré établi, tout est venu naturellement, tout comme est naturelle notre progression à un niveau supérieur. Nous voulions faire un metal varié qui aurait couvert tout ce spectre, tous les aspects de ce que nous faisons, les montrant au gens au lieu de coller à un truc spécifique qu’on pourrait jouer et rejouer à l’infini. Ca nous amène à essayer de nouvelles choses et montre aux gens plus de facettes de notre musique, rendant le disque plus varié : morceau à morceau, rien ne se ressemble, contrairement à beaucoup d’albums. On a ajouté quelques choses nouvelles, de par l’expérience que l’on a acquis et de l’apprentissage de nouveautés pour rendre la musique intéressante. On est très contents du résultat.
-Je n’ai pas encore vu la pochette: Paul Romano l’a-t-il à nouveau réalisée?
C: Oui, il l’a fait, et c’est en quelque sorte de la même façon que notre musique a évolué et progressé conjointement à la pochette, pour laquelle nous avons gardé le même thème que la précédente, avec ce type en train de flotter et de mousser tandis que l’imagerie se développe en même temps que le groupe, évoluant en quelque chose d’être complexe, sophistiqué au lieu de rester dans un état primitif, il s’est développé en quelque chose de meilleur et de plus fort : c’est comme si l’illustration suivait le chemin musical, et devenait quelque chose dans le genre d’Iron Maiden ou de Megadeth, avec une symbolique du groupe, comme lorsque tu vois
Eddy, c’est Iron Maiden, tu n’as pas besoin de voir le nom, et on avait envie d’avoir ce côté imagerie old school avec le symbole de Trivium, visuel en même temps que musical. J’adore son style parce qu’il fait tout à la main au lieu d’user tout ce bazar d’ordinateurs avec lequel, au bout d’un moment, tous les groupes se ressemblent. La peinture à la main lui donne toute sa caractéristique, un aspect vibrant, des couleurs brillantes, l’air plus…metal !
-Oui, et plus artistique aussi! Dans la bio du groupe, on vous a comparé à un mélange de Motley Crue et de Megadeth: qu’en penses tu?
-C: Je vois l’idée de Megadeth, parce qu’ils ont vraiment eu une influence sur nous, mais, pour Motley crue, je ne vois guère qu’un morceau sur le nouvel album qu’ils auraient pu influencer, parce qu’on recherchait ce côté rhino-rock et on a donc écrit dans le style de tempo à la Motley et Skid Row, avec plus de décontraction et un genre de groove, mais ce n’est pas une influence que l’on peut sentir dans la majorité de nos morceaux. Mais j’aime bien Motley Crue, alors, ce n’est pas si mal !
-Y a-t-il une ligne générale d’inspiration pour l’album?
-C: Nous l’avons simplement écrit sans idée de concept ou quoi que ce soit, et chacun a écrit un paquet de morceaux, pour la première fois. Sur notre premier album, Matt a écrit la majorité des morceaux puis, pour le second, il y a eu une collaboration entre lui et moi. Aujourd’hui, c’est la première fois que quelqu’un à part Matt compose entièrement un morceau tout en en ayant totalement l’idée. Tu peux vraiment entendre, quand tu sais qui a écrit quoi, les différents styles d’écriture et de jeu. Paolo et moi avons chacun écrit trois morceaux, mais tous ne tenaient pas sur l’album, on va donc s’en servir comme bonus tracks, et deux de ces morceaux serviront dans des formats différents. C’était un choix difficile parce que chacun est vraiment bien abouti, mais tout a fini par former comme une source Trivium, même si différentes personnes ont écrit leur propre truc. Tout le matériel s’est vraiment bien assemblé. C’est cool parce qu’on n’avait jamais fait ça auparavant, ce truc de collaboration qui est aussi du au fait que nous n’avions guère le temps de bosser les morceaux ensemble en tant que groupe, et c’était donc la seule façon de fabriquer cet album sans dépasser le temps imparti.
-On peut donc supposer que le prochain album sera encore plus basé sur cette collaboration entre vous tous?
-C: Oui, c’est l’idée. Cette fois, nous avons tellement tourné, avec si peu de temps pour enregistrer que c’était la façon la plus efficace d’écrire l’album. Mais j’espère que nous renouvellerons cette expérience d’écriture personnelle pour ensuite voir comment on peut tout rassembler et travailler dessus en tant que groupe. Le dernier album était bien pour ça, pas mal de choses très cool en sont sorties, alors que nous n’avions rien d’écrit auparavant et tout s’est transformé en une grande jam session ou quelque chose qui y ressemble. J’adore bosser comme ça, construire, créer des morceaux à partir de rien, simplement grâce aux idées du groupe. J’espère que le prochain disque reprendra tous ces styles différents quant à l’écriture et qu’un tas de bonnes choses en sortiront, au lieu de stagner dans la même eau !
-Colin Richardson a assure le mix de l’album: étais ce très important pour le son de Trivium ?
-C: Oui, nous voulions essayer quelqu’un de nouveau: nous avons tous enregistré à l’avance, de la façon dont nous le voulions sur un huit pistes, parce que d’habitude un mixeur change le son des guitares, et on a dit ce qu’on voulait au point de vue du son en général. Il a alors tout mixé et tout s’est très bien imbriqué. Il a fait un très bon boulot en appliquant tous les sons pour que le disque sonne comme on voulait, il en a fait un disque avec une unité. On s’est penché sur plein de choses qu’il a mixé dans le passé et on aime vraiment son style et la façon dont il a fait sonner chaque groupe et chaque disque, instantanément reconnaissable. C’est tout à fait la rencontre de son style avec quelque chose que l’on avait bossé à fond pour cet album.
-A nouveau, ‘Crusade’ a été produit par le groupe et Jason Suecof: la meilleure équipe à tes yeux?
-C: On a besoin travaillé et enregistré avec Jason, mais cet album a été un peu different, parce que Mark Lewis, ingénieur du son sur le disque, est arrive: un super gars avec qui on a bossé main dans la main, avec lui qui n’était pas sur l’album précédent. Le groupe a produit celui-çi
mais il était tout le temps dans le studio, connaissant l’écriture musicale aussi bien que la technique. L’expérience nous a montré que l’on pouvait se charger de pas mal de choses par nous mêmes, mais on voulait aussi quelqu’un d’extérieur au groupe, sans être pour autant un dictateur. A présent, on sait comment faire du mieux qu’on peut tout seul. Jason était là et co-produisait, donnant son avis après coup. C’est toujours chouette d’avoir quelqu’un qui ne soit pas directement connecté à la musique mais qui donne son avis, du point de vue de l’auditeur. Il était là quand on avait besoin de lui, apportant parfois des idées auxquelles on n’aurait pas pensé, et les incorporant à tout le reste. C’est bien plus aujourd’hui qu’auparavant un groupe qui est impliqué là, chacun apportant ses idées et les mettant sur la table !
-Verra-t-on des vidéos pour cet album?
-C: Oui, on en a déjà tourné deux, quelques jours avant de venir ici: on a du tourner celles des deux premiers singles en même temps, parce que c’aurait été vraiment trop compliqué d’essayer de trouver un moment entre les tournées. Les deux rendent vraiment bien, et j’espère que les gens qui les verront en penseront la même chose!
Propos recueillis à Paris, le 18 août 2OO6, par Jean Paul Coillard.
Merci à Sarah et Karine, de Roadrunner France, pour leur collaboration active et efficace!.


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