APOCALYPSE NOW : ‘V for Vendetta’


de James Mc Teigue, d’après les personnages crées par Alan Moore et David Lloyd, avec Hugo Weaving, Natalie Portman, John Hurt, Stephen Rea…USA/ Allemagne, couleurs, 2H1O..



En plein milieu des années Thatcher, Alan Moore, bientôt cultisé pour ‘The Watchmen’, ‘From Hell’ et autres chefs d’œuvres comme la ‘Ligue des gentlemen extraordinaires’, massacrée au cinéma, et David Lloyd créent V, mini série graphique inspirée du personnage de Guy Fawkes, célèbre ‘terroriste’ des temps anciens, membre de la conspiration des poudres et qui fit sauter le parlement britannique, histoire de mettre le feu à ces mêmes poudres et de faire se révolter le peuple contre l’oppression du régime.

Aujourd’hui, ou plutôt demain ce qui revient au même, le dictateur Sutler (John Hurt) a pris le pouvoir pour protéger l’Angleterre de la menace terroriste, ce qui bien sûr rappelle toujours quelque chose. Mais un mystérieux personnage, ‘V’, sème la terreur au sein du gouvernement en multipliant les explosions, piratant la télévision nationale et menaçant de bien d’autres choses encore. Une nuit, il fait la rencontre d’Evey (superbe Natalie Portman), la sauvant d’une patrouille. Evey travaille à la télévision, est soupçonnée de subversion et devient la complice puis l’amour impossible de V, enfermée pour sa propre sécurité tandis que l’homme masqué allume les mèches. Tous deux viennent de camps : les parents d’Evey y ont perdu la vie, l’homme au masque son visage. Deux parias en quête de vengeance.

Après la trilogie Matrix, on attendait bien évidemment les frères Wachovsky au tournant : c’est avec ce chef d’œuvre controversé dès sa création (encouragement du terrorisme, libéralisation des mœurs, lesbianisme, violence) qu’ils contournent aisément le moindre écueil.

James Mc Teigue, dont c’est là le premier long métrage après de l’assistanat sur l’Attaque des Clones’ de Georges Lucas, où il fait d’ailleurs la connaissance de Natalie Portman, fait preuve à la fois d’audace et de magnificence : évitant les pièges faciles de la transposition d’une bande dessinée à l’écran, avec acteurs abrutis, montage épileptique et surenchère d’effets faciles, il livre ici un film tout à fait passionnant, très beau, au rythme haletant et à la poésie insidieuse, au grand pouvoir de dénonciation encore grandi par une interprétation, une image et une mise en scène sans failles, malgré les quelques angles arrondis par Joel Silver pour mieux faire passer la pilule. Hyper inventif, fourmillant de petits détails comme cette parodie de Benny Hill et de scènes grandioses comme celle des milliers de masques convergeant vers le parlement, baroque et visionnaire, V est un peu tout cela, et l’un des grands films de 2OO6.

John Hurt interprète le dictateur Sutler, big brother régnant par écrans interposés en une parabole du ‘1984’d’Orwell, où John Hurt ne jouait pas alors un dictateur, incarné lui par Richard Burton, tandis que Chris Rea est parfait en flic le cul entre deux chaises, mais qui finira par savoir où s’asseoir.

Alan Moore demande que son nom soit retiré de l’affiche, laissant tout le crédit de l’affaire à David Lloyd. C’est bien dommage, car ce ‘V’ cinématographique lui est pourtant diablement fidèle. Fidèle aussi à la tradition du héros solitaire de comics, Batman, Spiderman et bien d’autres, se trouvant dans l’incapacité de déclarer leur identité à leur bien aimée, cette dernière finissant d’ailleurs toujours par la deviner, pour le meilleur et contre le pire.

Une sacrée plongée dans l’actualité. Notre actualité. ‘V’ for Vendetta, c’est le fantôme du liberté. Et cette fois, ce n’est plus une métaphore surréaliste, c’est une triste réalité. Pas comme cette pellicule, qui est tout bonnement un film grandiose.

Jean Paul Coillard









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