Black, death, extrême, etc.


Amon Amarth: “Twilight of the thunder god” (Metal Blade)

La persévérance finit parfois par payer: pour Amon Amarth, “Twilight of the thunder god” pourrait bien être celui d’une consécration bien méritée. Ouvrant leur death mélodique scandinave à quelques expérimentations et à l’irruption de riffs trash bienvenus et pertinents, ce disque des Suédois nous conte, à l’instar de la superbe pochette, la lutte de Thor contre le serpent Jörmungandr, jaillissant de l’océan Midgard, lutte à mort en plein Ragnarok, sous les yeux de son père Odin et du loup Fenris. Mjolnir, le marteau de Thor, ne peut rien contre le souffle des nuages empoisonnés rejetés par le serpent géant, et le dieu du tonnerre de périr au fin fond des eaux glacées, terrassé par autant de riffs mortels et de chant sauvage qu’il n’en faut au fan de metal habitué à de tels excès. Furieusement épique, cet album se situe aux confins d’un Manowar nourri au At The Gates, d’un Turisas plus brutal et d’un Bathory qui aurait trouvé ici les moyens de sa démesure créatrice. On trouve ici quelques guests, comme les cordes d’Apocalyptica sur « Live for the kill », la présence d’un cor sur « Tattered banners and bloody flags », LG Petrov, d’Entombed, qui vient pousser la chansonnette sur le martial « Guardians of Asgaard », et le guitariste de Bodom, Roope Latvala qui se fend d’un solo sur « Twilight of the thunder Go », superbe morceau d’introduction à ce septième album.

Après « Odin’s on our side » en 2006, Amon Amarth est passé du stade de l’underground à celui de la tête d’affiche, ce qui ne l’empêche nullement de s’enquiller sur la tournée 2008 de L’Unholy Alliance 3 avec Slayer et Mastodon. Culture viking, inspiration folk, metal furieux, mélodique, puissant, catchy, tout cela fait la somme des ingrédients de « Twilight of the thunder god » : le battle-metal au sens le plus noble, la violence épique sur grand écran, pour une gifle en plusieurs dimensions, jusqu’à l’énorme final de « Embrace of the endless ocean ». Fucking heavy shit…

Jean-Paul Coillard



Lamb of God DVD: “Walk with me in Hell ( Roadrunner)


Déjà le troisième DVD pour Lamb of God, valeur sûre et tonitruante de la New Wave of American Metal. Ici, le groupe met le paquet avec une double couche d’images et de sons plongeant dans le côté public mais aussi l’intimité de l’un des plus grands groupes de true metal actuel. On peut en effet suivre Lamb Of God autour du monde, des Etats-Unis au Japon, de l’Australie à l’Europe, porter la bonne parole à la pointe de ses riffs assassins, d’Ozzfest en Unholy Alliance en compagnie de Slayer, en passant par la tournée avec Megadeth et des concerts en tête d’affiche. Les images live se combinent à de nombreuses et fort intéressantes interviews de tous les membres du groupe. Le disque 2 offre quant à lui l’intégralité de leur performance au fameux Download Festival, en Angleterre, ainsi que la super vidéo de « Redneck », où le groupe sème la panique dans un anniversaire de gamins, agrémentée de son making of et de celui de « Sacrement ». On l’aura compris, « Walk with me in Hell » est la pièce indispensable pour tout fan de Lamb of God qui se respecte. Plus de quatre heures trente, il faut tenir la longueur, et c’est un nouveau pari gagné. Pure heavy shit, man.

Jean-Paul Coillard




Nachtmystium : “Assassins Black Meddle, part 1” (Candlelight)


Encore un groupe à faire hurler les puristes! Fondé en 2000 par un Blake Judd alors âgé de seize ans, Nachmystium a peu à peu gravi les échelons, passant d’un black metal ‘dans la norme’, largement influencé par Darkthrone, pour l’album « Reign of the malicious » en 2002 à cette révélation de 2006 que fut « Instinct : decay ». En effet, dans celui-ci, le quatuor de Chicago incorporait tout de go synthétiseurs et cuivres, aussi bien que de la guitare acoustique, peu après la parution du EP « Eulogy IV ». Aujourd’hui, une fois le virage obliqué, on trace la route, sans retour possible ni souhaité, à grand coup de Moog. Mais ne croyez pas pour autant que Nachtmystium soit devenu un groupe de prog, car alors, que dire de Bathory, par exemple ? Au contraire, le groupe peut désormais développer ses tendances en toute tranquillité, fort de sa progression musicale et de sa rencontre avec ces autres tarés de Genghis Tron, qui osent quant à eux, et avec grand talent, le grind psychédélique. Incroyable, non ? Création et expérimentation sont désormais au menu du jour, et l’influence, tant musicale que psychotropique, de Pink Floyd reste fondamentale, jusqu’au tryptique de « Seasick » rappelant les vingt-trois minutes du lointain « Echoes » de Meddle, et qui clôt de façon magistrale un album qui l’est tout autant. Un nouveau groupe essentiel (dont fait partie Tony Laureano, ex- Nile, Dimmu Borgir, etc) fait entendre sa voix, qu’espérer de mieux ? Qu’ils nous reviennent vite sur scène. L’album pour un été proprement infernal…

Jean-Paul Coillard




Krisiun: « Southern Storm » (Century Media)


Retour du trio brésilien de Krisiun pour ce septième album, toujours sous la bannière de Century Media, après un « AssassiNation » fort en bouche en 2006. Lourdeur et vitesse sont toujours au programme d’Alex Camargo et des frères Kolesne, avec un death brutal entre Morbid Angel et les premiers albums de Sepultura. Ces derniers sont d’ailleurs à l’honneur ici avec une reprise fort honorable de « Refuse / Resist », plus que consistante. Et, de fait, « Southern Storm », comme son nom l’indique, est une machine qui ne s’arrête jamais, parfaitement huilée par de multiples tournées autour du globe. Krisiun, sans prétendre rivaliser avec ses grands maîtres, possède cependant pas mal de qualités intrinsèques, nécessaires au genre : le sens du speed, le son bien lourd et gras, le tout mêlé d’un certain groove loin d’être désagréable, comme dans « Minotaur », par exemple. Un poil trop long quand même, ce qui reste l’un des problèmes des albums actuels, tous genres confondus. Mais, malgré tout, pas de quoi se faire des cheveux pour autant, car Krisiun met le paquet.

Jean-Paul Coillard


Kypck : « Cherno » (Century Media)


C’est le premier album pour Kypck, mais ces gaillard n’en sont pas, et loin de là, à leur coup d’essai. En effet, S.S Lopakka et le batteur K.H.M Hillesmaa furent tout deux respectivement guitariste et producteur du défunt Sentenced, tandis que les autres membres évoluaient dans diverses formations. Quant au chanteur E. Seppanen, il est prof de russe en Finlande, et a travaillé à Moscou et St Petersbourg, ce qui faisait le quatrième comparse idéal pour ce combo de doom metal finlandais promis à un brillant avenir. Sous une pochette sombre, mélange de panoptique et d’usine produisant quelque monstrueuse chimie, d’un gris inquiétant traversé de rouge, entre « Hostel » et un monstre né du réalisme soviétique de l’après guerre, « Cherno » prend toute sa richesse au fil des écoutes, et fait mouche pour ne plus vous lâcher. Dans un climat angoissant, inquiétant, Kypck, après Minsk, déroule une à une ses sombres volutes macabres (la roulette russe de ‘Stalingrad’, par exemple) à l’ombre des potences en fleur. Entièrement chanté dans la langue de Raspoutine, ce qui accroît son étrangeté et son originalité, puissamment joué et produit par des experts, ce premier album fait l’effet d’un cocktail Molotov dans le paysage quelque peu pépère du metal estival.

Ne manquez pas de jeter un œil sur la vidéo du morceau ‘1917’, ni d’aller faire un tour sur leur site de toute…beauté funeste. Welcome to the land of grey…

Jean-Paul Coillard


Opeth : ‘Watershed’ (Roadrunner)

Opeth est, a toujours été, et restera à jamais un groupe unique, quoiqu’il arrive. Et leur dernier album, ‘Watershed’, ne faillit pas à la règle. Pourtant, après les départs successifs du batteur Martin Lopez pour raisons de santé, mais surtout du séminal guitariste Peter Lindgren, après seize ans de bons et loyaux services, la vie du groupe semblait ne plus tenir qu’à un fil, nommé Mikael Akerfeldt. Mais, loin de jeter l’éponge, celui-ci décide alors de relever la tête et ce nouveau défi, et s’acocquine alors avec Martin Axenrot –dont Natalie Lorichs, la petite amie, chante sur ‘Coil’, et Fredrik Akesson, guitariste intérimaire chez Arch Enemy. Aujourd’hui, ‘Watershed’ est né, et ses parents soulagés se penchent sur son berceau, après avoir, encore plus que d’habitude, passé au crible leur discothèque sixties, des Zombies à Scott Walker ou Gentle Giant, pour remonter le temps jusqu’à Coroner et Celtic Frost, entre autres multiples influences du grand Mikael, qui trouve également le temps de chanter avec Bloodbath et de côtoyer divers autres projets, dont l’album d’Ishahn, ex-Emperor, grâce à qui, rappelons le, Opeth fut signé sur Candlelight en 94. Sept longs morceaux classieux sont à découvrir ici, oscillant entre acoustique ou metal sauvage, prog et psychédélisme. Pour lui, Akerfeldt en a écrit les textes en une seule nuit. Autre nouveauté, le groupe entier participe au processus de création musicale, alors que ‘Ghost Reveries’ était composé, des pieds à la tête, par son leader charismatique. Chaloupant entre rock aérien et metal des profondeurs, Opeth donne ici, à nouveau, toute la mesure de son talent.

Jean Paul Coillard


Soylent Green: ‘Inevitable Collapse in the Presence of Conviction’ (Metal Blade)


Après un ‘confrontation’ fort en gueule et riche en bouche, le quatuor de la Nouvelle Orléans remet le couvert, précédé par une superbe pochette, toujours aussi orientée illustration dans le style comic book. La salsa est la même, un gombo épais et gras, aux ingrédients fortement épicés de metal, de sludge et de hard core pour ce gang composé de la fine fleur du sud, membres de Eye Hate God et de Crowbar, à l’instar de formation teigneuse comme Down, Siuperjoint Ritual ou Arson Anthem. La brutalité n’empêche pas un certain groove, que l’on retrouve encore davantage présent ici que précédemment, au profit d’un légère décélération rythmique de l’ensemble. Puissamment produit par Eric ‘Morbid’ Rutan, ce nouvel album, au titre s’étirant comme les bayous de Louisiane, en dépit d’intermèdes acoustiques freinant la marche de la troupe, est cependant une marche essentielle dans la carrière de ces Southern Lords, fort éprouvés, comme tous les habitants du cru, par l’épouvantable cyclone Katrina.

Visiblement, le vieux sud n’en finit pas de renaître de ses cendres. C’est un animal meurtri, blessé, couturé de partout, mais toujours partant pour avaler l’espace et ses habitants, comme une Alien queen qui s’amuserait, entre deux destructions massives, à faire de la musique, la parfumer au whisky et au Tabasco, dansant comme une folle sur des rythmes vaudous, entourée de rednecks sortis tout droit de Devil’s Rejects. On ne peut rien faire contre ça…


Jean Paul Coillard


Rotten Sound ‘Cycles’ (Spinefarm)


Cinquième album pour les finlandais de Rotten Sound, après un ‘Exit’ fracassant il y a deux ans et un petit maxi bien teigneux dans l’intervalle, ‘Consumate to contaminate’, histoire de faire patienter pour l’un des albums les plus attendus de ce début d’année. Rotten Sound, à coups de dents et de griffes, s’est fait son chemin, se retrouvant le premier groupe grind à entrer dans les charts finlandais, au sein d’une scène en pleine santé.18 titres pour une demi heure, on est loin de Dream Theater et de Santana, dans tous les sens du terme. A vrai dire, on a tout juste le temps de comprendre ce qui nous arrive que tout est déjà fini. Ne reste plus qu’à remettre le couvert de ce torrent homéopathique, plus efficace que mille pétards mouillés, malgré quelques rares mid tempos apportent un groove que l’on n’aurait pas soupçonné chez un groupe de ce style. Mais n’est ce pas là un des principes du grind ? Hardcore, death et trash, punk, composent donc le menu de ce ‘Cycle’ absolument détonnant, rugissant et incontrôlable, bien que parfaitement maîtrisé en tout points sur le plan technique, malgré son patronyme, et sur lequel plane encore l’ombre du regretté Miesko Talarczyk de Nasum, mais aussi ami et producteur de Rotten Sound et c’est bien normal. Saluons également la performance parfaite de Keijo Niimaa -non ce n’est pas un japonais- qui passe du death au grind avec aisance, tout comme le reste des membres de cet excellent groupe alliant l’excellence du jeu à celle du songwriting, avec ces textes cyniques, sardoniques et coléreux, et l’arrivée du nouveau batteur, Sami Latva, ex-Deathbound, remplaçant Kai, parti en 2006 car ne pouvant assumer le nombre grandissant de concerts donnés par le groupe. Nouveaux champions de l’aural violence’, Rotten Sound a su faire sauter les barrières imposées de son style pour s’en aller cavaler en toute liberté sur les nuages noirs. ‘Cycle’ est définitivement Le premier grand album de 2008, et déjà l’un des meilleurs, assurément, dans le genre brutal, avec celui de Hate Eternal. Une claque sur chaque joue, 2008 commence bien !

Jean Paul Coillard


Hellhammer : « Demon Entrails » Century Media / Porwling Death records


Ce qui est amusant et triste à la fois, c’est de considérer, pratiquement vingt cinq ans plus tard, ce qui fut hué, vilipendé, traîné dans la boue, tourné en ridicule, tant du côté de la presse que des fans, mais aussi des autres groupes, bien qu’il ne faille pas oublier les précurseurs du black metal qui y jetèrent une oreille attentive -mais eux même étaient très underground et devaient également se battre pour leur survie- devenir tout à coup la réédition la plus attendue de l’année. Mais bon. Gravés en 1983 dans leur studio-bunker de Grave Hill, ces 28 titres, l’intégrale des trois démos du groupe (« Death Fiend », « Triumph of Death » et « Satanic Rites », regroupés sous la bannière générale de « Demon Entrails » portent bien leur noms, enregistrés qu’ils furent entre quatre murs de béton, en sous sol, sans moyen aucun, avec une technicité toute relative. Bien sûr, ce qui transpire, suinte, dégouline de ces plages sonores fiévreuses, essentielles, au son crade, c’est avant tout l’envie d’en découdre, de mordre, de hurler, de crier qui trouvait son palliatif dans la musique. Même si rien n’y est parfait, on sent vraiment qu’ils y croyaient, pour de bon, et laissaient vomir, jaillir d’eux toute une fougue et une haine adolescente, désordonnée, brouillonne, mais bouillonnante, creuset de ce qu’allait devenir, après une nouvelle métamorphose, Celtic Frost, abandonnant, derrière lui et sans regrets, ce ‘vilain petit canard’, pour qui le son était un bélier servant à enfoncer les murs le retenant prisonnier. A ce propos, la pochette indique que les bandes ont été remasterisées, mais, Tomas insiste bien sur ce point, ni réenregistrées ni, remixées. Les titres de « Demons Entrails » ont simplement été transférés digitalement, débarrassés des erreurs d’enregistrement de l’époque, nettoyés de ce que l’on peut malgré tout appeler leurs imperfections, pour les faire sonner comme le groupe l’aurait voulu à se moment là. Au dire de leurs ‘heureux parents’, le résultat est nettement plus agressif, moins ‘boueux et distordu’ que pratiquement vint cinq ans plus tôt, ce qui est logique vu les développements depuis, en matière d’enregistrement, de sonorisation et d’instruments eux-mêmes. On ne peut que noter le magnifique travail d’élaboration de la pochette, du livret, de l’iconographie et du soin apporté à ces bandes, jaillies d’outre tombe pour nous éclairer enfin sure la genèse de l’un des plus grands groupes de metal du monde. I’m gonna spit on your grave…

Jean Paul Coillard



Meshuggah: ‘ObZen’ ( Nuclear Blast)


Dire que Messhugah frappe à nouveau très fort est pratiquement à chaque fois un lieu commun, les gaillards nous ayant habitué depuis un paquet d’années à des uppercut et des knock out en tous genres au fil de leur production discographique et de leurs concerts en forme de strike, où le spectateur, lancé à toute allure, ferait la boule. Eh bien, rassurez vous, la livraison 2008 des Suédois, longuement peaufinée en studio, ne dépareille pas le lot, bien au contraire. Après un génial ‘Catch 33’ expérimental et haut en couleurs, suivi du EP ‘I’, tout aussi ‘exotique’, voici ‘ObZen’, axé sur le machiavélisme, et un retour au sources d’un metal extrême dont ‘Chaosphere’ reste, dix ans plus tard, l’une des plus belles pièces en la matière. Sorte de synthèse entre toutes les différentes périodes d’un groupe ayant tout de même démarré il y a quasiment vingt ans, on retrouve sur cet album le trash extrémiste des débuts, à commencer par ‘Combustion’, collé au cul par les implacables ‘Electric Red’ et ‘Bleed’, pour atterrir vers des rivages bien plus récents, mais vus sous un angle encore différent, comme cet étonnant ‘Dancers to a discordant system’ final de près de dix minutes, sans parler d’Obzen’, le morceau, taillé pour la route, et d’autres perles à découvrir au fur et à mesure de l’écoute. Plus brutal, plus ‘live’, plus organique que leurs dernières productions, tant au niveau de la prod et de la prise de son que de la structure des morceaux, ‘ObZen’ et sa pochette futuriste peignant un moine bouddhiste aux mains tachées de sang, signée Joachim Lutke, connu pour ses travaux avec Arch Enemy et Dimmu Borgir est, on l’aura compris, un très grand disque, un putain d’album de metal, à faire bander un mort, entre zen et obscène, lui fournissant une béquille au cas où il se retournerait. Et c’est ce qu’il faut. Même eux ont droit à se faire plaisir, et l’enfer devient alors, enfin, le paradis. On n’en attendait pas moins de Messhugah, perfectionnistes de la torture sonique et capables du plaisir les plus…extrêmes. A bon écouteur, salut !

Jean Paul Coillard


Venomous Concept: ‘Poisoned Apple’ (Century Media)

Bon, prenez deux membres de Napalm Death, au hasard le bassiste Shane Embury et le batteur Danny Herrera. Acoquinez les avec deux gars de la bande à Brutal Truth, le hurleur Kevin Sharp et le bassiste Danny Liker, et vous saurez vraiment ce que le concept de brutalité musicale signifie. Après ‘Retroactive Abortion’ quel joli titre, en 2004, voici ‘Poisoned Apple’ second méfait du super combo et premier pour Century Media. Sous une terrible pochette co-signée Kevin Sharp et James Herring, dépeignant un quatuor de lapins roses démembrés, éviscérés par l’explosion d’une bombe H autour de laquelle tournoient quelques colombes lamentablement impuissantes déboule quelques dizaines de minutes d’un grind/ punk/Hardcore de la plus belle eau, forte de l’expérience en la matière des deux groupes pré cités. Comme il se doit, Venomous Concept est une machine qui jamais ne s’arrête, sauf si vous-même demandez grâce. Mais il est fort à parier que le quartet de nos joyeux amis soit sans pitié aucune, tout comme cet album, une bonne claque aux mauvaises petites odeurs. Un joli pont entre mort au napalm et vérité brutale, tout est dans le concept.

Jean Paul Coillard


Hate Eternal: "Fury and Flames" (Metal Blade)


Tout comme les capotes, le brutal death ne supporte pas les bites molles, et « Fury and Flames » correspond exactement à ce à quoi l’on est en droit de s’attendre, venant de la part d’Eric Rutan. Dédié à la mémoire du regretté Jared Anderson, bassiste de son état, décédé en 2006, ( le morceau au titre français ‘Le tombeau de la fureur et des flammes’ lui est consacré) remplacé ici par Alex Webster de Cannibal Corpse, dont Rutan avait d’ailleurs produit le dernier album, c’est un quatrième disque d’une force incroyable, comme si Morbid Angel avait couché avec le Diable et accouché aux forceps d’un démon sonique. Le duo de guitares Rutan/ Shaun Kelley, déjà complices au sein de Ripping Corpse, fait merveille, ainsi que le jeu du batteur canadien Jade Simonetto, quatrième batteur du groupe depuis ses débuts. Techniquement assourdissant, ombrageux, hypra violent, féroce, « Fury and Flames », sous une superbe pochette signée Paul Romano et un nouveau label, Metal Blade, renvoie à leur Yop tous les apprentis death-metalleux courant après la gloire de Morbid Angel, Cannibal Corpse ou de Nile pour leur montrer qui est, finalement, le vrai patron. Eric Rutan, seul membre original, guitariste, chanteur, producteur et capitaine dans la tempête. Vous voyez, vous, une vaisseau de guerre pareil voguer sur une mer d’huile ? C’est plutôt le Cap Horn dans les écouteurs, le voyage se concluant sur l’étrange instrumental « Coronach ». Le disque de la douleur et de la colère, une sorte d’auto thérapie intime pour aller jusqu’au bout et revenir à la vie. Etonnant, le death…


Jean Paul Coillard


Impaled Nazarene : ‘Manifest‘ (Osmose)


Après une tournée proprement calamiteuse en 2006, faite d’annulations, de vol de matériel, de tourneurs en faillite et de menaces diverses, Impaled était au bord du split. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort, et, après dix sept ans de lutte acharnée et dix albums abattus avec une force de bûcherons, Mika et son gang reprend les gants pour ce ‘Manifest’, mélangeant dans son creuset diabolique 16 morceaux allant du metal old school au black, trash et punk, un nouveau coup de point dans une bataille sans merci. Toujours fidèle à Osmose, Impaled délivre ici son album le plus varié depuis ‘Suomi Finland Perkele’, sans dévier de sa route et de son style, toujours aussi rentre dedans, mais sans cette fois aucune compo signée Mika, en raison de l’urgence de l’écriture et de l’enregistrement. ‘Manifest’, outre son habituelle dose de speed et d’accélérations forcenées, propose également deux morceaux mid tempo, ‘Funeral for despicable pigs’ et ‘Dead return’ lors desquels la voix de Mika prend un tour proprement effrayant. Quant à l’intro, complétée de ‘Great Wrath’, elle donne le ton, avec sa bataille dans la neige, où de funestes cloches se font entendre en bruit de fond. Malgré les tempêtes, les grains et les blessures, les assauts de toute parts n’entament nullement, semble-t-il, la force de cette superbe bête de combat made in Finland. On passera juste sur la pochette un peu cheap pour ne retenir que le bruit et la fureur habitant ‘Manifest’, nouvel album d’un groupe toujours en proie aux plus grands malentendus. Open the bouc of nightmares. A bon entendeur…

Jean Paul Coillard



Pig Destroyer: ‘Phantom Limb’ (Relapse)

Au fil du temps et des albums, le combo de Scott Hull, surtout depuis le terrible ‘Terrifying’ de 2004, est passé du grind-death au death- grind, améliorant très nettement, lors du processus, la qualité de ses enregistrements mais aussi celui de ses morceaux. Recueil d’hymnes à l’amour, à la joie et à la beauté, ‘Phantom Limb’ est, on s’en doute bien, une ribambelle de morceaux furieux, aux riffs sanglants, au chant torturé, aux textes gore, ponctué de petites histoires parfaitement atroces, de true-crimes et d’abominations en tous genres, de tueurs en cavale et de rejetons du Diable en cavale. On notera cependant, au milieu de ce flot monstrueux que ‘Jupiter’s eyes’ est une chanson d’amour, dédiée par JR à Breanne, la ‘plus belle fille des deux côtés du Mississipi’. De bien beaux titres comme ‘Deathtripper’, ‘Thought crime spree’ et son riff à la Slayer ou encore ‘4th degree burns’ en disent long sur l’inspiration profonde du quatuor, plus virulent, plus barré, plus fort que jamais. Cet album terrible, aux chorus assassins, ce qui est normal après tout, s’achève avec ‘The Machete Twins’, l’histoire de deux jumelles meurtrières, avant de se conclure de la plus surprenante des façons par une vieille chanson de cow-boys, assourdie, annoncée par une infirmière apportant les cachets, et jouée par une radio sur le bord d’une route déserte, lorsque tous les occupants de la voiture sont morts, on ne veut pas savoir comment. Lorsque la chanson s’achève, pendant plus de cinq minutes, on n’entend que les grillons, les rares voitures qui passent et le profond silence de la vallée de la Mort ou du désert Mojave. Hills Have Eyes. Open up your eyes. And scream. Dans le désert, personne ne vous entend crier.

Jean Paul Coillard




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