Black, death, extrême, etc.Nile : ‘Those Whom the Gods Detest’ (Nuclear Blast)
La sortie d’un nouvel album du gang de
Karl Sanders est
toujours l’occasion d’une grande claque sonore et
métallique, et ‘Those Whom
the Gods Detest‘ ne faillit pas à la règle. Produit
à nouveau par Neil Kernon
(Cannibal Corpse, Slayer,…) après un déjà
sévère ‘Ityphallic’,-il ne faudrait
surtout pas oublier l’immense Eric Rutan, qui s’occupe ici
des parties de
batterie- ce cinquième album, massif et imposant,
démontre avec force que,
malgré son nom, le death peut se révéler vivant,
et aussi doté d’une force peu
commune. Changement de taille, les intros de naguère,
concoctées à l’aide
d’instruments anciens du Moyen Orient, sont ici
intégrées aux morceaux, leur
apportant une ampleur considérable par rapport à de
simples intermèdes. Ce ne
sont plus donc des introductions, mais bel et bien la chair et le sang
de
titres, alimentés de batailles antiques et de sombres sacrifices
dans l’Egypte
ancienne, prenant du coup une toute autre dimension. Ici, plus encore
qu’auparavant, la critique des dieux, anciens et nouveaux,
passés et actuels,
est totale, les fans et musiciens de metal étant, entre autres,
leurs têtes de
turcs. Nile, ceux que les dieux détestent mais que les fans
adorent, sont de
retour. God Hates Us All, but
we love them. Iwrestledabearonce :
It’s all happening (Century Media)
Si Bjork faisait du grind, elle appelait son groupe Iwrestledabearonce : déjà pour ce patronyme un rien taré (J’ai fait du catch avec un ours… !), cette pochette totalement sous acide, mais aussi et surtout pour ce diabolique mélange de genres : metal, grindcore, free jazz, électronique et samples qui nous est proposé ici avec ‘It’s all happening’, deux ans près un EP en forme d’apéro détruisant déjà le palais comme un shoot de mezcal pris à jeun. Originaire de Shreveport, Louisiane, Iwrestledabearonce propose ici, pour son coup d’essai, un coup de maître, à envoyer au tapis n’importe quel ours, tout grizzly qu’il soit. Mené par l’ultra dynamique Krysta Cameron, IWABO passe avec aisance du metal grind au bizarre absolu. La chanteuse elle-même balance sans problème entre hurlements sauvages et voix très mélodieuse, comme sur ‘White Water in the Morning’, ‘I’m cold and there are wolves after me’ ou des titres encore plus barges comme ‘Tastes like Kevin Beacon’, ‘The cat’s pajamas’ où, soutenue par un quatuor de barjots sans faille, elle porte le groupe vers des sommets de folie jouissive, avec des titres purement grind comme ‘Eli Cash Vs the godless savages’ mêlés de climats totalement out of space, tout comme ‘See you in Shell’, dernier titre de cet incroyable album, ovni d’une fin d’été bien trop sage, et l’on aimerait fichtrement se voir se poser par ici, sur une pelouse rose traversée de tremblements électrique, ce mélange inattendu de Pig Destroyer, de Gengis Tron et de la fée d’Islance. I wanna be loved bayou… Gorod :
‘Process of a new decline’ (Listenable)
Formé il y a douze ans sous le nom de Gorgasm à Bordeaux, Gorod revient aujourd’hui, après quelques changements de line-up, sous la forme d’un quintet, après l’arrivée d’Arnaud, pour ‘Process of a new decline’, nouvel album chez Listenable. Exit en effet de Sandrine, batteuse séminale du groupe, remplacée aujourd’hui par Sam Santiago, après avoir écumé les festivals américains et s’y être taillé un nom. Death brutal, technique et old school, ‘Process…’ s’offre cependant deux ouvertures, ‘The Path’ et ‘Watershed’, deux grands morceaux lumineux laissant la place à l’expérimentation, tant au point de vue du chant que du tempo et de la musique en elle-même, et permettant à ce voyage féroce en enthousiasmant d’arriver sans encombre au bout de sa route, après un ‘Common Hope’ et un ‘Almighty’s murderer’ spécialement féroce. Avec seulement deux albums en douze ans, il serait temps pour Gorod qu’on leur accorde enfin ce qu’ils méritent, plutôt que de les laisser pourrir sur des voies de garage. Ce qui, plus que le death, est vraiment mortel, au bout du compte. A bon entendeurs… Jean-Paul CoillardThe Legion: ‘A bliss to suffer’ (Listenable)
Déjà le troisième album pour ce quintet suédois, qui compte,
rappelons le, Emil Dragutinovic, ex-Marduk, dans ses rangs en tant que batteur.
‘A bliuss to suffer’ voit à la fois le retour au chant de Lars Martinsson et
l’arrivée à la basse de Kristofer Andersson, deux nouvelles péripéties dans un
line up en constante mutation. Après les productions des frangins Tagtgren, ce
disque est produit par le groupe lui-même, qui l’a enregistré dans son propre
studio. Alliant un black des origines, tendance Immortal entre autres et un
death old school, The Legion agrémente sa musique d’arrangements bricolés,
aucun claviériste ne faisant partie du groupe. S’il ne brille pas par son
originalité, ‘A bliss to suffer’ est cependant loin d’être un mauvais
album, aussi efficace dans les tempos lents que dans ceux réclamant une
certaine brutalité. Il manque peut être simplement cette petite touche de folie
qui pourrait faire la différence. Le prochain, maybe ? Engagez vous,
rengagez vous, qu’ils disent… God
Dethroned ‘Passiondale’ (Candlelight/ Season of Mist)
La guerre a toujours exercé une grande fascination pour une frange de la musique extrême, de Bolt Thrower en passant par Marduk et jusqu’à Slayer et bien sûr Iron Maiden. Aujourd’hui, c’est au tour des hollandais de God Dethroned de s’attaquer au sujet avec ‘Passiondale’, album concept sur la première guerre mondiale. Après un ‘Toxic Touch’ légèrement monolitique, ‘Passiondale’ (déformation anglaise du nom flamand de Passchendael) voit le retour, après huit ans d’absence, du batteur séminal du groupe, Roel Sanders, après le départ d’Arien pour rejoindre Epica. De même, Susan Gerl est la nouvelle guitariste, remplaçant Isaac Delahaye. C’est un album enregistré en trio, plus varié que son prédécesseur, amenant quelques mélodies et du chant clair et mélancolique (Marco, de The Wounded) sur certains morceaux, au milieu d’un trash death toujours aussi tonique. Si Henri Sattler écrit toujours la plupart des textes et de la musique, Danny Servaes apporte discrètement ses ambiances aux claviers, ce mélange de rage et de désespoir alternant dans un conflit, une boucherie de cet horrible acabit, dans ce désastre humain où se déroula l’un des grands massacres de 1917. Si ‘Passiondale’ n’est pas une réussite à cent pour cent, surtout à cause de quelques parties de guitare et de la linéarité de certains morceaux, heureusement rattrapés par d’autres, c’est un album tout à fait honorable, dont le potentiel scénique ne devrait faire aucun doute, ce qui est véritablement de bonne guerre. Wolves in the Throne Room: ‘Black cascade’ (Southern Lord)
Troisième livraison, la deuxième pour Southern Lord, du trio nord américain devenu quatuor, dont certains des membres vivent en autarcie dans une ferme de l’état de Washington, et fervents militants écologistes. Mélangeant un black metal pur Norvège nineties avec des côtés ambiant et parfois, folk dans l’inspiration, bien que rien n’en transparaisse dans leur musique, sauf dans la deuxième partie d’Ex-Cathedra’, ou dans le largement instrumental ‘Crystal Ammunition’, pas plus que leur grande influence, Emperor, Wolves in the Throne Room propose ici encore un grand album, composé uniquement de quatre morceaux, questionnant sans l’aide du corpse-paint l’idée même de civilisation. Ne refusant aucunement les avantages techniques de la modernité-comment marcheraient les guitares et les amplis ?-, Wolves s’interrogent cependant sur la perte de la spiritualité, se rapprochant ainsi des groupes pagan, Bathory en tête, et se déclarant totalement apolitique, à plus forte raison non-extrémiste. Sonique, entêtant, ‘Black Cascade’ est une nouvelle pierre sur le mur dont les bâtisseurs semblent prendre tout leur temps, malgré la hype, pour ériger une œuvre impérissable. Qui sait ? Napalm
death: ‘Time waits for no slave’ (Century Media)
Pour la treizième fois, le gang de Birmingham frappe, et, depuis ‘Scum’ en 87, toujours aussi fort, toujours droit au but. Ici encore, point n’est affaire de petits bras, et le quatuor de killers défouraille toujours avec la même verve que lors des années Thatcher. Mélangeant grindcore, death et trash des origines, avec une infime dosette de punk, ou ce ‘Procrastination On the empty vessel’, très proche de Killing Joke, avec un chant plus extrême bien entendu, Napalm a su, cependant, au fil des albums, se concocter une petite évolution musicale, notamment par l’apport de certains morceaux, plus sombres et plus lents, mais hélas visiblement trop ‘cools’ pour être joué sur scène, ce qui est bien dommage. Ici, ce sera surtout ‘Passive tense’ qui se retrouve dans cette catégorie proche des Swans, tandis que ‘Life and Limb’ s’inscrit dans une veine des plus bizarres, tout en brisures de rythmes et chant décalé. Pour le reste, à part quelques rares mid tempos (‘Downbeat Clique’, ‘A No-sided Argument’) ce nouvel album propose le cocktail habituel, speed et violent, sauvage et politisé, pour une destruction maximum de vos organes auditifs, toujours produit par Russ Russell, avec ici une clarté de son rarement atteinte, mais dont Napalm fait désormais son quotidien, un quotidien fort employé, surtout par Shane et ses multiples projets. Deux ans après ‘Smear Campaign’, ‘Time waits for no slave’ procède la même urgence, déjà implicite dans son titre, faite de musicalité, si, et de dextérité. Après un quart de siècle, Napalm Death reste, toujours et encore, au rang de ces groupes dont on ne pourrait pas se passer. Jean-Paul CoillardDevian :
‘God to the Illfated’ (Century Media)
Pour ceux qui ne seraient pas au courant, Devian compte dans ses rangs deux ex-membres éminents de Marduk, Emil Dragutinovic et Legion, et ce deuxième album, après le déjà conséquent ‘Ninewinged serpent’, ne peut que participer à leur conquête en force du monde de l’extrême. Maniant avec une grande dextérité le black des origines et le mélangeant sans modération au death, trash et heavy de tous horizons, Devian délivre ici le premier grand disque de 2009, mixé de main de maître par le grand Peter Tagtgren. Que dire de plus ? Que c’est aussi une formidable machine scénique ? Certes. Mais surtout que, telle l’Alien Queen, Marduk a engendré un rejeton tout aussi indestructible. Et tout un tas de petits malins vont s’apprêter à se casser les dents dessus. Jean-Paul Coillard
Décidément, Behemoth ne chôme guère : quelques mois à peine après la sortie du live ‘At the Arena Ov Aion / Live Apostosy’, voici que déboule un nouveau EP sept titres, baptisé ‘Ezkaton’. Au menu, du live et du studio, savamment dosés : trois titres en public, deux reprises et un inédit. ‘From the Pagan Wastelands’, ‘Decade of Therion’ et ‘Chant for Ezkaton 2000‘, capturés live en Hollande. Suit une reprise plutôt galopante des Ramones, ‘I’m not Jesus’, et ‘Rama Pekel’ cover d’un groupe de black metal tchèque, Master’s Hammer. L’inédit ‘Qadosh’ se révèle être un véritable bonus ( !), bien que résolument ancré dans l’histoire passée du groupe. Plus orienté death que ses prédécesseurs, ‘Ezkhaton’, EP charnière entre deux albums studios, est bel et bien la preuve que Behemoth, le Bête que l’homme ne peut domestiquer, dixit le livre de Job, est toujours bien vivante, et toujours aussi furieuse. Jean-Paul CoillardCradle of Filth: ‘Godspeed on the devil’s thunder’ (Roadrunner)
Cradle sera toujours Cradle, pour les siècles des siècles. Et, pour des vampires assoiffés, le temps ne fait rien à l’affaire. Dix ans après ‘Cruelty and the Beast’, consacré à Elisabeth Bathory, voici aujourd’hui ‘Godspeed on the devil’s thunder’, tournant quant à lui autour de la personnalité farouche et controversée de Gilles de Rais, assassin en série, amoureux de Jeanne d’Arc et inspirateur du personnage de Barbe Bleue. Décrit comme un ‘sombre conte de fée’, ce concept album retrace la vie tumultueuse de ce militaire du 15è siècle, se découvrant une passion à la dois pour l’alchimie et le meurtre. Rien ne se perd, tout se transforme. Epique, gothique, atmosphérique, métallique, tous les ingrédients sont là, l’inspiration en plus, pour un bon, un très bon album de Cradle, le meilleur depuis un bail, lorgnant davantage vers ‘Midian’ que vers un ‘Thornography’ bien moins efficace. Cradle, c’est toujours un grand film de la Hammer, ou bien le ‘Dracula’ de Coppola, mélangé à une bande son bien plus extrême. Doug Bradley, pinhead de la série ‘Hellraiser’, répond à nouveau présent ici, pour un disque haut en couleurs, plutôt sombres et rouge sang, plus brutal et homogène que les précédents, avec un black symphonique magnifié par ses apports heavy et trash, et la patte inimitable de l’immense Andy Sneap, véritable sorcier des studios. Meet the Devil and die, but enjoy it, comme aurait dit Gilles… Jean-Paul Coillard Toxic Holocaust: “An overdose of death” (Relapse)
Dès les premières mesures de ‘Wild days’, la purée est lâchée, et les choses sont claires : Toxic Holocaust est bel et bien le rejeton illégitime de Lemmy de Motorhead et de Slayer au grand complet : si le speed furieux des premiers est évident dès le titre d’entrée, mais aussi de pas mal d’autres comme ‘Endless Armaggedon’, le groupe trash et les riffs tueur de la Bay Area transcendent le groove de ‘Nuke the cross’. Bref Tom Araya chante-t-il dans Motorhead ? Lemmy a-t-il définitivement intégré un combo de trash furieux ? C’est un peu tout ça en même temps que cette ‘Overdose of death’ des plus jouissives, à la ‘bonne humeur’ communicative. Le géant ‘Future Shock’ déploie ses ailes comme un bombardier piloté par Bruce Robinson, lâchant ses munitions à répétition. Longtemps un one-man band, en la personne active de Joel Grind, Toxic Holocaust, après démos, auto produits et plusieurs années de tournées ‘à compte d’auteur’, se voit en fin signé sur Relapse pour sortir cette nouvelle production lourde, sale, sentant la poudre, l’huile de moteur et le dessous de bras. Le bonhomme, se démarquant d’ailleurs de la scène ricaine, avoue de fort penchant pour le trash allemand, le metal anglais et l’extrême nordique, avec qui il a souvent fricoté de manière active, ce qui recentre quelque peu le propos quant à ses inspirations. Mélange donc de trash, de death, de black metal, cocktail sauvage que l’on ici déguster sans modération. Eh puis, quand on s’appelle Toxic Holocaust, tout est dit, non ? Built for speed. Jean-Paul Coillard Enslaved : ‘Vertebrae’ (Indie recordings)
Curieux de s’appeler Enslaved, alors
que l’on prend autant de liberté à tous points de
vue. Jean-Paul Coillard Blood Ceremony: « Blood Ceremony » (Rise Above / La Baleine)
Labelmates d’Electric Wizard, Grand Magus et autres formations doom british, les Canadiens de Blood Ceremony nous offre, avec ce premier album éponyme, un petit voyage dans le temps, les seventies, et dans l’espace, à travers neuf titres voguant, dans une brouillard de fumée bleue, entre Black Sabbath et Jethro Tull, cette dernière référence due surtout à la présence magique de la chanteuse/ flûtiste Alia O’Brien. Hors mode, quoique, Blood Ceremony s’inscrit en tous cas à contre courant des sonorités et des technologies actuelles, bien que des groupes comme Enslaved et Mastodon, à l’exemple de Tool, s’abreuvent plus volontiers de Pink Floyd, Black Sab et Witchfinder que de Pistols, de Mayhem ou scène death de Tampa. Dès le départ, cet orgue malsain fait penser au film de Gordon Herschell Lewis, « Blood Feast », dont le patronyme du groupe n’est pas très éloigné. Ecoutez l’épique « Hymne to Pan » ou la mélodie magique de « Hop Toad » et plongez vous dans l’univers baroque, coloré, enfumé et psychotropesque de Blood Ceremony, en rêvant, chevauchant un manche à balais, sur des sabbats ( !) orgiaque ou aux aventures du Wtichfinder General. Le culte est parfois un truc au poil… Jean-Paul Coillard
Gojira : ‘The way of all flesh’ (Listenable)
Et de quatre! Après un ‘From Mars to Sirius’ qui les a fait connaître et reconnaître sur la scène internationale, après moult tournées et concerts hors de l’hexagone et la collaboration que l’on sait avec Max et Iggor au sein de Cavalera Conspiracy, après le concert d’Arras en première partie de leurs autres idoles, Metallica, Gojira pose ‘The way of all flesh’, nouvelle pierre à leur édifice de plus en plus indestructible. Fort des leçons du live et du studio, le groupe offre ici un genre d’accomplissement, une poussée en avant, tant sur le plan musical que sur celui des textes, mettant en avant la réflexion sur la mort et sur la destruction de la planète, au travers de morceaux d’une force impressionnante. Produit de bout en bout par le groupe et son entourage, ceci à propos de la jaquette et du livret de l’album, signés Mario, mais aussi de certains photos, œuvre de sa sœur Gaby, à présent, fort de son succès, Gojira se risque également en terra incognita, expérimentant encore plus qu’avant, s’aventurant sur les terrains délicats de l’électronique (‘A sight to behold’) ou du quasi black symphonique (‘Esoteric Surgery’) ou se payant une bonne tranche d’un death à la Morbid Angel (‘All the tears’), et ce toujours avec la plus grande virtuosité. Dorénavant, Gojira, qui a toujours su garder sa liberté, géographique notamment mais aussi et surtout artistique, a les coudées franches pour voler où bon lui semble. Epaulé par Logan Madder, qui enregistre la batterie aux USA et par le chant de Randy Blythe de Lamb Of God pour ‘Adoration of none’, ‘The way of all flesh’ est un animal taillé pour tout défoncer sur son passage. On lui en souhaite encore davantage ! Jean-Paul Coillard
The Amenta : «nOn » (Listenable)
L’Australie n’est pas seulement la terre d’AC/DC (qui sont anglais) ni d’Airbourne, (qui ne sont pas grand-chose), des moutons broutant… le bush, et des cartes postales d’Ayers Rock, c’est aussi le pays de The Amenta. Sauf si vous explorez régulièrement les contrées mal fréquentées de l’extrême, leur nom ne vous dira pas grand-chose, et c’est bien dommage, car, avec ce second album, ‘nOn’, ces mystérieux personnages seraient en droit légitime de casser la baraque, bien qu’ils soient plutôt du genre discret. Après un premier album d’assez bonne facture, ‘Occasus’, et de multiples changements de personnels, le groupe, qui pratiquait déjà un black / death / cyber metal de bonne facture, a ajouté quelques pincées électroniques bien cradingues et malsaines, mais c’est surtout radicalisé, tant au niveau de la musique que de son inspiration, de plus en plus misanthrope. Politique et apolitique en même temps, The Amenta ne cherche en aucun cas à se faire des amis, critiquant ouvertement une scène extrême paresseuse, passive et dénuée de tout intérêt. Pratiquant le terrorisme musical, masqués de cagoule sinistres, enveloppés dans une lumière verte et glauque, les membres de The Amenta ont choisi des titres courts, mais puissamment évocateurs, comme on en trouve chez leurs collègues de Skinny Puppy ou KMFDM, autres discrets fouteurs de merde sous estimés. Ayant créé un véritable univers, sonore et pictural, qui leur appartient en propre, The Amenta a mûri, appris à jouer, à composer, à manier ses instruments à la perfection, et sa musique, forte, puissante et inquiétante, ne peut que bouleverser l’oreille et le cerveau de l’auditeur en mal de sensations intelligentes. Remarquablement conçu et produit, ‘nOn’ renferme également quelques guests, comme Jason Mendonca d’Akercocke, Alice Daquet, de Sir Alice, ou encore Alex Pope, de Ruins, parmi d’autres. Avec ‘nOn’, The Amenta a non seulement trouvé ses armes, mais appris à les utiliser à bon escient. Mais, comme ils le disent si bien eux-mêmes, si vous n’aimez pas ça, fuck off an die. Une des excellentes surprises de l’année, un genre de spectacle total, novateur et jouissif. Jean-Paul Coillard
La persévérance finit parfois par payer: pour Amon Amarth, “Twilight of the thunder god” pourrait bien être celui d’une consécration bien méritée. Ouvrant leur death mélodique scandinave à quelques expérimentations et à l’irruption de riffs trash bienvenus et pertinents, ce disque des Suédois nous conte, à l’instar de la superbe pochette, la lutte de Thor contre le serpent Jörmungandr, jaillissant de l’océan Midgard, lutte à mort en plein Ragnarok, sous les yeux de son père Odin et du loup Fenris. Mjolnir, le marteau de Thor, ne peut rien contre le souffle des nuages empoisonnés rejetés par le serpent géant, et le dieu du tonnerre de périr au fin fond des eaux glacées, terrassé par autant de riffs mortels et de chant sauvage qu’il n’en faut au fan de metal habitué à de tels excès. Furieusement épique, cet album se situe aux confins d’un Manowar nourri au At The Gates, d’un Turisas plus brutal et d’un Bathory qui aurait trouvé ici les moyens de sa démesure créatrice. On trouve ici quelques guests, comme les cordes d’Apocalyptica sur « Live for the kill », la présence d’un cor sur « Tattered banners and bloody flags », LG Petrov, d’Entombed, qui vient pousser la chansonnette sur le martial « Guardians of Asgaard », et le guitariste de Bodom, Roope Latvala qui se fend d’un solo sur « Twilight of the thunder Go », superbe morceau d’introduction à ce septième album. Après « Odin’s on our side » en 2006, Amon Amarth est passé du stade de l’underground à celui de la tête d’affiche, ce qui ne l’empêche nullement de s’enquiller sur la tournée 2008 de L’Unholy Alliance 3 avec Slayer et Mastodon. Culture viking, inspiration folk, metal furieux, mélodique, puissant, catchy, tout cela fait la somme des ingrédients de « Twilight of the thunder god » : le battle-metal au sens le plus noble, la violence épique sur grand écran, pour une gifle en plusieurs dimensions, jusqu’à l’énorme final de « Embrace of the endless ocean ». Fucking heavy shit… Jean-Paul Coillard Lamb of God DVD: “Walk with me in Hell ( Roadrunner)
Déjà le troisième DVD pour Lamb of God, valeur sûre et tonitruante de la New Wave of American Metal. Ici, le groupe met le paquet avec une double couche d’images et de sons plongeant dans le côté public mais aussi l’intimité de l’un des plus grands groupes de true metal actuel. On peut en effet suivre Lamb Of God autour du monde, des Etats-Unis au Japon, de l’Australie à l’Europe, porter la bonne parole à la pointe de ses riffs assassins, d’Ozzfest en Unholy Alliance en compagnie de Slayer, en passant par la tournée avec Megadeth et des concerts en tête d’affiche. Les images live se combinent à de nombreuses et fort intéressantes interviews de tous les membres du groupe. Le disque 2 offre quant à lui l’intégralité de leur performance au fameux Download Festival, en Angleterre, ainsi que la super vidéo de « Redneck », où le groupe sème la panique dans un anniversaire de gamins, agrémentée de son making of et de celui de « Sacrement ». On l’aura compris, « Walk with me in Hell » est la pièce indispensable pour tout fan de Lamb of God qui se respecte. Plus de quatre heures trente, il faut tenir la longueur, et c’est un nouveau pari gagné. Pure heavy shit, man. Jean-Paul Coillard Nachtmystium : “Assassins Black Meddle, part 1” (Candlelight)
Encore un groupe à faire hurler les puristes! Fondé en 2000 par un Blake Judd alors âgé de seize ans, Nachmystium a peu à peu gravi les échelons, passant d’un black metal ‘dans la norme’, largement influencé par Darkthrone, pour l’album « Reign of the malicious » en 2002 à cette révélation de 2006 que fut « Instinct : decay ». En effet, dans celui-ci, le quatuor de Chicago incorporait tout de go synthétiseurs et cuivres, aussi bien que de la guitare acoustique, peu après la parution du EP « Eulogy IV ». Aujourd’hui, une fois le virage obliqué, on trace la route, sans retour possible ni souhaité, à grand coup de Moog. Mais ne croyez pas pour autant que Nachtmystium soit devenu un groupe de prog, car alors, que dire de Bathory, par exemple ? Au contraire, le groupe peut désormais développer ses tendances en toute tranquillité, fort de sa progression musicale et de sa rencontre avec ces autres tarés de Genghis Tron, qui osent quant à eux, et avec grand talent, le grind psychédélique. Incroyable, non ? Création et expérimentation sont désormais au menu du jour, et l’influence, tant musicale que psychotropique, de Pink Floyd reste fondamentale, jusqu’au tryptique de « Seasick » rappelant les vingt-trois minutes du lointain « Echoes » de Meddle, et qui clôt de façon magistrale un album qui l’est tout autant. Un nouveau groupe essentiel (dont fait partie Tony Laureano, ex- Nile, Dimmu Borgir, etc) fait entendre sa voix, qu’espérer de mieux ? Qu’ils nous reviennent vite sur scène. L’album pour un été proprement infernal… Jean-Paul Coillard Krisiun: « Southern Storm » (Century Media)
Retour du trio brésilien de Krisiun pour ce septième album, toujours sous la bannière de Century Media, après un « AssassiNation » fort en bouche en 2006. Lourdeur et vitesse sont toujours au programme d’Alex Camargo et des frères Kolesne, avec un death brutal entre Morbid Angel et les premiers albums de Sepultura. Ces derniers sont d’ailleurs à l’honneur ici avec une reprise fort honorable de « Refuse / Resist », plus que consistante. Et, de fait, « Southern Storm », comme son nom l’indique, est une machine qui ne s’arrête jamais, parfaitement huilée par de multiples tournées autour du globe. Krisiun, sans prétendre rivaliser avec ses grands maîtres, possède cependant pas mal de qualités intrinsèques, nécessaires au genre : le sens du speed, le son bien lourd et gras, le tout mêlé d’un certain groove loin d’être désagréable, comme dans « Minotaur », par exemple. Un poil trop long quand même, ce qui reste l’un des problèmes des albums actuels, tous genres confondus. Mais, malgré tout, pas de quoi se faire des cheveux pour autant, car Krisiun met le paquet. Jean-Paul Coillard Kypck : « Cherno » (Century Media)
C’est le premier album pour Kypck, mais ces gaillard n’en sont pas, et loin de là, à leur coup d’essai. En effet, S.S Lopakka et le batteur K.H.M Hillesmaa furent tout deux respectivement guitariste et producteur du défunt Sentenced, tandis que les autres membres évoluaient dans diverses formations. Quant au chanteur E. Seppanen, il est prof de russe en Finlande, et a travaillé à Moscou et St Petersbourg, ce qui faisait le quatrième comparse idéal pour ce combo de doom metal finlandais promis à un brillant avenir. Sous une pochette sombre, mélange de panoptique et d’usine produisant quelque monstrueuse chimie, d’un gris inquiétant traversé de rouge, entre « Hostel » et un monstre né du réalisme soviétique de l’après guerre, « Cherno » prend toute sa richesse au fil des écoutes, et fait mouche pour ne plus vous lâcher. Dans un climat angoissant, inquiétant, Kypck, après Minsk, déroule une à une ses sombres volutes macabres (la roulette russe de ‘Stalingrad’, par exemple) à l’ombre des potences en fleur. Entièrement chanté dans la langue de Raspoutine, ce qui accroît son étrangeté et son originalité, puissamment joué et produit par des experts, ce premier album fait l’effet d’un cocktail Molotov dans le paysage quelque peu pépère du metal estival. Ne manquez pas de jeter un œil sur la vidéo du morceau ‘1917’, ni d’aller faire un tour sur leur site de toute…beauté funeste. Welcome to the land of grey… Jean-Paul Coillard Opeth : ‘Watershed’ (Roadrunner)
Opeth est, a toujours été, et restera à jamais un groupe unique, quoiqu’il arrive. Et leur dernier album, ‘Watershed’, ne faillit pas à la règle. Pourtant, après les départs successifs du batteur Martin Lopez pour raisons de santé, mais surtout du séminal guitariste Peter Lindgren, après seize ans de bons et loyaux services, la vie du groupe semblait ne plus tenir qu’à un fil, nommé Mikael Akerfeldt. Mais, loin de jeter l’éponge, celui-ci décide alors de relever la tête et ce nouveau défi, et s’acocquine alors avec Martin Axenrot –dont Natalie Lorichs, la petite amie, chante sur ‘Coil’, et Fredrik Akesson, guitariste intérimaire chez Arch Enemy. Aujourd’hui, ‘Watershed’ est né, et ses parents soulagés se penchent sur son berceau, après avoir, encore plus que d’habitude, passé au crible leur discothèque sixties, des Zombies à Scott Walker ou Gentle Giant, pour remonter le temps jusqu’à Coroner et Celtic Frost, entre autres multiples influences du grand Mikael, qui trouve également le temps de chanter avec Bloodbath et de côtoyer divers autres projets, dont l’album d’Ishahn, ex-Emperor, grâce à qui, rappelons le, Opeth fut signé sur Candlelight en 94. Sept longs morceaux classieux sont à découvrir ici, oscillant entre acoustique ou metal sauvage, prog et psychédélisme. Pour lui, Akerfeldt en a écrit les textes en une seule nuit. Autre nouveauté, le groupe entier participe au processus de création musicale, alors que ‘Ghost Reveries’ était composé, des pieds à la tête, par son leader charismatique. Chaloupant entre rock aérien et metal des profondeurs, Opeth donne ici, à nouveau, toute la mesure de son talent. Jean Paul Coillard Soylent Green: ‘Inevitable Collapse in the Presence of Conviction’ (Metal Blade)
Après un ‘confrontation’ fort en gueule et riche en bouche, le quatuor de la Nouvelle Orléans remet le couvert, précédé par une superbe pochette, toujours aussi orientée illustration dans le style comic book. La salsa est la même, un gombo épais et gras, aux ingrédients fortement épicés de metal, de sludge et de hard core pour ce gang composé de la fine fleur du sud, membres de Eye Hate God et de Crowbar, à l’instar de formation teigneuse comme Down, Siuperjoint Ritual ou Arson Anthem. La brutalité n’empêche pas un certain groove, que l’on retrouve encore davantage présent ici que précédemment, au profit d’un légère décélération rythmique de l’ensemble. Puissamment produit par Eric ‘Morbid’ Rutan, ce nouvel album, au titre s’étirant comme les bayous de Louisiane, en dépit d’intermèdes acoustiques freinant la marche de la troupe, est cependant une marche essentielle dans la carrière de ces Southern Lords, fort éprouvés, comme tous les habitants du cru, par l’épouvantable cyclone Katrina. Visiblement, le vieux sud n’en finit pas de renaître de ses cendres. C’est un animal meurtri, blessé, couturé de partout, mais toujours partant pour avaler l’espace et ses habitants, comme une Alien queen qui s’amuserait, entre deux destructions massives, à faire de la musique, la parfumer au whisky et au Tabasco, dansant comme une folle sur des rythmes vaudous, entourée de rednecks sortis tout droit de Devil’s Rejects. On ne peut rien faire contre ça…
Jean Paul Coillard
Rotten Sound ‘Cycles’ (Spinefarm)
Cinquième album pour les finlandais de Rotten Sound, après un ‘Exit’ fracassant il y a deux ans et un petit maxi bien teigneux dans l’intervalle, ‘Consumate to contaminate’, histoire de faire patienter pour l’un des albums les plus attendus de ce début d’année. Rotten Sound, à coups de dents et de griffes, s’est fait son chemin, se retrouvant le premier groupe grind à entrer dans les charts finlandais, au sein d’une scène en pleine santé.18 titres pour une demi heure, on est loin de Dream Theater et de Santana, dans tous les sens du terme. A vrai dire, on a tout juste le temps de comprendre ce qui nous arrive que tout est déjà fini. Ne reste plus qu’à remettre le couvert de ce torrent homéopathique, plus efficace que mille pétards mouillés, malgré quelques rares mid tempos apportent un groove que l’on n’aurait pas soupçonné chez un groupe de ce style. Mais n’est ce pas là un des principes du grind ? Hardcore, death et trash, punk, composent donc le menu de ce ‘Cycle’ absolument détonnant, rugissant et incontrôlable, bien que parfaitement maîtrisé en tout points sur le plan technique, malgré son patronyme, et sur lequel plane encore l’ombre du regretté Miesko Talarczyk de Nasum, mais aussi ami et producteur de Rotten Sound et c’est bien normal. Saluons également la performance parfaite de Keijo Niimaa -non ce n’est pas un japonais- qui passe du death au grind avec aisance, tout comme le reste des membres de cet excellent groupe alliant l’excellence du jeu à celle du songwriting, avec ces textes cyniques, sardoniques et coléreux, et l’arrivée du nouveau batteur, Sami Latva, ex-Deathbound, remplaçant Kai, parti en 2006 car ne pouvant assumer le nombre grandissant de concerts donnés par le groupe. Nouveaux champions de l’aural violence’, Rotten Sound a su faire sauter les barrières imposées de son style pour s’en aller cavaler en toute liberté sur les nuages noirs. ‘Cycle’ est définitivement Le premier grand album de 2008, et déjà l’un des meilleurs, assurément, dans le genre brutal, avec celui de Hate Eternal. Une claque sur chaque joue, 2008 commence bien ! Jean Paul Coillard Hellhammer : « Demon Entrails » Century Media / Porwling Death records
Ce qui est amusant et triste à la fois, c’est de considérer, pratiquement vingt cinq ans plus tard, ce qui fut hué, vilipendé, traîné dans la boue, tourné en ridicule, tant du côté de la presse que des fans, mais aussi des autres groupes, bien qu’il ne faille pas oublier les précurseurs du black metal qui y jetèrent une oreille attentive -mais eux même étaient très underground et devaient également se battre pour leur survie- devenir tout à coup la réédition la plus attendue de l’année. Mais bon. Gravés en 1983 dans leur studio-bunker de Grave Hill, ces 28 titres, l’intégrale des trois démos du groupe (« Death Fiend », « Triumph of Death » et « Satanic Rites », regroupés sous la bannière générale de « Demon Entrails » portent bien leur noms, enregistrés qu’ils furent entre quatre murs de béton, en sous sol, sans moyen aucun, avec une technicité toute relative. Bien sûr, ce qui transpire, suinte, dégouline de ces plages sonores fiévreuses, essentielles, au son crade, c’est avant tout l’envie d’en découdre, de mordre, de hurler, de crier qui trouvait son palliatif dans la musique. Même si rien n’y est parfait, on sent vraiment qu’ils y croyaient, pour de bon, et laissaient vomir, jaillir d’eux toute une fougue et une haine adolescente, désordonnée, brouillonne, mais bouillonnante, creuset de ce qu’allait devenir, après une nouvelle métamorphose, Celtic Frost, abandonnant, derrière lui et sans regrets, ce ‘vilain petit canard’, pour qui le son était un bélier servant à enfoncer les murs le retenant prisonnier. A ce propos, la pochette indique que les bandes ont été remasterisées, mais, Tomas insiste bien sur ce point, ni réenregistrées ni, remixées. Les titres de « Demons Entrails » ont simplement été transférés digitalement, débarrassés des erreurs d’enregistrement de l’époque, nettoyés de ce que l’on peut malgré tout appeler leurs imperfections, pour les faire sonner comme le groupe l’aurait voulu à se moment là. Au dire de leurs ‘heureux parents’, le résultat est nettement plus agressif, moins ‘boueux et distordu’ que pratiquement vint cinq ans plus tôt, ce qui est logique vu les développements depuis, en matière d’enregistrement, de sonorisation et d’instruments eux-mêmes. On ne peut que noter le magnifique travail d’élaboration de la pochette, du livret, de l’iconographie et du soin apporté à ces bandes, jaillies d’outre tombe pour nous éclairer enfin sure la genèse de l’un des plus grands groupes de metal du monde. I’m gonna spit on your grave… Jean Paul Coillard
Dire que Messhugah frappe à nouveau très fort est pratiquement à chaque fois un lieu commun, les gaillards nous ayant habitué depuis un paquet d’années à des uppercut et des knock out en tous genres au fil de leur production discographique et de leurs concerts en forme de strike, où le spectateur, lancé à toute allure, ferait la boule. Eh bien, rassurez vous, la livraison 2008 des Suédois, longuement peaufinée en studio, ne dépareille pas le lot, bien au contraire. Après un génial ‘Catch 33’ expérimental et haut en couleurs, suivi du EP ‘I’, tout aussi ‘exotique’, voici ‘ObZen’, axé sur le machiavélisme, et un retour au sources d’un metal extrême dont ‘Chaosphere’ reste, dix ans plus tard, l’une des plus belles pièces en la matière. Sorte de synthèse entre toutes les différentes périodes d’un groupe ayant tout de même démarré il y a quasiment vingt ans, on retrouve sur cet album le trash extrémiste des débuts, à commencer par ‘Combustion’, collé au cul par les implacables ‘Electric Red’ et ‘Bleed’, pour atterrir vers des rivages bien plus récents, mais vus sous un angle encore différent, comme cet étonnant ‘Dancers to a discordant system’ final de près de dix minutes, sans parler d’Obzen’, le morceau, taillé pour la route, et d’autres perles à découvrir au fur et à mesure de l’écoute. Plus brutal, plus ‘live’, plus organique que leurs dernières productions, tant au niveau de la prod et de la prise de son que de la structure des morceaux, ‘ObZen’ et sa pochette futuriste peignant un moine bouddhiste aux mains tachées de sang, signée Joachim Lutke, connu pour ses travaux avec Arch Enemy et Dimmu Borgir est, on l’aura compris, un très grand disque, un putain d’album de metal, à faire bander un mort, entre zen et obscène, lui fournissant une béquille au cas où il se retournerait. Et c’est ce qu’il faut. Même eux ont droit à se faire plaisir, et l’enfer devient alors, enfin, le paradis. On n’en attendait pas moins de Messhugah, perfectionnistes de la torture sonique et capables du plaisir les plus…extrêmes. A bon écouteur, salut ! Jean Paul Coillard Venomous Concept: ‘Poisoned Apple’ (Century Media)
Bon, prenez deux membres de Napalm Death, au hasard le bassiste Shane Embury et le batteur Danny Herrera. Acoquinez les avec deux gars de la bande à Brutal Truth, le hurleur Kevin Sharp et le bassiste Danny Liker, et vous saurez vraiment ce que le concept de brutalité musicale signifie. Après ‘Retroactive Abortion’ quel joli titre, en 2004, voici ‘Poisoned Apple’ second méfait du super combo et premier pour Century Media. Sous une terrible pochette co-signée Kevin Sharp et James Herring, dépeignant un quatuor de lapins roses démembrés, éviscérés par l’explosion d’une bombe H autour de laquelle tournoient quelques colombes lamentablement impuissantes déboule quelques dizaines de minutes d’un grind/ punk/Hardcore de la plus belle eau, forte de l’expérience en la matière des deux groupes pré cités. Comme il se doit, Venomous Concept est une machine qui jamais ne s’arrête, sauf si vous-même demandez grâce. Mais il est fort à parier que le quartet de nos joyeux amis soit sans pitié aucune, tout comme cet album, une bonne claque aux mauvaises petites odeurs. Un joli pont entre mort au napalm et vérité brutale, tout est dans le concept. Jean Paul Coillard Hate Eternal: "Fury and Flames" (Metal Blade)
Tout comme les capotes, le brutal death ne supporte pas les bites molles, et « Fury and Flames » correspond exactement à ce à quoi l’on est en droit de s’attendre, venant de la part d’Eric Rutan. Dédié à la mémoire du regretté Jared Anderson, bassiste de son état, décédé en 2006, ( le morceau au titre français ‘Le tombeau de la fureur et des flammes’ lui est consacré) remplacé ici par Alex Webster de Cannibal Corpse, dont Rutan avait d’ailleurs produit le dernier album, c’est un quatrième disque d’une force incroyable, comme si Morbid Angel avait couché avec le Diable et accouché aux forceps d’un démon sonique. Le duo de guitares Rutan/ Shaun Kelley, déjà complices au sein de Ripping Corpse, fait merveille, ainsi que le jeu du batteur canadien Jade Simonetto, quatrième batteur du groupe depuis ses débuts. Techniquement assourdissant, ombrageux, hypra violent, féroce, « Fury and Flames », sous une superbe pochette signée Paul Romano et un nouveau label, Metal Blade, renvoie à leur Yop tous les apprentis death-metalleux courant après la gloire de Morbid Angel, Cannibal Corpse ou de Nile pour leur montrer qui est, finalement, le vrai patron. Eric Rutan, seul membre original, guitariste, chanteur, producteur et capitaine dans la tempête. Vous voyez, vous, une vaisseau de guerre pareil voguer sur une mer d’huile ? C’est plutôt le Cap Horn dans les écouteurs, le voyage se concluant sur l’étrange instrumental « Coronach ». Le disque de la douleur et de la colère, une sorte d’auto thérapie intime pour aller jusqu’au bout et revenir à la vie. Etonnant, le death…
Jean Paul Coillard
Impaled Nazarene : ‘Manifest‘ (Osmose)
Après une tournée proprement calamiteuse en 2006, faite d’annulations, de vol de matériel, de tourneurs en faillite et de menaces diverses, Impaled était au bord du split. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort, et, après dix sept ans de lutte acharnée et dix albums abattus avec une force de bûcherons, Mika et son gang reprend les gants pour ce ‘Manifest’, mélangeant dans son creuset diabolique 16 morceaux allant du metal old school au black, trash et punk, un nouveau coup de point dans une bataille sans merci. Toujours fidèle à Osmose, Impaled délivre ici son album le plus varié depuis ‘Suomi Finland Perkele’, sans dévier de sa route et de son style, toujours aussi rentre dedans, mais sans cette fois aucune compo signée Mika, en raison de l’urgence de l’écriture et de l’enregistrement. ‘Manifest’, outre son habituelle dose de speed et d’accélérations forcenées, propose également deux morceaux mid tempo, ‘Funeral for despicable pigs’ et ‘Dead return’ lors desquels la voix de Mika prend un tour proprement effrayant. Quant à l’intro, complétée de ‘Great Wrath’, elle donne le ton, avec sa bataille dans la neige, où de funestes cloches se font entendre en bruit de fond. Malgré les tempêtes, les grains et les blessures, les assauts de toute parts n’entament nullement, semble-t-il, la force de cette superbe bête de combat made in Finland. On passera juste sur la pochette un peu cheap pour ne retenir que le bruit et la fureur habitant ‘Manifest’, nouvel album d’un groupe toujours en proie aux plus grands malentendus. Open the bouc of nightmares. A bon entendeur… Jean Paul Coillard
Au fil du temps et des albums, le combo de Scott Hull, surtout depuis le terrible ‘Terrifying’ de 2004, est passé du grind-death au death- grind, améliorant très nettement, lors du processus, la qualité de ses enregistrements mais aussi celui de ses morceaux. Recueil d’hymnes à l’amour, à la joie et à la beauté, ‘Phantom Limb’ est, on s’en doute bien, une ribambelle de morceaux furieux, aux riffs sanglants, au chant torturé, aux textes gore, ponctué de petites histoires parfaitement atroces, de true-crimes et d’abominations en tous genres, de tueurs en cavale et de rejetons du Diable en cavale. On notera cependant, au milieu de ce flot monstrueux que ‘Jupiter’s eyes’ est une chanson d’amour, dédiée par JR à Breanne, la ‘plus belle fille des deux côtés du Mississipi’. De bien beaux titres comme ‘Deathtripper’, ‘Thought crime spree’ et son riff à la Slayer ou encore ‘4th degree burns’ en disent long sur l’inspiration profonde du quatuor, plus virulent, plus barré, plus fort que jamais. Cet album terrible, aux chorus assassins, ce qui est normal après tout, s’achève avec ‘The Machete Twins’, l’histoire de deux jumelles meurtrières, avant de se conclure de la plus surprenante des façons par une vieille chanson de cow-boys, assourdie, annoncée par une infirmière apportant les cachets, et jouée par une radio sur le bord d’une route déserte, lorsque tous les occupants de la voiture sont morts, on ne veut pas savoir comment. Lorsque la chanson s’achève, pendant plus de cinq minutes, on n’entend que les grillons, les rares voitures qui passent et le profond silence de la vallée de la Mort ou du désert Mojave. Hills Have Eyes. Open up your eyes. And scream. Dans le désert, personne ne vous entend crier. Jean Paul Coillard
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