Cannibal Corpse : Blood, sweat and fears...


Chiant comme la mort n'est certes pas un qualificatif qui s'applique à Cannibal Corpse : chacun de ses albums, aussi brutaux les uns que les autres, apparaît comme un film gore low budget dont chaque titre composerait l'une des séquences. Court mais efficace comme un coup de sabre, genre tuerie sur le coup avec une pochette incroyable (et souvent censurée) signée Vincent Locke, l'album type de Cannibal Corpse vous laisse le souffle court, le cœur en proie à la tachycardie, la peau moite et l'œil fuyant de tous côtés, cherchant encore la source de ces sons monstrueux tapis dans l'ombre et qui poursuivent le naïf égaré et l'incrédule goguenard pour les dévorer tout crus, arracher leurs chairs à grands coups de dents suraiguisées et se repaître de la vue du désastre sanglant qu'ils auront causé.  Après un hallucinant "Gallery of suicide", "Bloodthirst" poursuit le dur chemin de l'évangélisation des vivants par le chemin de croix sonique et le goût de la chair fraîche made in Florida. Interview un soir de froid avec Paul Mazurkiewicz, esprit frappeur des Cannibales.


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-Le nouvel album de Cannibal Corpse, "Bloodthirst", est produit par Colin Richardson ( Machine Head, Fear Factory,...). Comment s'est passée cette rencontre?

-Ce fut un superbe boulot naturellement : c'est un grand producteur et nous voulions travailler avec lui, aussi on lui a un peu couru après et notre label l'a contacté, lui demandant s'il serait d'accord pour travailler avec nous. Il se trouve qu'il l'était, heureusement pour nous car nous pensons qu'il est le meilleur producteur qu'on ait eu à ce jour. C'est très cool de bosser avec lui, c'est un type super, on y a pris énormément de plaisir : c'est quelqu'un de très terre à terre mais avec qui il est très facile de travailler.

-Et qu'a-t-il apporté au groupe ?

-Le son uniquement, on n'a rien fait différemment de ce qu'on fait d'habitude et il n'avait rien à voir avec le processus d'écriture, comme d'ailleurs aucun de nos producteur. Il nous a apporté le son dont nous avions besoin, surtout au niveau de la batterie et des guitares. Ca devient vraiment apparent quand tu écoutes les disques à la suite, tu peux dire que "Bloodthirst" possède le meilleur son, principalement à cause de ces deux éléments que sont les guitares et la batterie. Il n' y a pas de surproduction : Colin a fourni un son plus puissant et l'a rendu genre "en pleine figure", si on peut dire. C'est l'essentiel de ce qu'il a apporté au groupe, il nous a donné un sacré coup de pouce.

-As tu le sentiment que le groupe a atteint puis dépassé un nouveau stade avec "Gallery of suicide" : nouveau son déjà, nouveaux membres ?

-Oui, bien sûr, et je ne sais pas à partir de quel moment nous nous sommes rendus compte de cette progression naturelle, peut être depuis que George a rejoint le groupe et que nous pensons tous qu'une nouvelle ère est apparue avec lui parce qu'il a apporté ce qui nous manquait au niveau du chant. Nous avons enregistré "Gallery", et, le temps passant, on a trouvé de plus en plus cool d'avoir George avec nous tout au long de l'année pour travailler les compos et quoi que ce soit d'autre. Pour "Gallery", tout s'est presque fait tout seul, c'était un peu expérimental, surtout sur des morceaux comme "From skin to liquid" ou "Sentenced to burn", qui étaient différents de ce que l'on avait l'habitude d'écrire, mais qui nous ont permis de varier un tant soit peu notre style, ce qui nous fut bénéfique, comme un nouveau tremplin en quelque sorte. "Gallery" est un superbe album, et je le considère comme le tremplin naturel de "Bloodthirst" qui lui est supérieur. J'espère que je pourrai en dire autant du prochain en parlant de celui là ! Je pense que l'on grimpe sans arrêt l'échelle et qu'on s'améliore sur bien des points, l'écriture et le reste...

-Vous semblez avoir toujours des problèmes avec vos pochettes : celui-ci en a encore deux...

-Oui, et on va le faire à chaque fois, parce qu'il semble qu'il y aura toujours un problème à un endroit quelconque, aussi on laisse le choix aux labels des différents pays :  si ça ne tenait qu'à nous, on ne ferait qu'une seule et unique pochette, mais je ne pense pas que l'on aie autant de problèmes maintenant que dans le passé. "Bloodthirst" possède une pochette plutôt brutale dans sa version non censurée, mais je ne trouve pas l'album particulièrement choquant, comme pour, disons, "Butchered at birth" ou "Tomb of the mutilated" : là, tu peux comprendre que les gens tiquent sur certains morceaux, mais "Bloodthirst" est beaucoup plus cérébral et science fictionnel, en tous cas différent. On se doutait bien qu'on aurait encore des problèmes, alors on a fait deux pochettes, et tout va bien pour nous...

-Vincent Locke, le dessinateur de ces pochettes, justement, est aussi encreur chez DC comics et dessinateur ; étiez-vous vous-mêmes des fans de comics ?

-Oh oui, mais surtout  avant, j'étais un grand fan de comics étant plus jeune, beaucoup plus qu'aujourd'hui en tous cas, ainsi que Jack, le guitariste. C'est comme ça qu'on a trouvé Vincent, qui dessinait "Dead World comics" et on
aurait bien aimé qu'il se charge de nos pochettes. Alex et George aussi aimaient les comics, mais ce que j'aime aujourd'hui en comics est très différent de ce que je pouvais apprécier à l'époque...

-D'où te vient l'inspiration : des films ? des comics ? des livres ? De la vie réelle ? ... ?

-Aujourd'hui, principalement de l'imagination : à nos débuts, on regardait tout un tas de films, on lisait pas mal de choses, on allait un peu dans tous les sens. A présent, pour donner un exemple, pour les six chansons que j'ai écrites pour "Bloodthirst", je n'avais en fait que le titre et la musique et je réfléchissais pour savoir ce que devrait être la chanson, me servant de mon imagination pour créer une sorte d'histoire dérangeante qui me rendrait mal à l'aise, un truc perturbant, un peu malade sur les bords, voilà comment je procède actuellement, et l'on essaie tous de faire pareil, parce que l'on a un énorme bagage de choses accumulées au cours des ans, alors autant s'en servir et faire travailler son imagination dessus.

-A propos de censure : l'Allemagne est-il le seul pays à vous faire des misères ou les Etats-Unis s'y mettent-ils aussi ?

-C'est principalement l'Allemagne, l'Amérique n'est pas si terrible que les gens le croient : tout le monde pense que les Etats-Unis sont le pays où l'on est le plus censurés et d'où viennent la plupart des problèmes, mais la majeure partie de nos ennuis sont venus de ce pays d'Europe. Sinon, ça se passe plutôt bien partout : nos disques se vendent en Nouvelle Zélande, en Corée, et recommencent à être commercialisés en Australie, donc les problèmes là bas ont dû être résolus. L'Allemagne excepté, et l'on sait pourquoi les problèmes s'y posent, tout ce qui peut se passer aux Etats-Unis reste très mineur.  Nous avons de la chance, ça pourrait être pire et nous pourrions avoir bien plus de problèmes que nous n'en avons : nous sommes là  depuis onze ans, nous avons sorti sept albums, nous faisons toujours ce en quoi nous croyons, nous tournons, personne ne peut nous arrêter !

-Quelle fut la pire attaque proférée contre vous, à propos de votre musique ?

-Qu'on était à chier ! C'était terrible : je me souviens quand notre premier album a été chroniqué par Calvin Sharp alors qu'il était davantage journaliste que membre de Brutal Truth ; il a écrit qu'on était le pire groupe de tous les temps, qu'on était de la merde, c'était horrible. C'est toujours marrant quand des gens nous chroniquent, surtout à l'époque, pour le premier disque, alors que c'est le tout début, LE disque, et que ces gens ne savent pas encore que vous serez là dans onze ans, alors ils ne peuvent que spéculer et essayer de penser. Mais par la suite nous avons eu d'assez bonnes critiques, bien que quelques unes par ci par là soient mauvaises, mais en majorité nous avons été acceptés bien sûr par les fans mais aussi par la presse : je n'ai rien vu de négatif depuis quelques années nous concernant. Mais les premières critiques sont primordiales, et si vous dites que rien n'est à espérer ou que vous êtes le pire groupe du monde ou que vous avez produit le pire album de tous les temps... Mais nous sommes toujours là, onze ans après ! On ne pense guère à la presse, on a évolué, on ne peut pas faire autrement : on doit faire son propre truc et c'est ce qu'on a fait, aussi on continuera, ce qui prouvera à plein de gens qu'ils avaient tort : en étant toujours dans le coup et en étant aussi populaire que nous le sommes !

-Vous trouvez toujours des titres incroyables pour vos morceaux : faites-vous un concours entre vous ?

-Pas vraiment, on fait juste un brainstorming collectif en s'asseyant tous ensemble,en écrivant plein de phrases et de blagues : quelques unes sont stupides et d'autres ont l'air "sympa" ( ? !), et parfois on les cherche pendant un ou deux mois avant de décider laquelle fera une chanson. On a employé cette méthode pour "Bloodthirst", avec une feuille de papier circulant entre nous et sur laquelle chacun apposait ses idées et suggestions. Nous le referons pour chaque disque, bien plus systématiquement que par le passé.

-A Strasbourg, vous avez partagé l'affiche avec des groupes de black metal comme Marduk : que penses-tu du black metal ?

-Je n'en n'écoute pas et donc je n'en pense rien, mais il y a sûrement de bons groupes : j'aime Marduk, ils sont rapides, brutaux, et les mecs sont très cool, mais je n'écoute pas ça, je n'écoute que du death ces jours-ci ! J'aime ce que nous faisons, ce qui est le plus important à mes yeux ; j'aime la musique de Cannibal Corpse et jouer dans ce groupe. Il existe tout plein de bons nouveaux groupes mais je ne les suis pas tellement, je n'ai jamais possédé de disque de black metal, mais George, par exemple, en écoute beaucoup.

-Vous faites une apparition remarquée dans le film "Ace Ventura, pet detective", aux côtés de Jim Carrey : comment cela s'est il produit ?

-Eh bien Jim Carrey était fan de death metal et de Cannibal Corpse ! Il nous a demandé de paraître dans le film, et ce fut en fait aussi simple que ça. Notre label nous a appelé, disant que Jim Carrey nous voulait dans le film. Nous avons bien sûr accepté et nous sommes envolés pour Miami Beach pour quatre jours de tournage super : rencontrer Jim et le metteur en scène, ils étaient très heureux que nous soyons là et nous étions très honorés. C'était dingue ! Et le top était d'apprendre que Jim Carrey était fan de death metal ! Je ne sais pas s'il l'est toujours ou s'il est branché sur autre chose, mais il avait nos disques et nous chantonnait nos propres chansons. C'était très intéressant et carrément sympa mais on n'a plus gardé le contact, alors... Le film nous a beaucoup aidé car beaucoup de gens l'ont vu et nous ont vu et je sais que nous y avons gagné un grand nombre de fans.

-N'était-ce pas frustrant de ne pas apparaître dans un film gore ou fantastique au moins ?

-Ca m'est égal, en fait, c'était chouette de faire ce film. Si ça avait été un film gore ou d'horreur, nous aurions été dans la situation où nous sommes actuellement, peut être sur scène en train de jouer. Par contre, la chose plutôt ironique, c'est de voir Cannibal Corpse dans une comédie stupide et décalée : c'est sûrement étrange mais cool. C'est bon aussi pour les contacts pour le groupe, mais je n'ai jamais pensé jouer dans un film d'horreur, ça ne m'empêche pas de dormir !

-Et aimerais-tu composer une B.O pour un film de ce genre ?

-Je n'y ai jamais pensé non plus, je ne suis pas tellement musicien en fait, mais peut être que les autres, plus tard, si Cannibal Corpse cessait d'exister et que chaque membre avait le temps de composer dans d'autres directions, mais pas pour le moment, pas en temps que groupe je pense. Mais qui peut prédire l'avenir ? C'est difficile à dire...

-Qu'est-ce qui t'as attiré au départ dans le death metal et quels groupes t'ont donné envie d'en jouer ?

-Sans doute le fait que nous avons été attirés par cette musique lorsqu'elle commençait à prendre forme, toute cette scène thrash et death. Nous avions le même âge et c'était merveilleux et j'adorais ça, tous ces groupes, le rock qui passait à la radio, les chansons heavy. Quand tu es gosse, les Kinks te paraissent heavy, mais lorsque tu découvres Black Sabbath, Iron maiden ou Metallica, ou Slayer bien sûr ! A ce moment là, je cherchais les trucs les plus durs : alors vinrent Kreator et Sodom et Morbid Angel, et la scène death poussa l'extrême dans ses limites. Slayer est une influence pour nous tous dans ce milieu, comme les premiers Metallica et les punks comme DRI, COC, the Accused, tous ces groupes dingues, ultra rapides, complètement barjots.

-Et quel est le futur pour Cannibal Corpse ?

-Quel peut être le futur pour des morts ? Revenir, bien sur ! ! !

(Propos recueillis à Paris par Jean Paul Coillard)


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