
Dark Tranquility : The gates of Sweden

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Peut-on vraiment parler de jeune groupe à propos de Dark Tranquility ? Oui et non, rien n'est moins sûr
en effet, car si, lors de leur première démo en 91, les quatre de Gotheborg, Suède, à présent six, alignaient
tout juste dix-sept printemps de moyenne générale, ils sont à présents forts de quatre albums fort respectés
dont le dernier, "Projector", a fait carrément un gros carton moins sur la scène death que partout ailleurs,
s'ouvrant comme une fleur vénéneuse et magnifique. Comment pourrait-on qualifier le death mélodique,
expression déjà antinomique en soi ? La joie dans la douleur ? Ben oui, c'est peut-être ça, Dark tranquility,
ce mélange féroce au sein d'un même bocal de sauvagerie venue de l'extrême et d'un genre de recherche
de l'absolu par voie de sons et d'instruments, de chant clair et de riffs bien sentis. Rencontre quelques
heures avant leur dernier concert parisien sold out avec un Mikael Stanne cherchant la...tour Eiffel.
Projector : moteur : action !
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-Tout d'abord, d'où vient ce nom de Dark tranquility, qui sonne plutôt gothique ?
-Il vient d'une
chanson que l'on a écrite il y a dix ans, qui s'appelle "Void of tranquility". C'est un peu comme cette
idée sans signification particulière d'un endroit spécial qui peut être la mort, ou bien la vie, un endroit
absolument tranquille et reposant. On était très sérieux à l'époque, mais aujourd'hui je crois que c'est
quelque chose qui ne doit pas prendre autant de réflection !
-Quelles sont vos racines musicales
?
-Nous en avons tous d'assez différentes, mais quand on a démarré le groupe on écoutait beaucoup
de speed metal mélodique, Blind Guardian, Helloween, Kreator, Sodom et tous ces groupes allemands ; Black
Sabbath nous a aussi beaucoup influencés ; Maiden , Bon Jovi, on était des mômes ! Et puis Depeche Mode,
des trucs pop, tous très différents, et du metal, mais personne n'écoute plus de metal à présent dans
le groupe.
-Et qu'écoutes-tu quand tu es chez toi ?
-Sarah McLachlan, Tori Amos, Jeff Buckley,
Ozric Tentacles, Oingo Boingo, Morrissey, des trucs comme ça, principalement des chanteurs, et du prog
rock comme Yes, du vieux Genesis, King Crimson, Nick Norton, mes favoris depuis toujours. Mais rarement
du metal...
-Vous avez enregistré plusieurs reprises, celle de Mercyful Fate, par exemple : aimes-tu
ça et comptes-tu récidiver ?
-J'ai beaucoup aimé le faire, et on le referait plus si on avait
le temps. Pour la reprise de Mercyful Fate, c'était cool mais je me suis niqué la voix et je n'aime pas
ça du tout. On a repris Maiden et Metallica pour le Japon, ce qui était très sympa aussi. La prochaine
reprise sera "Street spirit" de Radiohead, on y travaille en ce moment. C'est sûr qu'on en fera d'autres
par la suite.
-Le départ du groupe d'Osmose pour Nuclear Blast coïncide-t-il avec la fin de votre
période death ?
-Je ne dirais pas ça, car "Projector" a été enregistré pour Osmose, qui a payé
le studio, mais nous n'avions pas encore de contrat. Nous avons senti, après l'enregistrement et à l'écoute
de l'album, qu'il ne collerait pas avec l'image et l'idée d'Osmose qui a une certaine façon de faire
les choses, et ce disque était très loin d'eux. Ca n'a rien à voir avec Osmose, qui fut super avec nous,
mais c'est une idée personnelle que nous voulions mener à bien.
-Votre nouveau label, Nuclear
Blast, a la réputation de s'occuper particulièrement bien de ses groupes. Cela a-t-il déterminé votre
choix ?
-Oui, car ils sont très larges d'esprit, ils apprécient ce que tu peux faire et ils ne
veulent pas te changer à tout prix ; ils sont très versatiles lorsqu'ils s'agit de parler promo, distribution,
marketing, ils sont sans limites et c'est pour ça qu'on s'y sent si bien, on peut faire ce que l'on veut
sans se préoccuper à chercher un label alors que celui-ci assure la promo pour six pays : on est heureux
de tout ça.
-D'où vient l'inspiration, plutôt éloignée du death, pour "Projector" ?
-Tout
est différent du death, et notre inspiration vient à présent de n'importe où. Pour "Projector", nous
avons voulu faire quelque chose de très personnel, que nous aimerions tous, très éloigné du death metal,
c'est ce qui est ressorti tout de suite. Pour nous, ce fut comme une libération, chose que nous avons
très fortement ressenti. Rien en particulier, mais seulement des envies très...personnelles !
-Cette
inspiration n'est-elle qu'une étape ou bien l'aboutissement d'une envie de longue date ?
-Nous
avons toujours voulu faire un album différent à chaque fois, on voulait éviter de refaire perpétuellement
le même, un autre "Gallery", un autre "Mind's I". Le prochain sera différent aussi, un autre projet :
on quitte celui-ci pour partir sur un autre. De ce fait, chaque album constitue une transition pour nous,
car on choisit notre direction. Le prochain album pourra surprendre : changer la règle, c'est naturel
pour nous !
-Et pour le chant clair, est-ce une nouvelle orientation ?
-C'est quelque chose
que j'ai toujours fait, en fait : sur "Skydancer", par exemple, et tout le temps sur scène. Je chante
tout le temps à la maison, en jouant de la guitare, j'écris, je fais des reprises avec des potes ; j'adore
chanter, et c'est toujours extra d'avoir un nouveau moyen d'expression qui nous fasse progresser. J'ai
vraiment niqué ma voix en chantant du death. C'est désolant car j'ai brisé mes cordes vocales et j'ai
comme un noeud lorsque je dois faire des chorus. Je dois être très prudent avec ça, en répétition ou
en live, faire attention, et j'ai horreur de ça. Mais Je suis parti pour un ailleurs qui me fait faire
autre chose à présent.
-Vous avez produit vous-mêmes l'album. Est-ce un choix délibéré ou n'avez-vous
pas trouvé le bon producteur ?
-Nous avons produit la grosse majorité de "Projector" tous seuls,
avec l'aide de Fredrik Norsröm qui nous a bien aidés pour quelques trucs et pour l'enregistrement, mais
la plupart des morceaux étaient déjà pratiquement terminés quand on est entrés en studio : on n'a pas
besoin d'un producteur, mais d'un ingénieur du son, et Fredrik nous a énormément aidés à ce point de
vue-là. J'aimerais parfois tenter l'expérience de bosser avec un producteur d'influence, qui pourrait
travailler sur nos morceaux, développer notre son, ça devrait être sympa. Je ne sais pas si ce serait
bon pour nous dans le groupe, mais ce serait au moins intéressant. J'aime bien la façon dont travaillent
certains producteurs, mais je n'en rêve d'aucun, en fait.
-Comment votre "ancien" public a-t-il
réagi à cette nouvelle orientation ?
-On ne savait pas trop à quoi s'attendre, une fois l'album
fini, on l'aimait mais on se disait que les anciens fans le haïraient probablement en nous traitant de
vendus et que les nouveaux n'entreraient pas dedans, le trouvant trop complexe. Aussi, on a vraiment
été soufflés par toutes ces réponses fantastiques des gens et de la presse qui l'adoraient, et on s'en
est trouvés extrêmement soulagés. Certains n'ont pas aimés car ça changeait de ce que nous avions l'habitude
de faire, parce que c'était nouveau, mais nous ne voulons pas de ce genre de fans, nous voulons des gens
larges d'esprit, qui écoutent vraiment notre musique. On se fiche des autres : un paquet de gens durant
la tournée ont déclaré qu'ils aimaient beaucoup "Projector", c'est excellent et on en est évidemment
très heureux.
-Comment vois-tu la scène death actuelle ?
-Je me fiche complètement de
la scène death metal : on en a fait partie pendant dix ans, et il y a deux ans encore, je cherchais tous
les nouveaux groupes qui sortaient, mais aujourd'hui c'est tellement le néant, c'est si mauvais que je
m'en fous vraiment, je n'ai plus le temps ni l'intérêt de m'y atteler. C'est sûr qu'il doit y avoir plein
de bons albums, mais j'ai trop donné, je préfère faire autre chose et m'y plonger...
-Te sens-tu
encore impliqué dans le fameux "Goteborg sound" ?
-Je pense que oui, mais cet album est justement
une façon d'échapper à cette soi-disant scène de Goteborg ; mais bien sûr nous sommes de là-bas, nous
jouons toujours un genre de metal et les gens continuent à parler de nous de cette façon, mais je m'en
fiche un peu. Tous les gens de ces groupes sont des potes, le monde du death est plutôt large, mais il
n'y a pas à se prendre la tête avec ça, personne dans le groupe ne le fait. On se contente de jouer,
et ce n'est plus une scène mais juste des musiciens au sein de groupes qui jouent et boivent des coups
ensemble. C'est ce que l'on fait. Cette scène n'est rien que ce que les gens en disent, et je peux comprendre
ça malgré tout.
-Qui est Johanna Andersson, qui chante sur "Undo control" ?
-C'est la copine
du batteur ! Elle était dans le studio quand je chantais, et je n'arrivais pas à obtenir les contrastes
voulus. Alors elle a dit : "Je pourrais pas essayer ?" Alors on l'a fait, ça a parfaitement fonctionné,
c'est aussi simple que ça !
-Le Japon semble très important pour vous : est-ce LE pays à conquérir
pour un groupe ?
-Nous n'y avions jamais pensé parce que c'était si loin ! Nous n'avions jamais
réalisé jusqu'alors combien nous étions célèbres là bas, et comment durant l'année nous apparaissions
régulièrement dans le best of des lecteurs et j'avais été voté "Meilleur chanteur de l'année" et je me
suis écrié : "Wow !". On savait seulement que l'ambiance musicale avait l'air bonne, mais on s'en fichait
un peu, à cause de cette distance. Mais maintenant que nous y sommes allés, nous avons vraiment adoré
: tout était excellent et j'ai vraiment envie d'y retourner à présent ! Ce fut un des sommets de mon
existence, c'était si beau, les gens étaient super, on logeait dans des hôtels cinq étoiles et allions
dans de grands restaurants : s'ils savaient quels enfoirés nous étions dans nos provinces, jamais ils
ne nous auraient traités comme ça ! C'était magnifique et tout était excellent en permanence. Nous
n'avons pas enregistré de bonus tracks pour le Japon cette fois, mais le packaging et la pochette sont
superbes : ils veulent avoir quelque chose de spécial à chaque fois : la pochette, ou un morceau, ou
les deux, peut-être pour pouvoir les exporter plus facilement...
-Tu étais guitariste du groupe
à la base, à présent tu chantes : comment s'est passée la transition et pourquoi ?
-J'étais un
guitariste catastrophique, et de plus, j'ai toujours eu envie de chanter ; aussi, lorsque notre chanteur
précédent nous a quittés, j'ai dit : "Je vais chanter", et j'ai abandonné la guitare, parce que je ne
suis pas un assez bon musicien. J'aime chanter et ce ne fut pas un problème pour moi du tout !
-Le
groupe a-t-il à présent acquis une certaine stabilité ?
-Absolument : tout le monde est très concentré
sur le groupe et très excité à l'idée de composer, de tourner etc, et moi aussi, je me sens beaucoup
mieux à présent. Je crois qu'on peux tout faire. A présent, nous avons un clavier permanent, qui possède
toutes sortes de programmes. Aucune chanson ne possédait de claviers auparavant, on en ajoutait uniquement
pour jouer live. La situation est au top, nous sommes tous bons amis, ce qui est encore la meilleure
des sensations !
-Internet : votre site est superbe ; est-ce pour toi un nouveau champ d'action
? Vendrais-tu un disque par ce biais ? Discutes-tu avec les fans ?
-J'adore Internet, je surfe
quotidiennement quand je suis chez moi. Je ne vendrais pas de disques par ce biais, mais c'est super
d'avoir ce contact si rapproché avec les fans, qui peuvent directement poser des questions auxquelles
tu réponds en direct ou par mail. C'est une excellente forme de communication. En janvier, on y a mis
quelques morceaux, et on a eu quelque 12 000 téléchargements en quinze jours, ce qui est vraiment extra.
-Vous avez enregistré votre première démo en 91 alors que vous aviez à peine 17 ans : comment la
juges-tu à présent ?
-Je la juge par la façon dont elle a été enregistrée. Notre première démo
est un excellent document sur ce que nous faisions à l'époque ; je n'en suis pas embarrassé de quelque
façon, c'est comme ça et aujourd'hui nous le referions certainement bien différemment. C'est un document
sur 10 ans de vie commune, et chaque morceau que nous avions écrit à l'époque était ce que nous pouvions
donner de mieux, les choses s'améliorant chaque année bien entendu. Certains trucs auraient pu être faits
autrement, mais on ne peut revenir en arrière, alors pourquoi s'en préoccuper outre mesure ?
-Comment
vois-tu l'avenir pour Dark Tranquility ?
-Finir cette tournée dans quinze jours et rentrer à la
maison, embrasser ma copine ! On répète énormément et ça nous excite tous beaucoup de rentrer pour bosser
les nouveaux morceaux. Ensuite, on ira probablement faire un tour aux States, au Mexique, et après ça
on rentrera à nouveau pour mettre en boîte ces nouvelles idées, sans doute en avril. C'est notre plan
de campagne pour l'instant et on est très heureux comme ça !
PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN PAUL COILLARD
& MISTER "Dark tranquilityX" à Paris le 12/10/99
D.T WEB SITE : www.darktranquility.com Mail
: info@darktranquility.com
"Projector" is a Nuclear Blast release. Thanks to Jean Marc Tristani.
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