
Goldfrapp - Le chant de l'éther

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Habitués des restauroutes, passez votre chemin, poursuivis par le fantôme de Jacques Brel, auquel vous
rendez une grâce nécrophagique médiatique et répétitive; Goldfrapp se situe définitivement ailleurs,
sur un petit chemin qui n'appartient qu'à eux et sur lequel, visiblement, seuls gourmets et passionnés
iront s'aventurer, pour leur plus grand bonheur. Echappant aux clichés et ghettos du rock, du trip hop
et de la musique de film, Goldfrapp, l'atypique duo british, rejeton turbulent de Tricky et d'Ennio Morricone,
de Sarah Vaughan et de Françoise Hardy, de Kurt Weill et de l'inclassable divers, signe avec "Felt mountain"
un premier album d'une classe folle, mené par les claviers et instruments divers de Will Gregory et
la magnifique voix d'Alison Goldfrapp, mutine et secrète joueuse de flûte qui nous entraîne dans son
sillage pour un voyage sans retour, par le biais d'une musique et d'images que l'on attendait tout bonnement
plus. Rencontre...
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- Comment est né Goldfrapp ? - Will Gregory : Ne faisions tous deux depuis plusieurs années une musique
qui ne nous satisfaisait pas vraiment. J'avais fait des trucs pour la télévision et le cinéma, où on
doit suivre les images et respecter les souhaites d'un réalisateur, ce qui est bien dans une certaine
mesure. Lorsque je me suis associé à Alison, nous avons pu enfin faire la musique que nous voulions et
créer un univers qui nous était personnel. Nous faisons seulement la musique qui nous plaît. - Etes-vous
les seuls membres de Goldfrapp ? - Alison Goldfrapp : Nous sommes seuls. Nous écrivons tout, il y
a aussi beaucoup d'autres musiciens et nous leur disons quoi faire. - Vous préférez rester ensemble
avec vos propres idées ? - A G: Absolument. - W G: On ne se dispute qu'avec une personne à la fois.
- A G: Je crois que cela a plus à voir avec la musique que nous faisons qu'avec les disputes. - W
G: Nous nous complétons, nous n'avons besoin de personne d'autre. - Aurez-vous d'autres musiciens
sur scène ? - W G: Oui, certains arrangements doivent être joués par de vraies cordes, nous avons
donc un violoniste et beaucoup de percussions, donc nous avons 3 musiciens supplémentaires, pour que
le son soit authentique et organique. - Avez-vous déjà joué live ? - W G: 3 fois. - Vos shows
comportent-ils un aspect visuel ? - W G: Eh bien, on ne saute pas en l'air ni quoi que ce soit de
ce genre (rires). On n'a encore rien de spécial. - A G: On a juste quelques éclairages, pour mettre
un peu de piment, mais c'est assez simple. On pourrait faire quelque chose de spécial pour un concert
spécial dans un très vieux club de strip-tease à Londres. On aura peut-être une strip-teaseuse. Peut-être...
- W G: C'est assez tôt, nous avons encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine. - Préférez-vous
le studio ou la scène ? - W G: Je crois que le processus d'écriture permet d'acquérir des connaissances
et de l'expérience et c'est pour cela que nous le faisons. La scène est très nouvelle, nous allons progresser
et c'est un peu effrayant pour le moment. Je crois que nous l'apprécierons également et que cela finira
par nourrir l'écriture. Ce sera un échange bilatéral, mais pour l'instant, on doit vraiment faire notre
apprentissage. - Vous dites que le cinéma est une grande source d'inspiration pour vous, quels sont
vos films préférés ? - W G: Nous adorons tous les deux "Cul de sac" de Roman Polanski, mais je suis
inspiré par des films sans musique, ce n'est pas nécessairement la bande-son qui m'intéresse. Parfois,
c'est juste une impression ou une émotion. Nous aimons les films de Fellini et le cinéma français. La
liste est longue. - Quels sont vos compositeurs de musique de film préférés ? - A G: Ennio Morricone.
John Barry est génial, mais pour le plaisir pur, je préfère Ennio Morricone. J'aime aussi Mahler, mais
il n'a pas été beaucoup utilisé au cinéma... - W G: Là aussi, la liste est longue. Pour l'album,
nous avons écouté différentes choses, par exemple, pour les arrangements de cordes, nous avons écouté
des gens comme Nino Rota, parce qu'il sait vraiment comment faire fonctionner les cordes et qu'il écrit
de très bonnes mélodies. Nous aimons les hybrides. Parfois, on écoute des choses parce qu'on veut résoudre
un problème d'écriture, c'est un peu différent, parce que ce n'est pas nécessairement quelque chose que
l'on aime vraiment, c'est juste intéressant sous un certain aspect. - Aimeriez-vous réaliser des
films ? - W G: Oui, ce serait génial. - Pensez-vous que l'écriture de musiques de film serait
une évolution naturelle pour Golfrapp ? - W G: Dans une certaine mesure. Je travaille déjà pour des
téléfilms. - A G: Tout le monde nous demande ça à cause du son de l'album, mais cela ne signifie pas
nécessairement que la deuxième étape pour nous est une bande originale. - W G: Nous aimons les bandes
originales mentales. - Vous sentez-vous proche de quelqu'un comme Barry Adamson ? - W G: Je crois
que Barry Adamson a une sorte de sens de l'humour bizarre auquel je ne m'identifie pas vraiment. Je ne
pense pas que notre musique soit drôle, n'est-ce pas ? - A G: Si, elle l'est. - W G: Pas de cette
manière. - A G: Je n'aime pas du tout ce qu'il fait, je ne le comprends pas. - W G: Je ne comprends
pas son sens de l'humour. - A G: Je crois qu'une chanson comme "Oompa Radar" est drôle, mais également
sombre. On n'est pas toujours sinistres. On a aussi un sens de l'humour. Il est noir, mais indéniable.
- C'est assez rare de voir des gens qui aiment à la fois la musique et le cinéma et l'associent dans
un album. - W G: Je suppose. C'est intéressant de voir que beaucoup de gens semblent inspirés par
la musique de film actuellement, parce que sous certains aspects, la musique est toujours vivante, même
lorsque le film ne l'est plus et qu'on ne peut plus le regarder parce qu'il est devenu un cliché. La
musique survit au film. - A G: Je crois aussi qu'il s'agit d'une autre source d'inspiration, qui échappe
aux structures traditionnelles des chansons. Elle échappe au carcan couplet/refrain/couplet, etc. -
J'ai entendu dire que vous avez travaillé avec Wolfgang Tillmans sur votre première vidéo. Cela correspond-il
à la réalisation de votre propre vidéo ? - W G: Non, surtout si on travaille avec quelqu'un d'autre.
- A G: Surtout un artiste à part entière, qui a sa vision propre. On n'a pas vraiment grand-chose
à dire. - Comment avez-vous rencontré John Parish et qu'a-t-il apporté à votre musique ? - A G:
J'ai rencontré John en tournée avec Tricky, parce que nous faisions la première partie de PJ Harvey.
Nous sommes devenus de très bons amis, parce que c'était le garçon le plus gentil du bus. Le groupe de
Tricky était assez hardcore. (sourire) Il n'a pratiquement pas joué de guitare, mais c'est également
un très bon batteur. Il a un feeling particulier. Il a joué de la batterie sur "Horse tears" et un peu
sur "Lovely head". - W G: On ne peut pas vraiment faire de démo sans vrais musiciens. On ne peut
pas créer d'idée musicale uniquement avec des machines. - A G: Mais on ne fait pas vraiment de démos,
n'est-ce pas ? - W G: Toutes nos démos sont devenues les véritables morceaux, simplement parce qu'elles
étaient assez travaillées. John est très enthousiaste et voulait nous aider. - A-t-il aussi écrit
? - W G: Il a juste joué. Il était très discret, il n'est pas intervenu dans ce que nous essayions
de faire. - A G: Nous sommes les seuls à écrire. - Alison, tu as chanté avec Tricky et Orbital,
mais quelles chanteuses t'ont influencées ? - A G: (soupir) Beaucoup. J'ai différentes phases, pendant
lesquelles j'écoute différentes choses. J'aime Françoise Hardy. Mon premier disque a été Chaka Khan,
parce qu'elle a une voix géniale et beaucoup d'énergie. Yma Sumac, Marlène Dietrich, Edith Piaf, Liz
Phraser, Dusty Springfield, etc. - Björk ? - A G: Non, pas vraiment, mais je la trouve géniale.
Lorsque vous grandissez, vous êtes influencé par des choses différentes. - Comment voyez-vous l'avenir
de votre groupe ? - W G: On doit commencer à écrire un autre album. On espère rester enthousiastes.
On n'a pas encore tout dit dans le premier album. Interview: JP Coillard, photos: Christophe Vallette
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