
Michael Haussman : Chasseur de rêves

Publiciste éclairé (Kodak, Replay, Guiness, Armani, Citroën...) et vidéaste de renom, notamment pour
Madonna, Chris Isaak et de nombreux autres, Michael Haussman se lance, après plusieurs courts métrages
primés un peu partout, dans l'aventure de la longue distance avec un premier film au titre surréaliste
: "La chasse au rhinocéros à Budapest", film hommage à ses maîtres Kusturica, Wenders, Jarmusch, mais
aussi à ses rêves d'homme et d'enfant et un hymne au voyage et à la route, et bien sûr - mais ne l'est-ce
toujours ? - un hymne à l'amour. Fan de musique, l'homme décide Nick Cave à faire partie de l'épopée
et John Cale à signer la musique, par ailleurs omniprésente à plusieurs niveaux du film. Distribution
internationale pour un film sur la route, entre deux lits, entre deux rêves. Michael Haussman est à la
mesure de sa pellicule : grand et généreux. Souhaitons-lui de revenir bien vite sur nos rivages insuffler
encore un souffle à nos émois en péril.
Propos recueillis par Jean-Paul Coillard, photos : DR
et Jean-Paul Coillard
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- C'est votre premier film, était-ce votre grand rêve en tant que réalisateur de clips et de spots
publicitaires ?
- Oui. J'ai passé 8 ans à travailler sur ce film, parce que je modifiais et réécrivais
sans cesse le script. J'ai quitté NY il y a 6 ans et je suis venu en Europe. Je suis influencé par Sam
Shepard, Hemingway, et même Burroughs, les auteurs qui parlent toujours d'Américains exilés. Par exemple,
Martin Scorcese peut raconter des histoires fabuleuses sur des mecs des quartiers, mais on ne peut parler
que de ce que l'on connaît et j'ai toujours été influencé par les histoires de voyages. Le script a donc
évolué en 8 ans et s'est étoffé. Je devais faire certaines choses avant de poursuivre, comme le héros,
métaphoriquement parlant, qui ne peut vivre sa vie avant de tourner la page sur cette relation. C'était
mon rêve de le faire, car chaque fois que je tournais une pub ou un clip, je le transformais en mini-film.
C'était donc extraordinaire pour moi d'être sur un plateau et de tourner un film pour la première fois.
J'ai toujours réfléchi en termes de film dans toutes mes activités et soudain, c'était la réalité. Lorsque
vous faites des pubs ou des clips, vous avez 3 minutes ou 30 secondes, ce qui est une courte durée,
plus facile à gérer. Les films sont très différents. Lorsque j'ai terminé le tournage, je me sentais
très bien, mais j'avais en même temps l'impression d'être un gamin, parce que le cinéma m'ouvrait des
portes et me donnait un pouvoir incroyable.
- La vidéo est-elle une bonne école pour le cinéma
?
- Je crois. Tout dépend de la façon dont on l'aborde. Si quelqu'un réalise des clips de façon
hollywoodienne ou plus personnelle, on pourra prévoir s'il fera ensuite des films plus ou moins commerciaux.
En ce qui me concerne, je crois que c'était une école extraordinaire, car c'est en filmant que l'on apprend.
- Dans votre film, le héros est très vulnérable, est-ce la raison pour laquelle vous y êtes attaché
?
- Oui. Ce garçon a eu le cœur littéralement brisé par cette fille et lorsqu'on a un chagrin
d'amour, en particulier jeune, on a l'impression que la vie ne vaut plus la peine d'être vécue. On se
sent très vulnérable et je voulais représenter un mec qui voyage et a l'air d'avoir pris un coup dans
l'estomac. Si vous regardez le film, cela transparaît très clairement. Certains ne comprennent peut-être
pas la raison de ce voyage, mais il est au cœur même du film. A la fin, il se rend compte que, tout au
long du voyage, il a changé grâce aux personnes qu'il a rencontrées. C'est le sujet du film.
-
Comment avez-vous persuadé Nick Cave de jouer dans votre film ? Il est assez peu enclin à jouer la comédie.
- C'était drôle, je lui ai envoyé le script. Il l'a lu et m'a appelé. Il lui avait beaucoup
plu, alors je lui ai demandé de jouer un rôle et il a été très enthousiaste. Nous avons alors commencé
à discuter du personnage. Il m'a dit qu'on lui avait envoyé beaucoup de scénarios et qu'il ne voulait
pas jouer de rôle principal. Je lui ai proposé un rôle secondaire, auquel il a pu s'identifier. Notre
amitié est née lorsque je me suis rendu à Londres. Nous avons beaucoup discuté et partagé des choses.
Par exemple, il me rendait visite à la salle de montage, en tant qu'ami, et me donnait son avis sur certaines
scènes.
- Aimeriez-vous retravailler avec lui, pour des clips, par exemple ?
- Non,
je n'aime pas réaliser de vidéos pour des personnes dont je suis proche. Je crois que cela risquerait
de gâcher une amitié, parce que le clip est une forme de publicité pour eux et amène à voir une facette
différente de leur personnalité. En ce qui concerne le cinéma, c'est différent. D'ailleurs, lorsque j'étais
avec lui à Londres, il a dit qu'il aimerait avoir un rôle dans mon prochain film et je lui en trouverai
certainement un. Je veux absolument travailler avec lui, non seulement en tant qu'acteur, mais également
musicalement parlant. Il aurait aimé s'atteler à la composition de la musique et je pense également que
la musique de film est l'une de ses influences majeures.
- Dans le film, Henry déclare être le
fan de Lola. Selon vous, quelle est la différence entre un fan, un ami et un amant ?
- Je crois
qu'à ce stade, il essaie juste de se faire entendre, mais je crois également que cela permet au spectateur
de comprendre qu'il dérape par la façon qu'il a de lui parler. Ses objectifs ont presque changé et c'est
très important, car au début, à Paris, il déclare l'aimer et il veut que tout le monde le comprenne,
mais plus tard, il veut juste la voir. Je voulais que le public ressente ce désespoir.
- La distribution
du film est très éclectique et internationale, tout comme le paysage. Comment avez-vous choisi les acteurs
?
- Pendant l'écriture du film, je pensais à Karine pour le rôle de Teen, parce que je la connaissais
déjà. Lorsque j'ai écrit le rôle de Jerry, j'avais Nick Cave en tête, mais je ne savais pas du tout qui
allait interpréter les autres personnages. J'ai juste fait quelques castings. J'ai cherché le jeune homme
partout, à Londres, NY, LA, etc. J'ai choisi Ticky Holgado parce que je l'avais vu dans "Delicatessen".
Ewen Bremner avait passé une audition pour le rôle principal et j'ai pensé que le rôle de Chaz lui irait
à merveille. Il a accepté.
- Ce film est-il une sorte d'hommage à vos maîtres cinématographiques,
comme Wim Wenders et Jim Jarmusch ?
- J'ai de nombreuses influences. Au point de vue philosophique,
je suis sans aucun doute influencé par Wim Wenders, qui a lui-même influencé Jarmusch. Mais je crois
qu'Emir Kusturica est mon plus grand maître. Après avoir vu "Underground", j'ai retravaillé mon script,
car cet homme peut introduire de la musique, des personnages, de la lumière et les amalgamer sans problème.
- La bande originale d'un film est cruciale. Avez-vous choisi les artistes qui y figurent ?
- Oui, la plupart étaient d'ailleurs choisis avant même le début du tournage. J'ai distribué 6 CD à tous
les acteurs en leur disant qu'ils m'avaient influencé pendant l'écriture et cette bande originale n'a
pas changé.
- La musique occupe une place très importante dans votre travail...
-
J'ai une relation très ambivalente avec la musique, parce qu'elle est très importante pour moi, alors
que j'aime également le silence. Lorsque je tourne en Espagne, je n'emporte pas de CD moderne, je veux
écouter du flamenco, être avec des gens. La musique peut me toucher de façons très étranges. Pour l'instant,
je suis influencé par Lee Hazelwood, qui crée une certaine atmosphère, c'est ce que j'aime dans la musique.
- Ce film est une sorte de quête, une recherche de nombreuses choses. Quel est le plus important
pour vous : la maturité, le rêve, l'amour ?
- La liberté, la liberté de continuer. Il nous
est difficile de nous libérer du passé et des anciennes relations. Je connais de nombreuses personnes
qui peuvent faire durer ce genre de choses 5 ans. C'est difficile de tourner la page et de poursuivre
son chemin, mais je crois que cela fait partie de la maturité. Avant tout, il faut ouvrir les yeux. Mon
plus grand rêve serait que toute l'Amérique voie ce film, car c'est le principal problème de ce pays.
C'est le pays le moins large d'esprit que j'aie jamais vu.
- C'est un peu comme le mythe américain
de la route...
- Oui, mais une nouvelle sorte de route. Si je faisais ce film actuellement,
je crois que mon approche serait totalement différente, à cause de l'autoroute de l'information.
- A la fin, le chasseur est chassé. Pensez-vous que nous ne pouvons échapper à notre destin ?
-
J'ai une relation ambiguë avec le destin, car j'ai toujours l'impression que le destin signifie que l'on
se contente d'attendre que les choses se passent. Mais je pense que l'on envoie des signaux et que les
choses se produisent parce que l'on le souhaite. J'aime l'idée du chasser chassé et aussi le fait que
cela soit inconscient. Un jour, quand j'étais jeune, j'ai vu de très belles filles avec un ami. Il m'a
dit : "Ne les regarde pas, cela les empêche de te regarder." C'est toujours comme ça.
- Croyez-vous
aux anges ?
- J'ai une relation particulière avec la religion. Je les identifie à l'inconnu et
j'aime à penser que des anges existent, qui en savent plus long que nous et nous protègent. Je crois
que je suis encore en quête de religion, d'une réponse. Le message de ce film est que vous pouvez vous
démener et rechercher une réponse, tout ce que vous trouverez est la connaissance de vous-même. A la
fin du film, c'est tout ce qu'il comprend.
- Quels sont vos goûts musicaux ?
- J'adore
Nick Cave, sans aucun doute. J'aime le concept de Marilyn Manson. Le nouveau Lee Hazelwood est super.
J'éprouve une aversion totale envers la pop, j'y suis totalement insensible et nous sommes entourés d'une
si grande quantité de merde. Tout ce qui suscite de l'émotion est extraordinaire. Récemment, j'ai été
très intéressé par les anciens titres de Sublime, ils ont un son lo-fi très intéressant. Le rap était
bon, Snoop excellent, mais c'est devenu de la merde. Il y a tant de guignols, c'est difficile de faire
la part des choses. J'ai écouté l'album de Manu Tchao en Espagne et il est génial !
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