Inclassables


Anton LaVey : ‘La Bible satanique’ (Editions du camion blanc…et noir)

Pour son premier ouvrage paru, la nouvelle collection Camion Noir, issue du Camion Blanc proposant depuis des années des livres aussi divers que variés traitant de la ‘chose musicale’, ne pouvait que publier cette nouvelle traduction de la fameuse ‘Bible Satanique’ d’Anton LaVey, grand prêtre et fondateur de la non moins illustre Eglise de Satan. Anton Szabor LaVey, né en I93O à Chicago et mort en Californie en 97, est à lui seul un personnage de roman, tant sa vie fut une suite quasi ininterrompue d’évènements, de rencontres et de faits indéniables, d’une incroyable richesse : organiste adolescent dans des carnavals et des églises, constatant ainsi la dualité de l’homme ne se résolvant pas à assumer l’un ou l’autre choix, la chair ou l’abstinence ; hypnotiseur, dresseur de fauves, organiste de bar, LaVey est également l’auteur de plusieurs disques, dont le très ‘spooky’ Strange Music’. En I966, alors que l’Amérique se prépare aux étés des fleurs de la période hippie, culminant puis basculant pour le compte en 69 avec Altamont et le massacre du clan Manson, LaVay fonde la ‘Church of Satan’, mettant les pieds dans le plat entre les babas cools imbibés de philosophie orientale mal digérée, prétexte à la défonce et les réactionnaires Reaganiens, alors en pleine débâcle Vietnamienne. Ses principes sont simples, mais nets : Rationalisme, pragmatisme, individualisme, vengeance allaient à l’encontre des idées dans la vent, alors que sensualité, épicurisme, poésie noire et refus des religions monothéistes et de leurs églises figées dans le saindoux ne pouvaient que déplaire aux adeptes du fan club de McCarthy, du Klu Klux Klan et de Doris Day. LaVey créa le ‘cercle mystique’, groupement d’adeptes, personnalités diverses mais aussi citoyens lambdas se réunissant et se reconnaissant par les principes mêmes édictés par le mage. Fascinés par ces doctrines philosophiques, des gens aussi divers que Marilyn Manson, Fritz Leiber, Kenneth Anger ou Jane Mansfield formeront le cercle autour de l’ex ‘Great Szandor’, personnage haut en couleurs, expressionniste et proche d’une certaine culture populaire proche de la magie, de l’incroyable, du merveilleux. Rejetant les idées de ‘bien’ et de ‘mal’, l’hypocrisie humaine autant que déiste, la fausseté et le fatras pseudo alchimique de la grande majorité des écrits occultes et de leur bazar pour Halloween de supermarché, LaVey, amant de la jeune Marilyn Monroe et influence majeur pour un nombre important de musiciens de la scène black metal , mais encore ne suffit il pas de lire entre les lignes pour comprendre, s’étant rendu compte de l’intense besoin de l’homme en une croyance quelconque, pourquoi pas jusqu’à l’extrémisme le plus débilement outrancier, ce qu’on peut voir tous les jours aux infos d’aujourd’hui, n’était pas un simple manipulateur de foules, un gourou à la petite semaine mais un être aux talents multiples, polyvalent et sincère, non dénué d’humour et de second degré, mettant en œuvre toutes ses influences, ses désirs et ses pensées pour la formation d’un être unique, mais polymorphe et assumant ses choix, ses responsabilités, comme le montre parfaitement les quatre éléments, l’air, le feu, la terre et l’eau, thèmes servant de tréteaux aux fondements de son église et de sa Bible new way. Peter Gilmore, intronisé nouveau grand Mage de l’Eglise, décrit totalement cela en parlant des adeptes comme des ‘Dieux de leurs propres univers subjectifs’, et non comme le troupeau de moutons d’une quelconque secte vouée à l’auto destruction. ‘L’homme, écrit LaVey, ne doit plus être sauvé par sa propre négation, et l’on saura que le monde de la chair et de la vie est la meilleure préparation pour tous les délices éternels’. LaVey a donc vécu, et pas qu’un peu, le roman de sa propre existence, en bon et véritable Sataniste. Son seul regret fut que sa propre histoire doive déjà finir, comme tout commun des mortels, sans avoir pu voir son fils grandir. Mais, tout de même, de là haut, il doit bien rire. Cette Bible se doit d’être lue, en tous cas. Histoire de ne pas croire à tout ce que l’on raconte, et se faire sa propre opinion. Longue vie à la nouvelle chair, comme dirait Cronenberg !

Jean Paul Coillard

CARNETS NOIRS (collectif : Editions Esprit Libre)

Un bien bel ouvrage, que ces ‘Carnets noirs’ proposés aujourd’hui les cinq auteurs : tout au long des quatorze chapitres de ce superbe premier tome déjà pratiquement épuisé (le deuxième devrait arriver en fin d’année) sont disséquées, analysées, répertoriées, dans leur chronologie comme dans leur fond et leur forme, toutes les tendances de la ‘musique sombre’ du punk au techno indus en passant par le mouvement batcave, la cold wave, l’indus, le gothique, l’heavenly et l’electro, offrant ainsi un panorama hyper documenté et le plus encyclopédique possible sans oublier le feu, l’âme de la chose, c’est à dire l’amour évident des auteurs présents ici pour la musique dont ils parlent, et fort bien, tout au long des ces quelques deux cent cinquante pages glaçées et sonores dédiées à la musique internationale, le second tome s’attaquant donc à des choses plus hexagonales. Parents, enfants, cousins éloignés et rejetons anachroniques, ils sont tous là, de Cure à Siouxsie et de Bauhaus à Skinny Puppy, de Ministry à Manson et de Suicide à Nine Inch Nails, des Prunes à VnV nation et Joy Division. Présentation claire et très soignée, sobre et classieuse, ‘Carnets noirs’ sera sans doute prochainement appelé à devenir un sacré ouvrage de référence, tant pour les professionels que pour les fans, qui ont rarement été, en France en tous cas, aussi bien servis. Les magnifiques photos signées principalement Stephane Burlot, mais aussi de pas mal d’autres dont Vincent Bouchard, sont en noir et blanc. Evidemment. Fire walk with me....

Jean Paul Coillard




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