IndéGoldfrapp: ‘Seventh Tree’ (Mute / EMI)
Quatrième album pour Goldfrapp, après le décevant ‘Black Sherry’ suivi du superbe ‘Supernature’, par ailleurs injustement traîné dans la boue par une bonne partie de la critique, le baptisant de ‘glam du pauvre’ et d’opéra de trois sous’. Mais ce petit bout de femme d’Alison Goldfrapp, plus forte qu’il n’y parait, ne s’en laisse pas conter et elle et son complice de toujours Will Gregory remettent le couvert avec un menu concocté dans leur studio du Somerset, où ils font régulièrement retraite pour écrire et composer en toute tranquillité. Leur nouveau bébé se nomme ‘Seventh Tree’ et c’est un grand album dont il s’agit ici, riche et sensuel, loin du strass et de l’atmosphère de revue de l’album précédent, un ‘Felt Moutain’ qui trouverait ici son achèvement. Leur tendance électro disco est également présente avec ‘Cologne Cerrone Houdini’ lorgnant largement sur le père Gainsbarre période London que sur l’icône disco, mais le disque en général est bien plus vaste, plus varié qu’une simple suite de références. ‘Clowns’ est un titre magique, aux cordes d’une sensualité sans égal, tout comme ‘Eat Yourself’ ou ‘Some People’, ‘Little Bird’, une romance psychadélique, ‘Hapiness’, une romance pop, ‘Caravan Girl’, une pop soul moderne, ‘Modern Love’, une fin lumineuse. Entre pop, rock, folk électro, musique de films, Goldfrapp revient ici à l’essentiel, sans tomber dans le minimalisme, mais avec au contraire une grande richesse dans les arrangements et un plaisir d’écoute inégalé. Sous un pochette superbe et des photos qui ne le sont pas moins, ‘Seventh Tree’ n’est pas l’arbre qui cache la forêt, c’est un chêne majestueux n’ayant besoin de personne autour de lui et prodiguant une ombre bienfaisante à ceux qui veulent bien le caresser et s’asseoir contre son tronc solide. Entre Kate Bush et Bjork, la toile de fond d’Ennio Morricone et la grâce scénique d’une Kylie Minogue moins grand public, le duo de Goldfrapp sait aujourd’hui exactement ce qu’il veut. Nous faire plaisir. Pour cela, crions leur un large merci, franc et massif pour ce disque, rond et métallique mais en forme de corne d’abondance, tout en couleurs chatoyantes. Jean Paul Coillard
Les disques des Liars se suivent, mais sont bien loin de se ressembler. Après l’énergie toute rock’n’ rollienne et punkoïde de leur premier album, au titre impossible, Big Angus et ses deux acolytes se sont graduellement détachés du rock binaire pour en arriver, en passant par un ‘They were wrong, so we drowned’ basé sur le concept des sorcières dans le New Jersey, à une abstraction, un joyeux collage musical et visuel mêlé de chaos sonore, psychédélique, esquintant, tout en restant furieusement destroy dans l’attitude. Ainsi, ‘Drums not dead’, leur album de 2005, était il essentiellement axé sur la batterie et les percussions. Que nous réservait l’avenir ? Eh bien, ce ‘Liars’ nouveau est en quelque sorte un retour aux sources, un mélange de Stooges et de Jesus and Mary Chain pour le son, eux-mêmes grands copieurs devant l’Eternel du Velvet et de la noise musique. Douze ‘véritables’ morceaux, avec des titres ‘normaux’ ! Pour les amateurs d’étiquettes, on parle d’un mélange Sonic Youth / Jesus / Stooges / Mercury Rev / Pink Floyd / Beck / Dandy Warhols, ce qui n’est pas faux car facilement repérable dans les plis de ce manteau d’harlequin d’un groupe qui, décidément, surprend à chaque fois, dé boulant toujours où on ne les attend pas. Les New Yorkais relocalisés à Berlin ouvrent ainsi la porte à une nouvelle boucle, un nouveau voyage dont ils ne savent rien eux même. Nous avons affaire, pour une fois, à de véritables aventuriers, et c’est chose rarissime. Sans mentir ! Jean Paul Coillard
Bjork :’Volta’ (Universal) Jusqu’à quel point peut on dépasser ses limites ? On ne sait pas, on n’y est pas encore. Que nous réservera le prochain voyage de Bjork, certainement la plus grande artiste féminine de son temps est bien évidemment un mystère absolu, tant pour nous que pour elle. Butinant de fleur en fleur, rock, jazz, electro, world, dance, dub, chant à capella, tout sauf le metal extrême et les reprises de Marcel Amont, elle aura tout fait, explorant tout en s’amusant les multiples facettes du monde musical qui l’environne. Quatorze ans de carrière en solo après l’aventure Sugarcubes et voici donc ‘Volta’, nouveau rencard avec la géniale créatrice de ‘Debut’, ‘Bachelorette’ et bien d’autres tubes autant personnels que radicaux dans leur démarche. Surprendre, se surprendre d’abord elle-même, se réinventer en permanence, ce n’est pas un pari pour elle mais bel et bien tout simplement une raison de vivre. Ses nuits sont plus belles que vos jours et ses jours, créativement parlant, ne semblent guère en danger, ce dernier terme lui collant mille fois mieux qu’aux White Stripes, à Navarro ou aux lointains suiveurs des Stooges mâtinés de Johnny Thunders sans parler des si formidables Fatals Picards, peut être l’avenir du rock français, encore plus qu’Obispo et Kyo. En 2004, Bjork achète un bateau et s’offre une croisière en solitaire, son enfant mises à part, de New York à l’Islande en passant par l’Asie et l’Afrique. C’est le résultat de ce long périple auquel on peut aujourd’hui assister sur ‘Volta’, véritable trip to Mars, composé sur les flots et au coeur de la savane avec le groupe congolais Konnono N°1 ainsi que dans les studios Islandais où elle s’adjoint un section de cuivres féminine locale et encore en Thaïlande avant de revenir sur la terre ferme pour y côtoyer ses producteurs Timbaland et le fidèle Mark Bell et de se la jouer duo sur deux titres avec Antony d’Antony and the Johnsons, sorte de pendant hype moderne de cette gross tarlouze de Brian Ferry. En lutte ouverte contre la civilisation occidentale, Bjork, joueuse, jongleuse, pétrie d’humour, apparaît ici au sommet de la forme et de son talent, après un ‘Vespertine’ en demi teinte et la claque vocale de ‘Medulla’ en 2004, ‘Volta’, très rythmique et rythmé, plus vraiment rock, au confins de l’électro et de la world, du jazz et de l’expérimental, contient plus que sa ration de beauté, d’intensité et d’émotions. Bjork entre en quarantaine, mais on n’a que l’âge de ses artères, dit on. Et si l’aimer c’est snob, alors, comme chantait Boris Vian, je le suis. Et fuck you all. ‘Volta’ est une vraie pile, à la quelle il faut faire face.
Jean Paul Coillard.
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