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NIN : « The Slip » (The Null Corporation)


Certes, le titre nous y pousse, mais l’on peut dire sans se tromper que Trent Reznor a l’air de plus en plus culotté : alors qu’il lui fallait auparavant plusieurs années pour sortir un album, voilà qu’en 2008, deux sortent coup sur coup, dans la foulée des remixes de « Year Zero ».

Depuis son départ d’Universal en 2007, Reznor semble enfin donner libre court à ses envies, en toute indépendance : après un album proposé pour quelques euros seulement sur le Net, «  « Ghost 1-IV », entièrement instrumental, suivant le bon exemple de Radiohead, voici, deux mois après, aujourd’hui « The Slip », album totalement gratuit et qui n’en mène pas pour autant l’auditeur et le fan en (petit) bateau. Cet album est pour lui, et, en quelque sorte, né grâce à lui. Reznor sait pertinemment que, désormais franc-tireur (notons qu’Alan Moulder répond toujours présent) il est seul maître à bord, avec tous les avantages et les inconvénients de la situation, et notamment une promo totalement absente dans la presse mondiale, à part de bonnes chroniques, depuis qu’il n’est plus ‘soutenu’ par un gros label. Ferait il lui-même obstacle ? Mais le bouche à oreille fonctionne à merveille parmi les fidèles, puisque les nouvelles productions de NIN se vendent comme des petits pains. Intéressant disque que « The Slip » : pas géant, mais certes pas honteux, loin de là. Pour la première fois, la pochette s’éloigne de ces tableaux en dégradés de couleurs, optant pour une imagerie quasi-expressionniste, et les morceaux oscillent entre « With Teeth » et « The Fragile », avec des pointes comme ce superbe « Demon Seed », ou un titre comme « 1 000 000 », qui n’est pas sans rappeler « Wish » ou « The Hand that feeds ».

Le groupe tourne aux USA en juillet, ayant récupéré Robin Finck à la guitare, alors que Twiggy a regagné les rangs du Manson band. Une histoire de famille, en quelque sorte. Une histoire sans fin, et c’est tant mieux. En roue libre, Reznor fait plus que tenir la route, et affirme de plus en plus une présence des plus éclatantes. Quant à se planter, des clous ! Revenez nous voir quand vous voudrez !

Slippy Hollow !


Jean Paul Coillard


Ministry: ‘Cover-up’ (13th Planet / Underclass)


D’ordinaire, un live, un best of ou un album de reprises arrivent à point nommé dans la carrière d’un groupe ou d’un artiste en perte de vitesse ou en panne d’inspiration. Mais ici, le problème, si l’on peut dire, est différent, et l’on a affaire à une personne relativement jeune, en pleine capacité de ses moyens, et qui a décidé d’en finir avec l’existence, du moins sous sa forme actuelle. Comme tout le monde le sait, Ministry est mort de sa belle mort, auto sabordé par un Al Jourgensen jetant l’éponge après un quart de siècle passé au service de la cause musicale, après un ultime album ‘The last sucker’, en 2007, pour se consacrer désormais à la production. Réglant ses affaires avant le départ, Jourgensen met les compteurs à zéro de ses divers side projects, comme Rev Cocks ou Lard, pour boucler la boucle avec ce ‘Cover-up‘, en compagnie d’une tripotée de lascars, plus ou moins connus, dont les membres de Prong et le regretté Paul Raven, avant l’ultime tournée mondiale qui mettra un terme définitif à la carrière de Ministry. Bon, comme tout album de ce type, il y a des hauts et des bas. Et puis, pourquoi le choix de ces reprises par trop classiques d’artistes qui le sont tout autant, les Stones, Dylan, ZZ Top, Deep Purple (ouf, les Beatles ont été épargnés, Depeche Mode itou), les assaisonnant d’une sauce heavy et la saupoudrant de claviers bontempi ? Certes, tout cela passe comme une lettre à la poste, mais fait un peu l’effet d’un bal de fin d’année, où la zique est trop clean et tout le monde trop fracassé pour s’en rendre compte. Comme si Jourgensen s’éloignait un peu plus vite, telle une Cendrillon déjà partie, sa précieuse pantoufle de vair Ministry sous le bras, et qui se fait plaisir en rêvant à son taxi et son plongeon sous la couette.

‘Cover-up’ se conclut ironiquement sur ‘What a wonderful world’ de Louis Armstrong, un genre d’adieux aux armes, mais qui n’en pense pas moins. ‘Cover-up’ n’est donc pas un mauvais disque, si l’on a apprécié les ‘Bronzés 3’ et qu’on s’en vante, mais plutôt une galette quelque peu indigne et bas du cul, surtout pour un personnage de cet acabit (acaba-nous voilà…). On espère au moins qu’ils se sont bien marrés, mais on peut trouver étrange de finir sa carrière publique comme ça, sur une pirouette en équilibre instable, en reprenant des titres des autres et en tournant avec un line up assez pâlichon, surtout comparé aux superbes tournées précédentes, celle étant évidemment à ne pas rater. Mais bon, on ne critique que ceux qu’on aime vraiment, les autres, on n’en a finalement rien à battre. Et qui aime bien châtie bien, et nous nous sommes tant aimés, Al…


Jean Paul Coillard




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