Kill II This : a(n inter)view to a kill


Au printemps prochain sortira "Trinity", troisième album du groupe de Manchester, première signature du label Visible Noise, petit frère métallique de Cacophonous qui ne demande qu'à grandir. Dès les premiers morceaux de la démo, on est frappé par la progression du quatuor, tant au niveau de la mise en place, des voix et du son que de l'inspiration : des morceaux comme "God on drugs" ou "This is the N.E.W.S" frappent vite et fort, et la reprise du "Two tribes" de Frankie goes to Hollywood ne devrait pas diviser le public mais plutôt l'unir en dansant sur son rythme infernal, auquel participe Burton C. Bell, de Fear Factory, ainsi que Tairrie B. au hasard des morceaux. Rencontre pré gig parisien avec Matt Pollock, chanteur, et Ben Calvert, cogneur. On n'ouvre d'ailleurs pas pour Slipknot, on défonce la porte...


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-Tout d'abord, d'où vient ce nom étrange de Kill II This ?
-Matt : Il vient de Mark (Mynett, guitare et locks) : alors qu'il tournait avec son précédent groupe, ils se sont tous déchirés au cours d'une nuit incroyable à coups de champignons hallucinogènes, et Mark avait ce truc récurrent dans la tête : "Tuez tout ça, tuez tout ça...". Il s'en est rappelé et a décidé de le remanier et de l'utiliser, ce qui a donné Kill II This, d'où vient notre nom. Il dit que ça vient de son passé de dingo !

-Vous avez sorti votre premier album, "Another cross to bare", il y a trois ans : comment le voyez-vous aujourd'hui et quelles sont les principales différences entre celui-ci et "Trinity"?
-Matt : C'est évidemment un autre groupe avec des influences diverses en son sein, et Mark te dirait lui-même que ce premier LP était trop à la remorque de Machine Head ou de Pantera, aussi il a décidé, lorsqu'il a écrit les morceaux de "Deviate", qu'il était temps de changer de style parce que ça n'avait pas de sens de rivaliser avec eux. Il les appréciait du fait qu'ils étaient arrivés à faire leur truc, mais il faut se forger son propre style, reconnaissable pour les gens, ce qui explique pourquoi Caroline, Ben et moi-même avons rejoint le groupe, à cause de cette volonté d'originalité à laquelle nous avons apporté notre contribution pour le melting pot Kill II This. Voilà où nous en sommes aujourd'hui, ce que nous faisons est très représentatif de notre collaboration depuis un an, c'est un état des lieu du groupe en ce moment.

-On peut trouver une reprise de Deep Purple sur ce premier album, (Burn): qui reprendriez-vous aujourd'hui ?
-Ben : En fait, on vient juste de faire une reprise de Frankie goes to Hollywood, "Two tribes", sur laquelle chante Burton C. Bell, de Fear Factory; on s'est servi de quelques remixes de Frankie et de quelques autres trucs qu'on a refait à nouveau à notre sauce, très fun et heavy. Ce n'est pas trop dansant, mais ça devrait quand même plaire aux clubs. On a pensé que ce serait une bonne reprise à faire parce qu'elle contient un tas de dialogues et un tas de samples... et c'est anglais ! C'est la dernière reprise en date, elle sera sur le prochain album, qui sortira en mars...
- Matt : Je n'en vois pas vraiment d'autres à l'avenir, on verra : ce n'est pas très bon pour un groupe dans notre situation de faire beaucoup de reprises, c'est une solution de facilité ; on a juste pensé que "Two tribes" serait une chouette idée, mais on préfère se concentrer sur notre propre matériel et aller à la rencontre des gens avec: on verra dans deux ou trois albums pour une autre reprise...

-Barney, de Napalm Death, est invité sur "Deviate" : vous sentez-vous proches d'eux ?
-Matt : La scène anglaise est un peu comme un vase clos et nous nous connaissons tous, c'est un petit monde : on rencontre les gens en concert, dans les clubs, les pubs, on est amis avec un tas de groupes en Angleterre : Earthtone 9, One minute silence, tous ceux là. Nous ne sommes pas très proches, mais on a convié Barney à participer à l'album et il a accompli un super boulot avec sa voix. Beaucoup de gens dans le nord de l'Angleterre voient Napalm Death comme une grosse influence parce qu'ils sont à la fois très agressifs et qu'ils tiennent le coup depuis un bon bout de temps.

-Et comment voyez-vous la scène metal anglaise actuelle ?
-Matt : Elle est plutôt bonne, mais si un groupe réussit, à part nous, à percer, je crois que ce sera One minute silence, mais l'industrie du disque et les médias semblent se concentrer uniquement sur les groupes américains et leur donnent toujours la première place, les groupes anglais sont plutôt négligés : je suis sûr que si Kill II This venait de L.A et enregistrait sur Roadrunner, il vendrait 3 millions d'albums ! La bonne chose avec la scène anglaise est qu'elle est un vrai melting pot, comme pour Pulkas ou Cyclefly, aucun groupe ne se ressemble. Beaucoup sont très bons, mais ils ont tous du mal à percer : c'est dommage mais c'est comme ça...

-Vous venez principalement de Manchester (Carolyn et Mark), qui est surnommée "the grey area" (le coin de la grisaille), et beaucoup de groupes en viennent : Anathema, Paradise Lost, My Dying bride, et avant eux Joy Division et les Smiths : qu'avez-vous en commun avec eux et est-ce l'endroit qui pousse les groupes à cette noirceur ?
-Matt : Le Nord de l'Angleterre est plutôt pauvre, gris et industriel, le Sud est plus peuplé et il est plus facile d'y vivre ; dans le Nord, les grosses industries ont été concentrées, c'est un endroit où la pression est très forte et où les gens travaillent dur, c'est de là qu'on vient, et la musique est l'une des façons d'en sortir : si tu ne réussis pas dans la musique ou dans le foot, tu es coincé dans une usine pour le reste de ta vie. On ne se plaint pas, c'est notre héritage, on aime beaucoup ce pays.
-Ben : La musique est la raison principale, le moyen le plus fort d'exprimer toute cette frustration sur notre vie : ça a l'air d'un cliché, mais c'est une libération pour nous tous.
- Matt : C'est un pays tellement frustré, mais les gens ne voudraient vivre nulle part ailleurs, bien que la scène metal soit très dure : plus il est difficile de percer dans le business, plus la musique gagne en férocité, je pense.

-La religion est le sujet principal de vos chansons et donne le titre de deux de vos albums : pourquoi ?
-Matt : Sur le nouvel album, j'ai coécrit certains textes avec Mark et, accidentellement, nous avons trouvé le titre "Spiritual Darkness", qui concerne la perte de foi en Dieu et tout le reste. La religion est omniprésente, mais ce n'est pas un sujet sur lequel nous écrivons particulièrement, nous ne pouvons canaliser nos textes sur un seul sujet, c'est un moyen d'expression si vaste.

- A ce propos, considérez-vous davantage Kill II This comme une arme ou un moyen de vous libérer ?
- Matt - Ce n'est pas une arme, nous sommes apolitiques et ne souhaitons pas dicter aux gens leur façon de penser. Nous ne prêchons pas, c'est juste une façon de nous défouler.
- Ben - Nous souhaitons que les gens viennent vers nous et apprécient ce que nous faisons, pas pour l'image ou des raisons commerciales, mais pour la musique...
- Matt - Nous voulons que les gens s'identifient à ce que nous disons.

- Il y a des éléments techno et des samples sur "Deviate", notamment "Crucified", aimez-vous des groupes comme Aphex Twin ou les Chemical Brothers et souhaitez-vous utiliser davantage de samples et de machines à l'avenir ?
- Matt - Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une option, si nous nous écartions davantage des éléments de base du groupe - guitare, basse, batterie, chant - nous ne pourrions plus vraiment jouer live, nous serions comme les Chemical Brothers...
- Ben - C'est une question d'équilibre, nous ne voulons pas devenir un groupe dance, nous ne sommes pas comme Pitchshifter, qui utilise énormément de samples, ils constituer plutôt une sorte de 5e membre du groupe. Si les samples disparaissaient, ce ne serait pas très grave, nous pourrions toujours jouer les morceaux. Nous essayons de préserver cet équilibre.

- Tairrie B. apparaît sur l'album, comment cela s'est-il passé ?
- Matt - En fait, nous avons joué quelques shows avec elle et son groupe en Angleterre et nous sommes devenus amis. Elle adorait le groupe, pensait que nous étions géniaux et voulait participer à l'album, alors on lui a envoyé une bande et demandé d'y enregistrer les chœurs, ce qu'elle a fait pour deux morceaux...
- Ben - Elle s'identifie beaucoup aux textes de Mark, c'est ce qui l'a le plus frappée et c'est pourquoi les deux groupes se sont rapprochés.

- 31 décembre : nouba ou île déserte ?
- Matt - Nous ne jouerons pas de toute façon, Matt va aux USA pour Noël et nous resterons tous les trois à la maison, après la tournée Slipknot.
- Ben - On fait beaucoup d'histoire à ce propos et ça ne me tente pas beaucoup.
- Matt - Nous ne sommes pas très "rock star", alors on ne fera pas de grande party rock'n'roll.
- Ben - Peut-être que je me suiciderai et détruirai une ou deux choses, selon mon humeur... (rires)

- Quels sont vos espoirs pour l'avenir ?
- Matt - En tant que groupe, nous voulons tous continuer à travailler, tourner, jouer live, donner de bons concerts : le travail accompli cette année a été bon pour le groupe, tout comme cette tournée et les précédentes. Nous allons sortir le nouvel album, développer notre renommée et devenir plus célèbres...
- Ben - Cela ressemble également à un cliché, mais nous voulons que les gens apprécient ce que nous faisons pour que nous puissions vivre de la musique, continuer à nous améliorer et avoir une longue carrière.
- Matt - La durée de vie des groupes est généralement très courte, nous voulons durer, comme Metallica, même si on ne peut pas être comparés à eux. Cinq ans et je serai heureux.
- Ben - Quelques canettes de Coke.
- Matt - Une maison, une belle voiture, une piscine...
- Ben - Nous voulons des millions !! Dis aux gens d'acheter l'album, nous avons besoin d'argent. On crève de faim, ce ne sont que des rêves...

JP Coillard


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© Jean-Paul Coillard
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