
Machine Head : le coup du bélier



Profitant de l'absence momentanée de Pantera et de Slayer, le gang de Rob Flynn débarque à nouveau en
ville histoire de péter quelques vitrines, cramer les bagnoles et mettre la panique au dancing en faisant
décoller les girls, valser les tough guys et décaniller les blaireaux. Une fois de plus, l'assaut est
sévère et la rue leur appartient. Plus unis que jamais dans leur nouvelle formation, les 4 Dalton de
la Bay area tiennent leur ten tons hammers à bout de bras et l'abattent avec une remarquable efficacité
sur tout ce qui pourrait, de près comme de loin, ressembler à une quelconque opposition. Entre "Burn
my eyes" et "Burnin red", c'est devenu le lot commun pour Machine Head de nous metre le feu aux extrêmités.
Avant de tenir le haut du pavé de l'Ozzfest anglais les 14 et 15 août prochains*, Rob Flynn et son nouveau
complice Ahrue Luster, remplaçant un Logan Mader déjà ex Soulfly, étaient de passage à Paris, comme qui
dirait en éclaireurs. Interview : JP Coillard/Mr. X, photos : JP Coillard
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- Ahrue (le nouveau guitariste) joue avec Machine Head depuis environ un an. Qu'apporte-t-il au groupe
en tant que musicien et individu ? - Rob Flynn : Le niveau de communication est devenu bien meilleur.
Nous avions déjà rassemblés plusieurs idées avant son arrivée. Nous allons essayer de renforcer nos points
forts et pousser à l'extrême chaque élément de Machine Head, comme la mélodie, sans nous préoccuper des
conséquences, de ce que les gens pourraient penser, etc. Je crois que sa venue au sein du groupe a cimenté
ce processus. Il était dans le même état d'esprit, contrairement à notre précédent guitariste. -
Ahrue, as-tu participé aux compos de "Burning Red" ? - Ahrue : Environ 3 morceaux sont partis de
mes idées et j'ai participé aux arrangements de nombreuses chansons. Je dirais que j'ai joué un grand
rôle dans la compo. - Est-ce que Machine Head se sent plus fort maintenant qu'il y a 2 ans ? -
F: Tout à fait. Dix fois plus fort. - En août prochain, vous jouerez à la Ozzfest anglaise, sur la
scène principale, juste avant l'ultime concert de Black Sabbath. Qu'en pensez-vous ? - F: Black Sabbath
a eu une grande influence sur moi. Nous avons déjà joué avec eux lors de la 2e édition de la Ozzfest
en 1997. Pour moi, ce dernier concert sera historique, même s'il n'occupe qu'une petite place dans l'histoire,
et je suis fier d'y participer. - A: Le tout premier concert auquel j'ai assisté était celui de Black
Sabbath et je n'aurais jamais imaginé jouer lors de leur ultime concert. C'est la réalisation d'un rêve.
- Comment avez-vous choisi Ross Robinson comme producteur pour "Burning Red" ? - F: Dave et lui
sont amis depuis longtemps, même avant Korn. Les concerts sont notre point fort et nous avions parfois
l'impression dans le passé de ne pas pouvoir capturer cette énergie en studio. Avec la production de
Ross, que le groupe soit excellent ou nul, l'énergie était toujours très présente et le son proche du
"live". Grâce à l'amitié entre Dave et Ross, nous connaissions déjà une grande partie de son travail.
Cela semblait une étape logique parce qu'il assistait souvent aux concerts de Machine Head et nous inspirait
confiance. Cela paraissait être une bonne idée. - A-t-il eu une influence personnelle sur les membres
du groupe ? - F: Oui, Ross t'aide à donner beaucoup de toi-même lors des performances et pas seulement
parce que c'est un chic type. Il est très porté sur la spiritualité, végétarien, très intelligent et
sain. C'est presque un psy cinglé, il analyse vraiment tes pensées. Il m'a fait beaucoup réfléchir à
mes textes et il a conduit Ahrue à rechercher des émotions enfouies en lui-même pour pouvoir les exprimer
lors des performances. - A; Il a eu beaucoup d'influence sur moi, parce qu'il me demandait de faire
appel aux émotions liées à la chanson et m'a fait trouver la motivation nécessaire pour m'impliquer totalement
dans l'enregistrement de l'album. Je n'ai jamais ressenti la musique aussi intensément que pendant cet
enregistrement. C'est génial que cette émotion ait pu être capturée sur bande. - Vous ne pouvez éviter
la question sur "Message in a bottle". Vous avez également repris un morceau de Nirvana sur l'EP "Take
my scars": les reprises représentent-elles un vrai plaisir pour vous ou juste une façon de rendre hommage
à des groupes que vous aimez ? - "Message in a bottle" était une sorte d'accident et, une fois enregistré,
nous nous sommes rendu compte que nous avions saisi quelque chose de très spécial et différent. Je pense
que nous avons tous lutté pour qu'il soit sur l'album et le résultat a été génial. C'est effectivement
un hommage. Avec ce morceau en particulier, tout le monde s'attendait à ce que nous en fassions une version
punk-rock ou metal et c'était une autre manière pour nous de dire que nous ne voulons pas être prévisibles.
Personne ne s'attend à ce que nous reprenions Police et c'est cette façon de surprendre qui nous donne
une longueur d'avance sur tous les autres groupes. Et nous continuerons dans cette voie. - A votre
avis, quelle est la principale différence entre "Burning Red" et l'album précédent ? - F: "Burning
Red" est beaucoup plus ouvert. Lors de l'écriture, nous avons pu être plus ouverts et nous impliquer
plus profondément dans les compositions. Les extrêmes sont poussés à leur paroxysme, les morceaux heavy
le sont plus que jamais et les mélodies extrêmement mélancoliques. - A: Lorsque je le compare aux
2 précédents albums, le dernier semble incroyablement fort. Il dégage beaucoup d'émotion. C'était aussi
le cas des autres albums, mais c'est décuplé dans le dernier. - Avez-vous été influencés par Cure
lors de l'écriture de "Burning Red" ? - F: Oui, totalement. Leur son de piano est génial. J'adore
"Disintegration". Un ami dont je partageais le studio était un grand fan de Cure, que je détestais. Chaque
matin, à son réveil, il passait ce disque et, au bout d'un moment, j'ai commencé à l'aimer. Je crois
que c'était inconscient. J'ai entendu les chansons plus tard et les aimais en secret, sans oser l'avouer.
Maintenant, l'admettre ne me pose plus de problèmes. - Souhaitez-vous continuer à faire du metal
pur et dur, comme Slayer et Pantera, ou incorporer d'autres instruments et styles de musique dans vos
futures compos ? - F: Je ne pense pas utiliser d'autres instruments, je ne veux pas entendre de saxophone
sur nos albums ! Sur "Burning Red", il n'y a aucun sample, nous avons tout créé nous-mêmes. Nous n'avons
utilisé aucun clavier, c'est une musique analogique et organique. - A: Nous avons quand même utilisé
un piano. Voilà un nouvel instrument que ni Slayer ni Pantera n'utilisent. (Eclats de rire) - F: J'aime
Slayer et le type de musique qu'ils font, mais mes albums préférés sont ceux où ils s'éloignent de leur
style traditionnel et font quelque chose de différent, comme "South of Heavens" et "Seasons in the Abyss".
Je veux poursuivre dans cette voie. Ce sera toujours Machine Head, mais nous voulons continuer à repousser
les limites. - A: Explorer et expérimenter de nouvelles choses de permet d'être en accord avec toi-même,
ce qui n'est pas le cas si tu continues à jouer la même musique, parce que tout le monde évolue. Si ta
musique ne grandit pas avec toi, c'est que tu fais semblant. - F: "Burning Red" a probablement été
le morceau le plus difficile, parce qu'il était si lent, mais il a suscité beaucoup plus de réactions
que tous les autres, ce qui est un grand progrès. En plus, il est génial. - Pourquoi les gens critiquent-ils
le rock pour son immobilisme et pas le blues ou le jazz ? - A: Je crois que le jazz a évolué au fil
des années. Si tu écoutes du jazz actuel et des années 40 et 50, tu verras une grande différence. -
F: Je crois aussi que le rock est une cible facile, car c'est ce que les gamins écoutent et c'est dangereux.
Même lorsqu'Elvis dansait à la TV, ce danger était présent. C'est pourquoi il est si facile de critiquer
le rock, alors que cet aspect est absent du blues ou du jazz. - Vos fans vous suivraient-ils si vous
changiez de style ? - F: Je crois que nos fans évoluent avec nous. Evidemment, nous ne pourrons jamais
satisfaire tout le monde et nous ne le voulons d'ailleurs pas. Je crois que la plupart d'entre eux grandiront
avec nous. - Que représentent la France et les fans français à vos yeux ? - F: La France est
le pays le plus bruyant d'Europe, elle est super. - Comment voyez-vous l'avenir de Machine Head ?
- F: Immense. - A: Nous portons des lunettes noires, parce que le soleil brille pour nous (rires).
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* La partie européenne du festival a depuis été annulée. (N.d.R.)
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