
Marduk : The thick red line

On s'en doutait un peu : le temps des barbares est revenu. A l'ouest comme à l'est, au nord comme au
sud, ce ne sont que combat meutriers, guerres fratricides, pilonnages incessants et sanglantes batailles.
Partout où la diplomatie pète en société en accusant le voisin, la violence des hommes donne son libre
court. Il en est de l'art comme du reste, et c'est à se demander si chaque fin de siècle ne doit pas
nécessairement amener son lot de carnages, de catastrophes, d'épidémies et de malheurs en tous genres.
Pour certains, toute cette violence, canalisée, se transforme en une formidable énergie que l'on ne retrouve
plus guère que dans le sport sans dopage, les films X, le ménage et le métal, justement. Depuis près
de dix ans, les Suédois de Marduk produisent régulièrement des albums féroces, sauvages, brutaux, subissant
les foudres d'une censure qui glisse sur eux comme les injures d'un doberman aphone ou d'un prêlat intégriste
aplopléxique : d'inspiration furieuse, "Panzer division Marduk", le petit dernier, est, après "Nightwing"
et son concept Dracula, basé sur la guerre totale, de la pochette aux lyrics en passant par les tirs
de mortiers et les passages de chars d'assaut ponctuant les morceaux comme autant de clous pointus la
chair meurtrie d'un cénobite. De passage à Paris, Morgan, guitariste fondateur des cavaliers de l'apocalypse,
nous en touche deux mots à la veille du concert des Artefacts, unique concert français.
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-Tout d'abord, pourquoi ce nom de Marduk, qui était un dieu plutôt pacifique de Babylone ? -J'ai
toujours été fasciné par la mythologie des peuples antiques, et spécialement celle concernant les dieux
babyloniens, et je pense aussi que personne n'est entièrement fait de bien ou de mal, pas plus un dieu
qu'un simple être humain. -D'où vous vient cette fascination pour la guerre et les armes lourdes
? -J'ai toujours été attiré et fasciné par les armes et les engins de guerre, et je crois que le
death et le black sont des musiques qui leur ressemblent. Cet album, "Panzer division Marduk", symbolise
encore davantage l'agression d'une multitude de chars puissants : c'est en quelque sorte la réponse musicale
à une bataille entre chars. -En 93, vous avez signé avec Osmose records en France, comme Immortal
et d'autres, tandis qu'Emperor en faisait autant avec l'Angleterre. Quel est l'état des labels de metal
scandinave et pourquoi ce choix de s'expatrier pour bosser ? -A l'époque, il n'y avait carrément
aucun label de metal en Suede. Nous avons fait ce premier album pour No Fashion, qui était vraiment très
mauvais, et en même temps, nous étions en contact avec Osmose qui, à l'époque, distribuait notre démo.
Déjà en 92, ils ont montré leur intérêt et nous avons décidé de signer avec eux, alors que l'album, qui
fut reporté de six mois, sortait enfin chez No Fashion et nous avions marre de cette situation qui nous
a amené à la rupture avec No Fashion et la signature avec Osmose début 93. Tout a toujours bien marché
avec eux. Il n'y avait pas de raison spécifique de signer en France, mais plutôt avec eux, qui étaient
le meilleur dans ce genre de musique et le sont sans doute encore, car ils la comprennent vraiment. Tout
va bien, alors, pourquoi changer une équipe qui gagne ? -L'album "Nightwing" est en grande partie
basé sur le personnage de Dracula. Qu'est-ce qui t'a attiré en lui ? -Quand j'étais plus jeune, j'adorais
les films de Dracula, mais lorsque j'ai grandi, j'ai lu des ouvrages sérieux sur le sujet, j'ai commençé
à m'intéresser à l'homme au delà du mythe, et je devins bien davantage fasciné par cet homme que son
personnage de fiction. J'ai lu de super livres à ce propos et je voulais que la musique et les textes
soient basés sur des faits réels, sans aucune fiction. J'ai même été en contact avec l'auteur d'un des
livres en Roumanie pour vérifier que tout ce que j'écrivais était exact, et c'est vraiment sa vie, sans
rien d'occulté. C'est très intéressant de créer quelque chose d'historique comme ça, un peu comme la
bande originale de la réalité... -Comment êtes-vous perçus dans votre propre pays, la Suède ? -Beaucoup
de gens nous connaissent et nous aiment, mais ceci est typiquement scandinave : tu ne seras jamais aussi
populaire qu'hors de ton propre pays, c'est ce que l'on nomme la jalousie scandinave. On vend pas mal
de disques en Scandinavie, on peut dire qu'on y est connus, mais il existe sûrement de meilleurs endroits
que la Suède, où il y a énormément de groupes mais où l'on ne peut jamais voir de concerts ni de tournées.
C'est la même chose en Norvège, il y a un tas de groupes qui n'y jouent jamais ! -Comptez-vous rester
underground ou bien grossir comme Emperor ou Dimmu Borgir, qui désirent à présent jouer dans de grandes
salles et vendre beaucoup de disques ? -En fait, on vend pas mal de disques aujourd'hui et on joue
dans des salles de taille respectable, ce n'est pas un problème pour nous : nous grandissons constamment
à chaque album que nous faisons. Et au lieu de connaître un énorme succès du jour au lendemain, on préfère
se construire sur des bases stables, ce que l'on fait continuellement. On est très content du résultat
et je me fiche d'être plutôt underground, mais je me fiche aussi de devenir plus connu parce que c'est
un moyen évident de faire passer le message à davantage de gens, et puis c'est toujours super d'être
apprécié et de jouer devant des foules enthousiastes. Nous sommes toujours en étroit contact avec l'underground,
car c'est de là que nous venons... -Vous considérez-vous davantage comme un groupe de black ou de
death metal ? -Un groupe de black metal, parce que c'est ce qu'on a toujours fait. Néanmoins, je
pencherais plutôt pour du metal extrême avec des paroles satanistes ! Je ne vois guère de différences
entre eux, je les aime autant, sauf quand Morbid Angel ou Deicide, qui font du death, sont appelés black
metal bands. En fait, je me fous vraiment de l'étiquette tant qu'on fait ce que l'on aime. -Pourquoi
si peu de concerts en France, le festival de Strasbourg excepté ? -Pour cet été ? En fait, ce n'est
pas exactement une tournée, on fait juste quelques festivals, en commençant par Dynamo, puis les Artefacts
de Strasbourg et ensuite quelques dates au Japon, un autre festival en France en juillet, puis la Belgique
et quelques concerts au Mexique puis quelques-uns aux Etats-Unis, avec le Milwaukee Metal Festival et
le 6 août au festival de Wacken en Allemagne. Mais début octobre, on entamera une véritable longue tournée
de quelque 35 dates, dont certaines passeront sûrement par la France. -Préfères-tu tourner ou construire
un album en studio ? -En fait, je hais les studios d'enregistrement, je trouve ça vraiment chiant
! D'abord tu mets la batterie, puis les guitares, c'est si compartimenté, et après tu te retrouves à
chanter tout seul, etc. Je sais qu'il faut le faire mais je préfère jouer live. Je n'adore généralement
pas la vie de tournée mais je trouve génial lorsqu'on est sur scène, ce qui vaut tous les sacrifices.
Le metal a été créé pour être joué live et c'est de cette façon que tu peux ressentir toute son agression
et toute son énergie, même si le son n'est pas toujours parfait, mais même alors tu te prend toute la
décharge d'un concert metal joué devant toi, c'est la meilleure façon. Sinon, je compose la majorité
des morceaux à la maison, jamais en tournée ni en studio. -En dépit de son titre, peut-on considérer
"Panzer division Marduk" comme un appel à la paix ? -Non, car il est fortmement basé sur le concept
de la guerre contre le christianisme, ce qui ne veut signifie pas sortir et aller tuer les chrétiens,
mais plutôt une guerre au niveau des mots, pour inciter les gens à se battre philosophiquement contre
le christianisme. C'est le symbolisme de l'album. -Si tu étais invisible pour une journée, que ferais-tu
? -(Grand éclat de rire) Je n'en sais rien, vraiment. Peut être sauter dans le bain d'une fille,
ce serait super cool ! -31 decembre I999 : grosse fiesta ou île déserte ? -Je n'ai pas du tout
pensé à ce que je ferai, et peut être ce sera juste un jour comme un autre : je me fous de tout ce cirque
autour de ces gens qui ont peur de ce qui peut arriver et bla bla bla. On a tout le temps d'y penser
tranquillement. Je n'ai rien prévu, c'est trop loin. J'y penserai une semaine avant, ou quelque chose
comme ça. Peut être que j'organiserai la plus grosse party jamais vécue, à moins que le monde n'explose...
-Après tant de changement de personnel, as-tu le sentiment que le groupe a aujourd'hui atteint une certaine
stabilité ? -Oui, je crois qu'on peut l'affirmer. Au début, on a dû subir des tonnes et des tonnes
de changements de line-up, et à présent on est ensemble depuis mars 95, ça marche très bien et on bosse
super bien ensemble et on a dû faire tellement de sacrifices au niveau personnel pour jouer ce genre
de musique, pour acquérir la vitesse et tout ça et on se sent tellement impliqué dans ce que l'on fait
que je ne vois pas de raisons pour quiconque de partir à présent. On bosse merveilleusement ensemble
et j'espère que ça va durer... -Cet album est plutôt court : était-ce un choix délibéré ou spontané
? -On n'avait pas vraiment pensé à ne faire que des morceaux courts, mais on ne voulait en tous cas
pas de morceaux aussi longs que les derniers : on les voulait plutôt brefs et aggressifs comme une réponse
black metal au "Reign in blood" de Slayer. Ce n'est pas que je pense que la longueur est forcément ennuyeuse,
mais c'est si intense que je voulais cet album court et aggressif, comme un poing en pleine figure. Mais
peut-être le prochain album sera-t-il beaucoup plus long... -Comment vois-tu le futur pour Marduk
? -Clair comme le cristal : nous avons tous ces concerts prévus pour cet été et cette tournée à l'automne,
et l'année prochaine une tournée américaine puis rentrer à la maison pour travailler sur du matériel
neuf pour le prochain album. On a pas mal d'idées déjà que l'on voudrait bosser, des tonnes d'idées sur
des sujets différents et on sera donc là pour un bon moment à faire des disques et des concerts, aussi
longtemps que l'intérêt durera ! Propos recueillis par Jean-Paul Coillard
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