Meathook Seed


C'est au minuscule Borderline de Londres que nous rencontrons les très sympathiques émissaires de Meathook Seed, Mitch Harris et Christophe Lamouret, également connus pour leurs bonnes œuvres au sein, respectivement de Napalm Death et Out. Ceux d'entre vous qui ne connaissent pas encore l'extraordinaire métal technoïde et électro de Meathook Seed sont aimablement invités à se ruer sur l'album "Bible" et pourront alors se lamenter sur l'incendiaire concert qu'ils auront raté ce soir-là.


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- Comment avez-vous décidé de travailler ensemble et de former Meathook Seed ?
- Mitch Harris : Je travaillais à la musique depuis des années et un jour, je me suis dit que j'avais besoin de quelqu'un pour écrire les parties vocales. J'en ai parlé à Colin Richardson et je lui fait écouter les démos. Il m'a dit : "Je viens de produire l'album de Out et le chanteur, Christophe, est très sympa et créatif, il sera peut-être intéressé". On lui a envoyé une bande, il a fait quelques vocaux et l'a renvoyée avec le morceau "Beautiful". Nous pensions que ça allait marcher. Nous avons choisi les meilleures chansons d'un commun accord et les avons enregistrées.
- D'où vient le nom du groupe ?
- MH : D'un livre de James Havoc que je lisais en 1989 intitulé "Raism". C'est un livre culte underground, très peu connu, mais le premier chapitre s'appelait "I, meathook seed" et le bouquin était tellement étrange, il traitait de conspirations et d'autres choses qui m'intéressaient. J'ai pensé que ce nom était évocateur.
- Christophe, qu'est-ce qui t'a intéressé dans le projet Meathook Seed ?
- Christophe Lamouret : Le fric ? (rires) Non, c'est pour rigoler. J'ai adoré les riffs tordus qu'il m'a envoyés, ainsi que l'atmosphère des morceaux. J'y ai juste ajouté des textes et au départ, nous ne savions pas quoi faire avec. Mais c'est principalement l'atmosphère qui m'a attiré.
- Etes-vous fans les uns des autres, c.-à-d. de Napalm Death et Out ?
- MH : Oui, j'ai aimé Out à la première écoute. Napalm est un goût acquis. (rires)
- C : Napalm est une sorte de légende du métal.
- Les gens ont tendance à comparer votre album à NIN, aux Young Gods et à Killing Joke, vouliez-vous consciemment vous écarter du métal pur et dur pour faire quelque chose d'un peu différent ?
- MH : C'était une approche consciente, mais aussi naturelle, no calculée. Je n'essayais pas de m'éloigner du métal, mais j'écoute beaucoup de style musicaux et mon style s'en est finalement ressenti. Beaucoup de gens comparent l'album à NIN, Killing Joke, Young Gods, j'aime tous ces groupes, mais nous n'avons été influencés par aucun groupe en particulier. C'était juste une évolution naturelle. Peut-être que certains éléments peuvent rappeler des choses que vous avez déjà entendues, mais dans l'ensemble, c'est vraiment différent.
- CL : Nous n'avons rien planifié, chacun a juste joué son rôle.
- Quel a été votre niveau de participation à l'album ?
- CL : J'ai fait les vocaux et les mélodies et nous avons structuré les chansons ensemble. La musique a été écrite par Mitch.
- Voulez-vous que Meathook Seed ait une carrière à part entière ou s'agit-il seulement d'un projet ponctuel ?
- MH : Cette musique est ma vie. Oui, je veux que ce soit un groupe à part entière, avec une vie propre. Mais nous vivons également avec nos autres groupes, Napalm et Out, et toutes nos autres activités. Quand on fait quelque chose, on s'y consacre à 100 %. C'est plus facile de se concentrer sur ce que l'on fait quand on a un exutoire, en l'occurrence Meathook Seed. Mais en même temps, c'est très sérieux et passionné. C'est une détente artistique entre nous, ce n'est pas un groupe d'un seul homme. Chaque personne apporte quelque chose. Finalement, Christophe apprendra des choses pour Out, moi pour Napalm et cela fera de Napalm un groupe encore plus extrême, car c'est un style totalement différent. C'est une porte ouverte nous permettant d'aller plus loin.
- Pourquoi Colin Richardson n'a-t-il pas produit l'album ?
- MH : Il a proposé de mixer l'album et lors de l'enregistrement, nous n'avions pas de maison de disques, ni d'argent, seulement un ami avec un studio, Framework Studio, où nous avons enregistré avec Napalm. Il nous l'a prêté et 6 mois ou un an plus tard, nous avons trouvé une maison de disques qui nous a aidés à le mixer et à le terminer. Colin était occupé et Russ (N.d.E. : Russel) est venu nous aider. Colin aurait été génial, mais Simon Efemey est aussi un ami et nous avons terminé l'album avec lui dans une atmosphère géniale.
- Christophe, as-tu été surpris du succès de Out en Angleterre et surtout en Ecosse ?
- CL : On a joué avec Pulkas en mars dernier et c'était très bien, nous avons eu une réaction très cool du public, surtout à Glasgow, c'était le premier jour et nous étions très surpris. Nous en sommes très heureux.
- As-tu déjà pensé chanter en français avec Meathook Seed ?
- CL : Oui, on y a pensé.
- MH : J'adore les Young Gods, en particulier lorsqu'ils chantent en français parce que je trouve que ça sonne plus fou, mais finalement on ne l'a jamais fait.
- CL : Meathook Seed n'est pas fini, peut-être sur le prochain album...
- MH : Oui, nous avons de nouveaux morceaux, environ une heure.
- Les mêmes membres sont-ils prévus pour le prochain album ?
- MH : Oui, l'année prochaine, mais puisque nous avons beaucoup plus de matière, il sera meilleur et plus travaillé. Il est au stade de démo, mais il est plus électronique.
- Le titre de votre album, BIBLE, signifie "Basic instructions before leaving earth". Est-ce que cela représente une sorte de quête spirituelle ?
- MH : Oui, c'est une interprétation spirituelle qui simplifie un livre très complexe. En fait, la Bible c'est cela : des instructions fondamentales données avant de quitter la terre. Elle donne quelques règles de base pour vivre une vie heureuse. On est sur terre pour une certaine raison et on doit progresser. Si l'on n'a pas réussi sa mission, peut-être que l'on reviendra jusqu'à ce que l'on y parvienne. Je suis aussi très intéressé par les théories de conspiration. C'est lié à la religion d'un point de vue neutre, en dehors de tous ces trucs satanistes, des Chrétiens, Mormons, Musulmans, etc. On peut tirer quelque chose de tout ça et mener une vie positive où toutes vos actions sont justifiées. Même si vous avez fait quelque chose de mal, si vous l'avez fait pour une bonne raison ou pour survivre, il n'y a pas de problème, vous ne devez pas avoir peur de mourir.
- Tu ne pratiques aucune religion ?
- MH : Non, juste la méditation. Mes croyances sont plutôt orientées vers la philosophie, la recherche scientifique, l'astrologie, les maths, la langue anglaise. Je lis et j'écris de la poésie. Je crois que chaque aspect de la vie d'un musicien se reflète dans son œuvre. Nous avons une vision et essayons de la matérialiser pour la partager avec le public.
- Aimerais-tu t'exprimer par le biais d'un autre média, comme le cinéma ?
- MH : Un jour peut-être... J'ai un équipement de montage vidéo suffisant pour faire un petit film ou une vidéo promo. Je n'ai pas encore appris à m'en servir, mais je voudrais d'abord composer la musique et faire une bande son démente pour inspirer le film. Je n'aurai aucun budget, mais peut-être que je pourrai faire quelque chose de créatif, le visuel fait partie de la vie de tous les jours, quand on entend de la musique, on a besoin d'un support visuel. Cela permet parfois de rendre l'impact d'un morceau beaucoup plus immédiat pour les gens. Alors, quand j'aurai le temps et l'argent... J'aimerais aussi composer une musique de film ou quelque chose comme ça.
- Dans sa diversité, cet album est-il totalement à part ou vise-t-il à rassembler des gens avec des goûts musicaux très divers ?
- CL : Je suis convaincu que le métal évoluera dans cette direction, le métal "traditionnel" était chouette il y a 10 ou 15 ans, mais maintenant, il est mort parce que tout le monde fait la même chose. Nous avons ajouté des éléments techno à la musique, sans abandonner les riffs. Je crois que ce mélange représente l'avenir du métal.
- MH : C'est important pour moi de ne pas tourner le dos au métal, mais j'ai écrit beaucoup de morceaux dans ce style et j'apprécie beaucoup de types de musique. C'est important de le faire muter pour le garder en vie, pour que les générations futures comprennent qu'elles peuvent aimer quelque chose parce que c'est plus mélodique ou plus moderne. Nous savons d'où nous venons, sans les 5000 groupes qui nous ont influencés, ainsi que 200 groupes pop et tout le reste, nous n'existerions pas sous cette forme. Qu'aurait fait Pink Floyd avec tout l'équipement dont on dispose aujourd'hui ?
- CL : Ce type de musique n'est pas "pas authentique" par opposition au métal "authentique", c'est juste l'authenticité d'aujourd'hui.
- "Bible" est dédié à Björk. Pourquoi ?
- L'une de mes excuses pour avoir attendu aussi longtemps avant de faire cet album était le manque d'inspiration. La scène métal ne m'inspirait pas beaucoup, mais chez Björk, il y a tout, des guitares et des arrangements allant du classique à la techno. C'est pop, on peut fredonner les mélodies. Ca peut m'émouvoir aux larmes. Il existe des artistes authentiques. Son inspiration m'a aidé à terminer l'album.
- CL : J'aime aussi Björk. Je rêve de chanter avec elle.
- Peut-on considérer votre album de reprises comme représentant votre passé et "Bible" comme votre avenir ?
- MH : C'est effectivement le passé et l'avenir. On avait parlé de ces reprises pendant des années et notre manager pensait que c'était une bonne idée. Nous aimions ces chansons et la plupart des gens ne les avaient jamais entendues. Nous ne voulions pas faire un album complet, qui serait trop prévisible. C'était une sorte d'hommage et il nous a donné de nouvelles idées. Il a rappelé des souvenirs.
- Quels étaient vos groupes préférés de 1999 ?
- CL : J'ai adoré l'album de Coal Chamber.
- MH : "Homogenic", c'est le meilleur album de la décennie. J'aime le dernier album des Cardigans, les Cranberries (!!?), Square Pusher, un ami d'Aphex Twin. J'adore Vast parce que les vocaux sonnent un peu comme Dead Can Dance et les guitares sont heavy. C'est bien que des éléments ethniques se mélangent aux grosses guitares. J'aime le nouveau NIN, Propellerheads, Quicksand, Slip, les Deftones.
- CL : Muse, également.

JP Coillard & Marie Lecocq (photos: JP Coillard)


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